Fondée en 1919 par Max Gottschalk, l'École ABC révolutionne l'apprentissage artistique avec  un credo audacieux : « Si vous pouvez écrire, vous pouvez dessiner ». Depuis le cœur du Paris des Champs-Élysées, elle diffuse en huit langues des centaines de programmes et magazines d'art richement illustrés, couvrant des disciplines aussi diverses que le dessin de presse, la publicité, la décoration Art déco, l'illustration, la mode, le portrait, le paysage, la typographie, la bande dessinée et la photographie. Son rayonnement est mondial : des écoles affiliées naissent d'Helsinki à Athènes, en passant par Oslo, Londres, Amsterdam, Hambourg et Turin, certaines comptant jusqu'à 50 000 élèves cumulés. Si l'École ABC de Paris ferme dans les années 1990, son enseignement est maintenu au-delà des années 2000 en Grèce et en Allemagne. Parmi ses élèves, des noms qui parlent d'eux-mêmes : Moebius, Sempé, Piroton, Léo Kouper, Élise Freinet, Andrée Creuzot, Suzanne Lecoanet, ainsi que des artistes et designers internationaux comme C. Xenakis (Grèce), G. Gundersen ou Gerhard Berg (Finlande). Parmi ses soutiens et contributeurs : Colette, Hergé, Steinlen, Dunoyer de Ségonzac, Paul Colin. Son corps enseignant réunit Renefer, P.-E. Rixens, Géo-Roux, mais aussi Alanko (Finlande), Lupa (Italie) ou Van Dulmen Krumpelman (Pays-Bas)"Renefer et l'épopée de l'École ABC de Paris" - Gabrielle Thierry - Cahier de la Société Historique et Archéologique de Paris 8e et 17e arr. - (N°199-200) - Mai-Juin 2026.

Elle semble disparaître dans les années 1990.

Histoire vignette|redresse| ABC Magazine d'art , une de juillet 1927. Sujet britannique, Max Gottschalk est né en 1891 en Afrique du Sud. Envoyé en Écosse, il poursuit des études de médecine au Royal College of Surgeons of Edinburgh et pratique le rugby. En , il est mobilisé et versé au régiment d'infanterie des Argyll and Sutherland Highlanders ; blessé en 1916, il est soigné sur le front français et rejoint la Royal Air Force. Après l'armistice, il décide, comme beaucoupVoir le phénomène sociologique post-Première Guerre mondiale, appelé « génération perdue », qui n'est pas propre aux Américains., de rester vivre à Paris Roll of honour, 1914-1919, Edinburgh, University of Edinburgh, 1921, — sur archive.org. « Who's Who Abroad », In: The Chigaco Tribune. European Edition, 8 février 1929, — sur Gallica..

En 1919, Gottschalk ouvre un atelier de cours de dessin rue du Cardinal-Mercier avec la complicité d'un caricaturiste et illustrateur français, Henry Gazan (Paris, - ), acteur de la bohème montmartroise, collaborateur entre autres du Rire et sociétaire du Salon des humoristes ; Gazan fut soldat-dessinateur à partir de 1916Solo (2004), .. Le duo est rejoint par un camarade de front de Gazan, le dessinateur Raymond Renefer, ancien topographe des champs de bataille, qui commence par y enseigner la gravure ; il est nommé par ailleurs directeur artistique de la maison FlammarionSolo (2004), .Gabrielle Thiery, Carnets de poilus, la vie du front racontée aux enfants, Paris, Albin Michel, 2013..

À partir de 1923, l'atelier édite des brochures intitulées Cours ABC, dirigées par Marc Saurel (1880-1952), portant sur les différents aspects de la pratique du dessin. L'adresse indiquée est le 12 de la rue Lincoln à Paris. Gottschalk y a regroupé ses activités, désormais centrées sur la formation par correspondance dans les domaines artistiques. Fort de centaines de souscripteurs, il lance en 1925 un périodique, ABC, magazine d'art, où s'exprime ses collaborateurs enseignants. Outre Gazan et Renefer, on y trouve les noms d'Antoine Marie Raynolt, Malo-Renault, Maurice Perret-Carnot, Géo Roux, Rylsky (Ahü)... L'Atelier ABC publie en interne une brochure très soignée, La Gerbe. La vie, la carrière, les idées et quelques œuvres d'artistes enseignants à l'école ABC de dessin, qui met en valeur à la fois des travaux d'élèves et les artistes enseignantsLa Gerbe, , Paris, Atelier ABC, 1927 — sur Gallica., avec le renfort d'écrivains comme Georges Normandy et Marcel Roland qui en dressent les biographies. La même année est lancé, via ABC, magazine d'art le « prix Gustave Doré » qui récompense les meilleurs illustrateurs, en partenariat avec les éditeurs Bernard Grasset et Ferenczi & fils ; le premier président est Marcel Prévost et le premier lauréat est Élise Lagier-Bruno, qui épouse ensuite Célestin Freinet, couple qui développera ensemble une pédagogie en marge du système traditionnel« Échos », In: La Presse, Paris, 12 mars 1925, — sur Gallica.Paris-Soir, Paris, 18 juin 1927, — sur Gallica..

