Massimo Introvigne, né le à Rome, est un sociologue italien, fondateur du Centre pour l'étude des nouvelles religions (CESNUR), organisme critiqué par plusieurs associations de lutte contre les sectesSite prevensectes, qui a pu être décrit comme « le plus éminent groupe d'information et de lobbying pour les religions controversées. ».

Proche des idées du militant d'extrême-droite brésilien Plinio Corrêa de Oliveira, Massimo Introvigne a été délégué général du groupement catholique conservateur Alleanza Cattolica. Il est connu pour l'application de modèles économiques à l'étude des religions, du fondamentalisme et du terrorisme.

Il a été, du au , le représentant de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la lutte contre « le racisme, la xénophobie et la discrimination », spécialement la discrimination « contre les chrétiens et les membres d'autres religions ». En il a été nommé par le ministère italien des Affaires étrangères coordinateur du nouvel Observatoire de la liberté religieuse, un organisme créé pour surveiller la situation de la liberté religieuse à l’échelle internationale et aider la diplomatie italienne.

Biographie thumb|left|La façade de l'université pontificale grégorienne, où étudia Massimo Introvigne

Influences et études Massimo Introvigne est né à Rome le . D’après son récit, en partie autobiographique, dans sa communication au colloque annuel 2008 de l’American Academy of Religion à Chicago, son intérêt pour les religions non chrétiennes remonte à ses lectures d’écolier des romans d’Emilio Salgari, Rudyard Kipling et Luigi Ugolini (1891-1980, l’auteur en 1950 du roman italien L'isola non trovata), qui l'ont amené à se passionner pour leurs références à l’hindouisme, l’islam et aux autres religions très mal connues en Italie à l’époque. L’encyclopédie Le grandi religioni del mondo (Les grandes religions du monde), publiée en Italie en 1964 par la maison d’édition Rizzoli, fut aussi d'une grande influence sur le jeune Introvigne, qui en achetait dévotement les livraisons hebdomadaires quand il avait neuf ans. Il cite également l’influence décisive de ses années de lycée chez les Jésuites de l’Istituto sociale à Turin entre 1970 et 1973.

Comme c’était le cas dans d'autres lycées italiens de cette époque, cet établissement était souvent le théâtre d’un débat politique vivace. Introvigne y côtoya des futurs hommes politiques italiens de gauche comme Piero Fassino, et de centre comme Michele Vietti (dont il finira par épouser en 1982 la cousine, la spécialiste de l'Islam Silvia Scaranari). C’est au même lycée qu’il rencontra un groupe catholique conservateur Alleanza Cattolica, dont il devint membre en 1972. Après son baccalauréat, il obtint un diplôme (B.A.) en philosophie de l’Université pontificale grégorienne de Rome, et un doctorat en droit en 1979 de l’Université de Turin.

Pendant ses années à la Grégorienne, il fréquenta aussi en tant que laïc l’Almo collegio Capranica, un séminaire romain où il côtoya de futurs prélats comme Rino Fisichella, Nikola Eterović et plusieurs autres. Sa thèse à l’Université de Turin était consacrée à John Rawls, et fut ensuite publiée en 1983 par la maison d’édition Giuffré sous le titre I due principi di giustizia nella teoria di Rawls, le premier ouvrage sur Rawls en italien. Son directeur de thèse avait été le philosophe du droit Enrico di Robilant, avec lequel Introvigne travailla comme assistant, entre 1979 et 1983, à l’Université de Turin.

Création du Cesnur En 1988, il avec l’historien suisse Jean-François Mayer et avec l’avocat de l’Utah et historien Michael W. Homer, il fonde le Centre pour l'étude des nouvelles religions (CESNUR) en 1988. Il fut chargé de cours à l’Athénée Pontifical Regina Apostolorum de Rome, parrainé par les Légionnaires du Christ, et en 2005-2006 à l’Université pontificale de la Sainte-Croix, dirigée par l'Opus Dei, puis à l’Université européenne de Rome, parrainée par les Légionnaires du ChristPrésentation de l'Université européenne de Rome. De 2013 à 2016, il a été professeur de Sociologie des mouvements religieux et de Sociologie des religions à l’Université Pontificale Salésienne de Turin.

