Anne de Bretagne, née le à Nantes et morte le à Blois, est la fille du duc de Bretagne . Duchesse de Bretagne à la mort de ce dernier le 9 septembre 1488, elle devient également reine de France une première fois en 1491 par son mariage avec le roi de France , et une seconde fois grâce à son mariage avec le nouveau roi , union célébrée le dans la chapelle du château des ducs de Bretagne à Nantes. Le contrat de mariage, qui scelle l'union politique et assure l'indépendance du duché, fut signé la veille, le .

Le règne d'Anne sur le duché de Bretagne commence alors que le roi de France vient de remporter une victoire décisive contre lui en 1488 (Saint-Aubin-du-Cormier), suivie de peu par la mort de . La cour de Bretagne tente d'échapper à l'emprise de la France en mariant en 1490 Anne, par procuration, avec Maximilien d'Autriche, régent des Pays-Bas bourguignonsMaximilien d'Autriche a épousé en 1477 Marie de Bourgogne (morte en 1482), fille de Charles le Téméraire. Il gouverne les Pays-Bas en tant que régent au nom de son fils Philippe. L'idée qu'il soit à la fois maître des Pays-Bas et de la Bretagne ne peut pas être accepté à la cour de France. D'où l'intervention militaire. En épousant Anne, rompt d'ailleurs ses fiançailles (1482) avec la fille de Maximilien, Marguerite, renonçant ainsi à une dot importante. Maximilien, fils de l'empereur , est élu roi des Romains en 1486.. Mais ce mariage est considéré comme un casus belli par et par la régente Anne de France, qui passent à l'offensive dès 1491. Rennes est prise, le mariage est annulé et le , la duchesse Anne est mariée au roi de France à Langeais. Sa vie durant, Anne s'efforce avec succès de maintenir l'autonomie du duché. Il ne sera véritablement intégré au royaume de France qu'après sa mort, en 1532 (union du duché au royaume de France).

Elle hérite de son père le comté de Montfort et reçoit le comté d'Étampes en 1512. Le temps que dure son mariage avec Maximilien, elle devient reine des Romains (1490-1491). Reine de France de 1491 à 1498 et de 1499 à 1514, elle est aussi duchesse de Milan de 1499 à 1500 et de 1501 à 1512, dans le cadre des guerres d'Italie, et reine de Naples de 1501 à 1503.

Biographie Origines familiales et formation Anne de Bretagne est la fille aînée du duc de Bretagne (1435-1488), fils de Richard d'Étampes (1395-1438), lui-même fils du duc . Sa mère est la seconde épouse de François II, Marguerite de Foix (-1486), fille du comte Gaston IV de Foix-Béarn (1423-1472) et de la reine Éléonore de Navarre (1426-1479).

Anne naît à Nantes, dans une chambre du vieux logis du château ducal.. Les historiens s'interrogent sur le jour précis de sa naissance, mais avec peu d'écart : selon les sources, le ou le Louis Dujardin, « Quand naquit, quand mourut Anne de Bretagne ? » dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Bd. 88 (1962), pp. 301-309. ( ). (le calendrier grégorien date de 1482, il n'a pas spécialement à être évoqué à propos de la naissance d'Anne.. Nous ne savons rien de son baptême ou de l'origine de son prénom.

Dans ses premières années, elle grandit entre trois villes : Nantes, Vannes et Clisson. Son éducation est confiée à Françoise de Dinan, comtesse de Laval, sa marraine.. Elle apprend à lire et à écrire en français et en latin, et est initiée à l'histoire. s'occupent d'elle, notamment le poète de cour Jean Meschinot (de 1488 à sa mort en 1491), qui est aussi son maître d'hôtel, et qui va chasser au faucon avec elle. On lui aurait enseigné la danse, le chant et la musique..

