Les murailles de Constantinople sont une série de remparts défensifs qui entourent et protègent la cité de Constantinople (aujourd'hui Istanbul en Turquie) depuis sa fondation par Constantin comme la nouvelle capitale de l'Empire romain. Au travers de divers ajouts et modifications tout au long de son histoire, elles sont le dernier grand système de fortification de l'Antiquité et l'un des systèmes défensifs les plus complexes et les plus élaborés qui aient existé.
D'abord construits par Constantin le Grand, les murs entourent la nouvelle cité de tous les côtés, la protégeant à la fois d'une attaque par terre ou par mer. Alors que la cité grandit, la célèbre triple enceinte défensive des murs théodosiens est construite au . Bien que les autres sections soient moins élaborées, quand les murs sont bien pourvus en effectifs, ils sont quasiment imprenables pour n'importe quel assiégeant médiéval. Ces défenses ont sauvé l'Empire byzantin lors des multiples par les Avars, les Arabes, les Rus', les Bulgares et d'autres peuples. L'arrivée des canons utilisés comme arme de siège rend ces fortifications vulnérables. Toutefois, la technologie des canons n'est pas assez avancée pour être décisive et assurer à elle seule la prise de la ville ; les murs étant réparés le temps qu'ils soient rechargés. Finalement, la cité tombe face à l'immense armée ottomane le après un siège de six semaines.
Les murs restent en grande partie intacts durant la majeure partie de l'ère ottomane avant que des sections ne commencent à être démantelées durant le , au moment où la cité commence à croître au-delà de ses limites médiévales. En dépit du manque d'entretien qui s'ensuit, la plus grande partie des murs survivent et sont encore debout aujourd'hui. Un programme de restauration de grande envergure est entamé dans les années 1980, ce qui permet aux touristes d'apprécier leur apparence originelle.
Muraille terrestre thumb|Carte des enceintes de Constantinople thumb|Vestiges du mur de Théodose thumb|Vestiges du mur de Théodose thumb|Section restaurée du mur de Théodose à la Porte Selymbria
Murs de Byzance
Selon la tradition, la cité est fondée sous le nom de Byzance par des colons grecs de Mégare, dirigés par Byzas, vers 658 avant Jésus-Christ. À cette époque, la ville s'étend sur une petite zone autour de l'acropole, située sur la colline la plus orientale (correspondant au site moderne du palais de Topkapi). Selon le Patria de Constantinople, texte byzantin tardif, Byzance est entourée par un petit mur qui commence sur la crête nord de l'acropole, se dirige vers l'ouest et la tour d'Eugène puis vers le sud-ouest vers le Stratégion et les thermes d'Achille, continue en direction du sud vers la région connue sous le nom de Chalkoptrateia à l'époque de l'Empire byzantin, puis fait une boucle au niveau de l'Hagia Sophia vers le nord-est, traversant les zones connues sous le nom de Topoi et Arcadianae avant d'atteindre la mer à l'emplacement du quartier de Mangana. Ce mur est protégé par 27 tours et possède au moins deux portes terrestres, l'une devenant l'arche d'Urbicius et l'autre se situant à l'emplacement du Milion construit plus tard. Du côté de la mer, les murs sont bien moins hauts. Bien que l'auteur du Patria assure que le mur date de l'époque de Byzas, le chercheur français Raymond Janin pense qu'ils datent plus probablement de la période suivant la reconstruction de la ville par le général spartiate Pausanias qui conquiert la ville en 479 Ces remparts ont été réparés grâce à l'utilisation de pierres tombales sous la direction d'un certain Léon en 340 pour s'opposer à une attaque de Philippe II de Macédoine.
