Ruby Catherine Stevens, dite Barbara Stanwyck, est une actrice américaine, née le à New York et morte le à Santa Monica (Californie).
Elle commence au cinéma dès la fin du muet et est lancée par le metteur en scène Frank Capra qui lui donne ses premiers rôles importants. Elle incarne les stéréotypes de l’héroïne du film noir, et aborde d'autres genres cinématographiques parmi les plus variés. : le mélodrame, le western, le film policier, la comédie, le film social. Proposée quatre fois pour un Oscar, elle n'en reçoit aucun. Cependant en 1982, elle reçoit un Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.
Biographie Enfance left|thumb|redresse|Ruby Stevens, Ziegfeld Girl en 1924. Photographie d'Alfred Cheney Johnston. Ruby Catherine Stevens naît en 1907 à New York dans le quartier de Brooklyn. Issue d’un milieu pauvre, elle est d'ascendance écossaise et irlandaiseThe Great Movie Stars – The Golden Years – David Shipman, Da Capo Press, New York, 1979 , .. Elle n’a que lorsque sa mère meurt accidentellement, poussée par un homme ivre à la sortie d’un tramwayDark City – Le monde perdu du film noir – Eddie Muller, Collection CinéFiles, Clairac éditeurs, 2007 , .. Deux semaines après les funérailles, son père part travailler à la construction du canal de Panama et ne donne plus signe de vie. Ruby, cadette de cinq enfants, est alors élevée par sa sœur aînée et des familles d’accueil. Elle commence dès l’adolescence à travailler, notamment comme emballeuse puis standardiste.
Premiers spectacles Elle tente sa chance dans le milieu du spectacle. Dès l’âge de , elle chante et danse dans des cabarets. et music-halls, avant d’obtenir un engagement comme showgirl dans les Ziegfeld FolliesDictionnaire du cinéma - Tome 2 - sous la direction de Michel Ciment et Jean-Loup Passek - Larousse, , . en 1923.
Ruby Stevens apparaît sur les scènes de Broadway dans des premiers rôles, notamment à l'Hudson Theatre dans en 1926Dictionnaire du cinéma - les acteurs - Jean Tulard - Robert Laffont , . et dans Burlesque en 1927 où elle obtient un gros succès et de bonnes critiques. Willard Mack, imprésario à l’origine de ses débuts à Broadway dans The Noose, change son nom en Barbara Stanwyck, disant que celui de Ruby Stevens faisait vraiment « trop strip-teaseuse »Dark City – Le monde perdu du film noir, ..
Au cours de cette période, son ami Oscar Levant, auteur-compositeur rencontré lorsqu'elle était showgirl, lui présente Frank Fay, acteur célèbre de New York spécialisé dans le vaudeville. La jeune actrice est séduite et l'épouse le — elle avouera plus tard qu’il était comme le père qu’elle n’avait jamais eu. Barbara Stanwyck ne pouvant avoir d’enfant, le couple adopte le Dion Anthony, né en février de la même année.
Début de carrière cinématographique Parallèlement à sa carrière théâtrale, Barbara Stanwyck débute dans le cinéma avec un film muet, Broadway nights (1927), avec l'appui de son mari. Elle est également remarquée grâce à ses succès théâtraux par le producteur Joseph M. Schenck qui l’engage pour Le Signe sur la porteL'encyclopédie du cinéma - Tome 2 - Roger Boussinot - Les Savoirs Bordas dont le tournage a lieu à New York. Mais ces premiers films sont des échecs.
Frank Fay ayant obtenu un rôle pour The Show of Shows, le couple se rend à Hollywood. Là-bas, Fay présente et vante les mérites de sa femme à Harry Cohn, directeur de la Columbia ; ce dernier propose alors à l’actrice de faire un film de série B, Mexicali Rose.
Une star du pré-code vignette|redresse|Barbara Stanwyck en couverture du Photoplay de . C’est la rencontre avec Frank Capra qui lance la carrière de Barbara Stanwyck. Le réalisateur impose, contre l’avis des studios Columbia, Barbara Stanwyck en 1930 dans Femmes de luxe (Ladies of Leisure).
