Exegi monumentum, Le Monument, ou Je m'élevai une stèle acheropoïète (en ) est un poème d'Alexandre Pouchkine, écrit en 1836 et publié post-mortem en 1841.
Il s'inscrit dans une tradition poétique initiée par l'ode Exegi monumentum d'Horace. Pouchkine, dans un texte court et lyrique, y donne une vision de son activité créatrice et de la signification de la postérité de l'œuvre d'un poète.
Contexte et publication Pouchkine a daté dans son manuscrit le poème du . Il se rattache à la période dite des Îles Kamenny de son oeuvre, correspondant au milieu des années 1830. Il est associé à la nouvelle résidence du poète.
Exegi monumentum est traditionnellement désigné par son incipit, en , dans une traduction littérale .
Le poème n'a pas été publié du vivant de Pouchkine. Il l'est pour la première fois par Vassili Joukovski, en 1841, dans le neuvième volume du premier recueil posthume des œuvres de Pouchkine. Joukovski apporte au texte différentes modifications. Il replace ainsi les mots de , que le monument érigé par Pouchkine surplombe, par .
En 1881, l'historien et archéographe russe rétabli le texte original, qu'il fait paraître dans la revue .
Sources et précédents littéraires Le prototype du poème est un des poèmes les plus célèbres du poète latin Horace, Exegi monumentum, qui commence par les mots : (), et qui conclut le troisième livre de ses Odes. Il a été souvent imité, dans la littérature européenne, de Ronsard à Goethe et à Mickiewicz. Il traite du thème de l'immortalité de et par l'œuvre poétique.
Le point de départ d'Horace est une comparaison avec une des sept merveilles du monde : le monument érigé par le poète est ().
L'ode Exegi monumentum est précédée d'un texte d'un auteur égyptien antique inconnu, désigné par le titre Éloge des scribes ou Monument acheropoïète.
Dans la littérature russe du , alors sous l'influence du classicisme, le thème du « monument » est repris par des auteurs comme Mikhaïl Lomonossov, Gavrila Derjavine (), Vassili Kapnist, Alexandre Vostokov et , qui retravaillent et repensent à leur manière la question de la postérité du poète ouverte dans l'Antiquité.
Apport et originalité du texte de Pouchkine Alexandre Pouchkine s'inscrit de façon transparente dans la continuité d'Horace, dont il reprend le titre de l'ode en épigraphe. Il traduit littéralement des expressions essentielles, comme ( - ), et, étymologiquement, le mot russe qu'il retient, traduit plus haut par Stèle pour l'alexandrin., vient de , « mémoire », comme le mot grec vient de . Un autre emprunt est fait une autre ode d'Horace, où le poète transformé en cygne évoque les peuples lointains qui liront son œuvreHorace, Odes, II, xx, 17-20. Pouchkine mentionne lui les Slaves, mais aussi les Finnois, les Toungouzes et les Kalmouks.
Sur d'autres points, Pouchkine marque son originalité :
Comme Goethe, il affirme sa propre subjectivité : il emploie le mot , faisant du monument un monument fait pour lui-même. Il associe l'immortalité à la succession ininterrompue des poètes, qui durera tant que l'un d'entre eux subsistera (), non dans les cieux, mais sur une terre qualifiée de sublunaire (). Il refuse la couronne dont Horace souhaitait que Melpomène le coiffât, comme il ignore la morgue d'une qui doit être l’aristocrate de vieille souche, plus tard vilipendée par Mikhaïl Lermontov dans La Mort du poète.
Plutôt que d'airain, Pouchkine caractérise son monument par un concept chrétien, () (v. 1), employé trois fois dans le Nouveau Testament : à propos du Temple que Jésus promet de rebâtir en trois jours (Marc, 14, 58), chez Paul, à propos de la maison éternelle qui nous attend aux cieux (2 Corinthiens, 5, 1) et pour qualifier « la circoncision dont les Chrétiens ont été circoncis dans le Christ, en dépouillant leur corps de chair » (Colossiens, 2, 11). Pour le poète, l'image renvoie probablement aux icônes montrant les représentations acheropoïètes du Christ, mais un lien peut être fait avec la (), dont il écrit qu'elle s'impose à la muse dans le vers.
Selon Rémi Brague, Pouchkine fait un lien qui n'existe pas chez Horace entre l'immortalité des vers et leur contenu éthique ou leur engagement :
Notes et références
Annexes
Bibliographie
En russe Texte du poème : . .
En français .
Catégorie:Poème russe Catégorie:Œuvre poétique d'Alexandre Pouchkine Catégorie:Poésie du XIXe siècle