est une chanson écrite par le musicien français Marc Cerrone et adaptée en anglais par la chanteuse américaine Lene Lovich, parue en sous le label Malligator, puis aux États-Unis en décembre de la même année sous le label Atlantic Records. Il s'agit du premier single extrait de l'album du même nom, le troisième réalisé par Cerrone. La musique est composée par Alain Wisniak et Cerrone en .

La chanson, aux tonalités disco, est enregistrée aux studios Trident à Londres en . Cerrone puise son inspiration musicale dans les œuvres du groupe allemand Kraftwerk et de Giorgio Moroder, précurseurs dans l'électronique, pour produire une mélodie en boucle avec un synthétiseur ARP Odyssey, agrémentée d'un jeu de batterie et de grosse caisse. Les paroles de la chanson, inspirées de L'Île du docteur Moreau, un roman de science-fiction écrit par le Britannique H. G. Wells en , évoquent des monstres créés par l'utilisation de produits chimiques dans l'agriculture qui cherchent à venger la nature de l'humanité.

, par sa mélodie simpliste et le chant androgyne de Kay Garner, est teintée d'une ambiance sombre qui contraste avec les compositions légères présentes dans les précédents albums de Cerrone. La chanson connaît un véritable succès aussi bien en Europe, notamment au Royaume-Uni où elle se classe au huitième rang des charts après une forte utilisation dans l'émission , qu'aux États-Unis, où elle occupe la première place du . Le single s'écoule à en France et est certifié disque d'argent au Royaume-Uni.

Le titre de Cerrone devient un classique de son répertoire et du disco en général. Il est repris de nombreuses fois, notamment par Bob Sinclar en et par Duran Duran en . Le , la chanson est utilisée dans une version symphonique arrangée par Victor Le Masne, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, au cours d'un spectacle lumineux à la tour Eiffel.

Genèse vignette|alt=Photo d'un jeune homme aux cheveux longs, souriant.|Marc Cerrone en . Contexte En , un magasinier parisien installé aux Champs-Élysées envoie par erreur à New York des dizaines d'exemplaires de l'album de Marc Cerrone, croyant renvoyer un carton d'invendus de Barry White. Le titre du batteur français devient un succès outre-Atlantique et le label Atlantic Records signe un contrat de distribution. Son deuxième album, , lui permet de devenir une référence de l'euro disco orchestral.

Néanmoins, Cerrone voit que l'industrie du disco se réapproprie les codes de sa musique : un son destiné aux discothèques et très sexualisé, avec des voix féminines. Alors que la disco devient la nouvelle musique pop commerciale des années 1970, Cerrone ressent le besoin de réagir et retourne aux studios Trident à Londres en , trois mois après l'enregistrement de , pour composer un nouvel album.. est donc une réaction directe au succès croissant de Cerrone et à la commercialisation du disco : .

Écriture et composition est composée en une après-midi, en juin , dans les studios Trident, à Londres. Pour ce nouveau titre, Cerrone souhaite s'emparer du thème des progrès scientifiques et technologiques dans ce qu'ils ont de fascinant et d'effrayant : selon lui, la nouvelle réalité permise par le progrès, qui fait reculer la limite du possible, se rapproche de la science-fiction et atténue les limites entre le bien et le mal. Cerrone estime que l'être humain doit sa survie à sa capacité à s'adapter aux changements qui lui sont imposés, et ceux-ci s'accumulent à une vitesse effrénée dans les années 1970, à tel point que l'artiste considère que l'être humain doit devenir une pour s'y adapter.

En effet, Cerrone souhaite exprimer ses craintes en tant que citoyen sur l'évolution de son époque et sent que , notamment avec l'annonce du premier bébé éprouvette par un laboratoire britannique, la révélation des effets néfastes de l'échappement de substances toxiques à la suite de la catastrophe de Seveso et l'apparition des organismes génétiquement modifiés.

