vignette|Pourriture sèche causé par Serpula lacrymans sur un pieu de bois à Pörtschach am Wörthersee (Klagenfurt, Autriche)|265x265px

L'expression anglaise « dry rot », traduite aussitôt en français par « pourriture sèche », a servi au puis au , à décrire les effets destructeur de la mérule pleureuse sur les navires en bois de la Royal Navy, ce que nous nommons aujourd'hui « pourriture brune » ou « pourriture cubique ». Le terme « sec » a été utilisé en raison de la masse friable résultante et du fait qu'il n'était alors généralement pas admis que la pourriture était causée par l'eau, bien que l'on ait reconnu qu'elle était exacerbée par des situations confinées, chaudes et humides.

L'expression « pourriture sèche » peut aussi désigner la « fusariose », dont la « fusariose de la pomme de terre ».

Occurrence Les premiers enregistrements du terme « dry rot » datent de la seconde moitié du . En français l'usage de l'expression « pourriture sèche », suit la publication de Ambrose Bowden en 1810, « A Treatise on the Dry Rot », et surtout sa traduction par Jean-Pierre Marcassus de Puymaurin publiée en 1819 sous le titre: De la Pourriture sèche qui détruit les bois employés pour la construction des vaisseaux.. En français on rapporte aussi les termes de « carie sèche », et rapport à sa couleur les expressions de « bois cannelle » et « tabac d'Espagne »Amédée Coutance. Histoire du chêne dans l'Antiquité & dans la nature, ses applications à l'industrie, aux constructions navales, aux sciences et aux arts, Paris, 1873, ed. J.-B. Baillère et fils, 558 p. .

Le terme dry rot est toujours utilisés aujourd'hui en anglais mais sa signification est différente.

Genèse de l'expression En 1759, les chantiers navals de la Tamise furent invités à donner leur avis sur la durabilité comparée des navires anglais et français. Ils conclurent que les navires de guerre anglais devaient survivre de longtemps à ceux français. Au début du , toutefois, la situation s’était inversée. L'affaire prit de l'ampleur en 1810 lorsque le fut lancé à Deptford. Un examen minutieux révéla que toutes ses œuvres mortes – the ends of most of the beams, carlings, and ledges, the joinings of the plan – étaient atteinte de « dry rot ». Ambrose Bowden, du Navy Office, enquêta sur cette situation et publia ses conclusions en 1815 sous le titre « A Treatise on the Dry Rot ».

Le terme « sec » (dry) fut utilisé en raison de la masse friable restante après la dégradation du bois par la pourriture et en raison du fait qu'il n'était généralement pas admis que ce type particulier de pourriture puisse être causée par l'eau; bien qu'on reconnaisse qu'elle était exacerbée par des situations confinées, chaudes et humides.. Bowden déclara que « la pourriture sèche existe là où il n'y a pas d'humidité extérieure pour la produire ».

La « pourriture sèche » a donc été nommée d'après l'effet produit, et non la cause, pour le distinguer de la « pourriture humide », désignation malheureuse qui induisit en erreur de nombreuses personnes, en leur faisant croire que le bois pourrirait à sec; et longtemps les précautions adéquates ne furent pas prises pour prévenir la pourriture, à supposer qu'elles aient été efficaces. Fin cette idée était corrigée, car il est impossible d'initier la pourriture sèche sans humidité, sans chaleur suffisante et sans exposition à l'air.

Descriptions Les premiers enregistrements du terme « pourriture sèche » datent donc de la seconde moitié du ; une description particulièrement utile des dommages a été publiée au début du par Thomas Wade: « Le bois se gonfle d'abord puis il change de couleur et émet des gaz qui ont une odeur de moisiLe Moniteur scientifique de Quesneville, Volume 14. 1872. Lire en ligne ». Aux stades les plus avancés, la masse se fendille transversalement, devient peu à peu pulvérulente et forme une terre végétale. On trouve généralement, à certains de ces stades de décomposition, les différentes espèces de champignons sur la masseWade, 1815, p. 3.

À l'époque de Bowden, on reconnaissait deux formes principales de décomposition du bois: une pourriture commune ou humide (common rot, wet rot) et ce phénomène relativement nouveau qu'on appela « pourriture sèche ». On a observé que la pourriture sèche attaquait le bois de l'intérieur vers l'extérieur et ne laissait souvent qu'une peau extérieure apparemment saine, à la différence de la pourriture humide qui progresse de la surface vers l'intérieur.

Aux et au début du , la pourriture commune ou humide était considérée comme une forme de décomposition qui était causée par le vent, la chaleur et l'eau; on pensait que la dégradation des bois avait des origines chimiques ou mécaniques et que le bois modifié résultant offrait un substrat particulièrement approprié pour les champignons.

En 1864, Fréminville en ce qui concerne la pourriture sèche, ne s'écarte pas de cette théorie ; elle résulte d'une véritable fermentation, assimilable à un combustion lente, dans laquelle interviennent la sève, le ligneux et la cellulose. Le champignon de la pourriture sèche est identifié; toutefois la concordance invariable de la présence de boletus lacrymans, la mérule pleureuse, et du développement de la pourriture faisait hésiter l'observateur: le champignon était-il la cause de la pourriture, ou sa conséquence?

