Le couvent des Cordeliers est un ancien couvent de religieux franciscains – ou « cordeliers » – de Toulouse, en France. Il est fondé en 1222, dans un contexte de développement des ordres mendiants dans les villes européennes, et particulièrement à Toulouse, marquée au début du par le catharisme et la croisade des albigeois.

En concurrence, sinon en rivalité avec les dominicains toulousains – le couvent des Jacobins –, établis à quelques rues de leur couvent, les franciscains édifient un vaste couvent au cœur du bourg Saint-Sernin. Le vaste ensemble conventuel s'organise autour de l'église, ouverte à la population pour la prédication, et un cloître qui dessert la chapelle Notre-Dame de Rieux – un bijou de l'architecture gothique –, la sacristie, la salle capitulaire, la bibliothèque, le réfectoire et les cellules des moines. Le couvent toulousain devient la principale maison de la province franciscaine d'Aquitaine et le foyer intellectuel et religieux du Midi du royaume de France. D'ailleurs, le couvent est un des centres intellectuels majeurs du royaume puisque c'est dans ses murs que s'installe la jeune université toulousaine, fondée par le traité de Meaux-Paris en 1229.

À la Révolution, comme les autres couvents de la ville, les Cordeliers subissent les vicissitudes du temps. L'église est conservée, mais vidée de ses richesses, dispersées entre les églises et les musées de la région, d'autres bâtiments sont vendus quand ils ne sont pas cédés à l'administration militaire, d'autres encore sont démolis. La protection de l'église, classée aux monuments historiques dès 1862, a été complétée en 1994 par le classement des vestiges des autres bâtiments du couvent.

Histoire Fondation et développement au Moyen Âge Les frères mineurs de l'ordre de Saint-François, appelés Franciscains ou Cordeliers, s'installent en 1222 à Toulouse, une ville durement marquée par les troubles et les destructions de la croisade des albigeois, et qui se relève difficilement des sièges qui ont endommagé ses constructions, mais ont permis, depuis 1219, d'éloigner la menace des croisés. Déjà, en 1217, Guy de Lévis, croisé qui s'est emparé de la seigneurie de Mirepoix, avait essayé d'obtenir du pape Honorius III l'autorisation d'emmener avec lui des religieux franciscainsFrançois Robert, Les Cordeliers de Mirepoix, 1909, .. Le comte de Toulouse, Raimond VI, souhaite apaiser les tensions avec la papauté et il appuie le développement des ordres mendiants dans la ville de Toulouse. Les franciscains ne sont pas les premiers à s'être installés dans la ville, après les dominicains de Dominique de Guzmán en 1215.

Les franciscains s'installent sur un terrain qui leur est cédé par un noble de la Gascogne toulousaine, Arnaud de Faudoas, dans le bourg Saint-Sernin, un vaste espace d'environ m², entre les actuelles rues des Lois, du Collège-de-Foix, Albert-Lautman et Antoine-Deville. Du , les franciscains édifient leur couvent. En 1324, Jean Tissandier, franciscain de Toulouse devenu évêque de Rieux, fait bâtir une petite église dédiée à la Vierge, pour desservir le couvent. Après sa mort, le cardinal Pierre de Foix, lui aussi un ancien franciscain de Toulouse, fondateur du collège de Foix voisin, fait achever la construction de l'église, qu'il destine à devenir une chapelle funéraire pour son fondateur et les religieux du couventBrémond 1871, .. La grande église conventuelle est quant à elle construite au début du dans le style gothique méridional. Elle est dédiée à la Vierge, avec comme patrons secondaires François d'Assise et Louis d'Anjou, évêque de Toulouse. Elle veut ouvertement rivaliser avec celle du couvent des dominicains. Elle est d'ailleurs, après l'église Saint-Sernin, la plus vaste de la ville, et celle qui a la voûte la plus élevéeBrémond 1871, ..

Le couvent est réuni à la province d'Aquitaine ancienne, qui regroupe la Guyenne et le Haut-Languedoc, et abrite avec le couvent de Bordeaux les chapitres provinciaux. Les religieux toulousains sont à l'origine de la fondation de plusieurs autres couvents de la région, comme celui de Lautrec en 1281.

