Le bombardement de Bouaké est un affrontement armé au cours duquel les forces aériennes ivoiriennes bombardent des forces françaises de l’opération Licorne, occasionnant dix tués et 40 blessés. Cette attaque est un épisode-clé de la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire et comporte encore de nombreuses zones d'ombre.

Le à , deux Soukhoï Su-25UB code OTAN Frogfoot (biplace). de l'armée de l'air ivoirienne effectuent un bombardement du lycée français René Descartes de Bouaké (centre de la Côte d'Ivoire) qui servait de base à l'armée française. Ces avions étaient pilotés par deux pilotes biélorusses assistés chacun de copilotes ivoiriens. Le bilan est de neuf morts et 38 blessés parmi les soldats français, et d'un mort (agronome américain membre d'une ONG) ainsi que 2 blessés (français) parmi les civils.

Contexte Depuis l'intervention française à la suite de l'éclatement de la rébellion armée , la Côte d’Ivoire est coupée en deux : le Sud, contrôlé par le gouvernement ivoirien, et le Nord, aux mains des forces rebelles. Les forces françaises, dans le cadre de l’opération Licorne, sous les ordres du général Henri Poncet, sont déployées entre les deux belligérants avec les casques bleus de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) pour établir une zone de confiance.

Toutefois, le , les forces gouvernementales lancent une offensive contre les rebelles, l'opération Dignité. Déployée en tant que force d’interposition et chargée par l’ONU de faire respecter le cessez-le-feu, l’armée française reçoit l’ordre de Paris de ne pas réagir, même s'il semble que l'Élysée ait tenté avec vigueur de dissuader les forces gouvernementales.. Ainsi, le dans la matinée, les deux Su-25 frappent un bataillon des Forces nouvelles à Bouaké, puis le PC d'un officier de ces dernières. Dans l'après-midi, ils prennent pour cible la tour RTI et l'hôtel Tropico. Le lendemain, une colonne de Fanci menée par le capitaine Konan progresse au sol vers Bouaké. Les Su-25 ciblent Séguéla et Baboulifla, localités en dehors de Bouaké. Le , les opérations aériennes se poursuivent à Bongora, Brobo, Séguéla et Bouaké.

Déroulement de l'attaque

Le en début d’après-midi, les deux Soukhoï Su-25 décollent de l’aéroport de Yamoussoukro, a priori pilotés par deux pilotes biélorusses, Boris Smahine et Youri Souchkine, secondés par deux copilotes ivoiriens, le lieutenant-colonel Ange Gnanduillet et le lieutenant Patrice Oueï.

Vers 13 h 20, ils effectuent un premier passage de reconnaissance au-dessus du lycée français René Descartes de Bouaké où l'armée française a installé une base., avec plusieurs centaines de militaires et une soixantaine de blindés sous le commandement du colonel Patrick Destremau. Puis l’un des deux avions plonge en piqué et lâche ses roquettes sur le foyer ..

Victimes Le bombardement, dans lequel sont lancées au moins 4 roquettes, fait dix morts (dont 9 soldats français et un civil américain) et 40 blessés (dont 38 soldats français et 2 civils français). Il s'agit du plus lourd bilan pour l'armée française depuis l'attentat dit "du Drakkar" au Liban en 1983.

Les familles des défunts ainsi que les victimes blessées se sont rassemblés au sein d'une association : l'"Association commémorative Descartes Bouaké du ".

