La situation des personnes LGBT+ en Afrique varie selon les pays.

Dès la préhistoire, des peintures rupestres bochimans représentent des relations entre hommes. On retrouve des indices de la reconnaissance d'une diversité sexuelle dès l'Antiquité.

Lors de la colonisation européenne de l'Afrique, les pratiques de travestissement et les relations homosexuelles sont réprimées par les colonisateurs et instrumentalisés comme justification morale à la colonisation.

Histoire vignette|Fresque représentant Khnoumhotep et Niânkhkhnoum s'embrassant, retrouvée dans une tombe d'Égypte antique. Période pré-coloniale

Préhistoire Au Zimbabwe, des peintures rupestres semblent indiquer que les San avaient des relations homosexuelles suffisamment acceptées socialement pour être célébrées..

Antiquité Il n'existe que très peu de traces d'homosexualité dans l'Égypte antique, et celles qui ont été découvertes peuvent être interprétées de différentes manières.

La moins probante est la description, dans les textes talmudiques, du lesbianisme comme les « actes d'Égypte » ; toutefois, cette expression apparaît pour la première fois des siècles après l'annexion par l'empire romain et le consensus est plutôt pour considérer qu'il s'agit alors pour les Hébreux, qui réprouvent l'homosexualité, de déshonorer l'Égypte.

Une autre un peu plus solide est le conte racontant les visites nocturnes de Neferkare au général Siséné, visites durant lesquelles Pépi II Neferkare est dit « avoir fait tout ce qu'il désirait auprès de [Siséné] » ; s'il est possible d'interpréter cette phrase, l'une des rares fragments du conte ayant été retrouvé, comme une description euphémisée de rapports sexuels, le consensus historique penche plutôt comme une référence religieuse des visites de Rê à Osiris`.

L'exemple le moins contesté est celui de Khnoumhotep et Niânkhkhnoum, dont la tombe a été découverte dans les années 1960 : outre que les deux hommes soient enterrés ensemble, la tombe contient de nombreuses représentations du couple, en particulier une fresque où ils sont tous les deux de profil, leurs nez se touchant, ce qui était alors la manière stylisée de montrer un baiser.

Période médiévale

Période coloniale

Les récits d'explorateurs et d'anthropologues européens sont teintés des valeurs morales européennes de l'époque, et les pratiques sexuelles africaines peuvent être qualifiées de « vilaines », « indécentes », « contre nature ».. Historiquement, les Africains ont été hypersexualisés ou asexualisés par les récits colonisateurs, leur sexualité étant parfois décrite comme primitive.. Les pratiques sexuelles divergeant de l'idéologie judéo-chrétienne sont alors condamnées par les Européens, ceux-ci la considèrent comme un « vice des indigènes ».. L'homosexualité est ainsi présentée par les premiers explorateurs et missionnaires européens comme une preuve du bien-fondé de l'évangélisation des peuples africains.. En 1558, le missionnaire dominicain João dos Santos évoque l'existence de relations homosexuelles chez les Bakongo du Bas-Congo et du Nord de l'Angola..

L'administration coloniale représentait les personnes noires d'Afrique comme des êtres dotés d'une sexualité anormale, vivant dans la promiscuité sexuelle. Elle promouvait chez les indigènes d'Afrique l'hétérosexualité, la monogamie, l'éducation des d'enfants, la vie de famille et la vertu conjugale, tout en leur enseignant de canaliser leurs pulsions sexuelles vers l'accroissement naturel et la reproduction de la vie dans un but de modernisation et de civilisation. Les sexualités jugées contre-nature par les colons, donc immorales, étaient criminalisés et vues comme un obstacle à la civilisation.

L'homosexualité est parfois vue comme une importation européenne, et certains récits européens contribuent à cette perception. Ainsi, en 1936, l'ethnographe Henri-Alexandre Junod écrit que dans la société bantou, on ne « pratique pas deux vices fort répandus dans certaines nations civilisées l'onanisme et la sodomie. Ces coutumes immorales étaient entièrement inconnues dans la tribu thonga avant l'arrivée de la “civilisation”. Malheureusement il n'en est plus ainsi ».. Junod relate l'existence d'un « vice contre nature dans les casernes de Johannesbourg », en 1915. Des jeunes hommes se déguisent en femmes en attachant sur leur torse de faux seins en bois, et accordent des faveurs sexuelles à des hommes en échange d'argent. Cette pratique nommée « bakhonchana » fait parfois l'objet d'un contrat à moyen terme dans lequel l'homme offre une compensation financière à la famille du garçon. Selon le récit de Junod, les Bantous ne considèrent pas le bakhonchana comme un péché, même si « la loi l'interdit sévèrement et que quiconque est trouvé coupable de bakhonchana est condamné à douze mois de prison ». Junod estime alors que « le vice contre-nature a été enseigné aux Bantous sud-africains par des hommes d'autre race ».

Durant la période coloniale, les Africains d'Afrique subsaharienne sont régulièrement décrits comme des « enfants de la nature » épargnés par les vices des sociétés civilisées. L'homosexualité est alors perçue comme un mal importé par les Européens ou les Arabes..

Influence des lois coloniales sur les droits LGBT

En vertu des systèmes juridiques mis en place par les colonisateurs européens aux s, 38 législations africaines ont été dotées de lois criminalisant d'une manière ou d'une autre l'homosexualité. Ces lois sont rarement appliquées avant le début du ..

