thumb|Vue de la grande mosquée de Kairouan, en Tunisie. Édifiée à partir du , elle est la plus ancienne mosquée de l'Occident musulman. L'histoire de l'islam débute en Arabie au avec l'apparition de Mahomet, son prophète. Comme la plupart des religions du monde, l’évolution historique de l'islam a eu un impact significatif sur l'histoire politique, économique, et militaire dans et, à partir des sciences des peuples conquis, formant une civilisation qualifiée d'islamique.
Un siècle après la mort de Mahomet en 632, un empire islamique s'est étendu de l'océan Atlantique dans l'ouest vers l'Asie centrale dans l'est. Celui-ci n'est pas resté unifié longtemps ; le nouveau régime a rapidement fini en guerre civile, nommée Fitna. Le monde musulman se divisa alors en dynasties rivales réclamant le califat, ou la conduite du monde musulman, et beaucoup d’empires islamiques ont été gouvernés par un calife incapable d'unifier le monde islamique.
Le concept du monde islamique peut être plus ou moins utile en observant les différentes périodes de l'histoire. La culture islamique encourage l'identification avec une communauté quasi-politique des croyants, l'oumma, et ce principe a influencé le comportement d'un certain nombre d'acteurs dans l'histoire. L'histoire de l'islam est étroitement liée à l'histoire politique, économique, et militaire.
Lhistoire de l'islam implique donc une histoire de la foi islamique comme religion et de l'institution sociale qui en découle.
Origines de l'islam
Certains travaux remettent en cause la présentation traditionnelle des origines de l'islam, aussi bien dans ses origines, sa naissance et sa diffusion. Ainsi par exemple Alfred-Louis de Prémare vise à éclairer l’histoire des débuts de l’islam en rompant avec un processus chronologique d’exposition et en insistant sur trois axes d'exposition : les marchands, les conquérants et les scribes, parce que ces trois approches permettent à l’auteur de situer les Arabes dans le contexte du Proche-Orient de l’époque. Pour cet auteur, Alfred-Louis de Prémare, Les Fondations de l'Islam : entre écriture et histoire, Seuil, Paris, 2002.. D'autres aspects de la naissance sont remis en cause. Ainsi, les recherches récentes de Robert Kerr, situent la naissance de l'islam en Arabie pétrée (c’est-à-dire la Cisjordanie actuelle et le Sinaï) et non dans les territoires de l’Arabie désertiqueR. Kerr, "Ist der Qurʾān in Mekka oder Medina entstanden?" in K.-H. Ohlig und M. Gross (Hg.), Die Entstehung einer Weltreligion III, Inârah-Sammelband 7 (Schiler Verlag, Berlin-Tübingen, 2014), S. 39-45 Lire en ligne : https://www.academia.edu/7932579/Ist_der_Qur%CA%BE%C4%81n_in_Mekka_oder_Medina_entstanden.
Naissance de l'islam selon la tradition musulmane
Avant Mahomet, l'Arabie est peuplée de nomades ou bien d'agriculteurs vivant dans les oasis au nord, ou dans les secteurs plus fertiles au sud au Yémen, parlant l’arabe et qui suivent majoritairement des religions polythéistes. Quelques tribus ont néanmoins pour confession le judaïsme ou le christianisme. La ville de La Mecque est déjà un centre religieux, pour certains des polythéistes arabes.
Selon l'historiographie traditionnelle, Mahomet serait né vers 570-571 à La Mecque. Orphelin dès son jeune âge, il est élevé par son grand-père puis par son oncle. Il entre au service d'une riche veuve, Khadija, qui organise des caravanes marchandes. Assurée de l'intégrité de cet homme, ils se marient ; elle est âgée de 40 ans et lui de 25 ans. C'est en 610 que, pour la première fois, l'archange Gabriel (Jibrîl) lui apparaît dans la grotte de Hira où il a coutume de se recueillir, et lui transmet la révélation, la parole de Dieu.