Liste des victimes

Morts Neuf militaires français appartenant aux RIMa, RICM et du train, membres de la force Licorne, tous "Morts pour la France" à Bouaké le jour du bombardement : Les données de ce tableau proviennent du site Mémoires des Hommes(où chaque militaire décédé a une fiche), d'un article et d'un site internet. Les militaires sont classés par date de décès et nom de famille. L'âge est calculé à partir d'un modèle. Ne pas modifier. # Nom Prénom S Âge Armée Grade Catégorie Unité Dpt/Pays de naissance Situation familiale Lieu de sépultureNomVilleDptVilleDpt 1 Barathieu Thierry H Terre Adjudant-chef Sous-officier RICM Poitiers Vienne Allier marié3 enfants Chasseneuil-du-Poitou Vienne 2 Capdeville Philippe H Terre Adjudant-chef Sous-officier RICM Poitiers Vienne Oran marié3 enfants Gironde-sur-Dropt Gironde 3 Decuypere David H Terre Caporal Militaire du rang RICM Poitiers Vienne Isère célibataire Quirieu Isère 4 Delon Francis H Terre Sergent-chef Sous-officier RICM Poitiers Vienne Meurthe-et-Moselle marié1 enfant Poitiers Vienne 5 Derambure Laurent H Terre Sergent Sous-officier RICM Poitiers Vienne Somme marié2 enfants Friaucourt Somme 6 Duval Franck H Terre Brigadier-chef Militaire du rang RT Angoulême Charente Orne célibataire Domfront Orne 7 Falevalu Patelise H Terre Caporal-chef Militaire du rang RIMa Le Mans Sarthe Wallis-et-Futuna célibataire Nuku Wallis-et-Fut. 8 Marzais Benoît H Terre Caporal Militaire du rang RIMa Le Mans Sarthe Vienne marié2 enfants Vouneuil-s/-Vien. Vienne 9 Tilloy Emmanuel H Terre Caporal Militaire du rang RIMa Le Mans Sarthe Manche célibataire La Glacerie Manche

Un civil américain : Robert J. Carsky, un agronome de 49 ans travaillant pour Africa Rice.

Blessés En plus des 10 morts, l'attaque a fait 40 blessés dont 38 parmi les soldats français présents au lycée Descartes, et 2 civils français. Certains des militaires ont témoigné dans les médias de leurs blessures et des séquelles :

Stéphane Paradis, l'un des plus grièvement blessés : 3 semaines de coma, une prothèse métallique sur le haut du crâne, garde des difficultés pour entendre et pour lire longuement ; un soldat anonyme : projeté à 15 mètres, un éclat dans le pied occasionnant 64 opérations, des difficultés à marcher avec une canne et une possible amputation ; Pierrick Pavec, adjudant-chef : polycriblé et brûlé, coude gauche arraché, jambe fracturée, trois ans d'aller-retour à l'hôpital, handicapé à vie Jérôme, sous-officier : blessure au bras, lourdes séquelles psychologiques ; André Albaladéjo, sergent-chef mécanicien : réception d'éclats sur tout le corps ; Thierry Jardry, adjudant au RICM : grièvement blessé dont un éclat de 19 cm dans la jambe, garde des troubles psychologiques. Sylvain Marchand, soldat : blessé à la jambe

Hommages aux victimes thumb|Stèle devant l'ancien lycée français Descartes de Bouaké en hommage aux morts du bombardement de Bouaké

Le , une cérémonie d'hommage solennel pour les soldats tués a lieu dans la cour d'honneur de l'hôtel des Invalides (Paris), présidée par le président de la République française Jacques Chirac. La légion d’honneur ou la médaille militaire leur a été remise au cours d'une cérémonie dépouillée. Un hommage a également été rendu à 35 blessés de l’attaque.

Le , une cérémonie d'hommage aux militaires tués a eu lieu aux Invalides, présidée par le ministre de la Défense (Michèle Alliot-Marie), en présence des généraux Henri Bentegeat (CEMA), Bernard Thorette (CEMAT), et Xavier de Zuchowicz (gouverneur militaire de Paris).

Une stèle dédiée à la mémoire des 9 soldats morts à cause du bombardement est présente au sein du camp militaire de Port-Bouët (Abidjan) des forces françaises en Côte d'Ivoire. Les noms des militaires morts sont aussi présents sur le monument au mort de ce camp, situé sur la place d'armes.

Le est inauguré le Monument aux morts pour la France en opérations extérieures dans le de Paris (dans le jardin Eugénie-Djendi du parc André-Citroën). Ce monument comprend, parmi les 549 noms au moment de l'inauguration, les noms des victimes décédées à cause du bombardement de Bouaké.