Selon Mazaudier, la pourriture sèche a la couleur de la cannelle, le bois en est cassant et même friable et il finit par se réduire dans l'intérieur même de la pièce en poussière fine qui ressemble à du tabac d'Espagne. Cette maladie est d'autant plus dangereuse qu'elle commence par attaquer un point quelconque du cœur de l'arbre sans aucun indice extérieur; aussi arrive-t-il des pièces sur chantier, atteintes de la pourriture sèche, dont on ne reconnaît le vice qu'en les façonnant. Souvent même une pièce est travaillée, coupée de longueur et mise en place sans présenter aucun défaut; et ce n'est qu'en faisant usage de la tarière pour la fixer que l'on est obligé de la rejeter. Lorsque dans les visites de recette l'on découvre les indices de la pourriture sèche, soit au pied, soit à la tête, soit enfin au corps de la pièce, il est facile d'extraire le mal parce qu'il ne se propage pas de préférence dans le sens des fibres ligneuses, il s'étend au contraire dans toutes les directions. Il suffit donc pour extirper le mal de tronçonner la pièce lorsque sa longueur le permet à une distance déterminée par l'expérienceMazaudier. Guide pratique d'architecture navale. Desauche. 1835. Lire en ligne.

Différentes expériences furent menées. On prit les bois les moins destructibles tels que le bois de teck et le gaïac que l'on mit en contact avec des bois ordinaires où ces champignons croissaient déjà, et la contagion s'étendit rapidement à ces bois renommés pour leur duréePierre Auguste Adet. Annales de chimie. 1821. Lire en ligne.

La pourriture sèche dans la marine en bois historique L'origine et la propagation de la pourriture sèche ont été attribuées à différentes époques à l'utilisation de bois non séché, à l'utilisation de certains bois étrangers, à une mauvaise construction et au manque de ventilation. Bien que parfois tous ces facteurs aient pu contribuer au problème, les causes les plus évidentes de pourriture pouvaient être réduites à deux: le bois non séché et le manque de ventilation. Le manque de ventilation était dû à une construction défectueuse. La mauvaise réputation du bois étranger découlait d'un mauvais séchage; il était souvent flotté dans les rivières puis immédiatement chargé dans les cales des navires, une combinaison de facteurs idéale pour les attaques fongiques; les grumes étaient parfois couverts de sporophores avant d’atteindre les chantiers navals.

On ne s'aventure pas de beaucoup à supposer que la pourriture sèche doit avoir été observée sur les navires dès les premiers jours de la navigation, mais il ne semble pas y avoir d'anciennes références à celle-ci, à la différence des teredos. Toutefois une grande partie de ce que nous savons sur la dégradation des bateaux en bois par la pourriture a été apprise dans des récits contemporains détaillés décrivant la dégradation dans des coques et les mâts de la marine britannique sur deux siècles d'histoire européenne, et plus particulièrement la révolution américaineDecay and Its Prevention - Oregon State University.

En 1609, une commission d’enquête de la marine, nommée par Jacques I, met en garde contre l'utilisation de bois verts (greene tymber, planck and trennels), dans la construction et la réparation des navires, la convergence de présence avec la chaleur du bois (heate of the Houlde), de sève (sappines) et de bois jeune (greenesse), amène immédiatement celui-ci à l'état de putréfaction et dans l’espace de six ou sept ans, retourne le navire à quai pour réparation, période qui serait portée à vingt ans si le bois avait été séché comme il se doit (comme cela se pratique dans toutes autres parties du monde) Dans . La Commission recommanda que le bois soit immergé dans l'eau pour en aspirer le sève et qu'après séchage par air et soleil, il soit empilé jusqu'à son utilisation finale. Ce conseil avisé fut ignoré et « fleet after fleet rotted prematurely », flotte après flotte le bois pourrit prématurément.

Le Parlement anglais, en 1677, affecte à la construction de trente nouveaux navires. Mais le pays est saccagé et les forêts sont dépouillées de leur chêne, ce qui a toutes sortes d'implication évidentes pendant un siècle. Les bois précieux et les planches sont particulièrement rares et du chêne doit être importé de la Baltique. Il y a de plus une grande négligence dans la construction, enregistrée par Samuel Pepys. En 1684 une inspection des trente navire par président de la Royal Society conclut que les navires, qui ne sont jamais sorti du port, sont pourris et prêts à sombrer à quai. Pepys témoigne que les cales des navires faute de grilles et d'avoir ouvert les écoutilles et les sabords, ont chauffé et pourri si bien que dit-il: , il a de ses propres mains recueillis des champignons dans le plus considérable d'entre eux était aussi gros que ses poings.

La plus grave épidémie de pourriture sèche suivante a suivi la guerre de Sept Ans (1756-1763). Il y a eu de nombreuses références à des navires défectueux dans l'intervalle, mais aucun problème général ne semble s'être produit, probablement parce que la construction n'a pas été précipitée. Le , un vaisseau de rang de 80 canons, lancé en 1710, reconstruit en 1739, coule au mouillage à Goa en 1760, totalement envahi de pourriture sèche et ingouvernable. D'autres navires tel le , réparé a grand frais avec du bois de Stettin, sont finalement démolis prématurément.