Simon Arnaudin, dit Félix Arnaudin, né le à Labouheyre (Landes) et mort le dans la même commune, est un dialectologue, ethnographe, poète et photographe français spécialiste de la Haute-Lande.

Félix Arnaudin est le premier à documenter l'ethnographie de la Haute-Lande en autochtone. On peut dire de lui qu'il est à la fois linguiste, folkloriste, historien, ethnologue, musicologue, dessinateur, photographe et écrivain. Il s'illustre ainsi dans l'étude des traditions populaires de ce pays des Landes de GascogneVoir l'article « géographie des Landes »., alors en pleine mutation économique et sociale. Son travail porte sur le recueil de proverbes, contes et chants en gascon, sur la photographie de paysages, habitats, bergers et paysans landais. Il consacre ainsi sa vie à sauver cet héritage de l'oubli.

La maison dans laquelle il est mort est devenue la Maison de la photographie des Landes, lieu d'expositions photographiques géré par la commune de Labouheyre.

Biographie Il naît le à Labouheyre, dans le canton de Labrit. Il est le fils de Barthélémy Arnaudin, habitant de la commune de et de Marie-Thérèse Bacon..

Sa formation au collège de Mont-de-Marsan constitue les fondements d'une érudition précieuse à son œuvre. Diplômé, de retour à Labouheyre, il ne trouve dans son milieu aucun emploi en relation avec son niveau et ses aspirations. Vivant du revenu de quelques métairies, Félix Arnaudin n'occupe durablement aucun emploi. À l'âge de trente ans, célibataire, il décide de se consacrer entièrement à sa passion : ethnographier la culture agro-pastorale de la Haute Lande, que la politique d'aménagement du territoire de Napoléon III tend à faire disparaître inexorablement. Passant pour un original auprès de ses concitoyens, il est surnommé Lou Pèc (le niais, en gascon). Le , quelques mois avant sa mort, il écrit : « Dans ma pauvre vie de rêveur sauvage, toutefois anxieux de notre passé local, je n'ai guère reçu d'encouragements ; l'indifférence et les railleries, un peu de tous côtés, en ont volontiers pris la place ».

Porté par l'amour de son pays, il adopte dans le même temps une démarche rationnelle et scientifique pour ses recherches. Il parcourt la Haute Lande de part en part, souvent à bicyclette, pour interroger les habitants à l'aide de questionnaires préétablis : une méthode qui sera utilisée quelques années plus tard pour établir l'atlas linguistique de la France. Il met la même application et rigueur dans la réalisation de fiches d'enquêtes et de répertoires photographiques.

Il s'attache principalement à collecter l'ensemble du fonds culturel de la « lande landaise » par le recueil de contes, proverbes, chants, mots de la langue gasconne, notes sur l'histoire, l'archéologie et l'écologie de ce territoire. Il réussit à publier de son vivant quelques fragments de ce travail de collecteF. Arnaudin a collecté des milliers de fiches sur la « lande landaise », rassemblées dans les neuf tomes de ses œuvres complètes.François Lalanne, « Félix », dans l'index général des œuvres complètes, sous la forme de trois publications à faible tirage : Contes populaires recueillis dans la Grande-Lande, le Born, les Petites-Landes et le Marensin, publié en 1887 Chants populaires de la Grande-lande et des régions voisines, publié en 1912. Choses de l'ancienne Grande-Lande (première série)., série imprimée en 1926, cinq ans après sa mort.

Ces recueils ne sont que la modeste concrétisation d'une entreprise titanesque dont témoignent plusieurs dizaines de milliers de feuillets manuscrits et de nombreuses photographies : paysages, bâtiments et villages anciens, scènes de la vie rurale, portraits, issus de « cette terre des libres espaces, étrange et grande et fascinante entre toutes. » ().

Il meurt le à l’âge de , célibataire, à Labouheyre..

Œuvre photographique Thématiques

L'œuvre de Félix Arnaudin vise à révéler la beauté des Landes de Gascogne et la dignité de ses habitants, de leur culture. Elle est marquée par le désir de réhabiliter et par l'urgence d'en conserver la mémoire la plus complète possible jusqu'aux paysages, au bâti, à biodiversité, aux gestes du quotidien..

