En grammaire, le terme « passé » désigne, dans un sens général, une valeur temporelle de base, celle par laquelle le locuteur situe le procès exprimé par le verbe avant le moment où il parle. Le passé s’oppose à deux autres valeurs temporelles de base : le présent et le futur. Dans un sens restreint, un temps passé est, dans certaines langues, une certaine forme verbale, un certain paradigme qui exprime une certaine nuance de cette valeur temporelleDubois 2002, .Bussmann 1998, .Bidu-Vrănceanu 1997, .Constantinescu-Dobridor 1998, article timp.. Dans ce sens il peut y avoir plusieurs formes de passé.
Cette définition se réfère seulement à l’emploi du passé en tant que temps dit « absolu », c’est-à-dire utilisé seulement par rapport au moment de la parole, d’ordinaire dans des phrases simples ou des propositions principales. Le passé peut aussi être un temps appelé relatif ou de relation, c’est-à-dire utilisé par rapport à un autre verbe, qui est à un autre temps de base ou à une autre forme de passé, surtout quand les deux verbes sont dans une même phrase complexe.
En fonction de la langue considérée, il existe plus ou moins de formes de passé. Elles diffèrent selon le mode verbal, la diathèse, l’aspect, le mode d’action, le rapport temporel exprimé, le registre de langue et des facteurs pragmatiques. En fonction de ces notions également, les formes de passé peuvent être simples ou composées, les premières constituées à l’aide d’affixes, les secondes avec des verbes auxiliaires ou semi-auxiliaires. Les formes simples sont surtout caractéristiques des langues ayant un degré relativement grand de synthétisme, et les composées, de celles à un degré relativement grand d’analytisme.
Dans certaines langues, comme le français, l’anglais ou le roumain, l’aspect et le mode d’action n’ont pas de morphèmes spécifiques, étant exprimés surtout par le sens lexical des verbes et par certaines formes temporelles. Le passé simple, par exemple, exprime en même temps l’aspect perfectif, et l’imparfait, l’aspect imperfectif. Dans d’autres langues, comme les langues slaves, l’aspect et le mode d’action sont exprimés surtout par des affixes spécifiques, et seuls des verbes d’un certain aspect peuvent avoir certaines formes temporelles.
La valeur temporelle de passé est parfois exprimée non par des formes spécifiques, mais par une forme de présent (le présent historique). Par contre, une forme de passé peut parfois avoir une autre valeur temporelle de base.
En français
En français, il y a des formes de passé à tous les modes. La plupart des formes analytiques sont construites avec deux verbes auxiliaires. La majorité des verbes actifs reçoivent l’auxiliaire avoir ; les passifs et les pronominaux, ainsi que certains verbes actifs intransitifs, reçoivent l’auxiliaire être, le verbe à sens lexical étant au participe passé. Dans le cas de l’auxiliaire être, le participe est toujours accordé en genre et en nombre avec le sujet. Dans certains cas, il s’accorde également lorsque l’auxiliaire est avoir, non pas avec le sujet, mais avec le complément d’objet direct.
À chaque mode, il y a au moins un temps passé composé avec les auxiliaires au présent du mode en cause.
En roumain
Langue romane comme le français, le roumain présente certaines ressemblances avec celui-ci quant aux formes de passé, mais aussi des différences, surtout pour le nombre de formes, moindre en roumain.
À l’indicatif
L’imparfait a les mêmes valeurs principales qu’en français : Acolo locuiam în copilărie « C’est là-bas que j’habitais dans mon enfance », Se certau mereu « Ils/Elles se disputaient toujours ». Il exprime aussi une action simultanée à une autre action passée (În timp ce mânca, a sunat telefonul « Le téléphone a sonné pendant qu’il/elle mangeait »), mais moins dans les subordonnées introduites par la conjonction că « que », la concordance des temps étant moins rigoureuse qu’en français dans ce type de propositions : N-am observat că venea (imparfait) / vine (présent) după mine « Je n’ai pas remarqué qu’il/elle me suivait »Avram 1997, ..