Dans la deuxième édition de son Nuovo manuale di sociologia della religione (Nouveau Manuel de Sociologie de la Religion), Roberto Cipriani, ancien président de l’AIS (Association Italienne de Sociologie), présente Introvigne comme « l’un des sociologues des religions italiens les plus connus à l’étranger et l’un des grands spécialistes des nouveaux mouvements religieux à l’échelle internationale »Roberto Cipriani, Nuovo manuale di sociologia della religione, 2nd ed., Rome: Borla, 2009, .

Droit, politique, ésotérisme Dès 1980, Introvigne a eu aussi une activité parallèle comme conseil en propriété intellectuelle. Il est l’un des partenaires de la société de conseils en propriété intellectuelle Jacobacci & Partners de Turin et travaille aussi comme dans le cabinet d’avocats Jacobacci & Associati, dont il fut l’un des fondateurs en 1998. Il est aussi l’un des partenaires (sans responsabilités de gestion) de Terrazza Solferino, une société qui possède, a restauré et gère un immeuble historique du centre de Turin comme centre d’affaires et centre culturel. Il est marié et a quatre enfants.

Introvigne a commencé dans les années 1970 une collection de livres sur les religions et l’ésotérisme qui comprend plus de volumes et est mise à disposition du public comme bibliothèque du CESNUR.

Il a été de 2008 à 2016 délégué général de l’Alleanza Cattolica et est l’un des fondateurs de Res Publica, une fondation lancée en 1999 par Silvio Berlusconi, et étroitement liée à son parti le Peuple de la liberté. Introvigne a été aussi membre du conseil national du parti politique italien Union des démocrates chrétiens et du centre, qu’il abandonna toutefois en 2008 lorsque ce parti quitta son alliance avec Berlusconi.

Il est membre du groupe de l'Association italienne de sociologie (AIS), et secrétaire de l'Association Piémontaise de Sociologie des Religions (APSOR). Ses articles ont été publiés aux États-Unis et en Europe.

Massimo Introvigne est également l'un des fondateurs du CESPOC (Centre pour l'Étude de la Culture PopulaireVoir Site du CESPOC), qui possède l'une des plus grandes collections d'Europe de revues populaires, notamment françaises, et une importante collection de BD. Le fonds Massimo Introvigne de la bibliothèque du CESPOC possède des collections parmi les plus larges au monde de revues et livres sur des personnages comme Dracula, le détective Nick Carter, Zorro, Fantômas, auxquels Introvigne a consacré plusieurs articles (voir bibliographie). Massimo Introvigne a été aussi membre de la Transylvanian Society of Dracula et son président pour l'Italie jusqu'en 2009, lorsque la société a cessé ses activités en Italie et aux États-Unis en raison de la mort de son fondateur Nicolae Paduraru (1937-2009)

Collaboration avec le gouvernement italien En , il a été nommé parmi les 19 membres du Comitato per l'Islam Italiano auprès du ministère de l'Intérieur italien, organisme appelé à assister le gouvernement dans les affaires concernant la minorité islamique en Italie. Du au , il a été, pendant l'année de présidence lituanienne, le Représentant pour la lutte contre « le racisme, la xénophobie et la discrimination », spécialement « contre les chrétiens et les membres d'autres religions » de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Dans cette capacité, il a notamment organisé à Rome, le , le colloque de l'OSCE sur les crimes contre les chrétiens. Dans son intervention à Vilnius (Lituanie) le , au Conseil Ministériel de l'OSCE, l’archevêque Dominique Mamberti, secrétaire pour les relations avec les États du Saint-Siège, a loué le travail accompli par l'OSCE en 2011 dans le secteur confié à Introvigne : « En septembre dernier, la rencontre à Rome sur le thème: "Prévenir et répondre aux actes provoqués par la haine et aux crimes contre les chrétiens", fut un événement qui a remporté un grand succès et apporté une grande espérance. [..] Le Saint-Siège apprécie le travail exceptionnel qui a été accompli sous la présidence lituanienne en vue de combattre l’intolérance contre les chrétiens » . En mentionnant son activité à l'OSCE, le Ministère italien des Affaires Étrangères a nommé Introvigne, en , coordinateur du nouvel Observatoire de la Liberté Religieuse, un organisme appelé à surveiller la situation de la liberté religieuse dans le monde en coopération avec la diplomatie italienne .

