vignette|La première planche d'un numéro des Grandes Aventures Les Grandes Aventures est un hebdomadaire des éditions de Demain puis des éditions Théophraste-Renaudot. Le journal a paru tous les mardis entre le et le . C'est un journal de grandes dimensions (28 x ). Le numéro est à un franc, l'abonnement de six mois à 23 francs et celui d'un an à 40 francs.

Un périodique né sous le régime de Vichy

La propagande de Vichy Le régime de Vichy, mis en place le , est « un gouvernement à la culture autoritaire, traditionaliste et moraliste, qui portait une forte attention à la formation de l’enfant ».. Nous pourrions nous attendre, à l'installation d'un tel régime, à la mise en place d'une politique intensive d'uniformisation de la presse pour enfants. Cependant, comme le dit Thierry Crépin « Il n'existe pas une presse enfantine sous Vichy, mais des presses enfantines sous Vichy ». Le régime n'a pas pu, ou voulu, mettre en place une propagande efficace. Il n'est maître que d'une partie des illustrés enfantins. Toutefois, il ne faut pas minimiser son action, certes limitée, qui a laissé sa marque sur la presse. En somme, le régime n’impose qu’une propagande « modeste et archaïque » sans apporter une contribution au développement de la bande dessinée.

Dans le nord, l'indifférence et la prudence dominent, seul Fanfan la Tulipe est partisan. D'après T. Crépin, il existe deux types de propagande. Celle qui s’exprime du début du régime jusqu'en hiver 1941-1942. C’est une propagande qu'il qualifie de franche comme dans les journaux de la Bonne Presse, ceux de l'Union des Œuvres ou encore dans le groupe Opera Mundi. La seconde est une adhésion au régime à partir de 1942 après une période d’indifférence quasi-totale. Ceci est le cas pour les maisons d’édition italiennes comme par exemple SAGE ou les Editions Mondiales ; rappelées à l’ordre en 1941 et soumises en 1942.

Les manifestations de l’adhésion au régime sont multiples. D’abord, il y a la mise en avant du culte du maréchal, représenté à la fois comme le chef de l'État ainsi que le père de la patrie. Les thèmes de la Révolution Nationale sont présents comme : le nationalisme, la valorisation des figures héroïques de l’histoire française ; la préparation de la jeune lectrice au rôle de mère, etc. … Ensuite, un retour à la terre et, enfin, la marque d’un antisémitisme profond.

La recomposition de la presse enfantine à la défaite est lente et incomplète. Si la quantité de titres est à peu près similaire, leur nature, elle, est très différente. Le régime de Vichy est responsable de l'existence mouvementée de certains périodiques et pour d’autres de leur extinction. C'est notamment le cas pour ceux qui dominaient le marché avant l'installation du maréchal comme le groupe des frères Offenstadt, de Paul Winkler ou de Del Duca, qui ont eu des problèmes avec le gouvernement. La guerre et le repli dans la zone sud ou dans d’autres pays, permettent l’expression de talents étouffés par la concurrence. Une nouvelle génération de dessinateurs apparaît.

Il faut aussi prendre en compte le manque de papier. .. De ce fait, à Paris, beaucoup de titres disparaissent comme par exemple Pierrot, Lisette, Gavroche ou encore Les Grandes Aventure. Ceci est dû au manque de .

L'histoire éphémère d'un journal inexpérimenté « Dans la zone nord, les « très autorisée » Editions Théophraste-Renaudot lancent deux illustrés, Les Grandes Aventures et Gavroche. ». Elles sont fondées par « un homme de main des nazis » : Eugène Gerber. C’est un alsacien qui abandonne le métier d’instituteur en 1918 pour une carrière de journaliste. Il ne connait de véritable succès qu'à partir de 1938, lorsqu'il se met au service de l’Allemagne nazie. Il mène en Alsace une grande propagande en faveur de l'Allemagne. Celle-ci est interrompue par la révélation de sa culpabilité dans une escroquerie. Pendant l’été 1940, il devient l’un des principaux agents de la Propagande-Staffel dans la presse parisienne. Grâce à ce statut, il obtient le fauteuil directorial de Paris-Soir ainsi que la gestion de plusieurs sociétés du groupe dans la zone occupée. Il est chargé de missions de confiance grâce à un « compte spécial » alimenté par des sommes prélevées dans l’exploitation de Paris-Soir.

