Charles-Joseph Lamoral, de Ligne, né à Bruxelles le et mort à Vienne le , est un maréchal de l'armée du Saint-Empire, diplomate au service de l'Empereur et homme de lettres des Pays-Bas autrichiens.

Fréquentant les plus grandes cours d'Europe, il fut bon militaire mais aussi un grand séducteur. Considéré comme un des trois grands mémorialistes du avec Giacomo Casanova et Giuseppe Gorani, il fut admiré de Goethe, Lord Byron, Barbey d'Aurevilly, Paul Valéry et Paul Morand.

Biographie Premières années gauche|vignette|Charles-Joseph, à l'âge de 10 ans, œuvre anonyme du XVIIIe siècle. Fils de Claude-Lamoral II, de Ligne, et de la princesse Élisabeth de Salm, il a pour parrain et marraine l'empereur Charles VI et son épouse l'impératrice Élisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbüttel.

Il perd sa mère à l'âge de . Jusqu'en 1755, Étienne de La Porte est son gouverneur, à qui il rendra hommage dans un de ses livres : « Formant mon âme en même temps que mon esprit, il acquit d'autant plus de droits à ma reconnaissance que je crois que si je valais quelque chose, ce serait à lui que je le devrais. »

À l'âge de , il rédige son premier ouvrage, Discours sur la profession des armes. En 1751, son père le conduit à Vienne et le présente à l'empereur François et à l'impératrice Marie-Thérèse, qui le fait chambellan. Le , il épouse à Vienne la princesse Françoise-Marie-Xavière de Liechtenstein.

Carrière militaire et bailliage du Hainaut Également en 1755, il entre au service de l'armée impériale de la Monarchie de Habsbourg : il accomplit, en qualité d'officier, de vaillantes campagnes durant la guerre de Sept Ans. Il prend part, entre autres, aux batailles de Kolin, de Breslau, de Leuthen et de Hochkirch. Nommé colonel à la bataille de Kunersdorf, il est envoyé à Versailles pour annoncer la victoire autrichienne de Maxen.

Après la guerre, il publie deux volumes de théorie militaire, Préjugés militaires en 1780 et Fantaisies militaires en 1783, ainsi que des Mémoires sur les campagnes du prince Louis de Baden, contre les Turcs, & les François en Hongrie, & sur le Rhin en 1787, nourris de son expérience de terrain et ses lectures ; il est considéré comme un des meilleurs théoriciens militaires autrichiens de son époque. Nommé grand bailli du Hainaut le et du régiment d'infanterie, il considère les troupes wallonnes comme . En revanche, pendant la révolution belgique, il ne croit pas souhaitable d'armer les paysans et se contente pour eux d'un service de pionniers. Pendant les guerres de la Révolution, il n'exerce pas de commandement, hormis une brève visite à son régiment devant Valenciennes, mais se fait le conseiller du jeune archiduc Charles d'Autriche-Teschen, nommé gouverneur des Pays-Bas autrichiens en 1793. Son Journal et sa correspondance contiennent de nombreux commentaires sur les événements militaires de son temps.

Entré en diplomatie, sa sympathie pour les rebelles belges lui en ferme la porte. Lors de l'annexion par la France, en 1792, ses biens sont confisqués. Il ne reverra plus son château de Belœil mis sous séquestre, et s'installe définitivement à Vienne en 1792.

Retraite et dernières années Il est alors un homme âgé au seuil de la vieillesse () et vit assez pauvrement, ne s'occupant plus que d'art et de science. Catherine II, pour améliorer sa situation, le fait feld-maréchal russe et lui donne une terre en Crimée.

Le , à la suite de la confiscation de ses biens lors de l'annexion française, il reçoit une compensation par le recès de la Diète d’EmpireGenealogisches Handbuch des Adels, Fürstliche Häuser XIV. "Ligne". C.A. Starke Verlag, 1991 , .. À l'article 11 de la résolution, il est écrit que : . Il obtint également un siège au conseil impérial (Reichsfürstenrat), au banc des comtes de Souabe, le siège CXXVI (). Le , deux ans avant la dissolution du Saint-Empire, il vend Edelstetten au prince Esterhazy de Galantha.

