Francis Harburger né le à Oran (Algérie coloniale) et mort le à est un peintre français.

Entré en 1920 à l’École des beaux-arts d’Oran, il s’installe à Paris en 1921 pour y poursuivre sa formation. Élève de l’École nationale des Arts décoratifs puis, en 1923, de l’École nationale supérieure des beaux-arts, il est, en 1928, le premier pensionnaire de la Casa de Velázquez à Madrid. En 1933, il s’inscrit à l’Atelier de la Fresque de la Ville de Paris. Ce cursus classique lui permet, tout au long de sa carrière, d'expérimenter et de développer plusieurs techniques picturales : peinture à l’huile, fresque, aquarelle, gouache, pastel, collage, terre cuite, mosaïque, céramique…

Harburger s’est exprimé sur ses conceptions picturales dans un ouvrage paru en 1963, Le Langage de la peinture..

Il n’est pas rattaché à une école de peinture en particulier. C’est un artiste figuratif indépendant, qui a développé ses propres recherches. Il s’est volontairement tenu à l’écart de ce qu’il appelait en 1998 , qu’il critiquait.

Multiple, son œuvre comprend au moins tableaux., environ sur papier. et une quinzaine de décorations murales.

Francis Harburger revendique l'influence de Jean Simeon Chardin, Cézanne, Renoir, Derain, Matisse, Le Greco et André Favory.

Dès sa jeunesse, l'artiste est séduit par quelques genres, qu'il déclina toute sa vie : les natures mortes, les portraits, les nus et les paysages. Mais c’est le monde de l'objet qui constitua pour lui une véritable obsession. La première série de ses natures mortes se situe dans la lignée de la tradition naturaliste de l’art français du .

Les lois antisémites du régime de Vichy contraignent l'artiste à se réfugier avec sa famille en Algérie. À son retour à Paris en 1945, spolié, il ne retrouve rien de son atelier ni de ses collections.

C’est à cette période qu’il invente un nouveau langage pictural, début de ses recherches néo-cubistes, qu'il qualifie de « Hiéroglyphes ».

La diversité des œuvres de Francis Harburger a parfois dérouté la critique. Connu et apprécié pour ses , il ne trouva pas, de son vivant, de véritable soutien à ses Hiéroglyphes. Mais, après sa mort, des conservateurs et des amateurs d’art découvrirent son œuvre singulier, exprimant parfois . Harburger en eut l’intuition quand, tout à la fin de son journal intime, il écrivit : .

L'œuvre de Francis Harburger a fait l'objet de plusieurs publications, en particulier, en 2015, le Catalogue raisonné de l'œuvre peint et, en 2018, un ouvrage dédié à ses Œuvres graphiques.

Biographie

Les années de jeunesse : 1905-1928 Francis Harburger naît le à Oran (Algérie). De son père, Jules Harburger, avocat, originaire d’une famille juive d’Alsace. émigrée en 1870, il hérite le sens de la justice dont témoigneront ses Compositions civiques, peintes dans les années 1950-1970. De sa mère, née Célestine Aboulker (1874-1954), artiste peintre, il reçoit d’évidentes dispositions pour le dessin. En 1919, il entre à l’École des beaux-arts d’Oran, dirigée par Augustin Ferrando (1880-1957), et s’enthousiasme pour les tableaux de Paul Cézanne (1839-1906), dont l’œuvre détermine certaines des orientations fondamentales de l’art moderne. À 16 ans, Harburger rejoint son frère Adrien à Paris et entre à l’École nationale des Arts décoratifs. En 1923, il est reçu à l’École nationale supérieure des beaux-arts que dirige Albert Besnard (1849-1934), et s’inscrit dans l’atelier de Lucien Simon (1861-1945).

En 1925, il fait la connaissance du peintre André Favory (1888-1937), lié à André Lhote et Roger de La Fresnaye. Il se lie également avec le peintre Alfred Gaspart. (1900-1956) et fréquente les cours de croquis à l’Académie de la Grande-Chaumière. Cette année-là, il est élu Grand Massier des peintres.

