Le vicariat apostolique de Loango (latin : Vicariatus apostolicus de Loango) est un territoire de mission de l'Église catholique en Afrique centrale, créé par Léon XIII le , d'abord sous le nom de vicariat apostolique du Congo français, par division du diocèse de San Salvador (Mbanza-Kongo) et du vicariat apostolique des Deux-Guinées. Divisé, sous le nom de Bas-Congo français, le , il prend le nom de vicariat apostolique de Loango le , puis de vicariat apostolique de Pointe-Noire le et devient diocèse de Pointe-Noire le .
Histoire
Zone de commerce libre vignette|gauche|Habitant de Loango provenant d'un jeu de cartes (1700 - 1799). Avant 1660, les Européens fréquentaient la côte de Loango pour s'approvisionner en étoffes, ivoire, bois rares (okoumé, padouk) et queues d'éléphants.
Les Portugais ont établi les premiers contacts à la fin du . Leur but premier était d'acheter les produits cités ci-dessus à Luanda en échange d'esclaves. Ils arrivent dans la baie de Loango en 1535. Les Hollandais les rejoignent en 1593 et y commercent jusqu'en 1670. vignette|right|Brooklyn Museum - Mpu, Chapeau de chef Les étoffes ont particulièrement joué un rôle essentiel dans le quotidien des habitants des royaumes du Kongo et du Loango. En plus de leurs rôles dans l'ameublement et l'habillement, les étoffes étaient utilisées lors des cérémonies d'intronisation, d'initiation et d'inhumation mais également comme monnaie d'échange. La qualité supérieure du textile produit à Loango rendait le produit deux fois plus cher que celui fabriqué à Luanda ; peut-être également grâce au talent des commerçants Vili.
Les étoffes tissées à base de fibres de raphia et de papyrus qui faisaient la renommée des habitants de Loango ont servi de monnaie d'échange, non seulement au Loango, mais aussi dans les États voisins de Ngoyo, Kakongo et de l'Angola pendant plusieurs siècles. Ces étoffes étaient également exportées vers le Portugal.. vignette|right|Kinzembe ou Zamba kya Mfumu - Manteau d'épaule (Textile Museum (Washington, D.C.)) Un des importants points d'accès pour les commerçants étrangers du était le port commercial de la baie de Loango, situé à environ de Bwali, la capitale du Royaume de Loango. Ils étaient ensuite escortés à Bwali dans l'espoir de se voir accorder une audience avec le Maloango, ou de rencontrer des fonctionnaires royaux (Mafouk) afin de négocier les termes de l'échange..
C'est le royaume de Loango qui fixe les règles dans ses échanges avec les marchands Français, Anglais ou Hollandais, en faisant jouer la concurrence entre eux. Les commerçants de Loango préféraient les produits manufacturés de ces derniers comparativement à ceux des Portugais, car ils les trouvaient de meilleure qualité et moins chers.
Ces échanges reposaient initialement sur des articles de grande valeur (ivoire, bois précieux, cuivre) contre des vêtements, des armes et des objets manufacturés occidentaux.
En parallèle, le royaume de Loango entretient des échanges commerciaux avec ses voisins de l'intérieur. Les voies d'accès constituant ce réseau sont au nord la route vers Mayumba, le Pool Malebo vers l'est et vers Luanda au sud, en passant par les royaumes de Ngoyo et Kakongo. Ce sont les fameuses routes des caravanes.
À partir de 1650, l'influence des étoffes en raphia va diminuer au profit des étoffes importées d'Europe et des Antilles. Les négociants hollandais, nouveaux venus sur le côte de Loango, peu intéressés par le raphia, préféraient échanger des esclaves, de l'ivoire ou du cuivre en contrepartie d'étoffes et de vêtements occidentaux. Ces derniers ont été rapidement adoptés par les notables de Loango, en plus des attributs habituels tels que les peaux de léopard ou autres parures royales.
Entre 1660 et 1867, le commerce extérieur des marchandises est définitivement remplacé par celui des hommes. Toutefois, la demande croissante de bois d'ébène pour alimenter le nouveau continent américain, va changer la donne. En effet, plus de esclaves par an ont transité par les côtes de Loango pour alimenter le commerce triangulaire.
