Une épidémie de chikungunya touche La Réunion entre le début de l'année 2005 et le milieu de l'année 2006, touchant près de 40 % de la population. Apparu en juillet 2004 aux Comores, le chikungunya est une maladie virale transmise par les espèces de moustiques du genre Aedes (ou « moustiques-tigres »).
Dans le cas réunionnais, le vecteur principal est l'espèce Aedes albopictus, au contraire des cas historiques recensés jusqu'ici, qui étaient dû à Aedes aegypti.
De , premier cas recensé, à , l'épidémie touche et cause .
Déclenchement Le premier cas enregistré à La Réunion date du . Dominique Vian, le préfet alors en fonction, estime que la maladie est bénigne et que l'hiver austral aura raison du moustique vecteur de transmission de celle-ci. Mais ont été contaminées fin novembre. Elles sont plus de fin décembre, ce qui représente déjà le quart des arrêts de travail enregistrés sur l'île et même 36 % dans la région de Saint-Pierre.
Le , le bilan s'élève à , un nombre qui augmente jusqu'à atteindre officiels pour officieux le 19 janvier. On atteint ensuite le 27 janvier d'après les estimations de l'Institut de veille sanitaire. Le décompte officiel avait commencé en février 2005.
Le , la DRASS confirma la mort de six personnes induite par le chikungunya.
À noter que cette épidémie a été causée par un variant du virus classique appelé « CHIKV », ce variant était muté, avec un réarrangement de son génome, caractérisé par le changement d'un seul amino-acide de sa chaîne protéique. Cette transformation lui a semble-t-il permis de mieux coloniser Aedes albopictus et de se répandre plus efficacement qu'à travers son hôte originel, Aedes aegypti..
Traitement dans les médias Décembre 2005 Le 28 décembre, deux communiqués sont publiés. L'un émane de la DRASS et confirme ce que tout le monde redoutait : l'épidémie ne cesse de progresser puisqu'au 25 décembre, ce sont qui ont été infectées. L'autre est un communiqué conjoint émanant du ministère de la Santé et du ministère de l'Outre-mer. Les deux communiqués reconnaissent l'importance de l'épidémie.
Destiné tant aux agences de presse de métropole qu'aux opinions publiques de l'Outre-mer, le communiqué de Xavier Bertrand et François Baroin décrit les traits principaux de la maladie et souligne l'ampleur des difficultés rencontrées par les collectivités réunionnaises dans la lutte contre l'expansion du virus :
L'insistance des deux ministres sur la nécessité d'éliminer toutes les sources possibles de gîtes larvaires conforte toutes celles et ceux, médecins, acteurs de terrain, victimes du chikungunya, qui sont persuadés que l'ampleur des actions à entreprendre pour répondre aux préconisations des deux ministres ne sont pas possibles avec les moyens dont disposent actuellement les collectivités locales.
La question que chacun se pose désormais est celle-ci : quand donc va-t-on doter La Réunion des moyens permettant à ses responsables, maires, conseillers régionaux et généraux d'agir efficacement ? Les chiffres officiels, même s'ils apparaissent toujours minorés par rapport à la réalité, sont en constante, rapide et forte augmentation. Il y a donc urgence car, quelles qu'aient pu être les actions entreprises, elles ont été quasiment exclusivement à la charge des communes.
Janvier 2006 À Saint-Louis, le sous-préfet Olivier Magnaval et le maire Cyril Hamilcaro déclarent : Le sous-préfet ajoute que
L'assemblée rétorque via un habitant de Plateau-Goyaves, Henri Rougemont, que les premiers cas ont été détectés un an auparavant. En 2004, plusieurs cas de dengue ont en effet été traités au Port. soutient Olivier Magnaval.
assure Olivier Magnaval qui ne convainc pas l'assemblée. Un habitant de la Rivière Saint-Louis s'énerve :
Jusque-là absent des débats, Cyril Hamilcaro décide de monter au créneau. :
Pendant la troisième semaine de janvier, l'épidémie explose. Au début du mois, il y a cinq cents cas par semaine, et sept cents à la mi-janvier« Haro sur les moustiques ! », L.B., Témoignages, ..
Au Port, ils sont plusieurs centaines à participer à une grande réunion d'information sur le chikungunya. À l'initiative de la Région, un millier d'emplois verts vont se joindre à la lutte contre l'épidémie. Une lutte dans laquelle le Département souhaite s'engager davantage, mais le service de prophylaxie qui lui est transféré est une « coquille vide ». Nassimah Dindar, présidente du Conseil général, s'est dite prête à engager un millier de personnes si l'État s'implique davantage. Au CTR, à la CCI et à la Chambres des métiers, on se mobilise pour faire face à l'impact économique de l'épidémie. En France, l'IGAS a publié son rapport. Une mission de cette institution s'est rendue dans l'île en . Elle arrive aux mêmes conclusions que les personnes et les médias réunionnais qui se sont impliqués dans la lutte Témoignages, ..
À l'Assemblée nationale, Huguette Bello a demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le chikungunya, demande cosignée par Christophe Payet et René-Paul Victoria. À Paris, l'Association des médecins urgentistes de France qui, en 2003, avait été la première à dénoncer l'hécatombe de la canicule estime qu'il est d’agir contre l'épidémie à La Réunion et demande l'envoi de renforts.
Février 2006 Au 19 février, les derniers chiffres de l'InVS font état de de personnes contaminées, incluant des formes asymptomatiques, des formes plus ou moins graves et imputables directement ou indirectement à l'épidémie de chikungunya. La population locale, aidée par le gouvernement, fait face à la crise sur tous les fronts : sanitaire, politique, sociale, économique, écologique...
Mars 2006 Selon le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, on recense, au , de la maladie et directs ou indirects.
