vignette|Carte de la Côte française des Somalis, de nos jours Djibouti. Le blocus britannique brisait la communication maritime entre Djibouti, la capitale du territoire, et Obock situé sur la rive opposée du golfe de Tadjourah. vignette|Afrique orientale italienne en 1936. Lhistoire de la Côte française des Somalis pendant la Seconde Guerre mondiale est marquée par des escarmouches mineures qui ont principalement lieu entre juin et juillet 1940. Après la capitulation française face à l'Allemagne nazie le , cette colonie française d'Afrique, plus tard devenue indépendante sous le nom de Djibouti, connaît une brève période d'incertitude politique jusqu'à ce qu'un gouverneur fidèle au gouvernement de Vichy en prenne la tête le .
La Côte des Somalis est la dernière possession française en Afrique à rester fidèle à Vichy, ne se rendant aux Forces françaises libres que le . Pierre Nouailhetas dirige le territoire pendant la majeure partie de la période vichyste. En réponse aux bombardements aériens effectués par les Britanniques, il instaure des mesures très strictes de contrôle des populations européenne et locale. Il est finalement rappelé et contraint de prendre sa retraite.
À partir de , la colonie est placée sous le blocus des Alliés et beaucoup d'habitants s'enfuient vers la Somalie britannique voisine. À la libération du territoire, plusieurs gouverneurs se succèdent à sa tête et le redressement du territoire après les privations de 1940-1942 ne fait que s'amorcer lorsque la guerre prend fin en 1945.
Contexte vignette| Débarquement de troupes françaises à Djibouti en 1935 vignette| Convoi de ravitaillement italien à Djibouti, c. 1936-1938. En 1934-1935, des tensions italo-éthiopiennes secouent la Corne de l'Afrique, tandis qu'en Europe le réarmement allemand inquiète le gouvernement français. La France, qui cherche à s'assurer un soutien de l'Italie contre l'Allemagne en cas de guerre accepte de céder dans le cadre de l'Accord franco-italien de Rome du plusieurs terres coloniales, dont un petit territoire situé au nord de la Côte française des Somalis qui doit revenir à l'Érythrée italienne. Ce traité n'est cependant pas ratifié par l'Italie et, bien que certains préparatifs aient lieu pour transférer le territoire en question, rien n'est effectif lors du déclenchement de la guerre en 1940.
En 1935, l’Italie envahit l’Éthiopie et le gouvernement français accorde une attention accrue à la défense de la Côte des Somalis, créant le régiment de tirailleurs sénégalais de la Côte française des Somalis. En , des troupes italiennes campent dans la plaine de Hanlé en territoire français. L'Italie affirme que le territoire se situe du côté éthiopien de la frontière, en vertu du traité franco-éthiopien de 1897. Le ministre français des Colonies, Georges Mandel, et le commandant en chef de Djibouti, Paul Legentilhomme, répliquent par un renforcement très significatif des forces de défense de la colonie. Quinze mille soldats y sont stationnés et des postes sont établis à Afambo, Mousa Alli et même derrière les lignes italiennes. Les fortifications sont considérablement renforcées avec du béton.
En , à la suite des accords de Munich, l'Italie exige de la France des concessions, dont un port franc à Djibouti et le contrôle du chemin de fer Djibouti-Addis-Abeba. Les Français rejettent ces demandes, estimant que la véritable intention de l'Italie est de prendre possession de la colonie. Le , à la suite de manifestations anti-françaises à Rome, le ministre italien des Affaires étrangères, Galeazzo Ciano, exige la cession de la Côte des Somalis à l'Italie. Alors qu'il s'exprime à la Chambre des députés sur les « aspirations naturelles du peuple italien », des clameurs lui répondent : « Nice ! Corse ! Savoie ! Tunisie ! Djibouti ! Malte ! »
Le , une contre-manifestation se déroule à Djibouti au cours de laquelle une foule nombreuse se rassemble au centre-ville, brandissant le drapeau français et criant des slogans pro-français. Pendant ce temps, les Italiens édifient une série de petits postes (Abba, Dagguirou, Gouma, etc.) du côté français de la frontière occidentale de la colonie, affirmant fin de 1939 que cette zone a toujours fait partie de l'Éthiopie. En , ils déclarent que les Français ont construit un poste à Afambo en territoire italien, bien qu'il n'y ait pas de trace d'un poste en ce lieu avant que les Italiens n'en construisent un en . vignette| Préparations militaires françaises en 1938-1939 vignette|Legentilhomme passant en revue les troupes, c. 1939 En , le vice-roi italien et commandant en chef en Afrique orientale, le prince Amédée, duc d'Aoste, soumet à Rome une proposition d'invasion « surprise » de la Côte française des Somalis avec seize bataillons motorisés, une force de et de la tribu Danakil se trouvant déjà à proximité de la frontière. Le plan fuite rapidement et le général Guglielmo Nasi est remplacé au poste de gouverneur de Harar par un civil, Enrico Cerulli. La « horde danakil » continue à surveiller la frontière.