Alors que depuis au moins un siècle, la littérature décrit les landes comme un « désert » à coloniser. où l'air lui-même serait « vicié. », les photographies d'Arnaudin rendent compte d'une toute autre réalité. Elles constituent les pièces à conviction de la défense dans un procès perdu d'avance, en révélant une vie humaine digne et respectable, fragile et belle en ces landes mais que condamnent la littérature et la loi.

Il photographie tout ce qui évoque les temps anciens, révolus, qu'il s'agisse des vieux chemins, des vieilles maisons, des quartiers disparus, des bâtiments en ruines - « attendre que les tuiles aient vieilli » - ou des traces de passés plus lointains comme les buttes médiévales ou les voies romaines. Félix Arnaudin ne photographie pas ce qui perdure..

Pour délimiter le territoire de ses photographies, il procède par approches concentriques mais demeure toutefois dans la partie centrale de la Grande Lande, autour de Labouheyre. Le territoire le plus vaste est d'environ soixante-dix kilomètres autour de Labouheyre ; c'est celui dont il photographie les églises des communes et paroisses. Un second territoire, d'un rayon plus modeste d'environ cinquante kilomètres autour de Labouheyre, est celui où il photographie les quartiers, où se tient l'habitat permanent, dont l'airial est le centre et le moulin la périphérie. Et enfin, un troisième territoire plus restreint, d'une quinzaine de kilomètres autour de Labouheyre, où il réalise ses séries illustrant les travaux et les jours, son secteur de prédilection.

L'œuvre photographique de Félix Arnaudin, en ce qui concerne la thématique, se divise en quatre parties : les paysages de lande et de pignada (voir Forêt des Landes), la vie pastorale et les activités agraires pour 50 %, l'habitat et l'architecture rurale pour 25 %, les portraits de personnages, de groupes pour 12,5 % et les pièces d'archives pour également 12,5 %. On est donc loin d'une vision exhaustive de l'habitat de la Grande-Lande. En effet, avec ces 500 photographies d'habitats, Félix Arnaudin n'a guère photographié plus de 5 à 10 % de l'architecture Grand-landaise.

Ce n'est pas la beauté d'un bâtiment qui guide ses choix, il semble plus attiré par les maisons modestes que par des architectures plus spectaculaires. Son propos n'est pas de réaliser une analyse de l'architecture, mais plutôt de fixer le cadre de vie des habitants de la Grande-Lande. En effet, pour restituer le cadre de vie dans son ensemble, il photographie le Patrimoine bâti en plans rapprochés, mais jamais en gros plans, avec des détails. En ce qui concerne le Patrimoine bâti, mise à part l'architecture religieuse, il ne subsiste guère plus aujourd'hui que 2 à 3 % des édifices dont Félix Arnaudin a réalisé les photographies.. Il dira dans les Chants populaires de la Grande-Lande :

« (…) Maintenant la lande n'existe plus. Au désert magnifique, enchantement des aïeux, déroulant sous le désert du ciel sa nudité des premiers âges, à l'étendue plane, sans limites, où l'œil avait le perpétuel éblouissement du vide, où l'âme, élargie, enivrée, tantôt débordait de joies neuves et enfantines, tantôt s'abîmait dans d'ineffables et si chères tristesses, a succédé la forêt, -la forêt industrielle ! Avec toutes ses laideurs (…) dont l'étouffant rideau, partout étendu où régnait tant de sereine et radieuse clarté, borne implacablement la vue, hébète la pensée, en abolit tout essor ».

Paysages

thumb|La lande et la forêt.F. Arnaudin, 4 avril 1902, sur plaque de verre ()

Le paysage landais forme le cœur de l'œuvre iconographique de Félix Arnaudin. Profondément attaché à cette terre et à sa culture traditionnelle qu'il voit disparaître, ce dernier décide de l'inventorier grâce à la photographie.