Le , Lee Jong-wook, directeur général de l'OMS, en déplacement à Maurice, estime que les médias exagèrent face à l'épidémie de chikungunya de La Réunion et souligne que cette maladie est rarement mortelle.
Août-septembre 2006 Une estimation du nombre de personnes atteintes est faite par une enquête de séroprévalence (CIC-INSERM) réalisée en août et . Elle consiste à rechercher les anticorps fabriqués contre un agent infectieux donné, par une personne. C'est la seule façon d'estimer assez précisément l'importance d'une épidémie passée. Une telle enquête consiste à prélever un tout petit peu de sang et à l'analyser en laboratoire. Elle se fait en général après le passage de l'épidémie ou lors d'une accalmie.
Un échantillon de a été sondé parmi lesquelles 38,25 % se sont avérées positives pour les IgG anti chikungunya. Cela signifie que ont eu le chikungunya, sur une population de . Le pourcentage de formes asymptomatiques est de 6 % : ce qui signifie que ont eu le chikungunya sans le savoir, c’est-à-dire sans présenter de fièvre, douleurs articulaires La plupart des maladies infectieuses ont des patients asymptomatiques, c'est-à-dire sans les signes de la maladie. Ce sont des patients qui soit se défendent mieux contre le virus, soit sont atteints par un virus moins agressif. En tout cas, ces personnes fabriquent des anticorps qui sont détectés dans le sang.
Le pourcentage de faux positifs est de 6 % également : ce qui signifie que disent avoir eu le chik, mais en réalité ne l'ont pas eu ! Soit elles n'ont rien eu et se sont convaincues de l'avoir eu par sympathie ou par mimétisme, soit elles ont eu une autre infection virale ou bactérienne, ou bien des rhumatismes…
La répartition par sexe montre 38,74 % de positifs pour les femmes et 37,74 % pour les hommes. Cela veut dire en gros qu'autant de femmes que d'hommes ont eu le chikungunya. La répartition par âge montre une augmentation avec l'âge jusqu'à , puis une décroissance. Cela signifie que plus on est âgé, plus on est susceptible d'être affecté par le chikungunya. La raison n'en est pas connue.
Par zone géographique, 30 % de séropositivité au Nord, 38 % au Sud, 41 % à l'Ouest et enfin 48 % à l'Est. L'Est a été le plus atteint et le Nord le moins atteint.
Extension de l'épidémie L'épidémie a eu lieu en deux vagues. Au cours de la première vague, de mars à , environ ont été infectées au total. En revanche, au cours de la deuxième vague à partir de , plus de ont été infectées en cinq mois..
La raison de cette explosion peut en partie être expliquée par la biologie de l'évolution. En effet, les génotypes de virus de chikungunya circulant au cours de la première vague étaient un peu différents de ceux circulant pendant la deuxième vague. Plus précisément, ils différaient par une mutation en position 226 de glycoprotéine E1 où une valine a remplacé une alanine.. Ce simple changement d'acide aminé modifie les propriétés du virus en le rendant plus apte à être transmis par le moustique vecteur Aedes albopictus. Ce dernier, aussi appelé moustique tigre, est particulièrement attiré par l'homme.. Autrement dit, entre la première et la deuxième vague de l'épidémie a eu lieu un processus d'évolution virale qui a fait que le chikungunya a été transmis non seulement par son vecteur classique (le moustique Aedes aegypti) mais aussi par le moustique tigre, expliquant en partie l'explosion de l'épidémie.. Ceci représente un des cas les mieux décrits de sauvetage évolutif, c'est-à-dire une situation ou l'évolution biologique permet à une population (ici le chikungunya) d'échapper à l'extinction..
État des lieux politique Novembre 2005 La sénatrice Gélita Hoarau interpelle Xavier Bertrand, ministre de la santéSéance du 10 novembre 2005 (compte rendu intégral des débats) , Sénat, novembre 2005. en séance publique, le 10 novembre. Elle évoque les cas d'encéphalite, parle et aborde le sujet du décalage entre les chiffres officiels () et la réalité constatés sur le terrain ().
Décembre 2005 Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités, et François Baroin, ministre de l’Outre-mer, diligentent une mission d'expertise technique commune de l'Institut de veille sanitaire, de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET) et de l'Institut de recherche pour le développement. La mission est coordonnée par un membre de l'Inspection générale des affaires sociales. Elle procède la de décembre à une évaluation approfondie de la situation sur place : prévisions épidémiologiques, possibilités d’éradication, évaluation des moyens et des méthodes de lutte anti-vectorielle mis en œuvre. Elle analyse aussi les éventuelles mesures complémentaires qui s'avéreraient utiles afin de remettre son rapport à fin .
Le , le gouvernement signe le decret 2005-1763 de la loi (article 72) qui transfère les services de la lutte antivectorielle aux départements..
Janvier 2006 Huguette Bello interpelle le gouvernement dès la reprise des travaux parlementaires le mardi « Huguette Bello interrogera le gouvernement sur l'épidémie de chikungunya », Témoignages, .. Dans sa réponse, le ministre délégué à la Sécurité sociale, aux personnes âgées aux personnes handicapées et de la famille, Philippe Bas annonce que ce sont qui sont disponibles à la DRASS et Il ajoute que les moyens de l'armée ont été mobilisés pour venir en aide aux équipes d'intervention sur le terrain « Chikungunya : Huguette Bello interroge le gouvernement », Témoignages, ..
Février 2006 Le Premier ministre Dominique de Villepin se rend sur place, dans l'île. Il assure face à la crise et annonce des aides pour le département.
État des lieux par région Selon le compte-rendu de l'Observatoire régional de la santé de La Réunion Observatoire régional de la santé de La Réunion, ., il y a eu entre, le 22 février et le , se répartissant ainsi :