Aux , le couvent, qui se trouve au cœur du « quartier latin » toulousain, devient également un des lieux d'étude pour les étudiants de l'université. La communauté franciscaine a d'ailleurs le privilège de fournir un de ses religieux pour y enseigner la théologie. L'évêque de Rieux, Jean de Tessandière, avait même formé le projet d'établir un collège pour les étudiants toulousains près de sa chapelle. Antoine de Padoue s'y fait connaître pour sa prédication et son enseignement.

La sacristie conserve plusieurs reliques, particulièrement une épine de la Couronne du Christ, ainsi que la main, un manteau et un habit de l'évêque Louis de Toulouse.

L'église attire les fondations pieuses et nombreux sont les Toulousains qui souhaitent y être enterrés. En 1339, Béraud de Faudoas établit dans la chapelle de Rieux un caveau où sont enterrés ses père et grand-père, Arnaud de FaudoasBrémond 1871, ..

Transformations de la période moderne En 1535, les chapelles du chœur sont refaites par l'architecte Nicolas Bachelier.

En 1552, le couvent est cédé aux franciscains de l'Observance.

En 1562, lors des troubles religieux qui touchent la ville, les bâtiments du couvent sont incendiés par les protestants. Ils sont ensuite reconstruits.

En 1578, les confréries de pénitents de la ville – blancs, noirs, bleus et gris – défilent dans la nef devant la reine Catherine de Médicis.

Le , la voûte de la nef s’effondre en partie, détruisant l'orgue et plusieurs autels, endommageant des statues, sculptées par Nicolas Bachelier et d'autres sculpteurs toulousains. On les reconstruit à l'identiqueBrémond 1871, ..

La Révolution française et les destructions du En 1789, la communauté des franciscains de Toulouse se compose encore d'une cinquantaine de religieux, mais la Révolution française vient bouleverser la vie de la communauté et le destin du couvent. En 1790, les ordres religieux sont dissous et le couvent devient bien nationalBrémond 1871, .. En 1791, les reliques et les objets du culte sont transportés dans l'église Saint-Sernin, dont les religieux bénédictins ont été également expulsés et qui a été affectée à la paroisse. Les cloches sont quant à elles descendues de la tour du clocher et portées à la fonderie, qu'on vient d'établir dans la rue des Toulousains (actuelle rue de la Fonderie) pour y être fondues. L'église est finalement affectée à la paroisse du Taur et partiellement transformée, particulièrement par la destruction du jubé qui séparait le chœur de la nef. En 1794, en pleine Terreur anti-religieuse, la flèche du clocher est abattueBrémond 1871, .. En 1798, le cloître est démoli et ses matériaux sont vendus, tout comme le terrain qu'il occupait, avec le jardin, en 1802Brémond 1871, .. Finalement, les bâtiments du couvent sont affectés à l'administration militaire qui en prend possession en 1818, pour en faire un magasin de fourrages pour les chevaux, principalement dans la nef de l'église où on stocke quintaux de fourrage et d'avoine. La salle capitulaire est quant à elle transformée en écurieBrémond 1871, ..

En 1834, on établit une station du télégraphe Chappe de la ligne Toulouse-Bayonne au sommet du clocher. Les bâtiments servent de prison.

La chapelle de Rieux est rasée en 1846 pour « aligner » la rue du Collège-de-Foix et la rue des Lois. Des éléments de sculpture, chapiteaux, clés de voûte, etc. sont récupérés par Alexandre Du Mège et regroupés au musée des Augustins. Seules deux statues – une de François d'Assise, une autre d'un saint franciscain – sont placées dans les niches qui encadrent le portail de l'église Notre-Dame du TaurBrémond 1871, .. Le caveau est comblé et on ignore aujourd’hui jusqu’à son emplacement précis.

En 1856, la succursale de la Banque de France est construite par Henri BachSelon AGORHA. à l'emplacement de l'ancien cloître et d'une partie des jardins.