Contrairement à ce que l’on trouve parfois dans l'historiographie bretonne, il est peu probable qu’elle ait appris le grec ou l’hébreu.. De même, ayant reçu une éducation classique, pas plus que les autres membres de la cour ducale elle ne maîtrise la langue bretonne. On fait appel à des interprètes lorsqu'il faut traduire du breton.. Loi successorale du duché de Bretagne La loi successorale du duché de Bretagne est à cette époque définie par le premier traité de Guérande (1365). Celui-ci prévoit la succession de mâle en mâle en priorité dans la famille des Montfort ; puis, dans celle des comtes de Penthièvre. Or, vers 1480, il n'y a dans les deux familles que des héritières : côté Montfort, Anne, puis Isabeau ; côté Penthièvre, Nicole de Châtillon, qui meurt le . Les Penthièvre cèdent alors à leurs droits sur le duché de Bretagne pour . À la mort de Jean de Brosse, époux de Nicole de Châtillon, la régente Anne de France confirme cet achat en 1485.

Au cas où elle aurait donné naissance à un fils de François II, Anne aurait reçu une dot de .

Anne reconnue comme héritière légitime par les États de Bretagne (1486) Mais n'a pas d’héritier mâle, ce qui menace de replonger la Bretagne dans une crise dynastique. , voulant éviter toute intervention du roi de France, décide de transgresser le traité de Guérande et fait désigner sa fille comme héritière présomptive par les États de Bretagne réunis à Rennes (). Cela suscite des oppositions au duc au sein du duché et provoque le mécontentement de la cour de France. Anne devient aussi l'enjeu de nombreuses prétentions matrimoniales.

Pour légitimer cette demande, Marguerite de Foix commande un ouvrage à l'aumônier d'Anne, Pierre Le Baud, afin de réfuter l’opinion selon laquelle la succession a été constituée uniquement «en ligne masculine », et que les femmes «n’y ont point eu de lieu ». L'historien rédige une synthèse à partir d'ouvrages antérieurs pour prouver par l’histoire que la jeune Anne peut succéder à son père, témoignant de l'histoire de reines ou duchesses qui ont accédé au trône de Bretagne. Le manuscrit est terminé en 1486.

Projets de mariage promet sa fille à différents princes français ou étrangers afin d'obtenir une assistance militaire et financière et renforcer ainsi sa position face au roi de France. La perspective pour ces princes de joindre le duché à leur domaine permet à François d'entamer plusieurs négociations de mariage et de nouer à cette occasion différentes alliances secrètes qui accompagnent le projet matrimonial. À cette époque, les projets matrimoniaux ne se concrétisent qu'après de longs calculs politiques et d'âpres négociations, les promis n'étant parfois pas nés au moment du contrat. Ces projets peuvent donc varier au rythme des aléas politiques et beaucoup d'entre eux n'aboutissent pas. ( .. Ces calculs politiques conduisent ainsi aux fiançailles d'Anne avec différents princes d'Europe :

Elle est d'abord fiancée en 1481 à Édouard, prince de Galles, fils du roi d'Angleterre . À la mort de son père (), il devient roi sous le nom d’, mais disparaît peu après (probablement en ).

Plusieurs prétendants potentiels sont alors contactés successivement : Henri Tudor (1457-1509) ( à partir de 1485) , premier représentant mâle de la maison Tudor, alors en exil en Bretagne en raison des vicissitudes de la guerre des Deux-Roses ; mais ce mariage ne l'intéresse pas ; Maximilien d'Autriche, veuf de la duchesse Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, régent des possessions bourguignonnes au nom de leur fils Philippe le Beau. Lorsque son père, l'empereur , fait élire Maximilien comme roi des Romains en 1486, des négociations de mariage sont entamées ; Alain d'Albret, fils de et de Catherine de Rohan, époux de Françoise de Châtillon, , cousin et allié de , qu'Anne refusera toujours d'épouser en raison du dégoût qu'il lui inspire ; le duc d'Orléans (1462-1515), cousin de est le fils de Marguerite d'Orléans, sœur de Charles d'Orléans (le poète), père de ., héritier présomptif de ( à partir de 1498), mais , fille de ; Jean IV de Chalon-Arlay, prince d'Orange (1443-1502), neveu de C'est un petit-fils de Richard d'Étampes, héritier présomptif du duché après Anne et Isabeau ; Edward Stafford, duc de Buckingham (1478-1521), de la maison d'York ; envisage son mariage avec Anne.