L'importance de Byzance à l'époque romaine est limitée. Les chroniqueurs contemporains la décrivent comme riche, bien peuplée et bien fortifiée mais cette abondance ne dure pas et s'achève quand la ville accorde son soutien à Pescennius Niger dans sa guerre contre Septime Sévère. Selon le récit de Dion Cassius, la cité résiste durant trois ans à Septime Sévère, jusqu'en 196. Les habitants ont même recours à des statues de bronze qu'ils lancent sur les assiégeants quand ils sont à court de projectiles. En représailles, Septime Sévère traite la ville durement. Les murailles sont détruites et la cité est privée de son statut civique pour être réduit au rang de simple village dépendant d'Héraclée Périnthe. Toutefois, considérant l'importance stratégique de la ville, Sévère finit par la reconstruire et la doter de nombreux monuments dont l'Hippodrome et les Bains de Zeuxippe. Enfin, de nouveaux remparts sont construits à 300 ou à l'ouest des anciens murs. Peu de choses sont connues des murs de Sévère à part une courte description de leur parcours par Zosime et que la principale porte est située au bout d'une avenue à portiques et juste avant l'entrée du futur forum de Constantin. La muraille semble partir d'un point situé à proximité de l'actuel Pont de Galata dans le quartier Eminönü pour se diriger vers le sud aux alentours de l'actuelle mosquée Nuruosmaniye avant de décrire une courbe près du mur méridional de l'Hippodrome et de se diriger vers le nord-est pour rejoindre l'ancienne muraille près du Bosphore. Le Patria mentionne aussi l'existence d'un autre mur lors du siège de Byzance par Constantin le Grand au cours de la guerre de ce dernier contre Licinius en 324. Le texte mentionne qu'un mur avancé (proteichisma) se trouvait près du Philadelphion, suggérant que l'expansion de la cité au-delà des murs de Sévère date de cette époque.
Mur de Constantin Quand Constantin le Grand transféra la capitale de l'Empire romain à Byzance, il la refonda sous le nom de Constantinopolis (« la ville de Constantin »), et étendit considérablement la nouvelle ville par la construction d'un mur d'environ (15 stades) à l'ouest de la précédente muraille sévérienneBury (1923), p. 70. L'apport de Constantin consistait en une seule ligne de murailles, renforcée de tours à distance régulière, dont la construction commença en 324 et fut achevée par son fils Constance II. Le cours approximatif de la muraille constantinienne est connu : elle commençait à la Corne d'Or, près du pont Atatürk moderne, courait au sud-ouest, puis obliquait vers le sud, passant à l'est des grandes citernes ouvertes de Mocius et d'Aspar, pour aboutir sur la côte de la Propontide (mer de Marmara), quelque part entre les futures portes de la mer de Saint-Émilien et Psamathos.
Mais dès le début du , Constantinople s'était étendue hors du mur de Constantin, dans la zone extra muros connue sous le nom d'Exokionion<ref>Britannica, vol. VII, p. 4</ref>. Le mur de Constantin survécut pendant une grande partie de la période byzantine, même s'il fut remplacé par les murailles de Théodose en tant que première ligne de défense de la ville. Il était encore debout quand Justinien monta sur le trône, puis disparut peu à peu au cours des siècles. Van Millingen indique que des traces du mur ont survécu dans la région de la Porte İsakapı jusqu'au début du .
Mur de Théodose II thumb|left|L'enceinte de Théodose vue de l'intérieur de la cité. Le triple mur théodosien (en grec : , teichos Theodosiakon), situé deux kilomètres à l'ouest de l'ancienne enceinte de Constantin, est érigé durant le règne de l'empereur Théodose II dont il tire son nom. La construction est menée en deux phases. La première partie de la muraille est construite durant la minorité de Théodose, sous la direction d'Anthémius, préfet du prétoire d'Orient. Cette première phase se termine en 413 selon une loi du Code de Théodose. Toutefois, une inscription découverte en 1993 mentionne que la construction dure neuf ans, ce qui implique qu'elle est entamée dès 404-405, lors du règne de l'empereur Arcadius. Cette première phase consiste en la construction d'une simple courtine dotée de tours qui forme aujourd'hui le mur intérieur des remparts théodosiens.