Caractéristiques musicales vignette|alt=Photo en sépia d'un homme à longue moustache, elle est signée en haut à droite.|L'écrivain britannique , ici dans les années 1890, auteur de L'Île du docteur Moreau. Musique Marc Cerrone est lassé des cordes et des cuivres présents dans l'essentiel des morceaux des années 1970. Il se dit inspiré par la musique du groupe allemand Kraftwerk et par Giorgio Moroder, précurseurs dans l'électronique. Cerrone produit ainsi une musique centrée autour d'un groove basse-batterie en boucle sur lequel s'ajoutent des arpèges et des nappes de synthétiseur, accentués par l'emploi de la grosse caisse. La mélodie du refrain, simpliste, et le chant de Kay Garner créent une ambiance sombre et effrayante qui tranche avec les compositions précédentes du musicien français.

Les fabricants de synthétiseurs, qui expérimentent à cette époque un matériel nouveau, envoient leurs instruments aux musiciens ayant un potentiel commercial. Ainsi, Cerrone reçoit un synthétiseur ARP Odyssey, en échange de la mention du nom de cet appareil sur la pochette de son prochain album. Le matériel étant nouveau, Cerrone et Alain Wisniak balbutient dans sa mise en marche et son utilisation avant de parvenir à composer de la musique. Le musicien trouve ensuite une séquence qui lui convient : . Dans un entretien pour France Culture en , il se rappelle : ..

Paroles vignette|alt=Photo en noir et blanc d'une femme tenant un micro.|La chanteuse américaine Lene Lovich (ici en 1979), qui adapte les paroles de . La chanson est composée par Alain Wisniak et Cerrone. Ce dernier, influencé par l'arrivée de la musique punk, de Pink Floyd et Tangerine Dream, souhaite évoquer ses préoccupations sur les progrès techno-scientifiques et ses dérives en puisant son inspiration dans L'Île du docteur Moreau, un roman de science-fiction écrit par le Britannique H. G. Wells en et adapté au cinéma par Don Taylor en . Dans un entretien en pour France Culture, Cerrone évoque cette inspiration : .

Les paroles originales françaises ont été écrites par Cerrone et adaptées en anglais par la chanteuse américaine Lene Lovich. La chanson est d'abord intitulée Malligator, en référence au label fondé par Cerrone, mais sur les conseils de Lovich, elle est finalement intitulée .. L'interprétation est assurée par la chanteuse Kay Garner, choisie par Cerrone pour sa voix androgyne, afin d' (elle n'est pas créditée malgré sa contribution importante, ce qui est habituel à l'époque.). L'histoire raconte un futur où l'utilisation de produits chimiques fertilisants dans l'agriculture a créé des monstres qui cherchent alors à se venger de l'humanité. Bien que considéré comme visionnaire, le texte de cette chanson ne cherche pas à dénoncer une dérive écologique, ni ne porte de message particulier, d'après Cerrone..

Parution Sortie vignette|gauche|Logo de Cerrone sur ses albums. Cerrone fait écouter à Ahmet Ertegün et Jerry Greenberg, respectivement fondateur et président du label Atlantic Records, qui apprécient la chanson, mais estiment qu'elle n'est pas commerciale et que sa publication pourrait saborder le travail accompli avec les précédents albums de Cerrone. Celui-ci insiste pour que paraisse en face A d'un single, ce qu'Atlantic accepte à condition qu'il s'agisse d'une adaptation courte destinée à une diffusion en radio.

sort en single sous le format 45 tours en France en sous le label Malligator et est extrait de l'album homonyme. Le titre, d'une durée de , est accompagné de la chanson . Aux États-Unis, il paraît en sous le label Cotillon et est accompagné de sur sa .. Le single sort également au Royaume-Uni le sous le label Atlantic, avec le titre sur sa ..

