La conférence de Hombourg du est un conseil de la couronne impériale allemandeLe conseil de la couronne impériale allemande réunit, sous la présidence de l'empereur, le chancelier du , des responsables du pour fixer la politique du . convoqué à l'initiative de l'empereur Guillaume II. Réunissant des civils et des militaires, cette rencontre doit permettre de définir la politique du Entre 1871 et 1945, le nom officiel de l’État allemand est , simplifié en par la suite. en Russie alors que la suspension d'armes entre le gouvernement russe issu de la révolution d'Octobre et les empires centraux, conclue le , est sur le point d'expirer.

Contexte Le nouveau pouvoir russe

Depuis la fin de l'été 1917, après l'échec de la dernière offensive russe de la guerre, et plus encore après le coup de main mené par Oskar von Hutier et ses troupes contre Riga au début du mois de septembre, le front de l'Est ne constitue plus une menace pour le et ses alliés. En effet, l'armée russe apparaît à la fois travaillée depuis des mois par la propagande pacifiste des puissances centrales et soucieuse des évolutions politiques, économiques et sociales permises par le renversement de la monarchie. Chacun défend ses intérêts dans un pays en ébullition : le général Lavr Kornilov tente un coup d'État contre le gouvernement provisoire ; les paysans, masse de manœuvre de l'armée, aspirent à rentrer chez eux afin de participer au partage de la terre.

Dans ce contexte, le parti bolchevik, en promettant la sortie immédiate du conflit et des réformes sociales de grande ampleur, bénéficie d'une audience et d'une sympathie élargie par la dégradation de la situation économique et le délitement de l'autorité du gouvernement provisoire russe. Ainsi, la seconde tentativeUne première tentative avait échoué en , poussant Lénine à s'exiler en Finlande quelques semaines. de prise de pouvoir par les bolcheviks les rencontre peu d'opposition à Petrograd, tandis que le reste du pays demeure dans l’expectative. Malgré cette faible opposition, les bolcheviks ne constituent qu'une minorité au sein de l'assemblée constituante élue le , et voient leur pouvoir rapidement remis en cause, dans un contexte de délitement accéléré de l'autorité du gouvernement central.

Une fois le nouveau pouvoir installé, les divergences en son sein sur la question de la guerre resurgissent et se trouvent à la base des hésitations du pouvoir bolchevik face aux négociateurs des puissances centrales. Deux tendances se font face : la première, animée par Boukharine, souhaite transformer la participation russe au conflit en guerre révolutionnaire afin d'encourager le déclenchement de la révolution mondiale ; la seconde, animée par Lénine et Trotski, aspire à conclure, le plus rapidement possible et à n'importe quel prix, la paix avec les puissances centrales pour consolider le nouveau pouvoir bolchevik, préalable au déclenchement de la révolution mondiale.

Suspension d'armes et paix séparée

vignette|L'Ukraine indépendante, selon une carte postale allemande de propagande éditée en 1918. Légende : « L'Ukraine, pays et peuple. »|alt=Carte postale|gauche Le , des représentants de la Rada centrale de Kiev, qui n'a pas reconnu le gouvernement mis en place à la suite de la révolution d'Octobre, se sont rendus à Brest-Litovsk pour remettre la déclaration d'indépendance de la République populaire ukrainienne, reconnue par les puissances centrales à l'issue de pourparlers austro-hongroisLa reconnaissance de la République populaire ukrainienne par la double monarchie fournit le prétexte à d'intenses négociations entre Autrichiens et Hongrois. et germano-austro-hongrois le . Trotski est informé le jour même de cette négociation entre les puissances centrales et la Rada, alors en pleine déconfitureLes négociateurs ukrainiens représentent alors un gouvernement en fuite..

Menacés deux jours plus tard par les troupes bolcheviks qui approchent de Kiev, les représentants du gouvernement de la Rada centrale acceptent les termes de l'accord négocié par Ottokar Czernin, ministre austro-hongrois des affaires étrangères. Ils signent un traité garantissant l'indépendance de l'Ukraine et le soutien des puissances centrales au gouvernement de la République populaire ukrainienne le .

Négociations de paix germano-russes

vignette|Max Hoffmann à Brest-Litovsk.|alt=carte postale Le , le conseil des commissaires du peuple adresse au commandement allemand une demande d'armistice. Max Hoffmann, officier de l', proche collaborateur d'Erich Ludendorff et chef d'état-major de l' (« Commandant suprême de toutes les forces allemandes de l'Est »), se montre réservé sur l'opportunité de répondre à la demande russe. Cependant, les responsables militaires allemands acceptent rapidement la demande d'ouverture de pourparlers de paix avec le nouveau pouvoir russe.

L'arrivée à Brest-Litovsk le des négociateurs russes entraîne l'ouverture des pourparlers dès le lendemain. Cependant, il apparaît rapidement que les deux principaux animateurs du conseil des commissaires du peuple, Lénine et Trotski, n'ont donné au responsable de la délégation russe, Adolf Joffé, aucun mandat, hormis celui de n'accepter aucune des propositions des puissances centrales.

