Les abus sexuels sur les femmes dans l'Église catholique désignent des agressions sexuelles de femmes, religieuses ou non, commises au sein de l'Église catholique par certains de ses clercs et agents pastoraux.

Dans les années 1990, cinq rapports dont ceux de Maura O’Donohue et Marie MacDonald, sont adressés au Vatican concernant des agressions sexuelles de religieuses par des prêtres. Ceux-ci sont rendus publics en 2001. Joaquín Navarro-Valls, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, indique en 2001 connaitre ce problème mais qu'il se limite à une zone géographique bien précise. Le , le Parlement européen vote un texte pour condamner les violences sexuelles à l'égard des femmes, et cite en particulier les abus à l'égard des religieuses catholiques.

En , le pape François évoque le dossier des religieuses abusées et victimes d'agressions sexuelles allant jusqu'à employer les termes d'« esclavage des femmes ». En 2020, le cardinal João Braz de Aviz, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, indique qu'il existe bien des prêtres abusant de religieuses mais .

Contexte et analyses En 2020, on compte approximativement au sein de l'Église catholique.

Positionnements du Vatican vignette|Lucetta Scaraffia éditorialiste de L'Osservatore Romano. En , après la publication de rapportsIl s'agit en particulier des rapports de deux religieuses Maura O’Donohue et Marie McDonald (supérieure des Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique), transmis au Vatican respectivement en 1994 et 1998. évoquant des abus sexuels à l'égard de religieuses essentiellement en Afrique, le porte parole du Vatican Joaquín Navarro-Valls indique : . Le , le Parlement européen vote un texte pour condamner les violences sexuelles à l'égard des femmes, et cite en particulier les religieuses catholiques. Le texte demande de rétablir les religieuses démises de leurs fonctions à la suite des révélations qu'elles ont faites. Le Vatican ne réagit pas. Pour , une des députées européennes à l'origine du texte : .

En , Lucetta Scaraffia, éditorialiste de L'Osservatore Romano, signe un texte dans le mensuel Femmes, Église, Monde dénonçant le travail pratiquement gratuit des religieuses au service des cardinaux. Puis, en , elle traite le scandale des religieuses abusées sexuellement et violées par des membres du clergé et le fait que celles-ci soient forcées à avorter secrètement ou à avoir des enfants non reconnus par leur père..

Dans sa Lettre au peuple de Dieu d', le pape François dénonce les . Il considère que ces abus ont pour origine une « manière déviante de concevoir l'autorité de l'Église ». Le , il évoque directement le dossier des religieuses abusées et victimes d'agressions sexuelles : . La congrégation évoquée par le pape est l’Institut des sœurs de Saint Jean et Saint Dominique..

En 2020, le cardinal João Braz de Aviz, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, indique qu'il existe bien des prêtres abusant de religieuses mais . Il mentionne aussi des religieuses obligées de se prostituer pour survivre..

En , le journaliste de Vatican News, Salvatore Cernuzio, publie Le voile du silence. Abus, violence, frustrations dans la vie religieuse des femmes avec une préface de Nathalie Becquart, sous-secrétaire du Synode des évêques. L'ouvrage présente les témoignages de onze religieuses abusées, sexuellement mais aussi avec des abus psychologiques, des abus de pouvoir ou de conscience.. Le pape considère que l'ouvrage décrit ..

Analyses left|vignette|La théologienne belge . En 2001, Marie Mc Donald, auteure d'un rapport sur des abus de religieuses notamment en Afrique considère :. Par ailleurs, ces clercs ont reçu, en général, une formation supérieure à celle des religieuses, ce qui leur permet de justifier leurs actes avec des pseudo-raisonnements théologiques.

La théologienne belge indique que lors d'un accompagnement spirituel le prêtre a un « pouvoir sur la religieuse ». Elle se confie à lui, il connaît ses aspirations, ses inquiétudes, parfois ses désirs. Par contre la religieuse ne connaît rien de personnel de son guide spirituel. Quand une religieuse est victime d'un abus spirituel ou sexuel, elle hésite à le faire savoir, par peur d'être exclue du groupe. Par ailleurs pour Karjlin Demasure, il faut modifier la théologie qui concerne les prêtres, les remettre dans le monde des « pécheurs ». Elle soutient le pape François dans sa volonté de remettre en cause le cléricalisme.

Lors de son audition auprès de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église, en , la docteur Isabelle Chartier-Siben, présidente de l'association « C'est-à-dire », classe en trois catégories les conditions d'abus d'une religieuse. La première concerne la victime qui ne peut pas refuser une relation sexuelle, celle-ci est dans l'ordre des choses. Elle doit obéissance aux prêtres et ne peut que se soumettre. Les deux autres cas relèvent de la manipulation mentale. La communauté qui accueille la religieuse a élaboré un concept qui justifie et permet les abus. Par exemple l'« amour d'amitié » au sein de la communauté Saint-Jean est à l'origine de multiples agressions. La dernière catégorie concerne une relation personnelle entre la victime et le clerc. Dans les trois cas la victime ne peut pas refuser, elle n'est pas libre..

Stéphane Joulain, prêtre et psychothérapeute, explique qu'il existe une évolution de la culture cléricale, qui place les clercs au-dessus des autres fidèles, il agit alors in persona ChristiLe concept In persona Christi signifie que le clerc agit dans le cadre de la messe non seulement à la place mais en tant que Jésus-Christ, en identification à lui.. Ainsi certains clercs se considèrent comme supérieur ce qui justifie, à leurs yeux, les abus commis..