L'église des Cordeliers est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1862.

Plusieurs morceaux de la chapelle sont dispersés. On trouve des gargouilles de la chapelle qui servent de boute-roues dans la rue des Lois. En 1866, Victor Gesta, maître-verrier toulousain, achète à un tailleur de pierre un bas-relief, des chapiteaux, des culs-de-lampe, des consoles et d'autres pierres sculptées de la chapelle.

En 1871, dans la nuit du 23 au , un feu éclate dans l’amoncellement de paille et de fourrages. Il se propage rapidement et dévaste totalement la nef. On détruit en 1873 ce qui reste des ruines de l’édifice. Le clocher, épargné, est vendu à un fondeur de plombs de chasse.

Sur l'emplacement du cloître et du jardin est bâti l'hôtel de la Banque de France. Les bâtiments conventuels sont détruits, à l'exception de la sacristie et de la salle capitulaire, qui a servi de restaurant universitaire : on y accède par la rue des Lois.

La salle capitulaire , la grande sacristie, les vestiges de la petite sacristie et de la chapelle de Rieux, ainsi que le jardin actuel de la Banque de France font l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par arrêté du .

Description Église conventuelle

L'église conventuelle fut construite au début du dans le style gothique méridional. Elle était orientée à l'est et le portail principal s'ouvrait dans la façade occidentale, sur la rue Antoine-Deville. Elle mesurait de long, sur de large, et la hauteur du sol au pignon était de , ce qui en faisait l'une des plus grandes églises de Toulouse.

La façade occidentale était un haut mur de brique de de large sur de haut, soutenu par deux contreforts surmontés de gargouilles en pierre, et percé d'une rosace. Le portail, en pierre, a été partiellement reconstitué, mais déplacé du côté de la rue du Collège-de-Foix. Il formait sur la rue Antoine-Deville une saillie d'environ un mètre. Il était surmonté d'un grand fronton triangulaire, flanqué de deux frontons latéraux plus petits et étroits. Les portes étaient encadrées de colonnettes surmontées de chapiteaux sculptés, d'où partaient les voussures du tympan. Celui-ci était décoré de fresques représentant la Vierge entourée de plusieurs saints et saintes franciscaines, et des saints Pierre et Paul. Au-dessus de la porte principale se trouvait également la devise Durabit donec fluctus formica marinos / Ebibat, et totum testudo perambulet orbem (« elle durera jusqu'à ce que la fourmi ait bu la mer, et que la tortue ait fait le tour de la terre »)Brémond 1871, ..

Les côtés de la nef étaient soutenus par dix contreforts, larges de à leur base. Au sommet, des gargouilles en pierre – aujourd'hui conservées dans le cloître du musée des Augustins – représentent des animaux fantastiques et des chimères. Entre les contreforts sont percées de hautes fenêtres qui éclairent la nef, et au-dessus, des œils-de-bœuf qui éclairent les combles.

Le clocher de l'église a subsisté à la démolition de l'église en 1873. Il est caractéristique des clochers du gothique méridional. Il s'élevait entre le et le , au nord de la nef, et on y accédait par des ouvertures pratiquées entre le et le . La base est carrée et éclairée par deux grandes ouvertures. Au-dessus de la hauteur de la nef, le clocher prend la forme d'un octogone. Il était surmonté d'une flèche, qui culminait à , mais qui avait été abattue en 1794.

À l'intérieur, la nef mesurait de long, de large, et sous voûte. Elle était éclairée par les vitraux des hautes fenêtres et de la rosace. Ces fenêtres gothiques lancéolées à trois divisions possédaient des vitraux, retirés à la Révolution, et pour certains remontés dans le chœur de la cathédrale Saint-Étienne. La nef avait également une décoration peinte en façon de pierre de taille, tracées avec des filets brun-rouge sur fond jaune clair. Les clefs de voûte étaient sculptées et peintes de blasons, de symboles ou de personnages religieuxBrémond 1871, .. Elles ont été déposées au musée des Augustins après 1873.