Laffaire Polanski est une affaire judiciaire impliquant le réalisateur franco-polonais Roman Polanski, arrêté et inculpé à Los Angeles en dans une affaire d'abus sexuel sur mineur contre Samantha Gailey, une jeune fille alors âgée de treize ans. La justice retient six chefs d'accusation contre lui : viol sur mineur, sodomieEn anglais, la sodomy a une définition bien plus large qu'en français, correspondant peu ou prou à « sexe contre-nature ». Voir Loi anti-sodomie., fourniture d'une substance prohibée à une mineure, actes licencieux et débauche, relations sexuelles illicites et perversion. En échange de l'abandon des autres charges, Roman Polanski plaide coupable pour rapports sexuels illégaux avec une mineure. Il est condamné à une peine de quatre-vingt-dix jours de prison puis est libéré pour conduite exemplaire après en avoir effectué quarante-deux. L'évaluation psychiatrique est favorable mais le juge, , revient sur sa décision — décision contestée aussi bien par la défense que par l'accusation — et souhaite à nouveau condamner Polanski. Ce dernier fuit les États-Unis et s'installe en France, pays refusant l'extradition de ses citoyens et dont il possède la nationalité.

Selon le procureur de la poursuite (« District Attorney ») qui était chargé de l'affaire, Roger Gunson, la peine qu’a purgée Roman Polanski correspond au jugement qui a été rendu. Sa victime, Samantha Gailey, lui a publiquement pardonné et a demandé à plusieurs reprises l'arrêt des poursuites. La justice américaine a cependant toujours refusé de clore l'affaire si le réalisateur ne revenait pas sur le sol américain.

En 2009, Roman Polanski est arrêté à Zurich, dans le cadre d'un traité d’entraide judiciaire pénale entre la Suisse et les États-Unis, et incarcéré pendant deux mois avant d'être assigné à résidence à Gstaad. En 2010, la Suisse refuse l'extradition du réalisateur. En 2015, la Pologne refuse à son tour une demande d'extradition des États-Unis. Le réalisateur est, en raison des poursuites engagées par la justice américaine contre lui depuis 1977, toujours considéré par Interpol comme fugitif, et ne peut, de fait, circuler librement que dans trois pays : la France, la Pologne et la Suisse.

L'affaire Faits Au début de l'année 1977, Roman Polanski, alors âgé de quarante-quatre ans, est engagé par l'édition française du magazine Vogue pour réaliser un reportage photographique sur les jeunes filles européennes et américaines417... Par l'intermédiaire d'un ami commun, il rencontre Jane Gailey, une aspirante actrice, et sa fille Samantha, une adolescente de treize ans, à qui il propose d'être l'un de ses modèles419.29.. Cette dernière donne son accord, avec l'approbation de sa mère, voyant dans ce projet l'opportunité de réaliser son rêve de devenir une .. Selon Gailey (qui a pris après son mariage le nom de son mari, Geimer), Polanski lui avait promis qu'il pourrait faire de son rêve d'adolescente de devenir mannequin et actrice une réalité..

Une première séance photo a lieu le près du domicile de l'adolescente à Woodland Hills, sur les hauteurs de Los Angeles. Au cours de cette séance, Polanski photographie Samantha Gailey seins nus, ce qu’elle ne raconte pas à sa mère sans pouvoir expliquer pourquoi. Satisfait par les clichés, Polanski propose une deuxième séance, ce que Gailey, qui voit en lui son , et sa mère acceptent37.. Le , le réalisateur la conduit jusqu'au domicile de Jack Nicholson afin de prendre de nouvelles photos..

La propriété de Nicholson, absent ce jour-là, leur est ouverte par Helena Kallianiotes, actrice et voisine de l'acteur427.. À l'intérieur, Gailey réclame un rafraîchissement. Polanski propose alors du champagne, ce à quoi Gailey répond que ça lui est , et sert trois verres, un pour Kallianiotes, un autre pour l'adolescente et un dernier pour lui. Traduction française par haoui.com ici.. Après le départ de Kallianiotes, la séance photo se déroule dans la cuisine puis à l'extérieur de la maison, sur le patio, près de la piscine et dans un jacuzzi.