À la veille de la Guerre mondiale, Fauque de Jonquières, commandant de bataillon, est responsable du service de renseignement local, qui constitue une branche de la Section d’études militaires (SEM), le deuxième bureau de Marseille. Après la conquête italienne de l’Éthiopie, il fournit des fonds, des armes, des conseillers, du matériel de propagande et un refuge à la résistance éthiopienne . Un officier de réserve français, P. R. Monnier, est tué au cours d'une mission secrète en Éthiopie en . Bien que la Somalie britannique borde au sud la colonie française et que tous deux soient entourés par l'Afrique de l'Est italienne, aucune coordination militaire entre les deux colonies n'a lieu avant une réunion qui se tient à Aden en . Les 1940, une seconde conférence se déroule à Djibouti, où il est décidé de former une « Légion éthiopienne » au Soudan anglo-égyptien, mais de ne pas l'utiliser sans déclaration de guerre italienne préalable. Le général britannique Archibald Wavell, commandant en chef britannique du Middle East Command, donne son accord pour que le général Legentilhomme dirige les forces militaires des Somalies françaises et britanniques dans la perspective d'une déclaration de guerre de l'Italie.
Guerre avec l'Italie et armistice
Combats du 10 au 25 juin La déclaration de guerre de l'Italie à la France et à la Grande-Bretagne intervient le . Le lendemain, le , Legentilhomme est nommé commandant suprême de l'ensemble des forces alliées positionnées dans le théâtre d'opérations dit du Somaliland. À Djibouti, il dispose d'une garnison de sept bataillons d’infanterie de Sénégalais et de Somalis, de trois batteries de canons de campagne, quatre batteries de canons anti-aériens, une compagnie de chars légers, quatre compagnies de miliciens et d'irréguliers, deux pelotons de méharistes et un ensemble d'aéronefs.
Les Alliés se trouvant en infériorité numérique, à contre le long de la frontière de la colonie, aucune action offensive n'est envisagée, bien que Legentilhomme ait reçu le la consigne de résister « jusqu'au bout ». L'intention des Alliés est d'immobiliser les Italiens tout en attisant la révolte éthiopienne.
Les Italiens entreprennent des actions offensives à partir du . Depuis le gouvernorat de Harrar, des troupes placées sous le commandement du général Guglielmo Nasi attaquent le fort d’Ali-Sabieh au sud et celui de Dadda'to au nord. Des escarmouches se produisent aussi dans la région de Dagguirou et autour des lacs Abbe et Ally. Près d'Ali-Sabieh, il y a quelques escarmouches le long du chemin de fer Djibouti-Addis-Abeba. Au cours de la première semaine de guerre, la marine italienne envoie les sous-marins Torricelli et Perla patrouiller les eaux territoriales françaises dans le golfe de Tadjourah, devant les ports de Djibouti, Tadjourah et Obock. À la fin du mois de juin, les Italiens ont également occupé les fortifications de Magdoul, Daimoli, Balambolta, Birt Eyla, Asmailo, Tewo, Abba, Alailou, Madda et Rahale.
Le , des appareils italiens Meridionali Ro.37bis partent en reconnaissance dans l'espace aérien de Djibouti. Ils repèrent cinq ou six navires de guerre dans le port et une vingtaine d’avions sur un aérodrome situé à proximité. Ce même jour, les Français évacuent les avant-postes éloignés de Dadda'to et de Douméra à la frontière, mais les réoccupent peu après. Le , onze bombardent Djibouti lors du plus important raid de la brève guerre que connaît la colonie. Les tirs de la défense antiaérienne sont nourris et deux avions italiens ne parviennent pas à rentrer à bon port, mais des incendies et des explosions sont constatés à Djibouti. La nuit, plusieurs vagues de bombardiers Savoia-Marchetti SM.81 attaquent les installations portuaires. Le , les Italiens suspectent les Britanniques d'essayer d'établir une base avancée à Djibouti. Cinq avions de type Ro.37bis, quatre CR.42 et un CR.32 basés à Dire Dawa mitraillent l'aérodrome de Djibouti. Un pilote italien a décrit cette attaque dans son journal: « La défense anti-aérienne est très faible… Nous faisons un autre tour pour voir si l'un des chasseurs français aura le courage de décoller. Pas un ! » Des avions de reconnaissance français Potez 25 TOE bombardent des installations italiennes à Dewele en représailles .
Armistice du 24 juin 1940 L'appel du 18 juin lancé par le général Charles de Gaulle aux officiers et soldats français, afin qu’ils refusent l’armistice franco-italien imminent, n'est pas suivi par la plupart des officiers de Djibouti. Seul Legentilhomme se montre favorable à un basculement en faveur de la France libre. Le , l'armistice franco-italien entre en vigueur, mettant fin à la guerre entre l'Italie et la France. La convention stipule que « tant que dureront les hostilités entre l'Italie et l'Empire britannique [...] la colonie de la côte française des Somalis sera démilitarisée en entier » et octroie à l'Italie « le droit entier et permanent, pendant la durée de l'armistice, d'utiliser le port et les installations portuaires de Djibouti et la voie ferrée Djibouti-Addis-Abeba, sur le parcours français, pour des transports de quelque nature que ce soit » (article 3). Les « armes mobiles et les munitions correspondantes » doivent être déposées dans un délai de quinze jours (article 5). Le processus de désarmement et de démobilisation des troupes françaises (article 9) ainsi que les conditions dans lesquelles devront s'effectuer les communications radio entre la colonie et sa métropole sont laissées à l'appréciation de la commission italienne d'armistice. Legentilhomme temporise l'application des termes de l'armistice, puisqu'il a perdu contact avec le gouvernement en France. Le , lorsque les Italiens lui demandent de respecter certaines clauses, il nie en avoir connaissance.
Combats après l'armistice vignette| Fort français de Ali-Sabieh, surplombant la voie ferrée, c. 1940