Gérard Philip, dit Gérard Philipe, est un acteur français, né le à Cannes et mort le à Paris .

Actif au théâtre comme au cinéma, il fut en France, jusqu'à sa mort prématurée, l'une des principales vedettes de l'après-guerre. Le public garde de lui une image juvénile et romantique, qui en fait l'un des emblèmes du cinéma français.

Biographie Enfance et jeunesse Gérard Albert PhilipMaurice Perisset, Gérard Philipe ou la Jeunesse du monde, éditions Alain Lefeuvre, 1979, .. naît le dans la villa Les Cynanthes à Cannes (Alpes-Maritimes). Plaque sur Les Cynanthes, lieu de sa naissance, AMC 9Fi982, de Marcel Philip (1893-1973) et de Marie Elisa Villette (1894-1970), dite « Minou ». Sa famille est aisée. Il a un frère Jean, d'un an son aîné.

Sa mère est la fille d'un pâtissier beauceron établi à Chartres et d'une émigrée tchèque directement venue de Prague..

Son père, riche hôtelier (propriétaire de divers établissements sur la Côte d'Azur et à Paris) et avocat dans un cabinet de contentieux juridique cannois, appartenait en à la ligue nationaliste des Croix-de-Feu, puis s'enthousiasma pour Jacques Doriot et son rêve de national-socialisme à la française, adhéra au Parti populaire français et devint secrétaire de la fédération de Cannes.. Propriétaire-gérant du Parc Palace Hôtel à Grasse, il fut contraint d'y abriter l'état-major mussolinien en 1940 puis l'état-major nazi en 1943. Il est condamné à mort par contumace après la guerre pour dénonciation de collaboration sans que la moindre preuve ne soit présentée et se réfugie en Espagne. Il a été gracié en 1962 par le général de Gaulle.

En 1928, Gérard est, avec son frère Jean, interne au lycée de l'institut Stanislas de Cannes tenu par les marianistes, où il est bon élève. Il y obtient, au début de la guerre, son baccalauréat.

Les débuts d’acteur pendant la guerre

Naissance d'une vocation En 1940, la famille Philip déménage à Grasse où le père, Marcel, gère le Parc Palace Hôtel. C'est à cette période que de nombreux artistes rejoignent la zone libre ; la Côte d'Azur devient un foyer d'activité intense.

En 1941, Gérard entame des études de droit à Nice mais songe à quitter cette voie pour devenir acteur, hypothèse à laquelle s'oppose son père. La même année, le cinéaste Marc Allégret rencontre la mère, Marie, qui s'amuse à tirer les cartes aux clients de l'hôtel de son mari. Sachant que son fils veut faire du théâtre, elle persuade le réalisateur de l'auditionner. Il fait donc passer une audition à Gérard, une scène d’Étienne, une pièce de Jacques Deval où justement un fils de voit sa vocation de comédien contrecarrée par son père. Il est impressionné par . Le cinéaste lui conseille de s’inscrire au Centre des jeunes du cinéma à Nice, puis l’envoie prendre les cours d’art dramatique de Jean Wall et Jean Huet à Cannes.

Inscrit à la faculté de droit à Nice en 1942, il est destiné par son père à une carrière de juriste. Rencontrant de nombreux artistes réfugiés sur la Côte d’Azur, alors en zone libre depuis 1940, il décide de devenir comédien. Sa mère le soutient dans ce choix.

Auditions, essais, premiers rôles Il passe une audition en 1942 devant Maurice Cloche pour le film d'aventures Les Cadets de l'océan, sans obtenir le rôle. Il fait également un essai pour Le Blé en herbe aux côtés de Danièle Delorme, le projet est censuré par le régime de Vichy. Il débute finalement au théâtre dans Une grande fille toute simple, d'André Roussin dont la première a lieu le au casino de Cannes. La pièce connaît un grand succès et tourne dans le sud de la France, ainsi qu'en Suisse. Son talent est déjà apprécié et reconnu par ses pairs. Afin de satisfaire la superstition de sa mère, il ajoute un -e à son nom de famille, de la sorte, son prénom et son nom forment désormais . En novembre, la zone libre est envahie par l’armée allemande.