Le crépuscule de sa vie se déroule au moment du congrès de Vienne, dont il devient le . , dit-il à son ami et alter ego, le prince de Talleyrand. Auteur du célèbre , il annonce sa propre mort (dans sa ) par :

Il a fréquenté Giacomo Casanova dont il devint l'ami intime, Wieland, Germaine de Staël et a correspondu avec Rousseau, Voltaire., Goethe, Frédéric II et la tsarine Catherine II (avec qui il a été en correspondance permanente).

Charles-Joseph de Ligne fut membre de la loge bruxelloise L’Heureuse Rencontre. En 1785 fut fondée la loge Ligne équitable du régiment de Ligne, dont il fut le vénérable maîtreEugen Lennhoff, Oskar Posner, Dieter A. Binder, Internationales Freimaurer Lexikon. 5. Auflage 2006, Herbig Verlag , ... Ses funérailles ont lieu en l' et il est ensuite inhumé dans la capitale autrichienne.

Lignée familiale Fils de Claude Lamoral II ( - ), prince de Ligne et du Saint-Empire, prince d'Amblise et d'Épinoy, grand d'Espagne, marquis de Roubaix, etc., gouverneur du duché de Limbourg, chevalier de la Toison d'or (1721, brevet ), conseiller d'État, et de la princesse Elisabeth Alexandrina zu Salm ( - , Bruxelles), Charles-Joseph épouse le Maria Franziska ( - ), fille de Emanuel Joseph Johann (, Vienne - , Vienne), prince von und zu Liechtenstein, grand-maître de la Cour. Ensemble, ils eurent : Marie-Christine (1757-1830), dame de la Croix-Étoilée, mariée le à Bruxelles, avec Johann Nepomuk (, Vienne - , Vienne, prince von Clary-Aldringen, dont postérité ; 150px|vignette|Charles Joseph Antoine Lamoral Ghislain de Ligne. Charles Joseph Antoine Lamoral Ghislain ( - tué le , Combat de La Croix-aux-Bois), colonel, chevalier de l'Ordre militaire de Marie-Thérèse, commandeur de l’Ordre impérial et militaire de Saint-Georges, marié, le à L'Abbaye-aux-Bois (Paris), avec la princesse Helena Apolonia Massalska ( - - château de Saint-Ouen, inhumée le au cimetière du Père-Lachaise), dont : Sidonie ( - ), mariée, le à Teplitz, avec le comte ( - ), de la famille Potocki, aide de camp du maréchal Davout, dont postérité ; d'une relation adultère avec (Marie-Anne-Florence Bernardy-Nones) (, Anvers - , Orly), il eut une fille légitimée en 1810, (Fanny-)Christine - celle que l'on nomme "Titine" dans les chroniques familiales - ( - ), mariée le avec ( - ), comte O'Donnell von Tyrconell, dont postérité ; François Léopold (1764-1771) ; Louis-Eugène (, Bruxelles - , Bruxelles), marié, le au château de Belœil, avec Louise van der Noot de Duras (, Bruxelles - , Paris, remariée au comte Charles d'Oultremont), dont : Eugène (7 pluviôse an XII, Bruxelles - , Bruxelles), prince de Ligne , prince d'Amblise et d'Épinoy ; Jules Louis (1806-1811) ; Octavie (1808-1810) ; Adalbert Xavier (1767-1771) ; Euphémie Christine (1773-1834), mariée le avec János, comte Pálffy de Erdőd (-1821) ; Flore (1775-1849), mariée en 1812 avec Raban, baron Spiegel (1775-1836) ;

L'un de ses descendants directs est le prince Antoine de Ligne.

