L'abbaye d'Arthous (anciennement appelée abbaye Sainte-Marie d'Arthous) est un ancien monastère fondé vers 1167Centre départemental du patrimoine, Abbaye d'Arthous, Hastingues par l'ordre des chanoines prémontrés. Elle est sise au lieu-dit d'Arthous, sur la commune d'Hastingues, aux confins du pays d'Orthe, dans le département français des Landes. vignette|Plan général simplifié de l'abbaye d'Arthous. S.A. 2017. L'église est classée monument historique le , les bâtiments conventuels le . Ils comptent comme éléments remarquables le chevet et les absidioles, ornés de chapiteaux et modillons sculptés et un intéressant ensemble de bâtiments conventuels d'époque moderne.

Présentation Les origines du nom Arthous ont donné lieu à de multiples hypothèses. Dans les années 1970, certains historiens le rapprochait du roi Arthur (Arthus)Max Sarradet, L'Abbaye d'Arthous en Pays d'Orthe, 1970.. En réalité, Arthous puise sa source dans le gascon médiéval "Artós", qui fait partie d'une série de toponymes fondés sur la racine "arte" voulant dire "chêne vert". Le nom Arthous se rapporte donc au chêne vert, un élément dominant du paysage local au XIIe siècle.

Établie près du Pays basque, l'abbaye Sainte-Marie d'Arthous occupe au Moyen Âge un emplacement stratégique entre les territoires contrôlés par les seigneurs de Navarre, de Béarn et d'Aquitaine. L'extérieur présente un style roman tardif à nef unique, l'église a un chevet tripartite dont se dégage une grande unité dans les motifs qui le décorent : formes géométrique ou entrelacs végétaux, pommes de pin, personnages frustes au visage rond et yeux globuleux.

Les bâtiments conventuels, reconstruits aux , à la suite des destructions des guerres de Religion, forment un intéressant exemple d'architecture canoniale d'époque moderne, avec un imposant logis abbatial et un cloître du second quart du supportant des cellules de chanoines.

Historiographie

Sources historiques et témoignages Au moyen-âge, les chanoines réguliers de Prémontré tiennent un nécrologue (ou obituaire), qui conserve la trace des donateurs importants et principaux personnage de l'abbaye. Le nécrologue d'Arthous est perdu, mais deux copies partielles modernes en sont faites : la première a été effectuée par Arnaud Oihénart en 1628 et demeure inédite, mais la seconde est publiée par Antoine Degert dans le bulletin de la Société de Borda en 1924. Un cartulaire (ou chartier) tenu par les religieux de l'abbaye a disparu au , empêchant la connaissance précise de l'histoire de l'abbaye avant cette période, et notamment sa date de fondation. Les actes postérieurs à cette perte sont conservés par les archives départementales des Landes et des Pyrénées-Atlantiques.

Plusieurs témoignages de guerres du qui mentionnent l'abbaye sont publiés par Nicolas de Bordenave dans son en 1873. Ils racontent la prise du monastère en 1523, pendant les guerres de Religion. La majorité des autres auteurs qui mentionnent le lieu sont des religieux. En 1604, l'archevêque de Paris Pierre de Marca dans son de 1604 décrit un conflit dans lié aux religieux de l'abbaye. Le moine Denis de Sainte-Marthe consacre une notice à Arthous dans l'encyclopédie de 1715. En 1734, Charles-Hyacinthe Hugo évoque l'abbaye dans une notice sur les Prémontrés en Gascogne de son histoire de l'ordre, . En 1746, le chanoine Louis-Clément de Brugèles évoque la fondation de l'édifice, tout comme Hugues Du Tems à la fin du , mais aucun ne cite de date précise.