En 1943, Gérard Philipe tourne avec la pièce Une Jeune Fille savait d'André Haguet, qui rencontre le succès à Paris. Il confirme ses dons d'acteur. Marc Allégret l'engage tout d'abord pour une silhouette dans le film La Boîte aux rêves, réalisé par son frère Yves, puis lui donne un petit rôle dans Petites du quai aux fleurs. La famille Philip s’installe rue de Paradis, dans le arrondissement de Paris. Gérard acquiert son indépendance financière et habite avec Jacques Sigurd rue du Dragon, à Saint-Germain-des-Prés. Son ami, qui écrira de nombreux scénarios et dialogues dans les films où jouera Gérard, l'initie à la littérature moderne et lui fait découvrir Caligula d'Albert Camus. Il obtient son premier succès et la célébrité à l’âge de vingt ans, dans le rôle de l’ange du Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux. Le directeur du théâtre, Jacques Hébertot, témoigne : En dépit du succès, Gérard Philipe s’inscrit au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, suit les cours de Denis d'Inès et obtient le second prix de comédie l'année suivante, ayant été admis à concourir bien qu'étant en première annéeLes comptes rendus des journalistes ayant assistés à ce concours de sortie sont très partagés. ("1944 – Gérard Philipe, prix de comédie au concours du Conservatoire d’art dramatique" dans Gérard Philipe (1922-1959) : archives d'un art en mouvement, 4 janvier 2022).. Au Conservatoire, en 1944 il rencontre le futur poète Georges Perros avec qui il restera lié toute sa vie.

La résistance et la libération En , Gérard Philipe , ce qui lui permet d’échapper au S.T.O. Une autre attestation est faite en .. Cette pleurésie occasionnera des soucis de santé au jeune homme par la suite. Si certains de ses amis ont rejoint la Résistance, il n'est pas certain que Gérard Philipe l'ait alors su : les opinions affichées de M. Philipe devaient rendre ces derniers assez méfiants. Gérard Philipe ne se joindra à la Résistance qu'à la toute dernière heure.

Du 20 au , il participe à la Libération de Paris, notamment de l'Hôtel de Ville, en compagnie de trente personnes sous les ordres de Roger Stéphane. Dès octobre, il suit les cours de Georges Le Roy : Il joue en novembre Au petit bonheur, comédie de Marc-Gilbert SauvajonÉmission de télévision Ah vous écrivez !. 24 août 1979. Consacrée à Roger Stéphane. Présentée par Bernard Pivot..

Son père, Marcel, est condamné à mort par contumace, à la dégradation nationale et à la confiscation de ses biens le pour intelligence avec l'ennemi et appartenance à un groupe antinational. Il s'enfuit alors en Espagne et devient professeur de français à Barcelone. Gérard, Anne et leurs enfants lui rendront de fréquentes visites.

L’après-guerre : gloire et engagement gauche|alt=Gros plan sur un panneau rectangulaire à la base d'une colonne où il est écrit en noir sur fond blanc la citation : "Le théâtre est un problème social comme toutes les questions artistiques. Gérard Philipe"|vignette|redresse|Déclaration de Gérard Philipe citée sur une colonne du théâtre des Abbesses aux pieds de la butte Montmartre à Paris, arrondissement. Il fait la connaissance de Maria Casarès en , par la pièce Fédérigo de René Laporte. Le sort finalement La Boîte aux rêves, jugée sévèrement par la critique et les historiens du cinéma. La notoriété de Gérard Philipe au théâtre et en tournée grandit encore grâce à la création de Caligula d’Albert Camus, toujours au théâtre Hébertot. C'est par cette pièce que le découvre le réalisateur René Clair, avec qui il va longtemps collaborer : Il ne se présente pas au concours en juin et démissionne du conservatoire en octobre.

Il tient son premier rôle principal au cinéma dans Le Pays sans étoiles de Georges Lacombe, sorti en ; le film surprend mais séduit la critique et le public. En juin sort également L'Idiot de Georges Lampin, que Philipe considère comme sa

Le film Le Diable au corps de Claude Autant-Lara en 1947, où il est le partenaire de Micheline Presle, marque un tournant dans sa carrière car il confirme son succès en France, tout en lui apportant une consécration internationale. Gérard Philipe remporte le prix d’interprétation au Festival international de Bruxelles ; le film, lui, remporte le prix de la critique internationale.