Selon son témoignage, il continue à faire boire du champagne à l’adolescente tout au long de la séance. Lorsque, d'après elle, Polanski lui propose de partager avec lui une pilule de Quaalude, un hypnotique très utilisé à l'époque comme drogue récréative, elle refuse une première fois, puis accepte sur son insistance parce qu'elle voit qu'il 178.. Lors de son audition, elle déclare : .

Avant de photographier Gailey dans le jacuzzi, Polanski lui demande d'appeler sa mère, la séance durant plus longtemps que prévu, afin de savoir s'il pouvait la ramener chez elle un peu plus tard428.. Jane Gailey accepte. Gailey se déshabille de sa propre initiative, à l'exception de ses sous-vêtements, qu'elle accepte finalement de retirer à la demande de Polanski, avant de rentrer dans le jacuzzi. Le réalisateur prend plusieurs photos de l'adolescente avant de se déshabiller à son tour pour entrer dans l'eau429.. Le modèle prétend alors avoir de l'asthme afin de sortir du jacuzzi47.. Polanski lui propose ensuite d'aller dans la piscine. Elle hésite puis accepte, traverse la piscine à la nage, avant d'en sortir et de rejoindre la salle de bain afin de se sécher.

D'après son témoignage, elle suit Polanski jusqu'à une chambre où il lui demande de s'allonger sur un divan. L'adolescente demande alors à rentrer chez elle. Le réalisateur lui répond qu'il la raccompagnera un peu plus tard. Le réalisateur commence alors à l'embrasser. L'adolescente atteste lui avoir dit à plusieurs reprises et tenté de le repousser sans succès. Elle a 13 ans, lui est un adulte de 44, elle a peur49.. Polanski lui ayant fait prendre un narcotique illégal ainsi que l'alcool, elle se sent . Cette jeune fille, malgré ses 13 ans, malgré l'autorité qu'il a sur elle et bien qu'il l'ait droguée délibérément, a réussi à dire non plusieurs fois et à essayer de le repousser. Il ignore complètement ses refus.

Le réalisateur pratique ensuite sur l'adolescente un cunnilingus avant de la contraindre à un rapport vaginal puis anal. Gailey n'a pas d'autre possibilité que de et déclare, lors de son audition, pouvoir en raison des effets de l'alcool et de la drogue — . Dans son autobiographie, elle écrit : et ajoute :

Dans un témoignage ultérieur, Samantha Gailey déclare qu'au moment où le crime était commis, l'actrice Anjelica Huston, compagne de Nicholson, est rentrée dans la maison. Selon Gailey, Huston est devenue méfiante à propos de ce qui se passait derrière la porte fermée et avait commencé à frapper dessus, avant de repartir après que Polanski lui ait dit qu'ils venaient de sortir du jacuzzi et qu'ils allaient bientôt sortir. L'interruption de Huston provoque à Gailey un 50.. Néanmoins, Polanski la contraint à poursuivre un rapport anal :

Alors que Polanski s'apprête à raccompagner Gailey chez elle, ils croisent Anjelica Huston. Selon cette dernière, l'adolescente, avec qui elle parle brièvement, n'a l'air ni , ni 81.. Cependant, Gailey témoigne :

Une fois rentrée chez elle, Gailey se confie sur ce qui vient de lui arriver à son petit ami. Sa sœur surprend la conversation et prévient leur mère immédiatement. Susan Gailey, furieuse, appelle la police et dépose plainte le soir même contre Polanski. L’adolescente est alors interrogée et amenée à l'hôpital pour être examinée.

Condamnation, prison et fuite Le lendemain, le , Roman Polanski est arrêté. Informé qu'une accusation de viol pèse contre lui, le cinéaste est pourtant incapable d'établir 434.. Contre une caution de deux mille cinq cents dollars versée par son avocat, Polanski est libéré et poursuit son travail sur l'adaptation d'un roman de Lawrence Sanders intitulé The First Deadly Sin, produit par Columbia Pictures437..