En 1926, Harburger participe au Salon des indépendantsCatalogue d'exposition. ref. BNF : FRBNF14579747., avant de partir pour Alger faire son service militaire. Il occupe son temps libre à peindre de lumineux paysages (La Rade de Mers El Kébir, (coll. privée) et fréquente les artistes locaux, Jean Launois (1898-1943), ami d’Albert Marquet (1875-1947), Louis Fernez (1900-1984), Émile Claro (1897-1977), Armand Assus (1892-1977) et Jean Alazard (1887-1960), professeur d’histoire de l’art à la faculté des Lettres d’Alger.

En 1928, il est nommé pensionnaire à la Casa de Velázquez à Madrid. Au musée du Prado, il s’enthousiasme pour Francisco de Goya, Diego Vélasquez et Le Greco. Il visite Tolède, Grenade, Séville, fait une échappée au Portugal, séjourne à Alcañiz el Real, où il peint Les Lavandières.

La vie artistique à Paris : 1929-1938 De retour à Paris, Harburger trouve un atelier au cœur de Montparnasse, rue Campagne-Première. Il poursuit sa formation à l'École du Louvre et à l'Atelier de la Fresque de la Ville de Paris, fondé par Paul Baudoüin.. Il participe à la vie artistique de la capitale et s’intéresse à tous les courants artistiques de l'époque. Il est abonné à la revue L’Esprit nouveau, animée par le peintre Amédée Ozenfant et l’architecte Le Corbusier.

Dès 1925, il expose dans les salons (Salon d'automne., Salon des indépendants., Salon des surindépendants, Salon de la France d'outre-mer.).

En 1930, il fait sa première exposition personnelle à la galerie 23., située au 23, rue La Boétie à Paris, réunissant quinze peintures sous le titre « Espagne ». Cette première présentation au public est saluée par un achat de l’État (Remparts d’Avallon, Villefranche-de-Rouergue, musée Urbain Cabrol.). 1930 est aussi l’année où Harburger commence à exposer au Salon des surindépendantsCentre Pompidou/MNAM-CCI/Bibliothèque Kandinsky, fonds Léonce Rosenberg, cote LROS 28. parmi les peintres réalistes. Il y présente successivement Embarquement pour Cythère (1930), L’Apprenti sorcier (1931) et La Sieste (1932)., avant de devenir secrétaire général du Salon en 1933 et d’y exposer annuellement.

En 1933, Harburger épouse Jeannine Halff, alors bibliothécaire à L'Heure joyeuse.. Le couple s’installe dans un atelier situé 15, rue Hégésippe-Moreau à Paris, aujourd’hui Villa des Arts. Le peintre enseigne l’histoire de l’art et le dessin à l’École normale israélite orientale, participe à plusieurs décorations murales – une fresque. pour l’école communale de la rue Durouchoux à Paris, aujourd'hui lycée professionnel Erik-Satieac-paris.fr., rue Pierre-Castagnou. En 1937, Francis Harburger expose à l’Exposition universelle de 1937, où il collabore à la décoration de plusieurs pavillons, réalisant notamment un panneau décoratif pour le Salon de la beauté, situé dans la rue MarchandeDossier aux Archives nationales, F/12/12194..

Pendant la guerre, Francis Harburger se réfugie à Alger : 1939-1945 Harburger est mobilisé le et passe onze mois sur la ligne Maginot. Cité à l’ordre du régiment et rendu à la vie civile en , il est bientôt menacé par les lois antisémites du régime de Vichy, qui le privent de son poste de professeur. Sa carrière parisienne est interrompue.

Il quitte la métropole avec sa famille et s’installe à El Biar, sur les hauteurs d’Alger. Ses œuvres sont exposées chaque année dans des galeries d'Alger et d'Oran. Il participe à la vie artistique très animée d'Alger, où résident, travaillent et exposent de très nombreux artistes qui composent l'École d'Alger. Entre la fin de l'année 1940 et 1945, il réalise environ 300 tableaux.

vignette|redresse|Oran. Les Falaises (1945), collection particulière. En 1942, les Harburger apprennent qu’ils sont spoliés de leurs biens restés en France.. Cette même année, leur jeune fils meurt, atteint de dysenterie. Seul le débarquement des Alliés à Alger, le , longuement préparé par la résistance algéroise, dans laquelle José Aboulker joue un rôle de premier plan, met un peu de baume au cœur du peintre.