Cette forme est souvent synonyme du conditionnel passé, aussi bien pour exprimer la condition non remplie que le procès non réalisé à cause de cela : Dacă știam, veneam și eu « Si j’avais su, je serais venu, moi aussi »Avram 1997, ..
Le passé composé est analogue quant à sa formation et à sa valeur principale à son correspondant français, sauf que l’auxiliaire est seulement a avea « avoir » : Am studiat prezentul și imperfectul « Nous avons étudié le présent et l’imparfait ». Dans le registre familier, il apparaît avec une valeur de futur proche : Acuma chiar am plecat « Maintenant je m’en vais vraiment », littéralement « … je suis vraiment parti(e) ». Dans le même registre, il peut aussi exprimer un futur antérieur : Până vine el, s-a zis cu tine « Jusqu’à ce qu’il vienne, c’en est fait de toi ». En vertu du manque de rigueur de la concordance des temps, il peut exprimer l’antériorité par rapport à un fait passé, au lieu du plus-que-parfait, dans le discours indirect : Le-a explicat de ce a venit (passé composé) / venise (plus-que-parfait) « Il/Elle leur a expliqué pourquoi il/elle était venu(e) »Avram 1997, ..
Le passé simple est aussi équivalent à celui du français, mais d’emploi encore plus limité, à certaines œuvres littéraires seulement : – Unde ai fost? întrebă el. – M-am plimbat în parc, răspunse ea « – Où es-tu allée ? – demanda-t-il. – Je me suis promenée dans le parc, répondit-elle »Avram 1997, ..
Le plus-que-parfait roumain est synthétique, ayant la valeur principale de son correspondant français. Le procès auquel il se rapporte peut être exprimé dans la même phrase [Terminasem de scris când ai venit tu « J’avais fini d’écrire quand tu es venu(e) »] ou dans le contexte antérieur à la phrase où il est utilisé, celle-ci pouvant être indépendante aussi : Spre seară terminasem de scris « Vers le soir j’avais fini d’écrire ». Il est moins utilisé qu’en français dans le discours indirect, étant souvent remplacé par le passé composé (voir plus haut)Avram 1997, ..
Ces formes ont toutes une variante à la diathèse passive, formée de façon analogue avec le passif français, son auxiliaire étant a fi « être », ex. Data alegerilor a fost hotărâtă « La date des élections a été décidée »Avram 1997, ..
À d’autres modes
Aux modes autres que l’indicatif, toutes les formes sont analytiques, constituées avec le seul auxiliaire a fi « être ».
Le conditionnel passé a pour auxiliaire le verbe a fi « être » au conditionnel présent, le verbe à sens lexical étant à la seule forme de participe roumain, correspondant au participe passé français. En roumain, le participe est invariable à cette forme, bien que conjugué avec cet auxiliaire. En phrase à subordonnée conditionnelle introduite par dacă « si », aussi bien le verbe régissant que le verbe de la subordonnée sont au conditionnel : Dacă aș fi asistat la ceartă, n-aș fi ținut partea nimănui « Si j’avais assisté à la dispute, je n’aurais pris parti pour personne ». En roumain aussi, le conditionnel passé peut avoir des emplois pragmatiques : Am auzit că ar fi absolvit facultatea « J’ai entendu dire qu’il/elle aurait fini ses études à la faculté », Aș fi vrut să vă spun că... « J’aurais voulu vous dire que… »Avram 1997, ..
Le subjonctif passé a l’auxiliaire a fi « être », ayant la même forme « fi » à toutes les personnes et suivi du participe invariable. Il est exigé par moins de verbes régissants qu’en français, mais il est plus souvent utilisé quand il a le même sujet que son verbe régissant : Nu-mi amintesc să fi spus așa « Je ne me rappelle pas avoir dit ça ». Il est parfois synonyme du conditionnel passé en subordonnée conditionnelle, exprimant la simultanéité (Să fi asistat la ceartă, i-aș fi despărțit « Si j’avais assisté à la dispute, je les aurais séparés ») ou la postériorité : Până să fi venit (subjonctif passé) / ar fi venit (conditionnel passé) un medic, l-aș fi îngrijit eu « Jusqu’à ce qu’un médecin soit venu, je l’aurais soigné moi-même ». Il peut aussi remplacer le conditionnel passé pour exprimer un reproche ou un regret : Să fi cumpărat (subj. passé) / De-ai fi cumpărat (cond. passé) niște fructe măcar! « Si tu avais acheté des fruits au moins ! »Avram 1997, .
