Le mouvement contre la réforme Savary des universités de 1983 est une série de polémiques, grèves, manifestations et occupations de sites symboliques pour contester un projet de loi visant à réformer les universités françaises, qui deviendra une loi promulguée en .

Cette vaste réforme des premiers cycles universitaires, menée par le ministre de l'Éducation Alain Savary, veut lutter contre le chômage par la recherche et la professionnalisation. Elle voit se concrétiser les premières expériences de contractualisation entre État et Universités, à qui le ministère propose de décliner dans chaque unité d'enseignement et de recherche des propositions d'aménagements formulées par les élus étudiants et enseignants. Le ministre refuse l’« université-parking », c’est pourquoi il multiplie les filières professionnelles et les diplômes d’ingénieurs.

La contestation de cette réforme se traduit par des grèves organisées par la droite et l'extrême droite dans les universités les plus à droite au début des années 1980.

Le contexte dans les universités Le tournant de la rigueur pour la Gauche au pouvoir L'économie européenne est déprimée gepuis le deuxième choc pétrolier de 1980 et l'économie française subit en plus le tournant de la rigueur, qui s'effectue en deux phases successives, automne 1982 et , et oblige à innover car les crédits se tarissent. Le retour de l'UNEF ID aux élections universitaires Dès 1981, apprenant l'intention du nouveau gouvernement socialiste d'abroger la loi Faure organisant les universités, l'UNEF – Indépendante et démocratique annonce son intention de désormais participer aux élections universitaires pour, dit-elle, « faire entrer le changement à l'université ». Un virage décidé lors du deuxième congrès de l’UNEF – Indépendante et démocratique, réuni à la Mutualité du 13 au , après de houleux débats.

C'est la fin d'un boycott de dix ans des élections universitaires prôné par ce syndicat étudiant et ses ancêtres, l'Unef-US et le MAS, depuis la scission de l'UNEF en deux en 1971.

Le retour de l'UNEF ID aux urnes ne suffit cependant pas à réveiller la participation électorale. Lors des élections universitaires nationales de auxquelles participent seulement 25 % des étudiants, l’UNEF Solidarité Étudiante n'avait obtenu que 21,04 % des voix et 1 484 sièges dans les CROUS contre 19,86 % à l’UNEF – Indépendante et démocratique et 1 645 siègesSoutenance de la thèse de doctorat de Nicolas Carboni, à l'UNIVERSITÉ BLAISE PASCAL CLERMONT-FERRAND II le 24 janvier 2012 . Les autres syndicats étudiants sont largement en retrait : la CNEF obtient 4,2 % des voix et 153 sièges ; le CELF 3 % et 105 sièges ; l’UNI 3 % et 125 sièges ; PSA moins de 1 %.

Le projet de loi, ses espoirs et ses difficultés Les initiateurs du projet de loi veulent que, dès le premier cycle, il y ait une initiation réelle à la recherche et que celui-ci ne soit plus uniquement tourné vers la formation d'enseignants ou de chercheurs mais découpé en fonction de grands secteurs professionnels, car il fait la constatation que 37% des étudiants abandonnent dès la fin de la première année, un phénomène qui s'accentue encore en fin de seconde année, alors que l'enseignement très général est très difficilement monnayable sur le marché de l'emploi.

Cette réforme des premiers cycles verra les premières expériences de contractualisation État/Université. La loi crée notamment le Conseil des études et de la vie universitaire (CEVU), qui a un rôle consultatif, mais qui instruit aussi les demandes d’habilitation et les projets de nouvelles filières.

La première difficulté vient du fait que le champ d'application de la loi, qui à la différence de la loi Edgar Faure, affecte non seulement les universités, mais tous les établissements post secondaires, ce qui risque de créer une inquiétude dans les grandes écoles, établissements spécialisés et IUT, même si leur mobilisation n'y sera que modeste. Le , un millier d’étudiants représentant une cinquantaine de grandes écoles ont ainsi manifesté pendant trois heures à Paris contre le projet de loi Savary"RETOUR VERS LE PASSÉ C'était il y a 30 ans en France, jour pour jour .

