vignette|upright=1| Le Tartuffe, personnage inventé par Molière, est un exemple classique de « vertu ostentatoire » et hypocrite. L'expression vertu ostentatoire (en anglais : , « signalement moral », « signalement vertueuxXavier Landes et Pierre-Yves Néron, Notre indignation vertueuse permanente tire notre société vers le bas, Slate, , (consulté le ). » ou encore « étalage de vertu »), est un terme péjoratif décrivant un ensemble de comportements sociaux utilisés pour se décrire publiquement, au moins implicitement, comme une personne ou une organisation « vertueuse ».
Ces comportements, facilités de nos jours par les réseaux sociaux, peuvent être ainsi qualifiés pour discréditer des personnes ou des organisations qui ne les adopteraient que dans le but de se mettre en avant de façon hypocrite et ostentatoire. Ils peuvent aussi prendre la forme de croyance de luxe, auquel cas il s'agit alors pour ses auteurs d'exprimer des opinions qui leur confèrent un statut supérieur au sein de la population.
Connu aujourd'hui dans le monde anglo-saxon sous le terme de « », dont la paternité est généralement attribuée au journaliste britannique , le concept existe en français depuis longtemps sous le nom de « vertu ostentatoire », variante moderne du « pharisaïsme ».
Origine En français, l'expression « vertu ostentatoire » est utilisée depuis plusieurs siècles pour décrire des comportements également connus sous le terme de « tartufferie » ou de « pharisaïsme », notamment (mais pas uniquement) pour désigner une piété particulièrement ostentatoire et hypocrite.. Au-delà de la piété ostentatoire qui constitue le sujet de Tartuffe ou l'Imposteur, la pièce de Molière créée en 1669, la « vertu ostentatoire » est décrite par le philosophe Vladimir Jankélévitch comme une « vertu virtuose », tapageuse et en quête de reconnaissance, qu'il oppose à la « vertu vertueuse », anonyme et en quelque sorte invisibleVladimir Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. La Méconnaissance, le Malentendu, « Vertueux et virtuose : le héros, le génie, le saint ».. Bien avant lui, au , François-Xavier de Feller opposait déjà de manière analogue « la vertu ostentatoire et factice », et « la vraie vertu, qui se cacherait, si elle le pouvait toujours, dans l'obscurité la plus impénétrable aux yeux des mortels »François-Xavier de Feller, Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques..
Dans le catholicisme
Dans le catholicisme, on nomme ou le Thesaurus Exemplorum Medii Aevi par la démonstration spectaculaire de sa pratique religieuse, en opposition par exemple au fait d'agir pour la simple valeur générale de son action. Toute action pieuse effectuée dans un but social et non spirituel perd alors de sa valeur religieuse.
Cette idée s'appuie sur plusieurs passages de l’Évangile, comme :
Ce reproche est fréquemment adressé dans les Évangiles aux Pharisiens (groupe politico-religieux des débuts de notre ère), d'abord dans l'Épître aux Philippiens de saint Paul, puis surtout dans les quatre évangiles canoniques, particulièrement manifeste dans les évangiles selon Matthieu et selon Jean* .David Nirenberg : Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale, chap. 2, 2023, Éd. Labor et Fides, .
Longtemps considérée comme un péché, la vertu ostentatoire est le défaut visé par Molière dans sa célèbre comédie Tartuffe :
est d'ailleurs devenu une insulte commune, désignant un hypocrite ou un imposteur se faisant passer pour un saint pour mieux manipuler son entourage. .
Dans l'islam Plusieurs sourates du Coran fustigent la vertu ostentatoire, quand elle a pour but principal de s'attirer la gloire des Hommes plutôt que la bénédiction d'Allah. Par exemple, la sourate Al-Mâ'ûn atteste :
Cette sourate met donc les hypocrites au même rang que les mécréants. : l'ostentation (Riyaa) est ainsi un péché, et notamment quand elle touche à la religion qui doit demeurer le contact entre le croyant et Allah et non pas un spectacle aux yeux des Hommes. .
Certaines modes contemporaines comme la tabaâ (ou zabiba, très portée chez les politiciens égyptiens proches des mouvances islamistes) ou le voile intégral, destinés à signaler autour de soi sa pratique de l'islam, peuvent être considérés comme relevant de l'ostentation (Riyaa). .
Dans le monde anglo-saxon vignette|La pratique de la manipulation de serpents a pu être décrite comme une forme de « vertu ostentatoire », à laquelle ont recours certains membres du Mouvement de sanctification (courant évangélique issu du protestantisme méthodiste). Dans le monde anglo-saxon, le journaliste britannique est fréquemment crédité du premier usage du terme « » dans un article du Spectator de 2015.. Le blog LessWrong a utilisé l'expression en 2013., mais James Bartholomew a revendiqué la paternité du terme dans des articles ultérieurs.., en précisant que sa popularité était probablement due à l'absence initiale d'une expression décrivant ce type de comportement. Ainsi, le concept de « » existe depuis bien plus longtemps que l'expression anglaise elle-même.
La vertu ostentatoire peut s'exprimer sous la forme de croyance de luxe. Selon Tilak Doshi de Forbes, on assiste à une actualisation de la consommation ostentatoire, déjà théorisée par le sociologue américain Thorstein Veblen au début du . Les individus des classes aisées n’affichent plus leur statut social par l'accumulation de biens matériels, mais par l'adoption et la promotion de certaines idées, comme pour revendiquer leur appartenance à une élite éclairée. Rob K. Henderson décrit ce phénomène comme un ensemble d’« idées et d’opinions conférant un statut social supérieur à peu de frais pour ceux qui les émettent, tout en reportant le coût de leur mise en pratique sur les classes populaires ». Tilak Doshi illustre ce point en évoquant des militants écologistes, issus des milieux privilégiés, qui perturbent les services publics en s’en prenant à des œuvres d’art dans des musées ou en bloquant des ambulances, tout cela sous couvert de leur engagement pour le climat..
Commentant le cas du premier ministre canadien Justin Trudeau, les chercheurs David Carment et Richard Nimijean définissent ainsi le en politique : . .
Articles connexes
Baizuo Bien-pensance Social justice warrior Politiquement correct Woke Hypocrisie Pharisianisme Slacktivisme Greenwashing Militantisme performatif
Notes et références
Catégorie:Morale