1670 est considérée par Phyllis Martin comme une année charnière sur le plan économique et politique. Les Portugais et les Hollandais sont rejoints par les Anglais et les Français sur ce théâtre commercial. De plus, après d'hégémonie sur le commerce extérieur de la région, le Kakongo et le Ngoyo deviennent de sérieux concurrents.
Lorsque ses intérêts se trouvent menacés, notamment par les Portugais, le royaume n'hésite pas à rappeler qu'il est maître sur son territoire et qu'il commerce avec qui bon lui semble. Enfreindre les règles locales, c'était prendre le risque de représailles pour le contrevenant (mort, ou retard dans l'approvisionnement des bateaux en marchandises...)..
À son apogée, entre le et , le Maloango, souverain d'un État structuré et centralisé, était en mesure d'imposer ses conditions aux commerçants européens, en faisant jouer la concurrence, principalement entre Portugais et Hollandais. vignette|gauche|Captif maintenu par un carcan en bois mayombe. vignette|Le courtier Tati surnommé Desponts transporté en tipoye (hamac) par ses employés Les négociants Vili, en tant qu'intermédiaires incontournables entre les commerçants de l'hinterland (Yombé, Balumbu, Varama, Punu, Kugni, Dondo, Sundi, Kamba...) et les capitaines des navires européens qui mouillaient au large, ainsi que les Mafouks ou Mafouka (courtiers notables) par la perception des taxes et des droits d'accès sur les hommes et les marchandises, se sont énormément enrichis. Selon le négrier Louis Ohier De Granpré, ces courtiers Vili de la côte sont soit des seigneurs engendrés, ou des chefs des 27 clans primordiaux de Diosso ou des contrées avoisinantes.
Durant cette même période de 1660 à 1867, pendant laquelle les mécanismes de ce commerce au long cours ont été établis, esclaves au moins ont intégré les flux du commerce triangulaire, à partir des ports de la côte de Loango (la baie de Loango, Malemba et la baie de Cabinda)..
1,3 million de captifs supplémentaires ayant quitté ces mêmes ports ont été enregistrés entre 1811 et 1867 à bord de navires portugais, brésiliens et américains. Ce qui fait de la côte de Loango, une des cinq zones africaines les plus importantes du commerce triangulaire.
Le tableau ci-dessous récapitule les différents points d'embarquement des esclaves sur les côtes africaines, ainsi qu'une estimation du nombre d'esclaves correspondant..
RangZone d'embarquementNombre de captifs (en millions)Pourcentage de captifs1Côte de Loango & Côte d'Angola45,482 Golfe du Bénin15,973 Golfe du Biafra (et ïles avoisinantes du Golfe de Guinée)12,734 Côte de l'Or9,665 Sénégambie et îles avoisinantes6,046 Côte orientale et îles de l'océan indien4,337 Sierra Leone3,108 Côte sous le vent (actuel Côte d'Ivoire)2,69 -Total 100,00 En cette fin du , la désorganisation politique, spirituelle et socio-économique du royaume de Loango est à son summum, après 400 ans de traite négrière féroce. Une nouvelle classe de riches notables, s'affranchissant de la tutelle du pouvoir central, voit le jour. Ce faisant, l'autorité du Maloango va s'estomper au profit de ces potentats locaux. Un état d'anarchie est causé par la lutte de pouvoir entre les mafouks et les factoreries installées sur la côte. C'en était fini de la splendeur du Royaume Loango qui avait perdu toute sa superbe.
Premières tentatives infructueuses vignette|150px|Peinture d'Emmanuel Ne Vunda, Sala dei Corazzieri, Palais du Quirinal, Rome, 1615-1616. Alors que très tôt dès 1490, à l'image d'Emmanuel Ne Vunda, ambassadeur du Kongo au Vatican, le puissant royaume du Kongo avait opté pour la religion catholique et les mœurs portugaises, les premières tentatives d'évangélisation de l'Église catholique au Loango interviennent au .
