Henri Dauman, né le à Montmartre. et mort le . à Long island (New York), est un photographe d'origine française.

Il a travaillé principalement pour des magazines américains tels que Life, Newsweek et The New York Times Magazine, mais aussi pour Paris Match, le magazine italien Epoca, L'Express ou l'agence Magnum. Il est également à l'origine de la défense des droits d'auteurs des photographes aux États-Unis pour American Society of Media Photographers (ASMP). L'iconique photographie de Jacqueline Kennedy lors des funérailles du président américain assassiné John F. Kennedy fait partie de l'une des illustrations reprises régulièrement par le magazine Life. Cette photographie a été également utilisée à de multiples reprises par Andy Warhol pour ses tableaux Nine, Twelve et Sixteen Jackies... Il a eu deux enfants lors d'un premier mariage. Il est le père de Philippe Dauman , ancien vice-président exécutif supervisant Paramount Pictures Entertainment et président du groupe Viacom...

Ce n'est qu'à l'âge de 81 ans qu'il sera au centre d'une première exhaustive rétrospective, The Manhattan Darkroom - Henri Dauman Photographies, au Palais d'Iéna à Paris en 2014 et d'un film biographique américain Looking Up en 2018.

De Montmartre à New York Henri Dauman est né à Montmartre le . Il est le fils de Charles Isaja Dauman et d'Annette Channa Blumenfeld. Isaja Dauman est né à Varsovie le et a pour profession casquettier et marchand ambulant. Il immigre à Paris en 1913, à la veille de la Première Guerre mondiale. Dans les années 1930, il rencontre Channa Blumenfeld, couturière, qu'il épouse en 1935, deux ans après la naissance du jeune Henri. La famille Dauman vit au 7, rue Ramey dans le arrondissement de ParisVoir, Klarsfeld, 2012., jusqu’à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale.

La guerre et Auschwitz En 1940, Isaja/Charles s'engage dans le régiments de marche de volontaires étrangers. À la suite de la défaite de la France, il est démobilisé et retrouve sa famille à Paris. Mais les retrouvailles sont de courte durée. Isaja recevra la convocation du régime de Vichy dite du « Billet vert ». Il est arrêté le , puis transféré au camp de Pithiviers et déporté vers Auschwitz lors du convoi . où il est tué par les nazis le à l'âge de ..

Henri et sa mère échappent à la rafle du Vélodrome d'Hiver et quittent rapidement Paris pour se cacher à Limay dans les Yvelines. Il est accueilli et mis au secret chez Julienne et Aurélien Morin (à la suite de la demande entamée en 2018 pour que la famille Morin soient consacrée « Justes parmi les nations », fin 2021, la fondation Yad Vashem de Jérusalem a entériné le souhait du photographe.).

Cependant, la machine nazie pour l'extermination des Juifs, avec le soutien du gouvernement français, devient omniprésente. Le jeune homme devra se réfugier à Alençon en Normandie où il assistera à l'arrivée des Alliés à la suite du débarquement du 6 juin 1944. Ce n'est qu'à la sortie de la guerre qu'il retrouvera Annette, sa mère.

Paris et les orphelinats gauche|vignette|Couverture du 26 décembre 1946 relatant l'empoisonnement de la mère d'Henri Dauman. Annette et son fils retrouvent, en 1946, leur appartement montmartrois, mais ce rapprochement maternel sera entaché par un drame local. Au mois de , une affaire fait la une du magazine à sensation Qui Police ?, celle du pharmacien de la rue Ramey qui empoisonnera six personnes avec des médicaments frelatés. Annette, sa mère, fait partie des victimes.. Henri est orphelinCapture de l'article sur le drame de la rue Ramey.

