Le Taiping Tian Guo ou royaume céleste de la Grande Paix (), raccourci par la suite en Royaume céleste () ou Dynastie céleste () est un État chinois né d'une révolte contre le pouvoir central qui cherche à renverser la dynastie Qing et existe de 1851 à 1864. Il est dirigé par Hong Xiuquan et ses disciples. La guerre infructueuse qu'il mène contre les Qing est connue sous le nom de révolte des Taiping. Sa capitale est située à Tianjing, ce qui correspond actuellement à la ville de Nankin.

Converti autoproclamé au christianisme, Hong Xiuquan réussit à rassembler une armée forte de dizaines de milliers de soldats et à prendre le contrôle d'une partie importante de la Chine du Sud au milieu du . Au sommet de sa puissance, il règne sur près de de personnes. Le programme politique du royaume rebelle inclut des réformes sociales et le remplacement du confucianisme, du bouddhisme, et de la religion populaire chinoise par la vision très personnelle que Hong a du christianisme, ce dernier considérant qu'il est le deuxième fils de Dieu et le frère cadet de Jésus. Les zones contrôlées par les Taiping sont assiégées par les armées Qing pendant la majeure partie de la rébellion. Le gouvernement Qing réussit finalement à vaincre la rébellion avec l'aide des troupes françaises et britanniques.

Situation avant la fondation du royaume

vignette|droite|Hong Xiuquan. Au milieu du , la Chine de la dynastie Qing a subi une série de catastrophes naturelles, de problèmes économiques et de défaites face aux puissances occidentales, en particulier la défaite humiliante de 1842 face aux Britanniques pendant la Première Guerre de l'opium. Cette guerre a perturbé les modes de transport maritime et provoqué la destruction de beaucoup d'emplois. Ce sont ces mécontents qui vont affluer en masse pour rejoindre les rangs des Taiping de Hong Xiuquan.

Durant la même période, les missionnaires protestants commencent leur œuvre d'évangélisation depuis Macao, Huangpu (connu à l'époque sous le nom de « Whampoa »), et Canton. Leurs employés et leurs imprimeurs corrigent et adaptent le message des missionnaires pour atteindre les Chinois et ils commencent à fréquenter particulièrement les examens préfectoraux et provinciaux, où les lettrés se disputent la chance d'accéder à la fonction publique impériale. C'est l'un de ces traités retravaillé, un livre de 500 pages en neuf parties rédigé par Liang Fa et intitulé , qui tombe entre les mains de Hong Xiuquan au milieu des années 1830. Hong commence par le feuilleter sans y porter un grand intérêt. Cependant, après plusieurs échecs aux examens, Hong raconte à ses amis et à sa famille un rêve dans lequel il a été accueilli par un homme aux cheveux d'or, barbu et un homme plus jeune qu'il a appelé « Frère aîné ». Hong travaille six autres années en tant que tuteur, avant que son frère ne le convainque que le livre de Liang vaut la peine d'être examiné. Après avoir lu plus attentivement le livre, il interprète son rêve de longue date en termes de symbolisme chrétien : il est le frère cadet de Jésus et a rencontré Dieu le Père. Il sent maintenant qu'il est de son devoir de répandre le christianisme et de renverser la dynastie Qing. Il est rejoint par Yang Xiuqing, un ancien vendeur de charbon de bois et de bois de chauffage du Guangxi, qui prétend être la voix de Dieu.

Après un voyage missionnaire qui a lieu en 1844, Feng Yunshan fonde la Société des adorateurs de Dieu (), dans le Guangxi pour diffuser les idées de Hong.. En 1847, Hong devient le chef de la société secrète.. Selon un historien ayant étudié cette période, la foi Taiping, inspirée par le christianisme missionnaire, « s'est développée en une nouvelle religion chinoise dynamique... Le christianisme Taiping ». Hong présente cette religion comme un renouveau et une restauration de l'ancienne foi en Shang Di. Le pouvoir de la secte se développe à la fin de la décennie 1840, d'abord en réprimant les groupes de bandits et de pirates. Mais la persécution par les autorités Qing pousse ce mouvement à se transformer en une rébellion utilisant la guérilla, puis la guerre civile.