La seconde difficulté vient du fait que le ministre Alain Savary n’est pas un spécialiste des problèmes universitaires et n’a de connaissance des problèmes qu'on lui soumet qu'en tant que responsable politique et en tant qu’ami d’un certain nombre d’universitaires"Alain Savary et la loi d'orientation de l'enseignement supérieur" par Danièle Bernard et Françoise Lepagnot, dans Alain Savary : politique et honneur (2002) . La loi qui porte son nom sera, cependant, jusqu'aux années 2000 la charte de l’enseignement supérieur et aura une longévité plus grande que celle de la loi Edgar Faure de la fin des années 1960, promulguée le .

La concertation puis l'hésitation de la fin avril Claude Jeantet, qui enseignait la biologie moléculaire à Paris-VI, a préparé le projet de loi pendant dix-huit mois, au sein du cabinet du ministre de l'Éducation nationale. De janvier à , Alain Savary a reçu cent dix organisations, pas seulement celles qui sont directement liées à l'enseignement supérieur, mais aussi les grandes centrales syndicales, les partis politiques. Le projet a fait ainsi l'objet d'une large concertation en amont, auprès des syndicats d'enseignants et d'étudiants, mais celle-ci a été précipitée dans sa dernière étape.

Le , le ministre, appuyé par Claude Jeantet, présente officiellement son texte devant la Conférence des présidents d’universités. Cet avant-projet a été rediscuté pendant tout le dernier trimestre de 1982 et le texte définitif a été connu au début de , mais face au nombre modeste de réactions, « le Monde de l'Éducation » a titré : « l'Université n'intéresse personne ».

À l’annonce de l’avant-projet, le , les réactions sont contrastées. L'UNEF-Renouveau, qui vient de se rebaptiser UNEF Solidarité Étudiante depuis son congrès de affiche un soutien quasi-inconditionnel à la réforme et « se félicite des perspectives de démocratisation et de professionnalisation de l’enseignement supérieur ». De son côté, l'UNEF – Indépendante et démocratique, qui a succédé depuis 1980 à l'UNEF Us a, elle, des critiques à faire, par exemple contre l'article 13 qui prévoit un concours pour passer d'un cycle à l'autre.

Entre janvier et , les différents numéros de L’Étudiant de France – journal de l’UNEF – Indépendante et démocratique – et d’Étudiants de France – journal de l’UNEF-Solidarité Étudiante – ne contiennent que de très rares articles sur la réforme Savary et les quelques prises de position sur la loi sont très nuancées.

Les syndicats étudiants proches de la gauche sont ainsi d'abord favorables puis l'un des deux change son fusil d'épaule et appellera même à manifester contre, le même jour que l'opposition de droite. L'UNEF-ID participe à sa manière aux grèves avec comme mot d'ordre, "non à la sélection". Jean-Christophe Cambadélis, son président, demande à Claude Jeantet « la suppression des stages dans la vie active en 1er cycle ».

L'UNEF-Solidarité étudiante souligne qu'elle approuve les motivations de la loi puis sa rédaction et appelle les étudiants à un grand " rassemblement-débat au centre Tolbiac, le , jour même où l'UNEF – Indépendante et démocratique a décidé de manifester. Il a donc d'abord été décidé de le repousser à l'automnecar il jette dans la rue des étudiants de grandes universités, avec la bénédiction de professeurs, parfois prestigieux dans leur disciplines (droit, médecine) mais caricaturés par la Gauche comme nostalgiques de l'avant-Mai 68. Mais le président de la République François Mitterrand a lui-même finalement fixé la date du débat devant l'Assemblée nationale afin de montrer que son allié historique au sein du PS, Alain Savary n'est pas l'homme « seul contre tous » que décrivaient certains militants ou journalistesLe Nouvel Observateur du vendredi 6 mai 1983 . Finalement, tous apprendront 15 jours après que le texte doit être discuté par le Parlement à partir du Article publié dans Le Figaro du 24 mai 1983. .

