David Irving, né le à Brentwood (Essex), est un écrivain britannique, auteur depuis les de nombreux livres sur l'histoireLa classification de David Irving comme historien fait débat, notamment depuis son procès de 2000. N'ayant pas de titre universitaire dans ce domaine, mais auteur de nombreux livres d'histoire, il est couramment désigné comme historien par une partie des médias comme la BBC, ou le International Herald Tribune qui titre, le « » (un historien accusé d'être favorable à Hitler perd son procès en diffamation). Lors de son procès, le juge l'a qualifié d'historien militaire, louant ses qualités professionnelles dans ce domaine. D'autres médias britanniques, moins nombreux, ont refusé de le qualifier d'historien. Le Daily Telegraph a ainsi décidé dès 1969 de ne plus le qualifier que d'« écrivain » (). Pour Richard J. Evans, dans son témoignage d'expert au procès de 2000, , traitant pour la plupart de la Seconde Guerre mondiale et exprimant un point de vue négationniste sur les crimes de guerres perpétrés par l'Allemagne nazie.
Bien que remportant des succès commerciaux au Royaume-Uni, plusieurs de ses livres suscitent la controverse et lui valent des accusations de complaisance envers le nazisme. À partir de la fin des , il adopte un discours ouvertement négationniste. En , il perd le procès en diffamation contre Deborah Lipstadt, professeur d'études juives à l'université Emory aux États-Unis, par lequel il comptait se défaire des accusations de sympathie pour le régime nazi. Le juge anglais le condamne alors à une amende de 2 millions de livres. En 2005 et 2006, alors qu'il est de passage en Autriche, il est interpellé par la justice autrichienne qui le condamne d’abord à trois ans de prison ferme pour négation de la Shoah, considérée comme un crime par la loi de ce pays, peine ensuite ramenée à un an en appel, qu'il a purgée.
Biographie
Famille et enfance David Irving et son frère jumeau Nicholas sont nés à Hutton près de Brentwood dans le comté d'Essex. Ils ont un frère, John, et une sœur, Jennifer« Irving, John NB (mère Newington) » dans Registre des naissances du district d'enregistrement de Hampstead, vol. 1a (1930), p. 803"Irving, Jennifer C (mère Newington)" dans le registre des naissances du district d'enregistrement de Billericay, vol. 4a (1935), p. 878. Leur père, John James Cawdell Irving (1898–1967), est un officier de marine de carrière et un commandant dans la Royal Navy et leur mère, Beryl Irving née Newington est illustratrice et écrivain de livres pour enfantsCraig, Olga (26 février 2006). "David, what on earth would Mother think?" . The Daily Telegraph.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le père d'Irving est officier à bord du croiseur léger qui essuie une attaque en , en mer de Barents. Il est gravement endommagé par un sous-marin allemand, puis attaqué par un engin de surface et finalement sabordé par une torpille du , à la suite de quoi John James Cawdell Irving rompt tous les liens avec femme et enfants.
Lors d'une interview, David Irving décrit son enfance : « Contrairement aux Américains, nous, les Anglais, avons subi de grandes privations ... nous avons traversé l'enfance sans jouets. Nous n'avons eu aucune sorte d'enfance. Nous vivions sur une île peuplée d'armées d'autres peuples ». Selon son frère Nicholas, David est un provocateur et un farceur depuis sa jeunesse. Il déclare que « David avait l'habitude de courir vers les maisons bombardées en criant Heil Hitler ! » - une déclaration que David Irving nie.
Formation vignette|David Irving à Brentwood (1955) Après avoir terminé son A-level à la , Irving étudie la physique à l'Imperial College de Londres mais en part après la première année pour raisons financières. Il étudie ensuite pendant deux ans en vue d'obtenir un diplôme en économie à l'University College de Londres mais abandonne de nouveau ses études pour les mêmes raisons que précédemmentRichard J. Evans, op. cit., p. 11. Il qualifie lui-même par la suite son parcours universitaire d'« échec total » et en attribue la faute à ses enseignants.
Pendant cette période à l'université, il participe à une discussion sur l'immigration au Commonwealth, en secondant Oswald Mosley à la British Union of FascistsStaff (2 February 1961). "Mosley packs them in". Pi. Archived from the original on 30 March 2017. .
En 1959, alors qu'il est rédacteur en chef du Carnival Times, journal du comité du carnaval de l'Université de Londres, il y ajoute un « supplément secret »"Extremism in America: David Irving". Archived 30 December 2017 at the Wayback Machine. Anti-Defamation LeagueWaterhouse, Rosie (11 July 1992). "From Brentwood to Berchtesgaden: The disturbing story of the 'revisionist' David Irving". The Independent on Sunday. London. Archived from the original on 4 November 2012. Retrieved 24 May 2009. contenant un article dans lequel il qualifie Hitler de « plus grande force unificatrice que l'Europe ait connue depuis Charlemagne » et déclare que « la formation d'une Union européenne est interprétée comme la construction d'un groupe de peuples supérieurs, et les Juifs ont toujours considéré avec méfiance l'émergence de toute « race maîtresse » (autre que la leur, bien sûr) »Lay, Kat (26 May 2009). "50 years on: David Irving, Apartheid and ULU". London Student. Archived from the original on 30 November 2009. Retrieved 21 August 2010.. Les opposants qualifient également une caricature incluse dans le supplément de « raciste ». Ce supplément est retiré et détruit avant la diffusion du magazine.
Irwing tente ensuite de rejoindre la Royal Air Force mais est jugé médicalement inapte. Ainsi, incapable d'effectuer son service national, il part pour l'Allemagne de l'Ouest où il travaille dans la sidérurgie comme métallurgiste dans une aciérie Thyssen AG dans la région de la Ruhr et apprend la langue allemande. Il déménage ensuite en Espagne où il travaille comme commis dans une base aérienne.