Histoire

Fondation La révolte des Taiping commence en 1850 au Guangxi. Le jour du mois lunaire de l'an 1851 (soit le ), date de l'anniversaire de Hong Xiuquan, ce dernier se proclame « Roi céleste » d'une nouvelle dynastie, le « Royaume céleste de la Grande Paix »China: A New History, John King Fairbank and Merle Goldman. Harvard, 2006.. Après quelque affrontements mineurs, la situation dégénère et en février de la même année a lieu le soulèvement de Jintian, au cours duquel une armée rebelle forte de vainc et met en déroute une armée Qing de moindre importance. A priori, Feng Yushan est le stratège de la rébellion et l'administrateur du royaume depuis la fondation dudit royaume, jusqu'à sa mort, qui survient en 1852Spence (1996)..

En 1853, les troupes Taiping s'emparent de Nanjing et en font leur capitale. La ville est renommée Tianjing ("capitale céleste"). Hong convertit le bureau du vice-roi de en "palais du roi céleste". Selon les "messages" qu'il a reçus dans ses rêves, Hong Xiuquan a pour mission d'exterminer tous les "démons", que les Taiping assimilent aux Mandchous. Par conséquent, ils décident de tuer et d'exterminer toute la population mandchoue du royaume. Quand Nanjing tombe entre leurs mains, les Taïping se déchaînent en tuant, brûlant et pillant les habitant dans la ville.. Ils commencent par tuer tous les hommes mandchous, puis forcent les femmes mandchoues à quitter la ville avant de les brûler vives.

À son apogée, le Royaume céleste contrôle une portion du sud-est de la Chine centrée sur la fertile vallée du Yangzi Jiang, le contrôle de ce fleuve permettant aux Taiping d'approvisionner facilement leur capitale. De là, les rebelles Taiping envoient des armées à l'ouest, vers l'amont de la vallée du Yangzi et au nord pour s'emparer de Pékin, la capitale de la dynastie Qing. Mais la tentative de prise de Pékin échoue.

Conflits internes En 1853, Hong Xiuquan se retire du contrôle actif des politiques et de l'administration du royaume, gouvernant exclusivement par des proclamations écrites, souvent en langage religieux. Hong n'est pas d'accord avec Yang sur certaines questions de politique et se méfie de plus en plus des ambitions de ce dernier, de son vaste réseau d'espions et de ses déclarations lorsqu'il parle "en tant que Dieu". Yang et sa famille sont mis à mort par les partisans de Hong en 1856, juste avant l'exécution des troupes fidèles à YangSpence 1996, ..

Avec leur chef largement hors jeu, les délégués du Taiping essayent d'élargir leur soutien populaire aux classes moyennes chinoises et de forger des alliances avec les puissances européennes, mais ils échouent sur les deux fronts. En effet, les Européens décident, dans un premier temps de rester neutres, avant de soutenir ouvertement les Qing. En Chine, la rébellion se heurte à la résistance de la classe moyenne, très attachée aux traditions, qui rejette en bloc le programme des Taiping, basé sur le rejet des coutumes chinoises et des valeurs confucéennes. La classe supérieure des propriétaires terriens, déstabilisée par le fond pro-paysans des rebelles Taiping et leur politique de stricte séparation des sexes, même pour les couples mariés, se range du côté des forces Qing et de leurs alliés occidentaux.

En 1859, Hong Rengan, un cousin de Xiuquan, rejoint la rébellion des Taiping à Nanjing, et le "Roi Céleste" lui donne des pouvoirs considérables. Rengan met au point et applique un plan ambitieux pour étendre les frontières du royaume. En 1860, les rebelles de Taiping Hangzhou et Suzhou à l'est, mais ne parviennent pas à , ce qui marque le début du déclin du royaume.

Chute vignette|droite|250px|Bataille navale entre les flottes Taiping et Qing, sur le fleuve Yangzi Jiang, près de Nanjing.

Si la tentative de prise de Shanghai d' est d'abord couronnée de succès, les troupes Taiping sont finalement repoussées par une coalition formée de troupes chinoises et d'officiers européens, commandée par Frederick Townsend Ward. Cette armée deviendra plus tard l'"Armée toujours victorieuse", dirigée par le "Chinois" Gordon, et jouera un rôle déterminant dans la défaite des rebelles Taiping. Après cette victoire, les forces impériales sont réorganisées sous le commandement de Zeng Guofan et Li Hongzhang, et la reconquête du "royaume céleste" par le gouvernement Qing commence réellement. Au début de l'année 1864, les Qing ont repris le contrôle de la plupart des régions auparavant sous le contrôle des Taiping.