Durant quatre années, Henri Dauman sera interné dans plusieurs orphelinats de la région parisienne, dont une maison d'enfants à Boulogne - Billancourt (l'Orphelinat Charlotte Nathaniel), Jouy-en-Josas et à Courbevoie. Il fera son apprentissage à la photographie dans un studio indépendant à Courbevoie en 1949 en devenant l'assistant d'un photographe de mode. Avant son départ pour New York, Il effectuera ses premiers portraits de célébrités pour Radio Luxembourg et la célèbre Agence des stars Bernand., spécialisée dans la photographie de personnalités du spectacle, du cinéma et de la chanson.

À la suite de recherches pour transférer le jeune garçon dans une famille, l'État français lui trouve un tuteur familial, un oncle américain, Samuel Dauman.. À la fin de l'année 1950, après une traversée de l'Atlantique avec le tout nouveau et rénové paquebot Liberté, il fait la connaissance de l'oncle SamVidéo Conversation, Henri Dauman et Audrey Hoareau, commissaire d'exposition .

New York 1950 Les premières années new-yorkaises Henri Dauman arrive à Ellis Island le , lors d'un hiver rigoureux. L'accueil de l'oncle Sam est plutôt chaleureux. Celui de sa femme est, au contraire, glacial.. Elle ne souhaite pas que le « petit Frenchy » s'installe chez eux. L'oncle Sam, avec l'aide d'une amie, va loger Henri Dauman dans une chambre du Bronx. Pour survivre il travaillera dans une usine de confection de lingerie de Manhattan. Mais la photographie passionne toujours le jeune homme. New York est un terrain de jeu architectural. Il photographie la ville sous toutes ses coutures. Certaines de ses photographies sont à l'inventaire du MoMa sous le titre New York: Looking Up. depuis 1963.

Il fera ses premiers reportages pour le journal français PDF France Amérique - Henri Dauman fabricant d'icône, mensuel francophone qui deviendra par la suite la propriété du journal français Le Figaro. Durant ces quelque huit années, Henri Dauman se spécialise dans les photographies de personnalités et devient, selon ses dires, un One Man Agency qui développe ses films dans sa « Darkroom » de fortune pour divers magazines européens comme les magazines français Paris Match, Jours de France ou italiens Epoca. Il photographiera au plus près Marilyn MonroeMarilyn Monroe avec Arthur Miller lors de la remise du prix Donatello ou lors de la première du film Certains l'aiment chaud. Le magazine Life, découvrant le dynamisme du jeune homme, l’embauche régulièrement en lui laissant toute liberté, dont celle de ses droits d'auteurs.. À partir de ce moment, Henri Dauman est boulimique de travail. Toutes les stars (ou presque), acteurs, écrivains, dramaturges, artistes français de passage à New York vont passer devant son objectif (Gérard Philipe, FernandelFernandel par Henri Dauman, le mime MarceauMarcel Marceau par Henri Dauman 1., Brigitte Bardothttps://media.vanityfair.com/photos/545a3a41878f5a2117a6548d/master/w_800%2Cc_limit/ss03-henri-dauman.jpg, Eugène IonescoEugène Ionesco par Henri Dauman, Georges Simenon, Jean Renoir, Alain Delonhttp://daumanpictures.com/wp-content/uploads/2012/12/Alain-Delon-Washington.jpg, Jacques Tati, Yves Saint Laurent juvénile et perdu sur la avenue de New YorkMusée Nièpce de Chalon-sur-Saône....). Les personnalités américaines ne sont pas en reste. Ainsi, il immortalisera Liz Taylor. lors de match de boxe, Harry Belafonte, Groucho Marx, Miles DavisVanity Fair, Darryl Zanuck. Mais son coup de maître sera une série de reportages sur Elvis PresleyVidéo henri Dauman & Elvis Presley partant (et revenant) de son service militaire..