Sans tarder, Mahomet fonde un groupe de croyants qui s'appelleront les musulmans : nommés ainsi en référence au prophète Abraham (Ibrāhīm). Musulman, est celui qui se donne, qui se soumet volontairement à Allah, « Dieu ». Mahomet et ses compagnons sont persécutés par les Mecquois. L'ordre est donné aux musulmans mecquois d'émigrer à Yathrib (Médine) en 622. En 624, la bataille de Badr éclate. Les Mecquois prendront leur revanche lors de la bataille de Uhud, en 625Dalil Boubakeur, Les défis de l'islam, éd. Flammarion, Paris, 2002, . En 630, Mahomet, à la tête de dix mille hommes, marche sur La Mecque qui se rend rapidement. De nombreux habitants se convertissent alors à l'islamMathieu Tillier et Thierry Bianquis, « De Muhammad à l'assassinat de 'Alî », in Thierry Bianquis, Pierre Guichard et Mathieu Tillier (dirs.), Les débuts du monde musulman, . De Muhammad aux dynasties autonomes, éd. P.U.F./Nouvelle Clio, 2012, .. Mahomet retourne plus tard à Médine, où il meurt en 632 âgé de soixante-trois ans après une courte maladieAbdul-Rahman Arabi, L'Islam et la guerre à l'époque du prophète Mahomet, éd. Les Presses de Savoie, 1954, .
Califat des Rachidoune (632-661)
À la suite de la disparition de Mahomet, quatre califes appelés les Bien Guidés (voir Califat des Rachidoune) se succédèrent de 632 à 661 pour administrer le califat de Médine. Les quatre successeurs Bien Guidés sont Abû Bakr (632-634), Omar, (634-644), Uthman, (644-656), Ali (656–661). Cette période trentenaire fut une phase importante de l'expansion de l'Islam, mais elle souleva aussi une importante question sur les règles de successions qui fut à l'origine d'une division profonde du monde musulman (voir Sunnisme et Chiisme). Abou Bakr, pendant son très court règne est préoccupé par des guerres contre des faux prophètes (voir Apostasie dans l'islam) et la répression des révoltes tribales.
Le califat d'Omar voit des victoires décisives sur les empires byzantin et sassanide. De nouveaux territoires sont conquis : le Levant, l'Égypte, la Cyrénaïque, l'Anatolie du Sud-Est, l'Anatolie orientale, la région d'Artvin, l'Adjarie, la Samtskhé-Djavakhétie, la Basse Kartlie, le nord de l'Arménie orientale, l'Irak et l'Iran (à l'exclusion de l'Atropatène, du Tabarestan du Khorassan et du Fars)..
Début des Foutoûhâts thumb|L'expansion musulmane durant la période du Califat. Couleur Rouge foncé : Expansion sous Mahomet (622-632) ; Couleur saumon : Expansion de 632 à 661 ; Couleur sable : Expansion de 661 à 750.Prophétisées par Mahomet, c'est le deuxième calife de l'islam Omar ibn al-Khattâb qui initie les Foutoûhât (« ouvertures à l'islam »).
Guerres contre l'Empire Byzantin (632-718)
635 : Conquête de la Syrie ; 639 : Conquête de l'Arménie et de l'Égypte ; 642 : Conquête de l'Afrique du Nord ;
Selon Robert Kerr, aucune trace d'une invasion musulmane de l'Arabie pétrée et l'archéologie n'a pas mis au jour de rupture particulière avant le .
Conquête de l'Empire Perse (636-651)
La Conquête islamique de l'Iran (637-651) aboutit à la fin de l'empire Sassanide et au déclin de la religion zoroastrienne en Iran (Perse). Au cours des siècles, la plupart des peuples iraniens, y compris les Persans et dans une moindre mesure les Kurdes, se convertirent à l'Islam chiite à partir du zoroastrisme. Les acquis de la civilisation perse précédente ne furent pas perdus, mais en grande partie repris par la nouvelle entité chiite, la séparant un peu plus du sunnisme.
Conquête de l'Afghanistan (637-709)
Avant l'arrivée des Arabes en 637, le bouddhisme était présent partout en Afghanistan avec le zoroastrisme.