Le , lors de la première visite d'un président de la République française à Bouaké, les présidents français (Emmanuel Macron) et ivoirien (Alassane Ouattara) et leurs épouses, inaugurent à l'emplacement de l'ancien lycée Descartes une stèle en hommage aux morts du bombardement. La stèle ne mentionne pas les noms des victimes. La cérémonie a lieu sans la présence des familles des rescapés, ni des familles des soldats tués, et sans discours.

En 2021, des victimes se plaignent dans la presse de l'absence de véritable reconnaissance : l'un affirme avoir reçu sa croix de guerre par courrier, ils n'ont jamais été reçus par un ministre de la Défense, la stèle de Bouaké a été inaugurée en 2019 en catimini sans la présence de victimes.

Le , la ville de Cherbourg-en-Cotentin décide de renommer la résidence de la Saillanderie en "rue du caporal Emmanuel Tilloy" en hommage à ce Glacérien, militaire du 2e régiment d'infanterie de marine, mort à cause du bombardement. Emmanuel Tilloy habitait dans cette résidence à l'époque du bombardement. Cet hommage a été sollicité par l'association de victimes du bombardement pour la célébration du 20e anniversaire du bombardement qui aura lieu en .

Le , une cérémonie officielle s'est tenue à l'École nationale des sous-officiers d'active (ENSOA) de Saint-Maixent pour commémorer les 20 ans du bombardement de Bouaké, en présence du ministre des Armées, Sébastien Lecornu et des militaires ayant survécu à ce bombardement. Cet hommage a honoré la mémoire des neuf soldats tués, rappelant leur sacrifice et l’importance de perpétuer leur souvenir.

Conséquences Riposte française

Le président Jacques Chirac donne l'ordre de détruire les deux Su-25 qui ont atterri à Yamoussoukro pour être réarmés et ravitaillés en carburant. Vers 14h15, les Français entrent en action. Pendant que les techniciens les ravitaillent en carburant et empilent des bombes derrière les avions, à environ 650 mètres de distance, un détachement des troupes françaises opérant dans le cadre de l'opération Licorne s’apprête à agir, attendant le plus longtemps possible, jusqu'à ce qu'il y ait .

Les militaires français tirent ensuite deux ATGM Milan visant le nez des Sukhoi afin d'éviter des inutiles (un coup direct contre le réservoir de carburant aurait provoqué une explosion et un incendie). Le Su-25UB "Red 21" est touché devant le cockpit et le "Red 22" endommagé. Un des techniciens ivoiriens est tué durant l’attaque.

Peu de temps après, un hélicoptère Mi-24 ivoirien attaque en riposte le complexe français de Yamoussoukro. Immédiatement endommagé par un tir au sol, l’hélicoptère est forcé de s’éloigner.

Le commandant de l'opération Licorne ordonne ensuite la destruction des deux Mi-24, d'un Mi-8 (TU-HVT) et d'un hélicoptère IAR.330 Puma basés près du palais présidentiel à Yamoussoukro. Les deux Mi-24 et le Puma sont complètement détruits, tandis que le Mi-8 est endommagé par un autre missile.

Conséquences immédiates Une heure après l'attaque sur le camp des forces françaises, des combats éclatent entre les militaires français et ivoiriens pour le contrôle de l'aéroport d'Abidjan, essentiel pour la France dans la perspective d'établir un pont aérien.

Le , Charles Blé Goudé lance un appel à la télévision ivoirienne peu de temps après le bombardement des positions françaises par les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) et la riposte française. Les partisans du président ivoirien s’attaquent en représailles aux ressortissants français à Abidjan et plusieurs milliers de Français sont évacués en catastrophe du pays.

Conséquences à long terme L'aviation ivoirienne est complètement détruite à la suite des bombardements de l'armée française, ce qui aura pour conséquence l'arrêt de l'offensive menée par l'armée ivoirienne en vue de reconquérir le pays.

Commanditaires et mercenaires

De retour à Yamoussoukro, les deux pilotes biélorusses sont exfiltrés vers le palais de Yamoussoukro. Pourtant filmés par des militaires français, ils ont pris la fuite sans être inquiétés.