Alors que la déroute finale semble se rapprocher, Hong Xiuquan déclare que Dieu défendra Tianjing, mais en , alors que les troupes Qing approchent de la ville, il meurt d'une intoxication alimentaire due à la consommation de légumes sauvages alors que la ville commençait à manquer de nourriture. Pendant les vingt jours que dure son agonie, les troupes Qing assiègent la ville. Quelques jours seulement après sa mort, Nanjing/Tianjing tombe entre les mains des Qing. Après son décès, le corps de Xiuquan avait été enterré, mais Zeng Guofan le fait exhumer pour vérifier qu'il est bien mort, puis il est incinéré. Les cendres de Hong sont ensuite placées dans un canon qui les disperse en tirant, afin de s'assurer que sa dépouille n'ait pas de lieu de repos comme punition éternelle pour l'insurrection.

Quatre mois avant la chute du Royaume céleste de Taiping, Hong Xiuquan avait abdiqué en faveur de Hong Tianguifu, son fils aîné, alors âgé de . Hong Tianguifu ne peut rien faire pour redresser la situation du royaume et celui-ci disparaît rapidement lorsque Nanjing tombe en , après de violents combats de rues. La plupart des soi-disant princes sont exécutés par des fonctionnaires Qing à Jinling (金陵城), Nanjing.

Bien que la chute de Nanjing en 1864 signe la destruction du régime Taiping, les combats ne sont pas encore terminés, car il y a encore plusieurs milliers de soldats rebelles Taiping qui poursuivent le combat. Il faut sept ans aux Qing pour finalement éliminer tous les vestiges de la révolte des Taiping. En , la dernière armée rebelle Taiping, dirigée par Li Fuzhong (李福忠), un des commandants de Shi Dakai, est complètement anéantie par les troupes Qing dans la région située aux frontières des provinces de Hunan, Guizhou et Guangxi.

Administration 200px|vignette|droite|Maquette du palais du Royaume Céleste à Nanjing. droite|200px|vignette|Le trône du Roi Céleste à Nanjing. Le « Roi Céleste » est le poste le plus élevé dans le Royaume Céleste. Les seuls à occuper ce poste sont Hong Xiuquan et son fils Hong Tianguifu.

+Le Royaume Céleste de la Grande Paix, 1851–1864Nom PersonnelRègneNoms et dates des èresHong Xiuquan—–Yannian (元年 Yuánnián) 1851–1864Hong Tianguifu—–Aucun

Juste en dessous du « Roi du Ciel » en termes de rang, on trouve des souverains provinciaux appelés rois ou princes entre lesquels le territoire est divisé. Au départ il y en a cinq : les Rois des Quatre Directions Cardinales et le Roi des Côtés. Ces premiers roi décèdent tous de mort violente avant la chute du Royaume Céleste : le roi de l'Ouest et le roi du Sud sont tués au combat en 1852 ; le roi de l'Est est assassiné par le roi du Nord lors d'un coup d'État en 1856, et le roi du Nord lui-même est tué par la suite. Enfin, le roi des Côtés est tué par les Qing en 1863. Ces rois sont : Roi du Sud (), Feng Yunshan (meurt en 1852) Roi de l'Est (), Yang Xiuqing (meurt en 1856) Roi de l'Ouest (), Xiao Chaogui (meurt en 1852) Roi du Nord (), Wei Changhui (meurt en 1856) Roi des Côtés (), Shi Dakai (capturé et exécuté par les troupes Qing en 1863)

Par la suite, les dirigeants du royaume portent le titre de « Princes » : Le Prince Zhong (), Li Xiucheng (18231864, capturé et exécuté par les troupes Qing) Le Prince Ying (), Chen Yucheng (18371862) Le Prince Gan (), Hong Rengan (18221864 ; un cousin d'Hong Xiuquan, exécuté) Le Prince Jun (), Lai Wenkwok (18271868)