Retour en métropole : 1946-1955 À la fin de la guerre, Harburger regagne la métropole, où il ne retrouve ni appartement, ni atelier, ni ses œuvres, ni celles de sa collection. Il s'installe à Enghien-les-Bains. Pour vivre, il donne des cours à mi-temps dans l’enseignement technique. Tout en se débattant avec les dossiers administratifs relatifs à sa spoliation., il renoue avec ses amis peintres, dont Henry Valensi (1883-1960), fondateur du musicalisme pictural, et se remet à peindre, notamment une série de Natures mortes de la réalité, qui témoignent de sa sensibilité à la poésie des choses humbles. Réagissant contre la peinture faite , il milite pour le langage figuratif.

En 1949, il expose au Salon des surindépendants une Peinture-Manifeste du « Réalisme humaniste », dont il rédige également les bases., et s’engage dans une série de « compositions civiques » (Faites l’Europe, 1950 ; Toutes les larmes sont salées, 1952 ; Exhortation à l’Union, 1957 ; L'Art et l’Argent, 1962 ; Défense écologique, 1977, coll. privées).

Au début des années 1950, en même temps qu'il peint des natures mortes inspirées d’objets de la vie quotidienne et des paysages d’Île-de-France, Harburger ouvre en un cours de peinture, l'académie de peinture d’Enghien-les-Bains. vignette|redresse|Le Pont-Neuf (1950), collection particulière. Sur le plan pictural, à partir de 1952, Harburger s’oriente vers une voie nouvelle, fondée sur le rapport ligne-matière. C’est le début de ses recherches néo-cubistes.

Un atelier à Paris : 1956-1998 En 1956, Harburger s’installe dans un atelier parisien, au 83, rue de la Tombe-Issoire, cité d'artistes. aujourd'hui inscrite au titre des monuments historiques., où il va passer désormais le plus clair de son temps. En 1958, la galerie Pro Arte, rue de Miromesnil, propose une présentation de ses natures mortes de la réalité. En 1960, ses hiéroglyphes sont exposés à la galerie parisienne L’Antipoète, rue de la Harpe..

Harburger ouvre en 1960 un cours de peinture figurative dans son atelier. Cet enseignement aboutit en 1963 à la publication du Langage de la peinture, petit traité du naturalismeÀ ne pas confondre avec le courant de la peinture naturaliste du . que préface Étienne Souriau. Le journal Combat y voit . En , la Société française d’esthétique invite Harburger à faire une conférence à la Sorbonne : « Le naturalisme : pourquoi pas ? »

À partir de 1975, des galeries (Paris, Honfleur, Dieppe, Concarneau, Strasbourg, Lyon) exposent régulièrement les « natures mortes de la réalité » et les « hiéroglyphes » d’Harburger. L’artiste ajoute parfois à la transcription peinte d’objets et à leurs idéogrammes de vrais morceaux de cuivre, de porcelaine ou de toile cirée, des cuillères de bois ou des couvercles de casserole. Cette introduction d’éléments directement collés sur la toile sont le point de départ, en 1977, d’une nouvelle formulation de son naturalisme. L’artiste regroupe ces œuvres sous l’appellation Abstractions concrètes.. Harburger poursuit son évolution vers une simplification des formes jusqu’à la fin de sa vie, en 1998.

Œuvre Natures mortes vignette|redresse|La Lampe à pétrole (1951), huile sur isorel, collection particulière. Production la plus importante en nombre dans l'œuvre de l'artiste, ses « natures mortes de la réalité » ont fait l'objet de nombreux articles à l'occasion des expositions de son œuvre. Sa palette est principalement à base d'ocres, de noir et de blanc. Il choisit une gamme chromatique sobre et affirme « la primauté de la lumière sur la couleur ». vignette|redresse|Crâne et ficelle (1957), huile sur toile, , Castres, musée Goya. La première série de ces natures mortes se situe dans la lignée « des maîtres de la réalité de l'époque de Louis XIII, que Paul Jamot et Charles Sterling firent connaître au public en 1934 : Georges de La Tour, Baujin, Louise Moillon». Harburger s'inscrit alors dans la tradition naturaliste de l’art français du , et dans le sillage d’un Chardin. Francis Harburger, l'amoureux des choses, c'est sous ce titre qu'André Flament, critique d'art, introduit la monographie que la Revue Connaissance des Arts consacre à Francis Harburger en 1974.