Joseph Robert, né à Besançon (Doubs) le et mort à Chambéry (Savoie) le , est un ecclésiastique français.
Prêtre du diocèse d’Autun, chanoine honoraire (1946) et prélat d'honneur de Sa Sainteté (1971), il est à l'origine d’une communauté pastorale fondée en 1935 en Haut-Mâconnais, à Lugny, qui perdure jusqu’au début des années 1980.
Biographie Études Joseph est le cinquième enfant d’une famille qui en comptera six, trois garçons et trois filles : Claire (née en 1891), Marie-Louise (1892), Paul (1894), Léon (1896), Joseph et Élisabeth (1902).
Il fait ses premières années de scolarité au collège Saint-Jean de Besançon, où son père Romane est notaire. En 1914, son père se retire des affaires et sa famille quitte alors le Doubs pour s’installer en Saône-et-Loire, à Digoin, face à l’église Notre-Dame de la Providence. Le jeune Joseph poursuit dès lors ses études à Saint-Chamond (Loire), au collège tenu par les frères maristes, où il obtient son baccalauréat.
La guerre En 1917, il est mobiliséAppartenant à la classe de mobilisation 1918, il est incorporé le . « Cheveux châtains, yeux bleus, front vertical, nez rectiligne, visage plein. » Taille : 1,71 mètre. Degré d’instruction : 5.. Il sert d’abord au puis au régiment d’infanterie et, pour s’être illustré par , il termine la guerre avec la croix de guerre 1914-18Avec deux étoiles de bronze, correspondant à deux citations à l'ordre du régiment..
Joseph Robert est nommé caporal le et sergent le . Parvenu au grade de sergent-major, il est renvoyé dans ses foyers, à Digoin (71), en .
Le Séminaire français de Rome et la prêtrise Aspirant à vouer sa vie à l’Église, il fait une retraite de réflexion à l'abbaye Notre-Dame de Quarr, sur l’île de Wight, au sud de l’Angleterre, où son frère Léon est jeune moine. Il adresse une demande pour être accepté au Séminaire français de Rome, où il entre le . Il écrit dans une lettre datée du Source : Séminaire français de Rome. : .
Il y étudie jusqu’en 1927, suivant les cours en latin à l’université pontificale grégorienne. Il est ordonné prêtre le , en la basilique Saint-Jean-de-Latran. Durant son séminaire, il côtoie d’autres prêtres qui, au cours de leur carrière, ont eu de l’influence au sein de l’Église et avec lesquels il demeure en contact : 250px|vignette|Le chanoine Joseph Robert aux côtés du cardinal Gabriel-Marie Garrone, lors d'une rencontre organisée à Sainte-Marthe (Vatican) le 3 septembre 1968. le cardinal Gabriel-Marie Garrone, préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique ; Alfred Ancel, supérieur général du Prado ; Émile Guerry, archevêque de Cambrai ; Lucien-Sidroine Lebrun, évêque d’Autun de 1940 à 1966 ; le père Georges Finet, devenu le père spirituel de la mystique Marthe Robin.
Il y côtoie aussi Marcel Lefebvre, supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit et fondateur de la Fraternité Saint-Pie-XExcommunié en 1988, suite à l’ordination de quatre évêques sans l’autorisation du pape Jean-Paul II..
Ayant obtenu deux doctorats (en philosophie scholastique et en théologie), il rentre en France. Il est incardiné dans le diocèse d’Autun, dont l’évêque est alors Hyacinthe-Jean Chassagnon. Il y est successivement vicaire à l'église Notre-Dame d’Autun (de 1927 à 1929) puis curé de Briant dans le Brionnais, de 1929 à 1935. Il doit toutefois séjourner quelque temps, en 1929, dans un sanatorium en Suisse (Montana) pour soigner une forme de tuberculose qu’il a contractée. À Briant, alors qu’il est déjà grandement apprécié de ses paroissiens, il découvre la solitude spirituelle du prêtre de campagne.
Curé de Lugny et fondateur d'une communauté sacerdotale À sa demande, il est nommé en 1935 à Lugny, chef-lieu de canton du Mâconnais, où il demeure plus d’un demi-siècle, jusqu’à la veille de sa mort en 1987. Cette région, l'une des plus déchristianisées de France, est alors surnommée la Sibérie du diocèseAppellation soulignant autant la rudesse du climat anticlérical du Mâconnais que la distance qui le sépare d’Autun. Le Mâconnais a aussi été qualifié d’ Ouganda du diocèse, dénomination véhiculant, quant à elle, l’image d’un pays qui n’aurait jamais été christianisé et restant à évangéliser., cette partie du diocèse d’Autun étant caractérisée par une très faible pratique dominicale« Sur la terre mâconnaise, défrichée, labourée par les moines de nos célèbres abbayes, la libre pensée a, pendant longtemps, poursuivi son œuvre, affichée ou sournoise, destructrice de toute foi au fond des âmes. Elle a réussi en partie ! Dans ce pays où abondent de magnifiques églises, éloquent témoin d’un passé fervent, c’est pitié de penser que l’indifférence, sinon l’hostilité, règne sur tant de cœurs faits pour connaître et aimer le Bon Dieu comme l’ont connu et aimé leurs ancêtres. » (Lucien Lebrun, évêque d’Autun, 1944).. Ce canton rural de Lugny, vivant dans une large mesure du travail de la vigne, était véritablement « un pays de mission »Le canton de Lugny figure alors parmi les 80 cantons (sur ) classés « pays de mission » sur la carte religieuse de la France. Source : chanoine Fernand Boulard, Problèmes missionnaires de la France rurale, Cerf, Paris, 1945..
vignette|150 px|left Dès sa nomination, le curé Robert perçoit qu’il n'est pas possible d'œuvrer dans ce secteur de la même manière que dans des paroisses bénéficiant toujours d'une vitalité chrétienne. Dans ce contexte, bien qu'appartenant au clergé séculier, il fonde avec l'accord de son évêque une communauté : la Communauté des prêtres de Lugny, dont il est le responsable en tant que curé-archiprêtre de Lugny. Les prêtres qui l'assistent résident tous à Lugny pour se soutenir mutuellement dans la prière et trouver ensemble , chacun ayant la responsabilité d’une des paroisses environnantes et y passant quelques jours par semaine. Ces prêtres dérogent donc à l'obligation de résidence, telle que définie pour les curés de paroisse dans le code de droit canonique. Pour lui, la communauté doit être un lieu de vie fraternelle, de partage, de nourriture spirituelle en même temps qu’un instrument d’efficacité pastorale.