Au terme d'un mois de négociations, les deux parties, la quadrupliceEntre le et le , le compte trois alliés, l'Empire austro-hongrois, de l'Empire ottoman et le royaume de Bulgarie, tous regroupés au sein d'une alliance, la quadruplice. d'un côté, les représentants bolcheviks, de l'autre, ont des visions divergentes de la situation : les Allemands et leurs alliés austro-hongrois et ottoman souhaitent parvenir à un accord pérennisant leurs conquêtes. Ainsi, refusant par exemple les , comme l'affirme le ministre austro-hongrois des affaires étrangères Ottokar Czernin dans son discours en séance plénière à Brest-Litovsk le , ils semblent approuver les revendications des négociateurs russes, partisans d'une paix conclue sur la base du droit des peuples.

vignette|gauche|Les atermoiements de Léon Trotski constituent un motif d'énervements pour les négociateurs des puissances centrales.|alt=Léon Trotski

Face à ces déclarations, les représentants bolcheviks n'aspirent qu'à gagner du temps, afin de maintenir le flou sur les objectifs définis par le nouveau gouvernement russe. Devant cette incompréhension mutuelle, les représentants des puissances centrales se montrent chaque jour plus enclins à rompre les négociations avec les Russes et à reprendre les hostilités. Ainsi, dès le , le nouveau représentant russe, Léon Trotski, multiplie les initiatives pour tenter d'inverser le rapport de force issu de la guerre, agitant la menace de l'agitation révolutionnaire dans les pays de la quadruplice.

Rapidement lassé par ces atermoiements, Max Hoffmann, appuyé sur la réalité du rapport de forces militaire, frappe un Selon le mot de Fritz Fischer. le . Il expose froidement aux négociateurs russes les frontières que les négociateurs allemands entendent donner pour satisfaire leurs appétits territoriaux en Russie. Sur une carte, il trace ce qu'il veut être la nouvelle frontière de la Russie, expulsant les Russes de Pologne et des pays baltes. Face à ces exigences, Trotski demande et obtient une suspension de séance pour en référer à Petrograd.

De retour de Petrograd le , en accord avec Lénine, il annonce que son pays se retire unilatéralement du conflit. Ce retrait reflète trois aspects de la politique du conseil des commissaires du peuple : mettre un terme à la guerre entre la Russie et les puissances centrales, conformément aux promesses des bolcheviks avant la révolution d'Octobre ; ne pas lier le pouvoir bolchevik aux puissances centrales ; respecter les équilibres internes entre les différentes tendances qui s'expriment parmi les responsables bolcheviks, en mettant en application la formule de compromis .

Participants La conférence est convoquée à l'initiative de l'empereur Guillaume II et doit se réunir dans sa résidence estivale de Bad Hombourg. La rencontre se tient sous la présidence nominale du : celui-ci ouvre et clôt la conférence, mais, absent pendant la journée, n'assiste pas aux discussions.

Civils La conférence réunit des membres éminents du gouvernement impérial : Georg von Hertling, le chancelier du , Friedrich von Payer, alors vice-chancelier, Richard von Kühlmann, le secrétaire d'État aux affaires étrangères, chargé de défendre les intérêts du dans les pourparlers de paix entre la Russie et les puissances centrales, ainsi que le Guillaume.

Militaires vignette|Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff à Spa au mois de .|alt=hommes en uniforme Le commandement militaire est aussi représenté ; en effet, assistent à la conférence les Dioscures, Paul von Hindenburg et Erich LudendorffInséparables l'un de l'autre aux yeux de l'opinion publique allemande, ces deux militaires sont assimilés aux Dioscures de la mythologie par la propagande de guerre., premier quartier-maître général de l'armée allemande, le prince Leopold de Bavière, présidant alors aux négociations avec les représentants bolcheviks, ainsi que son chef d'état-major, le général Max Hoffmann, l'homme , principal organisateur du front de l'Est et représentant du commandement allemand dans les négociations de paix de Brest-Litovsk.

Le grand amiral Henning von Holtzendorff participe également aux échanges, défendant lors de cette rencontre entre politiques et militaires le point de vue de la marine de guerreDepuis la fin de l'année 1914, Henning von Holtzendorff et son entourage au commandement de la marine de guerre se montrent partisans de l'annexion au des régions baltes de l'empire russe..

Discussions la situation vignette|Guillaume II, ici en uniforme de maréchal, souhaite la situation politique en Russie.|gauche|alt=Guillaume II Alors que la délégation russe ne participe plus aux négociations de paix, l'ensemble des participants à la conférence se montre partisan de mettre un terme à ces atermoiements, et de la situationSelon le mot de l'empereur Guillaume II..

En effet, depuis le départ des délégués russes, la situation semble au point mort. Les puissances centrales sont toujours officiellement en guerre avec la Russie, ce qui oblige les Allemands et leurs alliés à maintenir sur le front oriental un nombre important de divisions. Cependant, le gouvernement du ne considère pas le gouvernement bolchevik comme le seul pouvoir légal en Russie, la Finlande et l'Ukraine ayant proclamé leur indépendance, reconnue par le , ses alliés, les principaux membres de l'Entente et quelques pays neutres.

De plus, les militaires allemands redoutent le maintien de cet état de fait incertain, les relations entre les puissances centrales et la Russie restant celles définies par la note adressée le Le , le secrétaire d'État allemand aux affaires étrangères fait parvenir à son homologue russe une note l'informant de l'état de guerre entre le et l'empire russe..

La précarité de la situation juridique oblige l'OHL à planifier le maintien d'importantes troupes sur le front de l'Est : en effet, le gouvernement allemand ne dispose alors d'aucune garantie du maintien de cette situation de fait, aussi bien sur la ligne de front qu'en Ukraine, dans les pays baltes et en Finlande. Faute d'accord définissant les nouvelles frontières de la Russie, le conseil des commissaires du peuple dispose de moyens légaux et militaires lui permettant de multiplier les offensives contre les États en formation en Finlande, en Ukraine et dans le Caucase, autant de nouveaux États engagés dans des pourparlers de paix avec les puissances centrales.

Enfin, les Dioscures veulent également mettre un terme légal à la confrontation germano-russe afin de pouvoir mener à bien le redéploiement des unités allemandes sur le front de l'Ouest, pour espérer remporter la victoire sur les Alliés avant toute offensive d'envergure à l'Ouest et surtout avant l'arrivée massive de troupes américaines sur le sol européen.