Tamerlan engloba l'Afghanistan dans son empire, dont la capitale était Samarcande. Sous ses successeurs, les Timourides, Hérat aurait été, avec Samarcande, l'un des phares de la période culturelle et artistique brillante, qui couvre le , appelée Renaissance timouride.
Conquête de l'Afrique du Nord (640-709) thumb|upright=0.8|La grande mosquée de Kairouan fondée en 670
En 642, les Arabes sont présents à Barqa et à Tripoli ; l’Égypte est conquise, les coptes chrétiens accueillent sans réticence particulière les Arabes. Al-Fustât est fondée, et servira de base arrière à la conquête. Omar ibn al-Khattâb refuse d’annexer l’Ifriqiya, qu’il considère mufarriqa (perfide), et s’oppose à toute expédition. Il meurt en 644, et Uthmân, dès 647, autorise les premiers raids.
La genèse de l'islam
Contrairement à l'historiographie traditionnelle, les études scientifiques menées sur la naissance de l'islam défendent une mise en place longue de celle-ci. Ainsi, dans L'Islam en débatsFrançoise Micheau, L'Islam en débats, Téraèdre, 2012., Françoise Micheau précise qu'« Il faut attendre la fin du pour trouver le nom de Muhammed (Mahomet) ». Bien que critiquées dans ses conclusions, les données de cette thèse ont été réétudiées par Frédéric Imbert pour qui cette apparition tardive témoigne davantage d'une évolution dans l'expression de la foiFrédéric Imbert, « L’Islam des pierres : l’expression de la foi dans les graffiti arabes des premiers siècles, Écriture de l’histoire et processus de canonisation dans les premiers siècles de l'islam » in Revue des études du monde musulman et de la Méditerranée, 129, juillet 2011..
Si la prédication d'une nouvelle doctrine se développe du vivant de Mahomet, William Montgomery Watt écrit « on estime en général que le dogme ne s’est développé qu’à partir du califat de ʿAlī »Watt, W. Montgomery, “ʿAḳīda”, in: Encyclopédie de l’Islam, quatrième calife dans la seconde moitié du .
Historicité des récits concernant les califes rachidoune Les années suivant la mort de Mahomet voient des évolutions importantes, comme l’expansion territoriale, la mise en place d’un corpus textuel, d’une nouvelle religion et d’un nouveau pouvoir (le califat), l’expansion de la langue arabe. L’étude de cette période reste complexe, pour des raisons méthodologiques et l’état des sources. La plupart des sources musulmanes sur cette période date du et provient de l’extérieur de l’Arabie tandis que des sources plus anciennes non-musulmanes ont connu un intérêt nouveau. Un débat méthodologique existe sur la réception de ces sourcesBorrut A., "De l'Arabie à l'Empire - conquête et construction califale dans l'islam premier", dans Le Coran des historiens, t.1, 2019, p.249-289..
« Ce passé primordial arabo-musulman se donne, en effet, à lire comme un récit composé a posteriori et visant à légitimer un pouvoir musulman confronté à ses propres divisions et à la splendeur des empires passés ». Cette histoire est une construction des . Les récits des conquêtes (futuh) ont ainsi été étudiés et ces ouvrages trahissent parfois des buts politiques propres au . Ainsi, l’ouvrage d’al-Baladhuri est, par exemple, influencé par les questions fiscales des conquêtes califales. Certains de ces textes conservent un noyau historique (du de l’Hégire) qu’il est parfois difficile à mettre au jour.
Il est donc difficile de déterminer l’histoire des premières conquêtes musulmanes. Ainsi, il n’est pas encore possible de dater la première prise de Jérusalem précisément (636 ou 638), ce qui pourrait avoir une incidence importance, la question de savoir si Mahomet était alors vivant durant ces premières conquêtes étant posée. Le problème est rendu plus complexe par l’indétectabilité de ces conquêtes. Ces conquêtes, dont les causes et moyens sont plus complexes que ce qui est généralement avancé, ont occasionné la création d’un état « qui se définit progressivement comme musulman ».