Historiographie Des historiens béarnais et basques s'intéressent aussi à l'histoire de l'abbaye. En plus de Pierre de Marca, on compte dans cette catégorie Pierre Olhagaray qui dédie un chapitre de son (parue en 1609) à la prise de l'abbaye lors de l'invasion espagnole de 1523. L'érudit gascon Justin Cénac-Moncaut raconte sur deux pages sa visite du monastère dans son , publié en 1856. J.-F. Bourdeau, en 1861, et Adolphe Joanne, en 1870, évoquent l'abbaye sur quelques lignes. L'archiviste Paul Raymond note la dédicace de l'édifice dans l' qu'il publie en 1836. En 1878 ou 1879, les membres du congrès archéologique de Dax visitent Arthous et prennent la première photographie connue du lieu : le détail de l'abside du chevet de l'abbatiale. En 1890, Eugène Dufourcet, Émile Taillebois et Georges Camiade publient dans la première véritable monographie sur le monastère, ainsi que trois photographies qui montrent l'état lamentable du bâti. À la fin du , plusieurs ouvrages évoquant l'abbaye sont publiés : le de Jean-Marie Cazauran (1884) et d'Arnaud Communay (1885).

Au cours du , plusieurs ouvrages d'envergure nationale mentionnent le monastère : de Charles Beaunier (1910) et le de Laurent-Henri Cottineau (1939). Plusieurs ouvrages sur l'église paraissent à Dax ou à Bayonne. Antoine Degert publie dans les bulletin de la Société de Borda l' (1900-1902), (1924) ainsi qu'une notice dans le (1930). Charles Blanc publie plusieurs articles dont l'abbaye centrés sur ou mentionnant l'abbaye, dont (1965 & 1977) et (1973), ce qui pousse le conseil départemental des Landes à s'intéresser à l'abbaye, qui lui est donnée en 1964. On peut également noter les travaux de Joseph Nogaret Robert Dézélus sur (1972). Les universitaires ne s'intéressent que peu à Arthous, même si (1983) de Philippe Bonnet contient une notice sur l'édifice.

Moyen Âge L'église abbatiale est fondée après 1167 par l'abbé Guillaume. En 1411, l'abbaye aurait été prise par les habitants d'Hastingues.

Époque moderne En 1523, l'abbaye est capturée par les troupes espagnoles, causant des dégâts inconnus au bâti. En 1569, dans le cadre des guerres de Religion, elle est pillée et incendiée par les forces protestantes de . C'est lors de ces évènements que sont détruites les archives médiévales dans l'incendie de l'abbatiale et des bâtiments claustraux. Vers 1635, la construction d'une partie des bâtiments conventuels est ordonnée par l'abbé Salvat Gratien de Gardera. Entre 1726 et 1727, un nouveau clocher de l'église abbatiale est construit sur ordre de l’abbé Louis de Montesquiou. À sa mort en 1732, un inventaire des papiers et biens de l'abbaye est effectué, décrivant partiellement l'église et la chapelle. En 1750, un de ses successeurs, Jacques-Marie de Romatet fait construire le portail de l'entrée est et le bâtiment qui lui est attenant. Deux plans sommaires de l'abbaye sont effectués vers 1760 et 1790, année d'un inventaire en vue de sa vente en tant que bien national.

Époque contemporaine

Protection L'église a été classée au titre des Monuments historiques le , et les bâtiments conventuels ont été classés le .

Site départemental de l'abbaye d’Arthous En 1964, Madame de Vilmorin en fait don au département des Landes qui entreprend en 1966 sa restauration avec l'aide de l'État, notamment sur la partie extérieure de l'église. Une partie des bâtiments sert aujourd'hui d’hébergement aux stagiaires en archéologie, une autre partie abrite un centre de documentation et un dépôt archéologique.

En 1979, le Conseil départemental des Landes a acquis une partie de la collection préhistorique réunie pendant les fouilles archéologiques menées par Robert Arambourou (1914-1989) entre 1957 et 1986 aux abris de Sorde-l'Abbaye, au pied de la falaise du PastouAbbaye d'Arthous : Les collections.

L'abbaye est devenue depuis 2003 le site départemental de l'abbaye d’Arthous et le Centre départemental du patrimoine. Bien restaurés, les bâtiments conventuels sont devenus un lieu de recherche et de découverte sur le patrimoine, celui des Landes en particulier. Expositions et stages s'y déroulent tout au long de l’annéeJean-Jacques Fénié, « Un été dans les Landes », Sud-Ouest du 23 juillet 2009, . L'abbaye d'Arthous abrite le musée départemental d’histoire et d’archéologie présentant une petite partie de ses collections préhistorique, gallo-romaine et médiévaleAbbaye d'Arthous : Musée.