Les étapes de la contestation à la loi Une première vague de contestation sans lien avec la réforme Entre janvier et les réactions contre la réforme Savary sont rares. Les actions sont pour l’essentiel engendrées par des difficultés budgétaires, notamment l’absence de financement de quelque 12 000 heures complémentaires, qui cause nombre de difficultés à la Sorbonne, Nanterre, Bordeaux, Grenoble : la presse parle des « universités sur la paille ». Le mouvement de protestation contre les carences budgétaires prend corps le à Censier mais il n'a pas de lien avec la réforme Savary en cours. Le , les étudiants de Censier, en grève depuis le , sont rejoints dans leur action par ceux de Nanterre, et ils organisent conjointement une manifestation devant le Ministère du budget. Le , les étudiants en Sciences de Rouen se mettent en grève et occupent le Rectorat pour protester contre les difficultés matérielles. Ces actions n'iront pas plus loin et ce sera finalement le mouvement des étudiants en Médecine, le « détonateur ». Il a commencé de manière diffuse en province : dès le , les étudiants en Médecine de Clermont-Ferrand, sont en grève pour 24 heures, et ils manifestent devant le Conseil Régional, afin de protester contre le projet de réforme des études médicales.

La coordination des étudiants et enseignants contre le projet Savary Le projet de loi a été adopté par le conseil des ministres le . Une coordination nationale étudiants-enseignants contre le projet Savary, proche de l'opposition se constitue six jours après les premières grèves. Les protestataires contestent en particulier la disposition de la loi Savary supprimant la sélection à l'entrée de l'université. À l'université de Montpellier-I, très peu de cours ont lieu depuis le dans les disciplines droit et économie, qui rassemblent plus de 7000 étudiants"Une véritable trainée de poudre", dans Le Monde du 27 avril 1983 . Des étudiants d'Assas (université de Paris-II) ont voté à leur tour la grève le , puis défilé le même jour dans Paris avant de faire un sit-in. Au même moment, des étudiants en droit de Malakoff (Paris-V) ont manifesté au Palais de justice de Paris. En province, Lyon-III participe, soutenu par la direction Rapport Rousso (2001), chap. II, p.46-47 . La situation reste cependant assez calme, malgré la pression du GUD, et le président Goudet décide la fermeture de la fac.

Le , se constitue une "coordination nationale contre le projet Savary"Les rats maudits - Histoire des étudiants nationalistes, 1965-1995 ouvrage collectif , à l'initiative des juristes de Malakoff, et qui se réunit le même jour pour une assemblée générale. La coordination se veut apolitique et asyndicale mais la presse observe qu'elle se réunit en réalité dans les locaux de la CNEF, un syndicat de droite, rue Notre-Dame-des-Champs à Paris. En 1982, le CLEF et la FNEF s'étaient unifiés au sein de la CNEF (Confédération nationale des étudiants de France). Les étudiants reprochent au projet Savary de « secondariser » en quelque sorte le premier cycle de l'enseignement supérieur, d'en abaisser le niveau, car seraient désormais admis à l'université des gens qui, par exemple, n'auraient pas le baccalauréat, via un système d'équivalence renforcé, alors qu'il existe déjà un Examen spécial d'entrée à l'Université (ESEU).

Deux représentants du Groupe union défense font partie de la coordination qui se réunit le . La création d'un mouvement appelé "Renouveau étudiant" lui permet d'obtenir un troisième siège. Dès le , le mouvement touche en province les universités de Nice, Poitiers, Lyon III, Lyon II et Montpellier I tandis que la CNEF menace de boycotter les examens de fin d’année « La colère gagne toutes les universités », par Jacques Malherbe, dans Le Figaro des 23-24 avril 1983 . Le , un premier défilé est organisé par les étudiants d’Assas et de Malakoff.