Il persuade une femme, Marie-Louise Simphal, rencontrée à La Giettaz en Savoie, de s’installer à Lugny pour s’occuper de la fondation de la branche féminine de sa communauté pastorale (Les Assistantes communautaires), branche qui a pour mission de soutenir les prêtres et leurs travaux pastoraux. Avec elle, il écrit un catéchisme novateur : Mon premier catéchisme qui obtient une reconnaissance nationale et même internationale : il est plusieurs fois réédité et des paroisses francophones l’adoptent après la guerreMon Premier Catéchisme (première synthèse de la religion chrétienne), Imprimerie Notre-Dame des Anges, Autun, 1939..
Un service social rural pour le Haut-Mâconnais Alors qu’il est soucieux du salut des âmes, le curé Robert se préoccupe aussi de la situation sociale rude de ce secteur rural. À partir du constat de la situation difficile de la vie de certains habitants (mortalité infantile, tuberculose, mauvaise hygiène, alcoolisme, pauvreté, mauvais traitements, etc.), il fonde en le Service social rural de Lugny pour aider la population de diverses manières. Ce service agit dans de nombreux domaines : cours (ménagers, agricoles, d’hygiène, de puériculture), soins et visites à domicile sur le plan médical, lutte contre les maladies contagieuses, placement des enfants, vestiaire, bibliothèque. Il s’adjoint pour ce travail en profondeur les services d’une assistante sociale diplômée d’État, .
Rencontre avec la mystique Marthe Robin En 1940, le père Georges Finet, directeur de conscience de la mystique Marthe Robin et camarade de séminaire du père Robert, est mobilisé. Le père Robert reste présent auprès de la mystique. Il est profondément marqué par cette rencontre et il semble que ce soit Marthe elle-même qui lui ait indiqué de fonder une école catholique dans sa bourgade du Haut-Mâconnais.
L'abbé Robert est d’ailleurs le tout premier retraitant homme à assister à une retraite prêchée par le père Finet au Foyer de charité de Châteauneuf-de-Galaure, voulu par Marthe Robin. À l’époque, les retraites d’hommes et de femmes sont absolument séparées. Un prêtre du Mâconnais, l’abbé Robert, demande au Père Finet de pouvoir assister aux retraites. Le père Finet ne le veut pas sans l’autorisation de Camille Pic, évêque de Valence. Celui-ci lui dit : . Les retraitantes objectent alors qu’il n’y avait pas de raison de ne pas recevoir aux retraites leur mari ou leur fils. Camille Pic, consulté, répond de nouveau : . Ainsi commencent, le , les retraites de chrétienté, selon le vocabulaire de l’époqueBernard Peyrous, Vie de Marthe Robin, Éditions de l’Emmanuel, 2006..
Une école catholique pour le Haut-Mâconnais vignette|270px|right|Le chanoine Robert et le père Pléty lors d'une kermesse de l'école (fin des années 50). C’est alors qu’en le curé Robert fonde une école avec pensionnat, dans des bâtiments achetés à Lugny en 1941 par mademoiselle Simphal et, plus tard, par lui-même, lorsqu'il achète en 1946 le château de LugnyPar acte signé Joseph Soubeyran, notaire nommé d’office suppléant de maître Claude Ravat, notaire à Lugny, du 14 avril 1946.. Cette école est fondée à des fins d’évangélisation, dans l’espoir de créer localement de futurs foyers profondément chrétiensLa fondation de « l’école des garçons » a été immortalisée par une peinture : L’Annonce de la Parole en Mâconnais, tableau que Michel Bouillot – qui avait fait les Beaux-arts – réalisa à Lugny vers 1950, peu après y avoir été embauché pour dispenser des cours de dessin et être surveillant d’internat..
Dans cette dynamique, en , sont fondés les Foyers communautaires de Lugny (association qui existe toujours au ) et qui succède au service social rural fondé sept ans plus tôt, avec pour vocation la prise en charge des enfants de l’école en dehors des heures de classe et l’extension des activités socialesPar acte de maître Joseph Soubeyran, notaire nommé d’office suppléant de maître Claude Ravat, notaire à Lugny. Association déclarée (parution au Journal officiel de la République française le 23 janvier 1947).. Cette association se fixe plus particulièrement pour buts, d’une part, « l’organisation des services familiaux d’entraide, notamment service de dépannage et d’aide aux familles, foyers, maisons d’enfants, garderie, colonies de vacances, organisation des loisirs et des sports, bibliothèque, et autres services ayant le même objet » et, d’autre part, « l’éducation populaire sous toutes ses formes, notamment enseignement scolaire, péri et post-scolaire, enseignement ménager, artisanal, agricole et autres ».
Les Voyages et pèlerinages de Lugny 285px|vignette|Le chanoine Robert avec un groupe de retraitants devant l'église de Brancion en 1959. 185px|vignette|Affiche des « Pèlerinages communautaires de Lugny » annonçant quatre voyages organisés à Rome fin 1966.