Toujours le , Samantha Gailey témoigne devant le grand jury du comté de Los Angeles. Polanski est inculpé pour six motifs : avoir fourni une substance prohibée à une mineure, s'être livré à des actes licencieux et de débauche, s'être rendu coupable de relations sexuelles illicites, de perversion, de sodomie (selon la terminologie législative américaine) et de viol.. Il s'installe ensuite au Château Marmont afin d'échapper aux paparazzis440.. La Columbia Pictures l'informe alors qu'ils abandonnent le projet The First Deadly Sin441. (l'adaptation sera finalement tournée en 1980 sous le titre De plein fouet avec une nouvelle équipe de productionfiche du film sur l'AFI Catalog.).

Le , Polanski se voit signifier officiellement les six chefs d'inculpation par le juge chargé de l'affaire, Laurence J. Rittenband. Il plaide non coupable et voit sa libération sous caution reconduite. Le juge Rittenband accède à sa demande de quitter provisoirement les États-Unis afin de se rendre à Londres puis à Paris, où il pense .

Polanski regagne ensuite Los Angeles où il est informé que la famille Gailey souhaite qu'elle ne comparaisse pas en public443.150.. Un accord entre l'avocat de Polanski, , celui de la famille Gailey, , le procureur chargé de l'accusation, Roger Gunson, et le juge Rittenband est engagé en faveur d'une négociation pour l'abandon des accusations les plus graves et une condamnation sans procèsMarina Zenovich, Roman Polanski: Wanted and Desired, HBO, 2008. Au même moment, Polanski se voit proposer un contrat d'un million de dollars par le producteur Dino De Laurentiis pour la réalisation d'un remake du film The Hurricane de John Ford444..

Le , Polanski plaide coupable pour rapports sexuels illégaux avec un mineur, les autres charges étant abandonnées à la suite de la négociation entre les différentes parties pour éviter un procès public. Selon deux experts psychiatriques commissionnés par la cour, les docteurs Alvin E. Davis et Ronald Markman, Polanski , précisent qu'il est d'une , estiment que et ajoutent que ..

Le , le juge Rittenband condamne Polanski à une peine de quatre-vingt-dix jours de prison pendant laquelle il doit subir une . À sa sortie, Rittenband prévoit de classer l'affaire avec une mise à l'épreuve. Entre-temps, le juge accorde à Polanski un sursis afin qu'il puisse terminer la préparation du film Hurricane. Polanski se rend à Munich, en Allemagne, puis à Bora-Bora, où il effectue des repérages.

Il retourne ensuite aux États-Unis où, le , il est incarcéré dans la prison californienne de Chino. Après avoir passé quarante-deux jours en prison, Polanski est libéré pour conduite exemplaire le . Le lendemain, le juge Rittenband convoque l'avocat du réalisateur Douglas Dalton et le procureur Roger Gunson et les informe qu'il souhaite condamner le réalisateur à une nouvelle peine. Sensible aux critiques du public et , le juge prévoit une condamnation à mais déclare à Dalton et Gunson que le réalisateur sera libéré après quarante-huit jours s'il accepte de quitter définitivement les États-Unis.

Dalton informe alors Polanski de la situation. L'avocat ne peut cependant pas lui assurer qu'il sera bien libre après les quarante-huit jours, un emprisonnement d'une durée indéterminée permettant au juge de prolonger la peine jusqu'à cinquante ans s'il le désire. Dans son autobiographie, Polanski écrit :

Le , sans en informer son avocat, Polanski se rend à l'aéroport de Los Angeles et prend un avion pour Londres puis pour Paris466..

Le , les autorités américaines ouvrent un dossier d’extradition à l’encontre du cinéaste. La France, comme d'autres États, refuse généralement l'extradition de ses citoyens et annonce que Polanski ne sera pas renvoyé aux États-Unis.. L'accusation, le procureur et la défense dénoncent alors le comportement du juge, qui est déchargé du dossier en pour . L'affaire est confiée au juge Paul Breckinridge qui refuse de juger Polanski par 468..

Suites de l'affaire, procès au pénal et un documentaire