C’est en visionnant un bout d’essai que l'actrice avait fait pour la Warner que Capra l’engage. «… Au bout de trente secondes seulement, j’avais le cœur serré comme dans un étau. Elle suppliait le gouverneur de gracier son mari emprisonné. Jamais de ma vie je n’avais vu ou entendu une telle sincérité dans l’expression des sentiments humains. J’avais les larmes aux yeux lorsque la lumière revint. J’étais comme foudroyé. »Frank Capra - Hollywood Story - Autobiographie - Ramsay poche cinéma, .
Capra est conquis par la personnalité de l’actrice ; il l’aide à adoucir son image un peu trop abrupte et lui ouvre de nouveaux horizons à Hollywood. Le réalisateur lui fait signer un contrat non exclusif avec la Columbia Pictures, ce qui permet à l’actrice de tourner également pour les studios Warner Bros. ainsi qu’avec toutes les principales compagnies hollywoodiennes, de la RKO à la 20th Century Fox.
Capra et Stanwyck enchaînent avec The Miracle Woman en 1931 dont le sujet est inspiré de la vie d’Aimee Semple McPherson, célèbre prédicatrice qui, en exploitant la crédulité religieuse, se bâtit une fortune au milieu des années 1920 aux États-Unis. C’est le troisième film avec Capra, Amour défendu (Forbidden) (1932), qui la révèle au grand public. Le réalisateur tourne encore deux films avec elle : La Grande Muraille (The Bitter Tea of General Yen) et huit ans plus tard, L'Homme de la rue (Meet John Doe) (1941) avec Gary Cooper.
Elle est classée parmi les plus grandes stars du moment : Gloria Swanson, Greta Garbo, Marlene Dietrich, Katharine Hepburn, Joan Crawford et Bette Davis. left|thumb|Liliane (1933).
Elle incarne des femmes combatives et indépendantes dans l’Amérique en crise du début des années 1930 à l’ère du Pré-Code, dans des films aussi divers que Illicit (1931), Toujours dans mon cœur (Ever In My Heart, 1933) et Franc Jeu (Gambling Lady, 1934), tous trois signés Archie Mayo, Ladies They Talk About (1933) de Howard Bretherton, Liliane (Baby Face, 1933) d'Alfred E. Green, Mariage secret (The Secret Bride, 1935) de William Dieterle ou La Dame en rouge (The Woman in Red, 1935) de Robert Florey. Elle fait une composition remarquée spécialement dans Liliane (1933), d'après un scénario du producteur Darryl F. Zanuck, où elle use de ses charmes pour se retrouver au sommet de l’échelle sociale sans se soucier de briser des carrières ou de provoquer des suicides. L’histoire, par trop sulfureuse, eut des problèmes avec la censure. Jack Warner, directeur de la Warner Bros., édulcora quelque peu le scénario et imposa une fin plus conforme à la morale de l’époque.
William Wellman lui offre également de beaux rôles dès le début des années 1930 dans L'Ange blanc (Night Nurse, 1931), Mon grand (So Big, 1932), The Purchase Price (1932), plus tard dans L'Inspiratrice (The Great Man's Lady, 1942) et L'Étrangleur (Lady of burlesque, 1943).
Outre Capra, Wellman et Dieterle, elle tourne avec d’autres grands réalisateurs : John Ford pour Révolte à Dublin (1936), Cecil B. DeMille pour Pacific Express (1939), Rouben Mamoulian dans L'Esclave aux mains d'or (Golden Boy) (1939) : elle y rencontre un tout jeune débutant encore hésitant, William Holden, qu’elle défend en menaçant de quitter le tournage s’il est renvoyé. Holden déclara bien plus tard qu’il lui devait sa carrière. thumb|La Fièvre des tropiques (1936). Elle joue dans le mélodrame de King Vidor, Stella Dallas (1937), grâce auquel elle obtient sa première nomination aux Oscars : elle y incarne un personnage de femme élevant seule son enfant et qui finit par se sacrifier pour faire le bonheur de sa fille.
