L'Empire allemand () fut l'incarnation éphémère de la tentative de créer un État-nation allemand à la suite de la révolution de Mars 1848. Cette entité exista de 1848 à 1849.

Résultant des travaux du Parlement de Francfort, le Reich allemand naquit le lors de la création du Pouvoir central provisoire, un gouvernement fédéral provisoire. Le Reich se substitua à la Confédération germanique le lorsque le Bundestag transféra son pouvoir et ses compétences à la nouvelle autorité. A cette occasion, l'ensemble des États allemands reconnurent le gouvernement provisoire du Reich. Cependant, lors des mois suivants, les plus grands États allemands n'acceptèrent pas toujours les décrets et les lois fédérales.

Le , lors de la promulgation de la Constitution de Francfort, le Reich prit la forme d'une monarchie constitutionnelle, parlementaire et héréditaire tandis que le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV fut élu empereur d'Allemagne. Ainsi, ce dernier reçut la Kaiserdeputation le mais refusa la couronne impériale, marquant l'échec politique des travaux du Parlement de Francfort. Dès ce moment, les institutions impériales déclinèrent rapidement jusqu'à engendrer une guerre civile en Allemagne.

L'Empire allemand prit officiellement fin avec la révocation de la Constitution de Francfort le . Néanmoins, dans la pratique, le régime impérial s'effondra le lors de la démission du régent impérial Jean-Baptiste d'Autriche, qui transféra les compétences du Pouvoir central provisoire à une , contrôlée par l'Autriche et la Prusse.

Clarifications conceptuelles

L'entité qui naquit le n'était pas une monarchie, donc pas un empire. En effet, bien que largement admise, la nature monarchique du Reich allemand ne fut formellement adoptée que le lors de la promulgation de la Constitution de Francfort.

Cette confusion vient de la transcription imparfaite du mot Reich en langue française, qui est traduit par « empire ».

En réalité, il s'agit d'un terme désignant à l’origine le territoire sur lequel s’exerçait la puissance et la souveraineté d’un prince, d’un roi ou d’un empereur, et plus tard celle d’un État. Il correspond au latin imperium, qui désigne le pouvoir suprême de commandement et le territoire sur lequel il s’étend.

De plus, le Reich allemand/l'Empire allemand de 1848-1849 n'est pas à confondre avec :

Le Reich allemand, premier État-nation durable de l'histoire de l'Allemagne, qui se maintiendra de 1871 à 1945 (Empire allemand, république de Weimar, Troisième Reich). L'Empire allemand, ou Deuxième Reich, régime politique de l'Allemagne (monarchie constitutionnelle autoritaire) de 1871 à 1918.

Institutions fédérales

Parlement de Francfort

Pouvoir central provisoire

Régent impérial

Forces armées fédérales

Reichsflotte, flotte impériale

Constitution de Francfort

Histoire

Révolution de Mars et tentatives de réformes de la Confédération germanique

Dans le cadre du Printemps des peuples (1848), la révolution de Mars obligea les États allemands à effectuer des concessions aux oppositions libérales et nationalistes. Ainsi, des gouvernements de Mars, libéraux, furent nommés dans presque tous les États.vignette| Armoiries de la Confédération germanique entre 1848 et 1866.|gauche Dans ce contexte, dès , le Bundestag, organe décisionnel de la Confédération germanique, réalisa quelques concessions : L'abrogation des décrets de Carlsbad ; Le choix des couleurs (Noir-Rouge-Or) et des armoiries de la Confédération ; L'octroi d'un mandat d'intervention aux troupes prussiennes en soutien à l'insurrection nationaliste allemande dans les duchés danois (première guerre du Schleswig) ; La reconnaissance du gouvernement provisoire nationaliste allemand du duché de Schleswig ; et Enfin, la promesse de réviser l'Acte confédéral allemand pour en faire une « vraie » constitution fédérale.

Création du Parlement de Francfort

À la suite de la concession de réviser la constitution, un pré-parlement fut constitué et siégea à Francfort-sur-le-Main du au . En collaboration avec le Bundestag, sa principale fonction était de préparer à la création d'une assemblée nationale, le Parlement de Francfort, et de déterminer les modalités de son élection.

Les élections parlementaires se tinrent durant le mois d'avril et les premiers jours du mois de mai dans tous les États de la Confédération germanique, auxquels s'ajoute le duché de Schleswig. Dès ce moment, le Bundestag ne put endiguer sa rapide perte de légitimité alors que le Parlement de Francfort siégea pour la première fois le . Ainsi, même si ses institutions restèrent dans un premier temps en place, la Confédération cessa concrètement de fonctionner.

Débats sur la définition du système politique du Reich

Au sein du Parlement de Francfort, deux visions s'affrontèrent : d'un côté, les radicaux-démocrates voulaient donner la souveraineté au Peuple tandis que, de l'autre, les libéraux modérés cherchaient seulement à limiter le pouvoir des monarques par le moyen d'une constitution.

Par ailleurs, il est intéressant de constater que, à l'issue de la révolution de Mars, la plupart des souverains allemands auront été capables de conserver leur trône. Langewiesche y voit la confirmation de la proximité entre ceux-ci et leurs peuples en 1848. Dans ce contexte, le mouvement républicain ne rencontrait que peu d'écho en Allemagne, l'échec de Friedrich Hecker ayant marqué la fin des espoirs d'instaurer une république d'inspiration américaine dès .

Par conséquent, un relatif consensus se fit rapidement autour du principe de la monarchie constitutionnelle. Mise en place des institutions du Reich allemand

Dès le lendemain, lors son discours inaugural du , le président du Parlement Heinrich von Gagern définit la rédaction d'une et l'unité allemande comme les deux principales tâches de cette assemblée nationale. Dès lors commencèrent de longs débats et de longues tractations sur la nature du nouvel État, son système politique et sa constitution.

