Un double référendum non contraignant a lieu le en Roumanie en même temps que les élections européennes.
La population est amenée à se prononcer sur deux questions. La première porte sur l'interdiction des pardons et des amnisties en faveur de personnes condamnées pour corruption. La seconde propose quant à elle d'interdire au gouvernement de recourir à des ordonnances d'urgence dans le domaine judiciaire, et à faciliter le droit de recours à la Cour constitutionnelle contre ce type d'ordonnance.
Le référendum étant non contraignant, le parlement devra décider par la suite comment mettre en œuvre le résultat, s'il est positif. Le scrutin fait néanmoins parti d'un bras de fer entre le président Klaus Iohannis, à l'origine de ce référendum, et le gouvernement social-démocrate des Premiers ministres Sorin Grindeanu, Mihai Tudose, puis Viorica Dăncilă. Le résultat est ainsi jugé susceptible de faire reculer ce dernier dans ses tentatives de réformes du système judiciaire, jugées conciliantes envers les auteurs de corruption.
Les deux propositions sont approuvées par plus de 80 % des votants, pour un taux de participation qui, bien que ne s'élevant qu'à un peu plus de 40 %, se révèle plus important qu'attendu, et permet une validation des résultats par franchissement des quorum exigés. Le référendum est par conséquent vu comme un désaveu de la coalition au pouvoir qui avait appelé au boycott, et un soutien à la lutte anticorruption du président Iohannis.
Contexte vignette|redresse|Le président Klaus Iohannis en 2015 Le référendum fait suite à un conflit ouvert entre le gouvernement eurosceptique du social-démocrate Sorin Grindeanu et le président de centre droit pro-européen Klaus Iohannis. Ce dernier juge les actions du gouvernement comme une visant à affaiblir la lutte contre la corruption, en plein essor depuis les réformes liées à l'entrée dans l'Union européenne (UE). Le gouvernement, composé du PSD et d'un partenaire minoritaire, l'ALDE, est très critique envers les institutions européennes, affirme pour sa part que ses réformes visent à corriger les de magistrats qu'il accuse de fonctionner en .
vignette|redresse|Le Premier ministre Sorin Grindeanu en 2015 Le conflit remonte à des évènements ayant eu lieu deux ans plus tôt, lorsque le Premier ministre Sorin Grindeanu déclare le avoir l'intention de faire libérer par décret 2500 prisonniers afin d'alléger la surpopulation carcérale. Le groupe de détenus comporte notamment des personnalités condamnées pour corruption, ce qui déclenche d’importantes manifestations et la menace du président de recourir à un référendumRumänien, 26. Mai 2019 : Keine Begnadigung bei Korruptionsdelikten Démocratie Directe.
Le gouvernement poursuit tout de même dans sa décision et publie le une ordonnance d'urgence accordant une amnistie pour les auteurs d'infractions de moins de , les peines de moins de cinq ans et les prisonniers en phase terminale. Devant la levée de boucliers qu'entraîne cette décision, dont notamment la démission du ministre de la justice, le gouvernement lève son décret le par le biais d'un second. Le Parlement approuve la proposition de référendum de Iohannis le lors d'une séance commune où elle obtient pour et zéro contre. Le décret ayant été retiré, le projet n'est cependant pas poursuivi.
Le gouvernement réitère son intention de légiférer par ordonnance dans le domaine judiciaire. Ces projets s'attirent de vives critiques de la part de l'UE, qui s'inquiète d'une sape de l'état de droit et des progrès dans la lutte contre la corruption.
Objet Devant la poursuite des projets de réforme du système judiciaire, Iohannis décide en de soumettre la question de la validité de ces ordonnances directement à la population, le jour des élections européennes. Il affirme alors que les citoyens ont le droit de décider s'ils veulent ou non que la corruption devienne .