Dans une étude recensant les données légales de 185 pays, les chercheurs Enze Han et Joseph O'Mahoney ont découvert que les anciennes colonies britanniques étaient beaucoup plus susceptibles d'avoir des lois criminalisant les comportements homosexuels que les anciennes colonies d'autres puissances européennes ou que d'autres États en général..

À partir de 1860, l'Empire britannique a imposé un système juridique dans ses colonies, inspiré des codes juridiques coloniaux de l'Inde et du Queensland, criminalisant spécifiquement les relations sexuelles entre hommes, avec une peine d'emprisonnement de longue durée plutôt que la condamnation à mort.

En raison de l'évolution des concepts de liberté et de droits des Lumières après la Révolution française, le code pénal français de 1791 a décriminalisé la sodomie entre adultes consentants. Ce code a ensuite été appliqué lors des conquêtes napoléoniennes en Europe continentale et à travers l'empire français. Par contre, l'introduction de lois criminalisant l'homosexualité après la colonisation a été plus répandue dans les ex-colonies françaises telles que l'Algérie, le Cameroun, la Mauritanie et le Tchad.

Le , la Cour suprême du Kenya rejette les recours contre des articles du code pénal qui criminalisent l'homosexualité lancés par des groupes de défense des droits des minorités sexuelles, dont la Coalition des gays et lesbiennes du Kenya (GALCK). Les articles remis en question devant la Cour suprême datent de l'époque coloniale et criminalisent la « connaissance charnelle (…) contre l’ordre naturel » et les « pratiques indécentes entre hommes »..

Période des indépendances Dans les années 1960, la classe dirigeante africaine a eu comme dessein la reconstruction d'une singularité africaine authentique détachée du colonialisme, la création d'une communauté africaine imaginée. Pour ce faire, elle a anéanti politiquement toute différence, dont sexuelle, qui entraverait l'édification de la nation et elle a violemment exclu de la sphère publique les « étrangers » sexuels qui ont des pratiques et désirs sexuels hétérodoxes problématisant l'ontologie du sujet africain. L'histoire et la culture africaines sont révisées, reformées et réinventées de manière sélective par un oubli volontaire des sexualités africaines pré-coloniales, incluant les relations homosexuelles..

De plus, les dirigeants africains des décolonisations ont reproduit les pratiques coloniales de contrôle et de surveillance des sexualités et des désirs de la population et ils ont intériorisé la vision essentialiste de la sexualité de l'Africain noir inventée par les colons européens, tout en ajoutant une mythologie sur l'hyper-virilité des hommes africaine et l'hyper-lascivité des femmes africaines.

Plusieurs pays africains adoptent des lois interdisant l'homosexualité. C'est le cas par exemple de l'Algérie (1966), du Cameroun (1972) et de la Mauritanie (1984)..

Période post-coloniale En 1961, l'historien Antonio Oliveira de Cardonega parle de la sodomie entre hommes qui serait très fréquente chez les Quimbandas, en Angola..

Le mariage entre femmes impliquant une dot est documenté dans trente pays d'Afrique, incluant le Nigeria, le Kenya et l'Afrique du Sud.

L'homosexualité chez le peuple Zandé est documentée par l'anthropologue Evans-Pritchard en 1970. Avant la colonisation européenne, dans le contexte militaire, les guerriers Zandé pouvaient marier de jeunes hommes avec qui ils avaient des relations sexuelles excluant la sodomie.. Ce type d'union faisait l'objet d'une entente officielle dans laquelle le guerrier Zandé offrait une dot à la famille du garçon. Le garçon était alors considéré comme une femme et remplissait les fonctions d'épouse. Cette union avait aussi une fonction initiatique puisque le jeune homme devenait généralement guerrier à son tour vers l'âge de 20 ans. Evans-Pritchard précise que la pratique du mariage entre hommes chez le peuple Zandé disparaît dès la colonisation européenne.

Evans-Pritchard relate aussi l'existence de relations lesbiennes en contexte polygame chez le peuple Zandé. Les différentes épouses d'un homme pouvaient avoir des relations sexuelles entre elles. À l'inverse de l'homosexualité masculine, l'homosexualité féminine était réprouvée et sévèrement punie dans la société Zandé pré-coloniale.

Dans les deux cas, l'homosexualité chez le peuple Zandé est présentée comme une réponse à l'absence de partenaire du sexe opposé.

Émergence d'une visibilité homosexuelle Le « fait homosexuel » commence à devenir visible socialement à partir des années 1980, en particulier dans la partie sud du continent. L'émergence de l'homosexualité dans le débat public n'empêche pas que de façon parallèle soit véhiculée l'idée fausse selon laquelle l'homosexualité n'aurait jamais existé en Afrique. Ce déni participe notamment à ne pas poser la question de la transmission homosexuelle du VIH sur le continent pendant les deux premières décennies de l'épidémieChristophe Broqua, « L'émergence des minorités sexuelles dans l'espace public en Afrique », Politique africaine, 2012/2, n°126, p. 5-23..

En 1980, ouvre au Cap (Afrique du Sud), une discothèque homosexuelle organise des concours de drag queen. En 1990, au Zimbabwe, est créée l'association Gays and Lesbians of Zimbabwe. La première marche des fiertés a lieu en octobre de la même année en Afrique du Sud, alors que le pays est toujours sous le régime de l'apartheid et l'homosexualité condamnée par la justice. Les avancées légales sud-africaines des années 1990-2000 décrites infra participent grandement de la visibilité de l'existence de l'homosexualité sur le continent mais entraînent également des réactions hostiles (déclarations de Mugabe au Zimbabwe, campagne anti-homosexuelle en Namibie en 1995).