Le , le Parlement de Francfort vota en faveur d'une « loi pour l'introduction d'un Pouvoir central provisoire pour l'Allemagne », un gouvernement fédéral provisoire compétent sur tous les territoires de la Confédération germanique en attendant l'entrée en vigueur d'une constitution. La loi prévoyait également la création de la fonction de régent du Reich en attendant la désignation d'un chef d’État allemand. Le lendemain, l'archiduc Jean-Baptiste d'Autriche fut élu à ce poste.

Dans ce contexte, le , le Bundestag considéra qu'il n'avait plus de raison d'être et transféra son pouvoir à la nouvelle autorité, entérinant la dissolution de la Confédération germanique au sein du Reich allemand, dont la nature n'était pas encore définie. Par ce fait, bien que créé par le Parlement, le Pouvoir central provisoire put acquérir sa propre légitimité et s'émanciper de la légitimité parlementaire, rééquilibrant la balance entre les différents pouvoirs institutionnels.

Le , le régent du Reich nomma Karl zu Leiningen comme ministre-président du Reich(chef de gouvernement) pour des raisons religieuses (équilibre entre catholiques et protestants au sein des institutions) et diplomatiques (rapprochement avec le Royaume-Uni en vue d'obtenir un arbitrage britannique favorable dans le cadre de la première guerre de Schleswig). En outre, à côté du ministre-président et des ministres, le Pouvoir central provisoire disposait également de diplomates et de secrétaires d'État, mettant ainsi en place la base d'une structure administrative aux différentes institutions fédérales.

Conséquences de la première guerre du Schleswig

Le , à la suite des pressions du Royaume-Uni, de la Russie et de la France, l'armistice de Malmö mit fin à la guerre entre la Prusse et le Danemark. Le , alors que le ministre-président Karl zu Leiningen démissionna à la suite de l'échec de sa politique pro-britannique, le traité fut rejeté par le Parlement de Francfort. La cause principale de ce rejet fut que la Prusse avait outrepassé son mandat octroyé par la Confédération (puis le Reich) en signant le traité sans la collaboration des institutions fédérales.

Le , le Parlement finit par accepter la réalité des faits en ratifiant le traité tandis que le régent du Reich Jean-Baptiste d'Autriche désigna l'Autrichien Anton von Schmerling comme nouveau ministre-président. Ce premier revers pour les nationalistes allemands entraîna alors une rupture entre les libéraux modérés et les radicaux-démocrates et une première radicalisation de la révolution de Mars. En effet, cette situation entraîna alors le début des révolutions de septembre à Francfort, qui forcèrent l'assemblée nationale à appeler de l'aide auprès troupes fédérales (prussiennes et autrichiennes) de la forteresse de Mayence.

Or, en octobre, cette nouvelle vague révolutionnaire (principalement à Vienne et à Berlin) annonçait déjà la contre-révolution en Allemagne. En effet, à titre d'illustration, après avoir vécu comme une défaite le fait d'avoir dû, après les émeutes à Berlin du , accepter une constitution et la formation d'une assemblée nationale limitant toutes deux son pouvoir, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV ne souhaitait qu'une seule chose : la restauration de son pouvoir absolu de droit divin. Ainsi, dès , l'Assemblée nationale prussienne fut dissoute tandis que des travaux de révision de la Constitution prussienne débutèrent en vue de limiter les récents progrès démocratiques.

Vers une Grande-Allemagne ?

La question de l'unité allemande portait en elle le problème de la définition de l'Allemagne. L'appartenance ou non du Schleswig n'était qu'un détail comparée au problème que représentaient les territoires non-germaniques possédés par la Prusse et surtout l'Autriche.

En effet, au-delà du problème idéologique d'identité nationale et de la formation d'un État-nation, un État correspond à une nation, c'était le rapport de force entre la Prusse et l'Autriche au sein du Reich allemand qui créait le plus de remous. Ainsi, deux propositions concurrentes étaient rapidement entrées en compétition en vue de réaliser l'unité allemande : une solution grande-allemande, centrée sur l'Autriche, et une solution petite-allemande, centrée sur la Prusse sans l'Autriche.

D'abord largement privilégiée, la solution grande-allemande consistait en la création d’un État-nation rassemblant toutes les terres germanophones de la Confédération germanique ainsi que, pour des raisons historiques, des territoires alors majoritairement peuplés de Tchèques (pays de la Couronne de Bohême) et de Slovènes (Royaume d'Illyrie). Elle impliquait cependant la séparation de l’Autriche et de ses autres territoires non-germaniques (notamment la Hongrie, la Lombardie-Vénétie, la Croatie, la Slavonie, la Dalmatie, la Galicie-Lodomérie et la Bucovine), qui deviendraient des unions personnellesBotzenhart 1998, . sous influence allemande.

Dans ce contexte, afin de maintenir l'équilibre entre Vienne et Berlin, les députés du Parlement de Francfort décidèrent rapidement du rattachement de la province prussienne de Posnanie ., malgré leur sensibilité initialement favorable au nationalisme polonais (échec de l'insurrection dite de Grande-Pologne dès le ).

Le choix d'une Petite-Allemagne

Néanmoins, hostile à toute idée de démembrement, l'empereur autrichien Ferdinand laissa son ministre-président Felix zu Schwarzenberg déclarer, le , seulement quelques jours avant la passation de pouvoir à François-Joseph , que l'Autriche n'était pas divisible. Dès lors, la solution petite-allemande s'imposa progressivement aux yeux des députés du Parlement de Francfort comme étant la seule solution réaliste pour réaliser l'unification allemande.