Situés dans le sud-ouest de la Nouvelle-Aquitaine, et baignés par l'océan Atlantique, les départements des Landes et de la Gironde bénéficient d'un immense patrimoine naturel. Grâce à son climat tempéré et humide, ce pays possède la plus grande forêt artificielle d'Europe.

À la naissance de Félix Arnaudin, les landes étaient une immense province marécageuse. La Lande est souvent décrite par les voyageurs comme un désert peuplé de sauvages, antichambre de l'Afrique.. En 1857, la Loi relative à l'assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne pousse Félix Arnaudin à réaliser des photographies pour représenter le pays avant qu'il ne soit définitivement transformé par l'industrie sylvicole. Le paysage landais change brutalement, le pin maritime menace les terrains communaux laissés au parcours du bétail..

Pour lutter contre cet inévitable bouleversement et conserver le souvenir des sites de son enfance, Félix Arnaudin se met en quête des paysages typiquement landais. Il s'intéresse aussi bien aux marais, aux lagunes, aux étangs et lacs, qu'aux prairies, aux champs, à la forêt de pins, aux vieux chênes, aux œufs de courlis. Certaines particularités retiennent son attention : sentiers, vestiges de mottes féodales, ponts, etc.

Lagunes

La lagune est un élément constitutif du paysage landais. Elle est à la fois, une frontière et un lien dans l'articulation du paysage. Quel que soit le paysage, la lagune y met fin, mais l'étend aussi, de son reflet dans l'eau. Une photographie de paysage ne peut être qu'unique. En effet, si l'on photographie un paysage plusieurs fois, mais à des périodes différentes, le lieu peut devenir méconnaissable. Le temps, les couleurs, les saisons, l'ambiance changent et modifient l'atmosphère et la perception du paysage.

Champs

thumb|Champ et pins de Grué à Lüe.F. Arnaudin, 30 décembre 1910

Les Landais vivent de l'agriculture, ce qui explique cette profusion de champs. Mais la terre est pauvre, ils doivent la nourrir de fumier pour la rendre fertile. On retrouve les champs dans les photographies de Félix Arnaudin, qui les immortalise, au naturel, mais aussi offerts au labeur des paysans et des animaux de trait. En les photographiant ainsi, Arnaudin rend compte d'un espace infini, presque entièrement constitué du ciel et de la terre, séparés par une ligne d'horizon où se découpent de rares habitations, bosquets de résineux ou échassiers landais.

Mottes

Les mottes landaises ont été réalisées par la main de l'homme : fortifications, églises ou moulins. Mais, bien qu'artificielles, elles appartiennent à une époque préindustrielle et sont aujourd'hui intégrées au paysage landais. Ces mottes sont les vestiges d'un passé, de l'Histoire. De ces anciennes constructions, aujourd'hui, ne reste plus que de la terre, couverte par la végétation. Considérées comme gênantes pour l'aménagement du territoire, le remembrement des terres, le développement agricole ou industriel des Landes, certaines mottes sont arasées et détruites. Félix Arnaudin photographie non seulement le paysage, mais aussi le passé de la Grande-Lande.

Pinèdes antérieures au bouleversement de la Loi de 1857

thumb|Pinède landaise.F. Arnaudin, 3 octobre 1898

Félix Arnaudin photographie surtout les pins dont il parle avec nostalgie, qu'il s'agisse des vieux grands pins de la Garane et du lieugué, de bouquets de pins esseulés, ou des pins géants du biredis :

« O mes vieux pins tant aimés de la lagune de Ligautenx, rois aériens de la vastité rase, si grands de votre sauvage isolement dans l'étendue déserte » ().

Il capture, soit la forêt de pins pour elle-même, soit la mélange avec d'autres paysages tels que les champs, les étangs, les lagunes. Ce sont des clichés plus complexes, de par les lignes de lecture qu'ils offrent. En effet, en plus de la ligne d'horizon, les lignes de troncs et les lignes de feuillages viennent rythmer la photographie. La composition s'inverse, elle passe d'horizontale avec la seule présence des champs, à une composition verticale avec les forêts de pins.