Pochette

La photo de couverture du single, reprise de celle de l'album du même nom, est réalisée par le photographe Patrick Perroquin avec qui Cerrone a déjà collaboré pour la pochette de , son second album. Perroquin est choisi car il comprend bien l'univers artistique du musicien français. Cerrone, inspiré par les photos des albums des Pink Floyd qui selon lui sont le point de départ d'une histoire, souhaite créer le même genre d'atmosphère avec la pochette de .

La photo prend pour cadre un bloc opératoire de la clinique de Choisy-le-Roi et arbore un visuel froid et apocalyptique, à rebours des précédentes pochettes qui étaient bien plus légères. Elle montre Cerrone portant une chemise noire ouverte sur sa chaîne en or et un pantalon à pattes d'éléphant ; son regard est grave, presque fou. À ses pieds sont couchées trois créatures mi-hommes mi-bêtes. Cerrone s’appuie sur une table d'opération où gît un cadavre écorché.

Clip musical

Le clip est tourné durant l'hiver 1977-1978, juste après la sortie du single. Cerrone souhaite mettre en mouvement la photo de la pochette et la photo intérieure qui montre l'artiste, entouré des mêmes créatures, posant au milieu d'un jardin rappelant l'Éden, cherchant à renouer avec les débuts de l'humanité. Cerrone fait appel à Rémy Grumbach, rencontré lors d'une émission de Michel Drucker, pour le co-réaliser. Grumbach propose à Cerrone de tourner dans l'ancienne carrière de craies de Mantes-la-Jolie : ce dernier, en voyant ce décor lunaire qui lui fait penser à un , a le et considère que l'atmosphère qui y règne correspond à celle de .

La vidéo est tournée par Celsius : elle met en scène des femmes déguisées en infirmières et des hommes à moitié nus, rescapés de l'apocalypse, portant des masques d'un animal ressemblant à un cochon ou un loup, errant dans un paysage désertique et escaladant des falaises à mains nues. Cerrone arrive en Rolls-Royce et s'installe au milieu de la carrière de craie pour jouer sur sa batterie Ludwig en plastique transparent, entouré de grands murs de pierre.

Réception Réception critique En , le site spécialisé anglophone classe au des chansons des années 1970, affirmant que le titre de Cerrone . estime que ce morceau de ..

Réception commerciale s'est écoulé à plus de en France.. En , le single est certifié disque d'argent au Royaume-Uni par la pour avoir atteint les vendues.

Dans les charts, atteint la du classement au Canada et la conserve pendant cinq semaines, entre février et . .. Aux États-Unis, le titre atteint la place du et la place du Hot Dance Club Songs ..

En Europe, le single de Cerrone atteint la huitième place du et la conserve pendant trois semaines, à partir du , après avoir été diffusé à de nombreuses reprises dans l'émission . .. Le titre figure au en Irlande, à la en France et au en Italie.

Postérité Reprises fait l'objet de nombreuses reprises : en , Lene Lovich reprend ce tube dans une compilation intitulée , réunissant plusieurs artistes au profit de PETA.. En 1989, le duo britannique intègre la chanson en face B du single , extrait de son quatrième album studio, intitulé .. En 1994, le groupe écossais de musique électronique reprend sur son premier album, .. En , le disc jockey français Bob Sinclar propose une version remixée de dans un album de reprises de morceaux de Cerrone, intitulé .. La chanson est également reprise dans le jeu vidéo en .. En , le titre de Cerrone est repris par le groupe britannique Duran Duran sur son seizième album Danse Macabre.. Pour son spot publicitaire télévisé de fin d'année 2024, l'entreprise de vente en ligne de chaussures et de vêtements Zalando choisit comme fond sonore.. En 2025, le morceau fait l’objet d’une nouvelle version intitulée Supernature MMXXV, dirigée par Cerrone et le DJ allemand Purple Disco Machine et chantée par Rahim Redcar.

Jeux olympiques de Paris 2024