Deux questions sont ainsi proposées. D'une part, l'interdiction de toute grâce ou amnistie en faveur d'individus condamnés pour des faits de corruption. D'autre part, l'interdiction de l'utilisation des ordonnances d'urgence par le gouvernement dans des domaines touchant au pénal, ainsi qu'une ouverture du droit de contestation des ordonnances d'urgence devant la Cour constitutionnelle. Au moment du référendum, seul le médiateur de la république est habilité à saisir directement la cour en cas d'utilisation de ces ordonnancesRumänien, 26. Mai 2019 : Keine Notverordnungen im Justizwesen Démocratie Directe.
Le projet de double référendum est soumis au parlement le . Le parlement dispose alors de vingt jours pour se décider, ce qu'il fait le 17 lors d'une réunion en séance commune où le projet est voté par 218 pour, 11 contre et 3 abstentions. Iohannis signe le le décret de convocation du scrutin.
Conditions
En Roumanie, un référendum requiert pour être légalement valide qu'au moins 25 % des inscrits aient exprimés un vote en faveur du oui ou du non à la question posée. À cette condition s'ajoute un quorum de participation de 30 %.
Le référendum étant consultatif, son résultat ne sera pas légalement contraignant même s'il est validé : les propositions ne seront pas nécessairement appliquées, le parlement conservant la liberté de les traduire en lois ou non. En revanche, en cas de validation, le résultat d'un référendum devient l'expression de la volonté du peuple souverain, selon une décision de la Cour constitutionnelle prise à la suite du référendum consultatif de 2009. Le parlement ne pourra dans ce cas voter aucune loi nouvelle allant à l'encontre du résultat exprimé.
Prise de position + Position des principaux partis Position Partis politiques Pour Parti national libéral (PNL) Union sauvez la Roumanie (USR) Parti de la liberté, de l'unité et de la solidarité (PLUS) Parti Mouvement populaire (PMP) Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR) Forum démocratique des Allemands de Roumanie (FDGR) Boycott Alliance des libéraux et démocrates (ALDE) Parti socialiste roumain (PSR) Parti national paysan chrétien-démocrate (PNȚCD) Parti écologiste roumain (PER)Neutre Parti social-démocrate (PSD)
Résultats Interdiction des amnisties ou grâces en cas de corruption +Résultats nationauxRésultats définitifsChoix Votants InscritsVoix%%Quorum Pour 85,91 35,34 Contre 14,09 5,80Votes exprimés 94,91 41,14 25 %Blancs et invalides 5,09 2,21Total des votants 100,00 43,35 30 %Abstentions 56,65Inscrits 100,00
Êtes-vous en faveur d'une interdiction d'amnistie ou de grâce en cas de corruption ? Votes Pour(85,91 %)Votes Contre(14,09 %) ▲ Majorité absolue
Interdiction des ordonnances d'urgence en matière pénale +Résultats nationauxChoix Votants InscritsVoix%%Quorum Pour 86,18 35,44 Contre 13,82 5,68Votes exprimés 95,86 41,12 25 %Blancs et invalides 5,14 2,23Total des votants 100,00 43,35 30 %Abstentions 56,65Inscrits 100,00
Êtes-vous favorable à l'interdiction des ordonnances d'urgence du gouvernement dans le domaine des infractions pénales, des peines et du code de procédure pénale, ainsi que l'extension du droit de contester les mesures d'urgence devant la Cour constitutionnelle? Votes Pour(86,18 %)Votes Contre(13,82 %) ▲ Majorité absolue
Analyse et conséquences vignette|Taux de participation par județ. Malgré l'appel au boycott des partis au pouvoir, les deux propositions recueillent 80 % de votes positifs pour un taux de participation qui, bien que ne s'élevant qu'à un peu plus de 40 %, se révèle plus important qu'attendu, et permet une validation des résultats par franchissement des quorum exigés. Ce résultat est considéré comme un désaveu de la coalition au pouvoir, et un soutien à la lutte anti corruption du président Klaus Iohannis.
Notes et références
Catégorie:Référendum en 2019 Catégorie:Politique en mai 2019 2019 Catégorie:2019 en Roumanie