Le présomptif passé. Certaines grammaires considèrent que le roumain a un mode que les grammaires françaises ne prennent pas en compte : le présomptif. Il a une forme spécifique au présent, mais au passé, il est l’homonyme du futur antérieur. Il est formé de a fi à l’indicatif futur + le participe invariable. Il peut être d’emploi absolu (O fi știut el ceva « Il devait bien savoir quelque chose ») ou relatif, exprimant d’ordinaire l’antériorité (Nu-și amintea dacă o fi dormit sau nu « Il/Elle ne se rappelait pas s’il/elle avait dormi ou non ») ou, éventuellement, la simultanéité : L-a putut vedea când o fi trecut pe acolo « Il/Elle a pu le voir quand il/elle serait passé(e) par là »Avram 1997, ..
L’infinitif passé est formé avec l’infinitif présent de a fi et le participe invariable. Il est moins utilisé qu’en français, surtout dans le registre soutenu, le roumain préférant un mode personnel à sa place : Faptul de a nu fi declarat adevărul l-a pus într-o lumină proastă « Le fait de ne pas avoir déclaré la vérité l’a mis dans une mauvaise lumière ». Par contre, il peut avoir son propre sujet, avec la préposition până « jusqu’à » ou la locution înainte de « avant de », pour exprimer une action passée postérieure : Înainte de a fi venit el, mă simțeam bine « Avant qu’il soit venu, je me sentais bien »Avram 1997, ..
Il y a des formes de passif à ces modes aussi, ex. : să fi fost iubit / iubită / iubiți / iubite (subjonctif passé) « qu’il/elle ait été aimé(e) / qu’ils/elles aient été aimé(e)s »Avram 1997, ..
En anglais
L’anglais aussi a plusieurs formes de passé, dont une seule est simple.
Le past simple, littéralement « passé simple », se construit à la forme affirmative, pour les verbes réguliers, avec le suffixe -ed ajouté au radical du verbe, et n’a aucune désinence. Comme temps absolu, il exprime un procès terminé dans le passé, sans liaison avec le présent, le moment ou la période où il a lieu étant souvent précisé. Il peut correspondre à trois formes de passé du français : au passé composé (The shop opened last week. Then it closed again two days later « Le magasin a ouvert la semaine dernière, mais il a fermé deux jours plus tard ») ; au passé simple, dans des narrations littéraires (Once upon a time a Princess went into a wood and sat down by a stream « Une fois, une princesse alla dans une forêt et s’assit au bord d’un ruisseau ») ou à l’imparfait, pour exprimer une action répétée (The children always played in the garden « Les enfants jouaient toujours dans le jardin ») ou un état : I was younger then « J’étais plus jeune à l’époque »Eastwood 1994, ..
L’imparfait itératif français a encore deux autres correspondants anglais. L'un est formé du past simple du verbe will « vouloir » + le « présent simple » du verbe à sens lexical (ex. : The children would always play in the garden « Les enfants jouaient toujours dans le jardin ») ; l'autre est une périphrase avec le verbe use « avoir l’habitude » au past simple + l’infinitif avec la particule to : We used to go to Austria « Nous allions en Autriche ».
La forme de past simple correspond à l’imparfait français également pour exprimer la condition dont dépend la réalisation d’une action hypothétique au présent (If you lived on the planet Mercury, you would have four birthdays in a single Earth year « Si tu vivais sur la planète Mercure, tu aurais quatre anniversaires en une année sur Terre »Eastwood 1994, .), et aussi en discours indirect pour exprimer un procès simultané avec le procès passé du verbe régissant : He said what time it was « Il a dit quelle heure il était »Eastwood 1994, ..