Description Bâtiments canoniaux thumb|upright=1|Cour intérieure, colombages de style traditionnel landais. Il ne reste quasiment plus rien des bâtiments monastiques originaux mis à part la base du mur ouest et le mur nord, les bâtiments ayant été remaniés aux .

Comme dans toute abbaye médiévale, celle d'Arthous possédait un réfectoire accolé au dortoir. Ce dortoir possédait un escalier appelé « escalier de nuit » qui permettait aux moines de se rendre directement dans l'abbatiale pour les offices nocturnes. On en distingue les traces sur les murs du transept nord, alors que le bâtiment lui-même a disparu.

Le mur nord de l'abbaye révèle une reconstruction des bâtiments canoniaux au , avec un agrandissement des espaces de vie et peut-être un premier logis abbatial. vignette|Le logis abbatial de l'abbaye d'Arthous (- s.). Les bâtiments attestent aussi une reconstruction massive dans les années 1630-1650, avec des travaux d'aménagement jusque vers 1750 : logis abbatial, chambres et réfectoire pour les chanoines avec deux galeries de cloître permettant d'accéder à l'église abbatiale, jardin extérieur...

L’église abbatiale

L'étude des nombreuses marques de tâcherons et de la géologie des matériaux permettent de distinguer les différentes phases de construction de l'église abbatiale :

l'absidiole sud, construite en calcaire nummulitique d'extraction locale, semble la première construite et a pu fonctionner comme première église autonome ; l'abside centrale a rapidement complété cette première absidiole, avec pratiquement la même équipe de constructeurs et sculpteurs ; l'absidiole nord a été construite par une nouvelle équipe après une interruption des travaux. Une porte occultée et un oculus bouché dans l'abside principale montrent qu'un bâtiment bas (un premier dortoir ?) se trouvait construit avant 1200 à l'emplacement de cette absidiole nord. Le transept est édifié dans la même phase, sauf les voûtes, ainsi qu'une partie du mur gouttereau nord (portail nord) ; les murs gouttereaux sud et ouest, les voûtes du transept sont établis vers le début du , plus d'une génération après le début des travaux. Le monumental portail ouest et les fenêtres hautes de la nef révèlent une influence du style gothique ; plusieurs phases d'aménagements postérieures sont décelables : voûte de la croisée, tentative de voûtement de la nef, aménagements funéraires...

L’abside et les absidioles Vu de l'extérieur, le chevet de l'abbatiale frappe par sa décoration. Orientée plein est, l'abside et ses deux absidioles sont décorées par 35 modillons répartis en 5 groupes de 7 représentant, entre autres, les péchés capitaux (luxure, ébriété, avarice, concupiscence...), les vertus (tempérance, chasteté, miséricorde...) et le Salut par l'Église.

Plusieurs modillons et chapiteaux présentent un décor original : des chanoines prémontrés sont sculptés avec des instruments de culte destinés à l'évangélisation des laïcs (croix, encensoir, goupillon), alors que d'autres chanoines semblent porter des pierres et modillons destinés à la construction de leur église abbatiale.

La nef et la façade ouest La nef mesure de long pour une largeur de .

Cette nef était charpentée à l'origine, renforcée d'arcs-doubleaux en maçonnerie.

Elle conserve aussi dans deux travées les vestiges de deux voûtes aux lourdes ogives prismatiques, posées sur la corniche romane, entreprises au début du , qui ont entraîné l'écartement des murs gouttereaux : on a alors construit deux gros contreforts au sud pour soutenir ce mur et éviter l'effondrement de toute la nef. Ce projet de voûtes a logiquement été abandonné.

On distingue encore de rares vestiges d'enduit peint qui prouvent que toute la nef était enduite et peinte a fresco : fragment de fausse draperie décorant les parties basses...