Premiers ouvrages (1963-1977) vignette|La photographie montre Arthur Harris et David Irving (1962) Il se fait connaître en en publiant La Destruction de Dresde, consacré au bombardement de la ville de Dresde par l'aviation britannique, où périrent Le bilan du bombardement de Dresde a considérablement varié au fil des années et des sources. Le bilan finalement admis ( maximum dont identifiés) a été établi par une commission d'historiens mandatée par la ville de Dresde en 2004-2010. Voir , note 790, emplacement 12131 sur 16493 ; Rolf-Dieter Müller, Nicole Schönherr, Thomas Widera, Die Zerstörung Dresdens 13. bis 15. Februar 1945 – Gutachten und Ergebnisse der Dresdner Historikerkommission zur Ermittlung der Opferzahl, Hannah-Arendt-Institut. Berichte und Studien 58, Göttingen, 2010, , ainsi que, sur le site de la ville de Dresde, Dresdner Historikerkommission veröffentlicht ihren Abschlussbericht.. Irving y défend un bilan de , puis , essentiellement sur la base d'un rapport de police fortement suspecté d'être un faux depuis , le TB 47, ce qui fut définitivement prouvé en Richard J. Evans consacre un chapitre détaillé à l'exploitation abusive en toute connaissance de cause de cette source par Irving, « The bombing of Dresden », dans ..
À la suite de ce livre médiatisé, David Irving, autodidacte alors âgé de , devient un auteur connu du grand public britannique. Il écrit en Accident : The Death of General Sikorski, où il reprend une thèse, développée par la propagande nazie, selon laquelle la mort à la suite d'un accident d'avion, en , du général polonais Władysław Sikorski, chef du gouvernement polonais en exil à Londres, était un attentat fomenté par Churchill, afin de pouvoir « livrer » la Pologne à l'URSS ; il réalise un documentaire sur ce dernier livre en . Toujours en , il publie un ouvrage sur le convoi PQ17, dont il fait porter la responsabilité des pertes au commandant Jack Broome, chef de l'escorte militaire. Broome finit par intenter un procès en diffamation, obtenant la condamnation d'Irving..
Controverse autour de La Guerre d'Hitler (1977) David Irving devient un auteur à succès. Il est cependant de plus en plus controversé pour sa tendance à présenter de manière pour le moins complaisante le régime nazi ainsi que ses principaux acteurs — en particulier, Adolf Hitler et Hermann Göring auquel il consacre des biographies — tout en chargeant les Alliés.
En 1977, il publie son dixième livre, La Guerre d'Hitler, qui suscite la critique acerbe d'une majorité d'historiens. S'il est recensé favorablement pour sa maîtrise des sources par l'historien John Keegan, il fait l'objet, dès 1977, d'une « critique dévastatrice », selon les mots de Ian KershawIan Kershaw (1985), Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d'interprétation, Gallimard, 1997, note n°8, p.456 (chap. V)., de la part de Martin Broszat, l'un des fers de lance de la thèse fonctionnaliste au sujet du génocide nazi, thèse qu'Irving paraît radicaliserMartin Broszat, "Hitler und die Genesis der Endlösung, Aus Anlaß der Thesen von David Irving", VfZ, n°25, 1977, p.737-775, trad. "Hitler and the Genesis of the 'Final Solution'": An Assessment of David Irving's Theses" in Aspects of the Third Reich, dir. H. W. Koch, Londres, 1985, p.390-429, cité in Kershaw, op.cit... Irving affirme en effet qu'Hitler ignorait tout des camps de concentrationIrving's war - BBC News, ., en en faisant porter la responsabilité sur Himmler et Heydrich. Broszat montre que si Irving paraît ainsi prendre le parti des fonctionnalistes contre les intentionnalistes dans la controverse sur le nazisme, il déforme en fait la thèse fonctionnaliste puisque celle-ci n'a jamais consisté à affirmer qu'Hitler n'était « pas au courant » mais à défendre l'idée que la politique des différents programmes d'extermination (Shoah, Porrajmos, etc.) avait eu lieu sous l'effet de la bureaucratie nazie, caractérisée par la polyarchie, plutôt que l'idée que l'extermination procédait de la simple application d'une décision exercée au sommet.
L'historien Charles Sydnor publie en 1979 des critiques similaires, soulignant en sus de nombreuses erreurs factuelles, concernant entre autres le soulèvement du ghetto de Varsovie, la réception par Hitler en d'un rapport émis par l'état-major central de la SS à Berlin faisant état de l'extermination de 363 211 Russes juifs par des Einsatzgruppen entre août et ou l'erreur grotesque sur le rôle des Einsatzgruppen, dont Irving dit à tort qu'ils étaient chargés de la garde des camps de concentrationSydnor Jr., Charles W. (June 1979), "The Selling of Adolf Hitler: David Irving's Hitler's War", in Central European History, n° 12, pp. 169–99..
En 1977, le thème de l'Holocauste demeurait largement débattu dans le seul cénacle des historiens : il n'entra réellement dans le débat public qu'à la fin des années 1970, avec notamment la diffusion, entre autres en RFA et en France, de la série Holocauste. Le livre d'Irving paraît ainsi à la fois s'insérer dans la controverse entre intentionnalistes et fonctionnalistes, bien que Broszat s'en distancie immédiatement, et dans l'intérêt du grand public pour la Shoah. Par ailleurs, bien que le négationnisme ait été défendu dès après la guerre (par exemple par Maurice Bardèche), il demeurait encore largement confidentiel. Ce contexte explique l'accueil fait au livre d'Irving, dans la mesure où les historiens lui accordèrent le « bénéfice du doute ».