Casimir Joseph Adrienne Fidelin dite Ady Fidelin, née le à Pointe-à-Pitre et morte le à Lagrave (Tarn), est un modèle et une danseuse française. Elle est le premier mannequin de couleur à apparaître dans la presse généraliste américaine des années 1930.

Biographie Jeunesse et famille Adrienne Fidelin naît le à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Son père, employé de banque à Pointe-à-Pitre, est originaire de l’île de Terre-de-Bas, aux Saintes... Sa mère trouve la mort à Pointe-à-Pitre lors du passage du cyclone dévastateur de 1928. Elle n'est alors âgée que de . Son père décède deux ans plus tard, de sorte que l'orpheline quitte la Guadeloupe pour Paris, à .

Paris À Paris, ville artistique en ébullition, capitale mondiale de l'art à l'époque, Adrienne Fidelin devient danseuse, côtoie le milieu antillais, découvre le jazz et fréquente assidument le Bal Nègre de la rue Blomet.

C'est dans ces conditions qu'elle rencontre fin 1934, le photographe et cinéaste américain Man Ray. Il a et elle presque 20 ans. Elle devient sa compagne, son modèle et sa muse. Ils sont inséparables et Man Ray l'introduit dans son cercle hédoniste d'amis artistes et écrivains, adeptes du Surréalisme, mouvement alors en vogue. Dans son autobiographie, Man Ray décrit comment le groupe constitué par Pablo Picasso et Dora Maar, Paul Éluard et son épouse Nusch, Max Ernst et Leonora Carrington, ainsi que Lee Miller et Roland Penrose l'ont chaleureusement adoptée. C'est ainsi le début d'une histoire d'amour de six ans étroitement mêlée à une vie artistique intense, au sein de la communauté surréaliste. Adrienne se fait connaître sous le nom d'Ady Fidelin.

Elle est une modèle longtemps non identifiée de Pablo Picasso dont Femme assise sur fond jaune et rose II, ainsi que de nombreuses œuvres de Man Ray comme la toile Rire de rêve (1937) ou son célèbre Le beau Temps, la photographie non datée renommée Portrait nu d'Adrienne Fidelin avec une planche en bois et le dessin Les Mains libres.

Compagne, modèle et muse Le photographe gagne sa vie en travaillant pour plusieurs magazines américains. Il est notamment un des photographes stars du Harper's Bazaar. Bien que l’éditeur de Bazaar, William Randolph Hearst, interdît les photographies de sujets noirs dans le magazine (situation courante à l’époque), Carmel Snow la rédactrice en chef de la revue, prenait un malin plaisir à défier Hearst sur cette question raciale. En effet, cette même année, Snow a commandé des photographies de la chanteuse d’opéra afro-américaine Marian Anderson. C'est donc dans ces conditions qu'une des photos de Man Ray avec Adrienne Fidelin comme modèle est publiée dans un numéro de . Cela fait d'elle le premier modèle noir à être publié dans un magazine de mode américain..

Comme le signale Wendy A. Grossman, spécialiste de Man Ray, les photographies ont été inspirées d'une exposition de coiffes du Congo belge à laquelle Man Ray avait assisté à la Galerie Charles Ratton à Paris quelques mois plus tôt au printemps.

Quatre photographies ont été choisies pour la diffusion de deux pages, intitulées . Sur la page de gauche se trouvaient trois images de femmes blanches, à côté du texte de Paul Éluard ; la photo de Fidelin a occupé toute la page de droite. Bien que les quatre photos fussent toutes des portraits, il est difficile de ne pas remarquer comment Fidelin était mise en valeur, isolée sur la page opposée. Grossman souligne que Fidelin .

Le fait qu’elle ait été fétichisée comme , en plus de sa relation avec Man Ray, a sans aucun doute joué un rôle dans sa rupture de la barrière de la race. Son teint clair a peut-être contribué au fait qu’elle n’ait pas été vue par les éditeurs comme étant vraiment noire. En effet, elle était originaire des Caraïbes et parlait français ; elle n’était donc pas perçue comme l'étaient les Noirs américains. Néanmoins, ce fut la première et dernière apparition de Fidelin dans un magazine de mode américain.