Travaux Ouvrages Il est l'auteur d'une soixantaine d'ouvrages dont Pour en finir avec les sectes, coécrit avec de nombreux historiens et sociologues, et les trois éditions de l'Enciclopedia delle religioni in Italia (2001, 2006, 2013).

Massimo Introvigne est surtout connu en Italie comme l'un des sociologues qui a essayé d'importer en Europe la théorie de l'Économie de la religion développée aux États-Unis par les sociologues Rodney Stark et Laurence Iannaccone et qui fait application de modèles économiques au « marché » des religions.

Avec Stark, Introvigne a été l'auteur en 2003 du livre Le retour de Dieu : enquête sur la revanche des religions en Occident (Dio è tornato: indagine sulla rivincita delle religioni in Occidente - Casale Monferrato : Piemme), et avec Iannaccone, en 2004, de Le marché des martyrs : l'industrie du terrorisme suicide (Il mercato dei martiri: l’industria del terrorismo suicida (Turin : Lindau). Ces ouvrages ont été écrits spécifiquement pour leurs éditions italiennes, mais une partie de l'étude de Introvigne et Stark a été publiée en dans le premier numéro de la revue Interdisciplinary Journal of Research on Religion. La théorie de l'économie religieuse ne fait pas l'unanimité parmi les sociologues européens : certains y voient une réduction de la religion à sa dimension institutionnelle et statistique. La théorie est aussi souvent accusée de surévaluer le « retour » ou la « revanche » des religions, notamment en Europe.

Après 2001, Introvigne a beaucoup écrit sur l'islamisme et le terrorismeVoir notamment, en français, sa contribution au numéro special de la revue Maghreb-Machrek sur le terrorisme suicide : « Aux racines de l'argumentation théologique qui justifie le terrorisme suicide dans l’ultra-fondamentalisme », dans Maghreb-Machrek, n 186, hiver 2005-2006, ..

Occultisme et liens avec l'extrême-droite Son intérêt pour l’ésotérisme l’a aussi amené à étudier les relations entre ésotérisme et art moderne, et à participer à des projets académiques internationaux sur ces sujets comme « Enchanted Modernities » et « Theosophical Appropriations ».

En 1990, Massimo Introvigne a assisté au congrès donnant naissance au Groupe de Thèbes, une structure rassemblant les principaux responsables de sociétés maçonniques ou occultes. Il y côtoie des penseurs ésotéristes, comme Rémi Boyer, Triantaphyllos Kotzamanis, Robert Amadou, Jean-Pierre Giudicelli de Cressac Bachelerie ; et des activistes de l'extrême-droite comme Christian Bouchet"Groupe de Thèbes - Ombres et lumières", entretien accordé à Dominique Dubois par Rémi Boyer dans Historia Occultae, septembre 2010.. En 1991, plusieurs d'entre eux fondent le Centre international de recherche et d'études martiniste.

Parmi les membres importants du Cesnur dans les années 1990, se trouve un historien français controversé, Régis Ladous. Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Jean Moulin Lyon 3, spécialiste de l'histoire du catholicisme et de l'histoire religieuse, Régis Ladous a dirigé certains travaux de l'historien négationniste Jean Plantin.

Prises de position