Il investit à titre personnel dans la Société auxiliaire des périodiques et, aussi, dans les Editions Théophraste-Renaudot. Elles sont créées le et elles sont rapidement devenues une florissante entreprise spécialisée dans la presse de distraction à destination des femmes et des enfants.

Il confond ses propres fonds avec ceux de Paris-Soir et en 1942, les autorités allemandes mènent une enquête fiscale sur ses sociétés. Pour rembourser ses excès, Gerber est contraint de liquider l’ensemble de ses participations. Il quitte définitivement les éditions Théophraste-Renaudot le lorsqu'il vend toutes ses parts.  

Gerber est totalement inexpérimenté dans le domaine de la presse enfantine. De ce fait, il essaye de recruter Cino del Duca après son retour à Paris en 1940. Ce dernier accepte la fonction de conseiller technique de l’hebdomadaire. Mais il n’a pas le temps d’exercer ses fonctions puisqu'il est licencié par Gerber pour son hostilité au fascisme. Après cet échec, Gerber sous-traite les réalisations de Lottario Vecchi. Cet éditeur italien, présent avant l’arrivée des Allemands, accepte rapidement car il est sous la menace d’une interdiction à la suite d'une perquisition de la police allemande dans sa filiale bruxelloise. 

Les Grandes Aventures montrent des signes d’une continuité entre les éditions de la Librairie moderne et la SAGE, comme le réemploi du même personnel. Au début, l'hebdomadaire utilise du matériel américain, italien et même yougoslave, mais ensuite, il développe un fond français. Pour cela, les Éditions Théophraste-Renaudot lancent beaucoup d’artistes qui n'ont pas les qualités adéquates comme par exemple : Francis Josse, un dessinateur industriel ; Pierre Leroy, un artiste peintre ; Raymond Jeannin, un animateur de dessin animé.

L’hebdomadaire est publié tous les mardis du au . Les numéros sont de grand format et sont composés de huit pages dont quatre sont en couleur. Deux « numéros spéciaux » sont parus : l’un pour Pâques (le numéro 29. du ) et l’autre pour la rentrée scolaire de 1941 (le numéro 54. paru le ). Ils sont composés de seize pages dont la moitié est en couleur. L’hebdomadaire est arrêté le après deux numéros de quatre pages à cause de la pénurie de papier.

Un rédactionnel de moins en moins présent

Une page, dans chaque numéro est dédiée au rédactionnel. Celle-ci est composée de manière variable avec les différents éléments suivants : Message de la rédaction. Roman (ex : Le dernier des peaux-rouges J. Colombe ; L’assassin de lui-même par Henry Deville ; Haut les mains) Jeux amusants (les règles d’un jeu à plusieurs qui demandent un travail manuel préalable ; mots croisés ; de construction ; petit peintre ; Etes-vous observateur ?; etc.) Concours à primes (le jeu de l’absent ; Connaissez-vous la France ?) Bandes dessinées humoristiques (toujours texte sous image) Publicité (annonce de concours ; venue d’une nouvelle bande dessinée ; Gavroche) Le coin des lecteurs (lettres, poèmes ou dessins des lecteurs) Histoire et culture (histoire de certains jeux : les osselets, marelles ; Histoire anecdotique)

Souvent l'auteur de cela signe sous le nom de Kermorver.

On distingue quatre périodes dans la composition du rédactionnel : D'abord, ce sont des romans. Puis, elle est dominée par des jeux et des publicités. Ensuite, ce sont les bandes dessinées humoristiques. Enfin, les deux tiers de la page sont dédiés à la bande dessinée policière avec des traits humoristiques. La place du rédactionnel sur cette page diminue au profit de la bande dessinée.