Il avait eu également de ses relations extra-conjugales deux filles, la première (1770-1770) née d'Angélique D'Hannetaire (1749-1822), la seconde, Adèle (1809-1810), née de .

Titres vignette|Charles-Joseph de Ligne au Parc d'Egmont à Bruxelles. Prince de Ligne et du Saint-Empire, Prince d'Amblise et d'Épinoy, Marquis de Roubaix, Comte de Fauquemberg et de Nichin, Vicomte de Leyden, Baron de Werchin, de Belœil (Belgique), d'Antoing, de Cisoing, de Villiers, de Jeumont, Souverain de Fagnolle, Seigneur de Baudour, de Ponthoir, de Montrœul, d'Hauterange, de Pommereul, d'Ollignies, Premier seigneur de Flandres.

Fonctions héréditaires Grand d'Espagne ; Pair, sénéchal et maréchal de Hainaut.

Décorations Chevalier de l'ordre autrichien de la Toison d'or (1772, brevet ), Chevalier de l'ordre militaire de Marie-Thérèse, Chevalier de l'ordre de la Couronne de fer.

Hommage et honneurs Une statue à son effigie a été érigée à Bruxelles (au parc d'Egmont, œuvre de John Cluysenaar) et à Belœil (œuvre de Charles Brunin).

Œuvres

Certains de ses livres ont été imprimés, hors commerce, sur son imprimerie privée, installée dans son hôtel bruxellois.

Beaucoup de ses textes ont paru en tiré à part et aussi regroupés dans les rares 34 volumes de l'ouvrage intitulé Mélanges militaires, littéraires et sentimentaires. Lettres à Eugénie sur les spectacles (1774) Céphalide, ou les Autres mariages samnites, comédie en musique (1777) Préjugés et Fantaisies militaires (1780) Colette et Lucas, comédie en musique (1781) Coup d'œil sur Belœil, Belœil, 1781, lire en ligne ; seconde édition, Bruxelles, 1786 ; Fantaisies militaires (1783) L'Amant ridicule, proverbe en prose (1787) Mélanges militaires, littéraires et sentimentaires, (édition intégrale des œuvres du Prince), 34 volumes in 12°, Dresde, 1795-1811 ; Mémoires sur les Juifs (1795-1811) Les Embarras, pièce en un acte (manuscrit) Mes Écarts ou Ma Tête en liberté (1797 à 1811) Contes immorauxRéédition, texte établi et annoté par Manuel Couvreur, présentation de Roland Mortier, Desjonquères, 1995, 208 p. (1801) ; Lettres et Pensées, publiées par Mad. la Baronne de Staël Holstein, Londres, 1809, 2 volumes ; Œuvres choisies du maréchal prince de Ligne, publiées M. de Propiac, faisant suite aux Lettres et Pensées du même auteur, publiées par Madame la Baronne de Staël, Paris, 1809, 1 volume ; Fragments de l'histoire de ma vie, manuscrit publié chez Plon par Félicien Leuridant, 2 tomes, Paris, 1928.

Éditions contemporaines . Lettres à Eugénie, dans Écrits sur l'art théâtral, Spectateurs, vol. 1, édition établie et présentée par Sabine Chaouche, Paris, Éditions Honoré Champion, 2005 . Charles-Joseph de Ligne, Œuvres, édition établie et présentée par Roland Mortier, Bruxelles, Éditions Complexe, 2006, coffret composé de 3 tomes . Fragments de l'histoire de ma vie, 2 tomes, édition établie et présentée par Jeroom Vercruysse, Paris, Éditions Honoré Champion, 2009. Lettres à Eugénie, Lettres à Eulalie, Dialogue des morts, éditions établies et présentées par Sabine Chaouche, dans Écrits sur la société, Jeroom Vercruysse (dir.), Paris, Éditions Honoré Champion, 2010 Mes Écarts ou Ma Tête en liberté (dir. Maxence Caron), Paris, Les Belles Lettres, coll. "Classiques favoris", 368 p., 2016 .

Références et sources Références

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