Le , un séisme de forte puissance détruisit une grande partie du mur, dont 57 tours. D'autres tremblements de terre, dont un autre majeur en janvier 448, aggravèrent les dommages. Théodose II ordonna au préfet urbain Constantin de superviser les réparations, d'autant plus urgentes que la ville était menacée par la présence d'Attila le Hun dans les Balkans. Pour accomplir ce travail, il eut recours aux Dêmoi (les « factions du Cirque ») : les murs furent alors restaurés en un temps record de 60 jours, à en croire les chroniqueurs byzantins. Les chroniques suggèrent également que c'est à ce moment que furent ajoutés les murs extérieurs, ainsi qu'un vaste fossé extérieur, mais ce point est sujet à caution.
Tout au long de leur histoire, les murs eurent à subir les dommages de nombreux autres séismes, suivis de réparations à maintes reprises, comme en témoignent les inscriptions à la gloire des Empereurs ou de leurs exécutantscf. ; . La responsabilité de ces réparations repose sur un dignitaire dont le nom est tantôt celui de Domestique des Remparts, tantôt celui de Comte des Remparts (, Domestikos/Komēs tōn teicheōn). Il emploie les services de la population de la ville pour effectuer ces réparations. Après la conquête latine de 1204, les murs se délabrent progressivement. Après la reprise de Constantinople par les Byzantins en 1261, les ressources de l'Empire sont insuffisantes pour les maintenir en bon état, sauf en cas de menace immédiate.
Topographie Les murs s'étendaient sur environ du sud au nord, de la tour de Marbre (en turc : Mermer Kule), appelée aussi « tour de Basile et Constantin » (en grec : Pyrgos Basileiou kai Konstantinou) sur la côte de la Propontide, jusqu'à la Corne d'Or. La longueur totale des murs subsistants est de , à partir de la mer de Marmara jusqu'au faubourg des BlachernesTurkish Ministry of Culture and Tourism article on the Walls, tandis que la section entre le palais du Porphyrogénète (en turc : Tekfur Sarayı) et la Corne d'Or n'a pas survécu, la ligne des murs ayant été reportée ultérieurement afin de couvrir le quartier des Blachernes.
De la mer de Marmara, le mur tourne brusquement vers le nord-est, jusqu'à atteindre la Porte Dorée, à environ au-dessus du niveau de la mer. De là et jusqu'à la Porte de Rhégion (moderne Mevlevihane Kapısı), le mur suit une ligne plus ou moins droite vers le nord et escalade la septième colline de la ville. De là, le mur tourne brusquement vers le nord-est, vers la Porte Saint-Romain, à quelque d'altitude. Puis le mur descend vers la vallée du fleuve Lycus, où il atteint son point le plus bas, à . De là, le mur s'élève à nouveau, escaladant la pente de la sixième colline, jusqu'à la Porte de Charisius ou Porte d'Andrinople, à environ de hauteur. Le tronçon compris entre la Porte Saint-Romain et celle de Charisius, d'environ de longueur, porte le nom de Mésoteichion (, « mur du milieu ») : c'est la partie la plus faible des murs en raison de la morphologie du terrain. C'est là qu'eurent lieu, dans la plupart des sièges de la ville, les principaux assauts, et pour finir, celui de 1453. De la Porte d'Andrinople aux Blachernes, les murs tombent à un niveau d'environ . De là, les murs de côté des Blachernes obliquent brusquement vers l'ouest, avant d'atteindre la plaine côtière de la Corne d'Or près de la prison dite d'Anémas.
Construction thumb|upright|Les periboloi, entre les murs intérieurs et extérieurs La muraille de Théodose se composait du mur principal intérieur (, méga teichos, la « grande muraille »), séparé du mur extérieur plus faible ( exō teichos ou , mikron teichos, le « petit mur ») par une terrasse large de 15 à , le péribole (). Entre le mur extérieur et le fossé (, souda), s'étendait une terrasse extérieure, le parateichion (), tandis qu'un troisième et dernier mur, faiblement élevé, couronnait l'escarpe orientale des douves.