Solutions avancées En 2019, l’union internationale des supérieures générales (UISG) qui regroupe insiste sur la formation des religieuses. Ainsi la notion d'obéissanceLes religieuses prononcent trois vœux : la pauvreté, la chasteté et l'obéissance à Dieu. peut être détournée et conduire à des abus. L'association appelle à supprimer la « culture du secret » et à libérer la parole..

En 2019, le pape François rend obligatoire aux clercs qui ont connaissance d'abus sexuels de le signaler à leur hiérarchie ecclésiastique. Par ailleurs, il décide de lever le secret pontifical concernant les agressions sexuelles, ainsi que la teneur des procès et verdicts dans ce domaine..

En 2020, la religieuse Maryanne Lounghry, psychologue australienne, publie dans Femmes, Église, Monde (seul média féminin du Vatican) les conditions nécessaires aux religieuses pour vivre dignement. Il s'agit de leur donner un salaire fixe, un logement, des congés et un accès internet. Elle indique : .

Histoire récente Afrique

À la fin des années 1980, la religieuse et médecin Maura O’Donohue vient travailler en Afrique dans le domaine de la prévention du SIDA pour Caritas Internationalis. En 1994, elle remet un rapport concernant l'exploitation sexuelle de religieuses catholiques. Certaines indiquent : . Les religieuses qui tombent enceintes sont exclues de leurs communautés. Sans ressources elles peuvent être conduites à se prostituer ou deviennent la deuxième ou la troisième épouse d'un homme... Après sa propre enquête, le prêtre , directeur de programme à Caritas en 1994, confirme son rapport : .

En 1998, la religieuse Marie MacDonald, supérieure des Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique révèle les viols de religieuses, celles qui sont enceintes doivent avorter.

La religieuse togolaise Mary Lembo, formatrice et psychothérapeute, auteure de la thèse Religieuses abusées en Afrique faire la vérité publiée en 2022, explique : . Elle considère qu'il faut former les religieuses pour qu'elles soient capables de dire non..

République démocratique du Congo

La religieuse théologienne congolaise Josée Ngalula, membre de la congrégation des Sœurs de Saint-André et première africaine à intégrer la commission théologique internationale en 2021, travaille comme théologienne notamment sur la problématique "religion et violence", en s'intéressant plus particulièrement sur les victimes féminines et en montrant que les croyances religieuses peuvent influer d'une certaine manière sur la banalisation ou la non banalisation des violences faites aux femmes. En 2005, elle publie une première étude biblique sous le titre "Dieu dénonce et condamne les violences faites aux femmes" : aux victimes à qui on a mis dans la tête que les souffrances vécues sont "normales" à cause du "péché d'Eve", il est important de proclamer que Dieu n'est jamais du côté des auteurs des violences.. Il est aussi important de prendre conscience que c'est un problème de société grave, donc il faut oser en parler, au lieu de l'occulter.. En 2006, elle organise un Atelier théologique sur le thème "Religion et violences faites aux femmes", qui insiste notamment sur le fait que plusieurs victimes souffrent en silence sans dénoncer, car on leur a mis dans la tête certaines convictions religieuses de type : "un chrétien n'accuse pas, il pardonne", etc. Il est important que les institutions religieuses prennent conscience qu'un certain type de discours religieux peut empêcher les victimes de dénoncer le mal, et donc aux auteurs de violence de continuer à faire du mal en toute impunité; il faut donc oser défendre les femmes en leur inviolabilité.. En 2008, elle publie une étude biblique sur les abus sexuels commis sur les femmes dans la Bible, avec l'objectif de pointer les réflexes courants de silence ou de compromission en faveur des auteurs des abus, lorsque ces types d'abus se passent dans les familles chrétiennes ou dans les églises.. En 2009, elle publie publie, en lien avec le deuxième synode africain qui a traité des questions de justice et réconciliation, deux études pour conscientiser les communautés chrétiennes en Afrique sur l'importance d'ouvrir les yeux et de gérer les situations des violences dans les familles et les églises en Afrique... En 2013, elle aborde la problématique des abus sexuels en contexte matrimonial, où elle montre que les abus sexuels peuvent provenir aussi bien des hommes que des femmes, y compris dans les couples chrétiens.. En 2020, elle fait un plaidoyer pour que l'Eglise s'engage à lutter contre la stigmatisation des victimes des violences sexuelles, aussi bien en son sein que dans la société.. En 2020, elle publie un manuel pour la promotion des politiques de prevention des abus sexuels, de protection des catégories vulnérables, de la non stigmatisation des victimes et de l'écoute commissionnante et guérissante des survivants des abus sexuels (femmes et hommes, enfants et adultes).. Dans ses interventions dans les médias à propos des abus sexuels en contexte africain, elle insiste régulièrement qu'on prenne au sérieux le la dimension culturelle du silence des victimes et des témoins : le sexe est souvent un tabou, les gens tiennent beaucoup à l’honneur de la communauté (qui reste prioritaire) et la société a décidé qu'un « chef a toujours raison »; de plus la perte de la virginité peut conduire à l'exclusion du groupe. Ainsi cette ..En 2021, elle proposent quelques lieux idéologiques et structurels à gérer en priorité, si l'on veut que les abus sexuels disparaissent dans l'Eglise demain..

Côte d'Ivoire