En décembre, il joue Les Épiphanies d'Henri Pichette au théâtre des Noctambules, aux côtés de Maria Casarès. Il loue la salle à ses frais, après que le projet eut échoué au Théâtre HébertotLa réaction du directeur du théâtre Hébertot, comme celle de Gérard Philipe et Maria Casarès sont retracées dans des articles de presse compilés dans un recueil factice d'articles conservés à la Bibliothèque nationale de France.. L’œuvre est un symbole du nouveau théâtre français, tant par l'émergence de nouveaux comédiens et de nouvelles salles, que par la recherche d'un nouveau rapport au public. C'est d'ailleurs à cela que s'engage Jean Vilar avec sa Semaine d'art en Avignon qui prend forme en .

Le a lieu la première de K. M. X. Labrador, comédie américaine adaptée par Jacques Deval qui laisse la critique indifférente sur la valeur de la pièce de théâtre, mais qui confirme le statut de Gérard Philipe, qualifié à plusieurs reprises de « très grand acteur », comme par l’hebdomadaire Femmes Françaises.. Robert Kemp déclare, dans Le Monde du : Malgré tout, Gérard Philipe multiplie les suggestions de direction d'acteurs pour enrichir la pièce. C'est au cinéma que la critique s'avère favorable à l'acteur, grâce à la sortie le de La Chartreuse de Parme de Christian-Jaque.

Surtout, cette même année, il est invité chez Jean Vilar, qui avait été impressionné par son jeu dans Caligula et Les Épiphanies. Il lui propose de jouer Le Cid de Pierre Corneille pour la seconde édition du Festival d'Avignon, ce à quoi il lui répond :

Anne et Gérard Philipe deviennent tous deux compagnons de route du Parti communiste français. Acteur engagé, il est l'un des premiers à signer l'appel de Stockholm, en 1950, contre l’armement nucléaire en pleine guerre froide. Il rejoint le Conseil national du Mouvement de la paix, présidé par Frédéric Joliot-Curie.. Il effectue plusieurs tournées dans les pays socialistes, où il jouit d'une grande notoriété. Il n'en protestera pas moins publiquement contre l'intervention soviétique à Budapest en 1956, tout en restant sympathisant communiste. Toutefois, durant ces mêmes périodes, ses engagements ne l’empêchent pas de visiter Paul Marion, l’ancien ministre de l’Information de Vichy, à la prison centrale de Clairvaux où ce dernier purge sa peine.

1950 : Jean Vilar, Avignon et le TNP vignette|redresse|Gérard Philipe en 1954 dans le costume de Don Rodrigue.|alt=

Succès cinématographiques L'année 1950 s'avère être décisive pour Gérard Philipe. Le a lieu la première de gala, en présence du Président de la République Vincent Auriol, de La Beauté du diable, film de René Clair que Gérard Philipe avait une première fois refusé. Atteint d'une rechute pulmonaire au printemps, il se repose à Janvry. Le sort La Ronde, de Max Ophuls. Considéré aujourd'hui comme un chef-d’œuvre, le film est mal accueilli par la critique, pour des raisons à la fois esthétiques et morales, bien qu'il obtienne plusieurs distinctions dans plusieurs festivals internationaux. (L'interprétation de Gérard Philipe, qui tranche avec ses rôles habituels, est alors mal comprise de la critique, comme le montre ce compte rendu : )

Rencontre avec Jean Vilar Enfin, en , Gérard Philipe vient trouver Jean Vilar dans sa loge du théâtre de l'Atelier, après une représentation dHenri IV de Luigi Pirandello. Vilar témoigne : En effet, deux ans plus tôt, le comédien avait refusé le rôle de Rodrigue, au grand dam du metteur en scène.

Cette rencontre marque également Gérard Philipe :

Léon Gischia, décorateur et costumier aux côtés de Jean Vilar, est convaincu qu'une des raisons majeures ayant poussé Gérard Philipe à se proposer auprès de ce dernier, .

Aventure du TNP