Leur idylle durera jusqu'à l'occupation nazie en 1940. D'origine juive, Man Ray s'envole pour les États-Unis alors qu'Adrienne Fidelin refuse le second laissez-passer et décide de rester en France, peut-être par rejet de la ségrégation alors en vigueur outre-Atlantique. Avec une certaine condescendance, Man Ray dit d'elle : .

Ne se cantonnant pas à une collaboration exclusive avec Man Ray, outre Picasso, elle pose avant la guerre avec le photographe allemand Wols (Alfred Otto Wolfgang Schulze) ou apparaît comme figurante dans le film de 1937 Les Secrets de la mer Rouge.

Oubli et mort Après guerre, elle fait de la figuration au cinéma et se produit comme danseuse, mais des cicatrices héritées d'interventions chirurgicales de 1946 l'éloignent d'une carrière artistique.

Man Ray l’a aimée, photographiée plus de quatre-cent fois et peinte.. Une fois en Amérique, à l'insu d'Ady, il entame une relation avec Juliet Browner qu'il épouse en 1946, alors même qu'Ady s'efforce de sauvegarder ses œuvres des convoitises allemandes avant de les lui remettre après la Libération. Bien qu'ils entretiennent une correspondance au moins jusque 1961, Man Ray parle à peine d'elle dans son autobiographie de 1963, suivant en cela une appréciation antérieure où il avait fait de sa compagne . Il publie pourtant dans les années 1970 des séries estampes inspirées par Ady.

En conclusion de leur article dans le catalogue de l'exposition Le Modèle noir, de Géricault à Matisse, où elle retrouve de nouveau la lumière, Wendy A. Grossman et Sala E. Patterson estiment que . Sur la fin des années 1950, elle épouse André Art, son compagnon depuis plus d'une décennie. Elle passe les derniers moments de sa vie à Albi et meurt dans l'anonymat à dans un EHPAD à Lagrave, non loin d'Albi.

Dr. Pierre Saint-Luce originaire de Terre-de-Bas (Guadeloupe) est depuis 2015, le nouveau propriétaire de la Poterie Fidelin. La Poterie Fidelin est un monument historique classé depuis 1995, qui appartenait à Jean-Pierre Fidelin, aïeul d'Ady Fidelin. En , Pierre Saint-Luce publie le roman "Colored" qui évoque la visite d'Ady à la Poterie Fidelin.

Début 2021, l'écrivaine Gisèle Pineau publie une biographie romancée de la vie d'Adrienne Fidelin Ady, soleil noir, référence au qualificatif amical de que lui attribua Man Ray.

Postérité Ady au masque, 1930 par Roger Parry (masque Punu du Gabon) Ady, Antibes, 1937 de Man Ray Ady Fidelin et les anneaux, 1937 de Man Ray Paul Éluard, Roland Penrose, Man Ray, Ady Fidelin, Île Sainte-Marguerite (îles de Lérins), Cannes, 1937 de Lee Miller Man Ray et Ady Fidelin, Mougins, France, 1937 de Lee Miller Ady Fidelin, Paris, 1938 de Man Ray Exposition Ady Fidelin, Une Femme au cœur de l'art Moderne, 2018Ady Fidelin, Une Femme au cœur de l'art Moderne salon PooL Art Fair Guadeloupe, Pointe-à-Pitre, commissariat Pierre Coquelet & Lyne Kaczmarek, production Thierry Alet, Frère Independent. De mars à , le musée d'Orsay organise l'exposition « Le Modèle noir, de Géricault à Matisse » et revient sur l'histoire d'Adrienne Fidelin et Man RayWendy A. Grossman et Sala E. Patterson, "Ady Fidelin", dans Le modèle noir de Géricault à Matisse. Musée d’Orsay/Flammarion, Paris, 2019, 306-311; ..

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Man Ray Madeleine (modèle) Laure (modèle) Seïd Enkess Joseph (modèle)

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