Dans cette première partie des années 1930, ses relations avec son mari se dégradent car, contrairement à celle de Barbara Stanwyck, la carrière de Frank Fay est au point mort : il se met à boire et devient violent. Ils finissent par divorcer en 1935 et se déchirent pour la garde de leur fils adoptif. Certains historiens prétendent que leur relation a inspiré le film de William A. Wellman, Une étoile est née.
En 1936, sur le plateau de La Fièvre des tropiques, elle rencontre un des jeunes premiers les plus séduisants d'Hollywood, Robert Taylor. Une relation naît entre eux, qui se concrétise trois ans plus tard par un mariage, organisé par la Metro-Goldwyn-Mayer, pratique courante à l’époque à Hollywood. Lassée des infidélités de son mari, l’actrice finit par divorcer le .
Les années 1940
left|thumb|redresse|Barbara Stanwyck dans Boule de feu (1941). Au début des années 1940, Barbara Stanwyck est une des rares stars indépendantes libres d’engagement à long terme avec les studios : elle gère seule sa carrière. Viennent les années de gloire : en 1944, elle est classée par le ministère du Trésor américain la femme la mieux payée aux États-Unis, avec plus de par film.
Refusant de se cantonner à un certain type de rôlesLe Film noir, Vrais et faux cauchemars - Noël Simsolo - Cahiers du cinéma/essai, , ., elle compose des personnages des plus éclectiques dans tous les genres cinématographiques. Comme l’écrit Noël Simsolo : « Parfaite dans la comédie, le mélodrame ou la tragédie, chaque film lui est un moyen de renouveler son image et de prouver l’étendue de son jeu. »
Elle aborde la décennie 1940 dans le genre de la comédie. Elle démontre un réel talent comique dans Un cœur pris au piège (The Lady Eve), tourné par un maître du genre, Preston Sturges ; elle y incarne une aventurière sans scrupules qui séduit un milliardaire timide incarné par Henry Fonda ; également dans Tu m'appartiens où elle retrouve Henry Fonda. Elle joue une voleuse impénitente aux côtés de Fred MacMurray dans L'Aventure d'une nuit (Remember the Night). Howard Hawks lui fait interpréter une pétulante chanteuse de cabaret qui bouleverse la vie de professeurs dont fait partie Gary Cooper dans Boule de feu. Le réalisateur prend plaisir à travailler avec Barbara Stanwyck et la range ainsi parmi les meilleures actrices qu’il a dirigéesHawks - Todd McCarthy - Solin - Institut Lumière/Actes Sud, .. Son « abattage » et sa fantaisie hors pair dans ce film sont récompensés par une nomination aux oscars. Dans L'Homme de la rue (Meet John Doe) de son réalisateur fétiche Frank Capra, elle côtoie le drame et la comédie. thumb|Le Droit d'aimer (1946). La suite de sa filmographie s’enrichit de mélodrames, un genre dans lequel elle a déjà fait ses preuves. Elle est, avec Gloria Swanson, Bette Davis et Joan Crawford, une des plus grandes stars du genre50 ans de cinéma américain par Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier – Éditions Nathan - 1991, 1995 - avec des films comme Le Droit d'aimer (My Reputation, 1946) de Curtis Bernhardt, L'Orchidée blanche (The Other Love, 1947) d'André de Toth, Ville haute, ville basse (East Side West Side, 1949) de Mervyn LeRoy (avec James Mason et Ava Gardner), Chaînes du destin (No Man of Her Own, 1950) de Mitchell Leisen, Le démon s'éveille la nuit (Clash by Night, 1952) de Fritz Lang, Le Souffle sauvage (Blowing Wild, 1953) de Hugo Fregonese, La Tour des ambitieux (Executive Suite, 1954) de Robert Wise, Désir de femme (All I Desire) (1953) et Demain est un autre jour (There's Always Tomorrow, 1956), tous deux de Douglas Sirk, La Rue chaude (Walk on The Wild Side, 1962) d’Edward Dmytryk…