Les Sixties, JFK et un monde en mutation Les années soixante signent une grande transformation sociale, politique et artistique. L'ensemble des codes volent en éclats, la guerre du Vietnam s'annonce, le dictateur Batista (qu'il photographiera en 1958) s'exile alors que Fidel Castro s'empare de Cuba. L'homme politique américain change. Les profils paternalistes comme Dwight D. Eisenhower laissent la place aux jeunes loups du marketing politique comme John Lindsay ou Richard Nixon et bien sûr le charismatique John Kennedy. Le monde artistique sera aussi en totale effervescence. Les studios de cinéma, secoué par le "New Hollywood" et le film "Easy Rider" de Dennis Hopper, délaissent les contrats d'exclusivité et leur emprise sur les stars et starlettes. L'image peroxydée de Marilyn MonroeMarilyn Monroe par Henri Dauman s'effacera avec son suicide pour laisser la place à une Jane Fonda frondeuse. ou une Brigitte Bardot. à moitié nue pour le film de Louis Malle Vie privée. La Nouvelle Vague française devient une référence mondiale alors qu'Alain Delon pose devant la Maison-Blanche, remontant ses lunettes noires et le col de son duffle coatAlain Delon par Henri Dauman.

Pour le photographe, la vie des célébrités ne constitue pas un aboutissement. Le puzzle de la société américaine est une source d'images intarissable. Il va être le témoins d'une Amérique qui confronte le « confort de l'après-guerre » des bourgeois de Miami à la nouvelle jeunesse qui envahit les clubs de Greenwich Village. Il fera des séries de reportages sur le mal-être des « TeensTeen dans les années 1960 » et le chômage, la société de consommation, la naissance des nouveaux gangs comme les « Savages NomadsSavage Nomads Gang  » ou sur des reportages sur la ségrégation jusqu'aux « Civics RightsLes droits Civiques Américains, Musée Nièpce » (droits civiques américains) et le mouvement féministe naissant. Il est également le témoin de la disparition des « vieilles stars » au profit d'un nouveau langage artistique qu'il immortalisera pour The New York Times Magazine. L'Amérique devient, petit à petit, l'acteur incontournable d'un village global comme l'a décrit le théoricien de la communication Marshall McLuhan que le jeune photographe va portraiturer, telle une prophétie et images en abîme, devant une multitude d'écrans de télévision.Vidéo "Le Big Bang" Geopolitique.

La photographie est mouvement et ce style cinématographique devient une signature journalistique. Les séquences se multiplient et animent régulièrement les pages de Life Magazine.. Quand la couleur deviendra le nouveau code photographique de la presse, Henri Dauman aura toute la palette nécessaire pour relater l'actualité. Audrey Hoareau., commissaire d'exposition sur le travail d'Henri Dauman, écrira :

Henri Dauman suivra dès 1960 le couple Kennedy lors de la campagne électorale. Il jouera des coudes pour être au plus près de ses modèles. Il en ressortira des reportages vivants et dynamiques des avenues de New York acclamant le futur couple présidentiel à Hyanis Port le soir des résultats. Il profitera des ascendances française de la future firts lady pour l'interpeller dans la langue de Molière afin d'avoir "la" meilleure des photos. Il suivra le couple jusqu'au jour fatal du .

Le , il sera commissionné par LIFE magazine pour suivre au plus près les funérailles du président américain. Il obtiendra une accréditation qui lui permettra d'être dans les emplacement clefs lors du cortège funèbre. Il en fera profiter son ami François Reichenbach qui réalisera, pour l'émission "Cinq colonnes à la une " de Pierre Lazareff et Pierre Desgraupes, un film inédit et poignant..

Le reportage photographique en pleine page d'Henri Dauman fera sensation. L'iconique image "A Sorrowing Family Marches Together" sera reprise par Andy Warhol dans son tableau "Sixteen Jackies.", devenant ainsi l'œuvre phare de son thème "Death and Disaster".

Stephen Kennedy Smith, neveu du président américain, décrira Henri Dauman, en lors des forums de The John F. Kennedy Presidential Library, comme faisant partie du "mont Olympe de la photographie documentaire américaine" au même titre que Cornell Capa..

La couleur au service du medium