En 1663, sous l'impulsion des pères capucins de la Sacrée Congrégation de la Propagande, Bernadin de Hongrie et Léonardo de Nardo, la Préfecture apostolique de Loango est détachée de celle du Congo voisin. Le nouveau préfet apostolique instruit et baptise le roi et la reine de Loango en huit jours. Le roi prend alors le nom de Don Alphonse. Le prince héritier et trois cents personnes de la maison royale, ainsi que plus de deux mille sujets sont baptisés.
Le , la mort précoce du père Bernardin donne le signal d'une insurrection menée par un cousin du roi. Le roi est massacré. Le soulèvement est maté par le prince héritier.
Dès 1670, la préfecture de Loango est de nouveau rattachée à l'unique Préfecture du Congo.
Un siècle plus tard, le père Pierre Belgarde et ses deux compagnons, MM. Sibire et Astelet de Ciais, débarquent à Loango le . Sous les auspices du Pape Clément XIII, le rétablissement de la préfecture du Loango est effectif. Mais une épidémie va décimer la douzaine de missionnaires européens, de sorte qu'avant la fin de l'année 1776, il ne restait plus aucun missionnaire sur cette côte de Loango. Pour la seconde fois, la préfecture apostolique de Loango, notamment auprès des deux tentatives infructueuses des contrées Tchibota et de Loubou, cessait d'exister.
Congrégation du Saint-Esprit Lândana vignette|150px| Jean-Rémy Bessieux En fin , le Père Carrie, en provenance du Gabon (Mayumba), remet à son supérieur hiérarchique Jean-Rémi Bessieux, premier évêque de Libreville, un rapport sur le principe de la reprise des missions d'Afrique par les Pères du Saint-Esprit. Ce constat est confirmé par les commerçants de la côte, les commandants des navires, les chefs autochtones, qui tous lui conseillent de s'implanter à Lândana, sur la côte de l'enclave du Cabinda au nord de l'embouchure du fleuve Congo. vignette|gauche|150px|Charles Victor Aubert Duparquet par Eugène Pirou Le Très Révérend Père Schwindenhammer convoque le Père Charles Duparquet pour reformer la Préfecture du Congo, avec le titre de vice-préfet apostolique, et de vicaire général de Bessieux qui estime avoir juridiction sur Loango, et même sur tout le territoire qui ne dépend pas de l'évêque de Loanda.
Embarqué à Liverpool sur le Soudan en compagnie du Frère Fortunat, le Père Duparquet jette l'ancre devant Libreville et prend à son bord le Père Carrie, le . Le , le Père Carrie et le Frère Fortunat débarquent à Lândana, reçus par M. de Rouvre, agent de la factorerie française de la maison Daumas. Ils y sont rejoints deux jours plus tard par le Père Duparquet, qui, descendu à Ponta-Negra avec une partie du chargement, a gagné Lândana à pied en longeant la côte.
Le , les spiritains acquièrent deux propriétés. L'une pour loger les futures religieuses responsables des femmes africaines, et l'autre réservée pour leur usage et à un internat d'enfants : petits esclaves rachetés [comme l'Abbé Charles-Célestin Maondé (approximativement 1865-1907)], mulâtres nombreux dans la région (Abbé Louis de Gourlet), enfants d'hommes libres et de chefs qui leur seront confiés. Les religieux assurent aux enfants le logement, l'habillement, la nourriture et l'instruction ; mais pour diminuer leurs dépenses, il leur faut une plantation qu'ils cultiveront. Le Mambouk Peça Matenda précise que le travail de la terre est l'apanage d'enfants d'esclaves ; les enfants libres chassent, pêchent, cueillent les noix de palme, font le commerce. Seules les femmes cultivent la terre.
En ce début d'année 1874, s'abat sur la région de Lândana, plusieurs calamités. D'abord, une sécheresse et une famine sans précédent, accompagnées d'une épidémie de petite vérole.
Importées récemment d'Amérique dans un navire lesté de sacs de sable déchargés à Banana, les chiques font pour la première fois, leur apparition sur la côte. Favorisées par la prolongation de la saison sèche, ces bestioles essaiment dans les villages et provoquent aux orteils ou elles aiment se loger, des démangeaisons et des plaies d'autant plus dangereuses et difficiles à prévenir et à soigner, que ces petits parasites sont invisibles à un œil non averti.