Le vicomte , autre héritier présomptif, , soutenu par le maréchal de Rieux, le double mariage de ses fils François et Jean avec Anne et Isabeau, mais s'y oppose.

Duchesse de Bretagne vignette|Anne, duchesse de Bretagne, promet de rembourser à ses oncle et tante le roi et la reine de Castille et d’Aragon les sommes qu'ils ont avancées pour la défense de la Bretagne contre le roi de France. Rennes, . Charte scellée. Archives nationales. En 1488, la défaite des armées de à Saint-Aubin-du-Cormier, qui conclut la guerre folle, le contraint à accepter le traité du Verger, dont une clause stipule que ne pourra marier ses filles sans le consentement du roi de France.

À la mort de , le , quelques jours seulement après sa défaite, s’ouvre une nouvelle période de crise qui mène à une dernière guerre franco-bretonne – le duc, sur son lit de mort, a fait promettre à sa fille de ne jamais consentir à l'assujettissement à son voisin le royaume de France, et au roi son ennemi. Avant de mourir, a nommé le maréchal de Rieux tuteur de sa fille, avec pour mission de la marier. Le roi de France réclame la tutelle d'Anne et d'Isabeau, qui lui est refusée par Jean de Rieux, si bien que entre officiellement en guerre contre le duché de Bretagne le . Le parti breton s'empresse alors, le , de proclamer Anne duchesse souveraine légitime de Bretagne. Le , la duchesse publie que seront reconnus coupables du crime de lèse-majesté ceux de ses sujets qui la trahiraient et qui rallieraient le camp du roi de France..

Épouse de Maximilien , roi des Romains Maximilien , roi des Romains, a envoyé son ambassadeur Wolfgang de Polham (Wolfgang Von Polheim)), muni d'une procuration officielle datée du (original, archives départementales Nantes, E14) comme il est d'usage, pour son mariage avec la duchesse Anne. Le mariage se fait dans la cathédrale de Rennes et le , Anne épouse en premières noces et par procuration, le roi des Romains, , veuf de Marie de Bourgogne. Ce faisant, elle devient reine des Romains et en porte le titre dans divers actes qu'elle fait rédiger, comme le : "Mandement de Maximilien et d'Anne, roi et reine des Romains, duc et duchesse de Bretagne, au receveur de Lesneven." (Original parchemin, signature Anne de Bretagne, Nantes archives départementales, E.153) conformément à la politique de son père.

Le camp français voit ce mariage comme une nouvelle provocation à son égard. Il considère qu'il viole le traité du Verger et que la jeune épouse menace le royaume en adhérant à la ligue formée par les rois d'Angleterre, d'Aragon et des Romains, réintroduisant un ennemi du roi de France en Bretagne, ce que sa politique a constamment tenté d’éviter aux . De plus, ce mariage est conclu au mauvais moment : les alliés de la Bretagne sont occupés sur un autre front (siège de Grenade pour le roi de Castille, succession de Hongrie pour Maximilien d’Autriche), ce qui rend la procuration inopérante pendant neuf mois..

En dépit de renforts anglais et castillans venus soutenir les troupes ducales, le voit de nouveaux succès de La Trémoille (déjà vainqueur à Saint-Aubin-du-Cormier). Se posant en héritier, vient assiéger Rennes, où se trouve Anne, afin qu’elle renonce à ce mariage avec un ennemi du royaume de FranceYolande Labande-Mailfert, dans et son milieu (1470-1498) - La jeunesse au pouvoir (1975) montre en effet que le camp royal a été long à se décider au mariage breton, qui lui faisait abandonner le mariage bourguignon

Voir aussi..

Reine de France à la suite du mariage avec Charles VIII