Les collaborateurs du journal

Les principaux collaborateurs (dessinateurs et scénaristes) René Brantonne, 3 janvier 1903 – 16 octobre 1979   René Brantonne commence sa formation à l’école des Beaux-Arts. Il travaille comme artiste publicitaire et illustrateur pour le cinéma (en particulier pour des firmes américaines) dès 1925, en plus de fréquenter un atelier de photogravure. Dès le début des années 1930 jusqu’à 1978, il crée des centaines de bandes-dessinées qu’il réalise pour plusieurs éditeurs. Dans les années 1940, à la suite de la disparition de ses activités, il se reconvertit dans la bande-dessinée où il n'a aucune expérience. Il apprend donc au fur et à mesure et devient alors l’un des dessinateurs français les plus sollicités par la presse jeunesse sous l’Occupation. De ce fait, il illustre plusieurs histoires dans les Grandes Aventures des éditions Théophraste Renaudot comme l’Homme d’Acier, Robinson Crusoé et Buffalo Bill. Mais souvent, son travail est bâclé, maladroit, sans oublier le fait qu’il lui arrive de plagier ses pairs.

Erik (André René Jolly), 7 juillet 1912 – 13 août 1974 En 1930, l’année où il passe son baccalauréat, André René Jolly présente ses premières illustrations à l’animateur Jean Nohain (alias Jaboune) le responsable de l’hebdomadaire Benjamin. Ces neuf dessins mettant en scène Ratinet dans Un trop bon déjeuner sont acceptés et publiés dans Cœurs vaillants au mois de juillet de la même année. Cependant, pour éviter des problèmes avec son père, qui n’apprécie guère le fait que son fils opte pour une carrière artistique, il prend le pseudonyme de J. H. Érik, puis de Jérôme Érik, qu’il simplifiera, plus tard, en Érik (les prénoms scandinaves étant alors très prisés). Après trois autres apparitions dans Benjamin et Cœurs vaillants, en 1931 il lance son propre magazine qui mélange des bandes dessinées et des textes : au total on dénombre vingt-six numéros de l’hebdomadaire Les Exploits extraordinaires d’Oscar Bill le roi des détectives. Mais c’est un échec et Érik revient alors à Benjamin et Cœurs vaillants. Il fournit Fricasse détective dans Les Jeunes de France (1934-1935) et diverses illustrations dans le journal Allo ! entre 1937 et 1939, ainsi que pour des ouvrages de Jaboune ou Henri Kubnik, entre 1933 et 1948 (Les Jumeaux A5 chez Alcan en 1933), Friquet sur sa locomotive ou Friquet pilote de ligne chez Plon en 1936 et 1937, Histoires à dormir debout chez Nelson en 1937) … Cependant, il n’a effectué aucun autre essai dans d’autres formes d’art bien qu’il soit un passionné de jazz. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Érik travaille aussi pour d’autres journaux illustrés destinés à la jeunesse comme Gavroche (avec Le Professeur Globule contre le docteur Virus en 1941 et 1942, (une histoire mettant en scène l’un de ses premiers savants fous). Ou, Les Grandes Aventures : avec Martin Gale, détective amateur en 1941, Le Chevalier Trancheroc de 1941 à 1942, dont un album est publié par les éditions Théophraste-Renaudot en 1941. Pendant la Seconde guerre mondiale, Érik travaille également pour Le Téméraire avec Dr Fulminate et Pr Vorax.

Edmond-François Calvo, 26 août 1892 - 11 octobre 1958 Edmond-François Calvo est spécialisé dans la bande dessinée animalière où il y introduit une critique sociale. En même temps qu’il est un caricaturiste pour Le Canard Enchaîné, Calvo exerce plusieurs professions comme par exemple aubergiste ou sculpteur sur bois. En 1938, il commence à travailler pour les frères Offenstadt (Société Parisienne d’Edition – S.P.E) et contribue aux magazines Fillette (de 1938 à 1941), L'Épatant (1938), L'As (de 1938 à 1940), Junior (avec Le Chevalier Chantecler et D'Artagnan de 1938 à 1942). Il produit également des albums comme Robin des Bois, Les Voyages de Gulliver et trois épisodes de Patamouche. Il a aussi contribué à des périodiques comme Les Grandes Aventures (Tom Mix), France-Soir Jeudi (Le Capitaine Fracasse), et Hardi les Gars ! (La Panthère Blanche)…

Liste complète des artistes (dessinateurs et scénaristes) ayant collaboré à l’hebdomadaire Alain Taff Brantonne Bone Calvo Daniel Lapauze Erik Francis Josse Henry Deville J. Colombe