L'organisme est rebaptisé « École ABC Dessin-Peinture » et se lance dans une vaste campagne de publicité à partir de 1926. Des encarts paraissent dans des titres à gros tirages comme L'Illustration et promettent . Le slogan de l'école devient : « Si vous pouvez écrire, vous pouvez dessiner »La Revue hebdomadaire, Paris, 5 février 1927 — sur Gallica.. En , Gottschalk revendique correspondants inscrits et 140 enseignants. Gottschalk lance une formation à la rédaction littéraire et professionnelle, qu'il confie à Émile Sedeyn (1871-1946) qui fut rédacteur en chef du Figaro illustré, puis un studio de création publicitaire, auquel est joint une imprimerie ; ses clients sont des marques d'automobiles françaises, mais aussi américaines comme Frigidaire ou des entreprises situées en provincePar exemple, cette affiche pour L'As de cœur. Imprimerie Max Gottschalk, Sainte Florine, — Bibliothèque de Clermont-Ferrand.. Enfin, il devient le représentant en France de la méthode Linguaphone, inventée par Jacques Roston à Londres quelques années plus tôt, et promeut dans les médias la nécessité pour les Français de s'ouvrir à l'apprentissage des langues.

Adepte des méthodes de management américaines, fort de son rapide succès à l'étranger (Angleterre, Allemagne, Italie...), Gottschalk ne se fait pas que des amis. Avec la crise, au début des années 1930, son entreprise, qui prend la forme juridique de l'« Agence Max Gottschalk », affichant en un capital souscrit de francsArchives commerciales de la France, Paris, 2 juillet 1930, — sur Gallica., continue sa croissance et suscite des jalousies. Mais Gottschalk est un gros annonceur, il a l'idée de prendre des pages publicitaires dans des périodiques convertis aux idées nationalistes voire antisémites, qu'il désamorce de fait, et promet même de devenir École ABC de dessin : la plus importante école de dessin du monde, 32 pages, Paris, sdna, — Catalogue de Paris-Bibliothèques spécialisées.. La presse catholique de province ne l'épargne cependant pas, s'estimant concurrencée sur le terrain de l'enseignement libre, et juge ces cours comme étant une incitation à la débauche, fustigeant au passage les « promesses tapageuses, onéreuses et malsaines » des publicités Linguaphone (750 francs pour 15 disques 78 tours)« L'École ABC... », par Jean de Lardelec, In: La Revue des lectures, Langres, 15 janvier 1931 — sur Gallica.

Avant 1940, la presse mondaine nous apprend que Gottschalk fiance sa fille Paméla au peintre et champion de billard d'origine égyptienne Edmond Soussa (1898-1989)Excelsior, Paris, 16 juin 1938, — sur Gallica..

En , du fait de l'Occupation, l'Agence Max Gottschalk est forcée de nommer un administrateur provisoireBulletin municipal de la Ville de Paris, Paris, 2 novembre 1940, — sur Gallica.. En 1945, Max revient à la direction de son entreprise qui continue sa progression et sa diversification (enseignements à distance en décoration, photographie, modelage, etc.), et insère ses encarts publicitaires dans les livres en format pocheCf. Base d'autorité Sudoc/IdRef..

L'adresse de la rue Lincoln est encore active dans les années 1990. Cette école semble disparaître en 1996. Les locaux sont complètement vidés en 2003, les archives sont à ce jour considérées comme perduesRecherche sur l'École ABC en cours.

Formateurs et élèves revendiqués vignette|redresse| ABC Artistique et Littéraire n° 52, une d'avril 1929. vignette|redresse| ABC Magazine n° 116, une d'août 1934. UnElèves et Professeurs Cette école a initié et formé un grand nombre d'illustrateurs et d'auteurs de bande dessinée reconnus et prit par la suite le nom d'« École ABC de Paris ». Elle a produit plusieurs dizaines de séries de cahiers d'étude par correspondance et autant de publicités reprenant parfois les noms et les visages de ses collaborateurs.

Henry Gazan. Raymond ReneferGabrielle Thierry, Renefer, peintre de la Seine, Éditions Les Amis du musée de la Batellerie, 2021, . Maximilien Vox

Jean Feugereux, directeur de l'école de 1947 à 1977 Rylsky, alors nommé « S.-R. Ahü », professeur dans les années 1920 Raylambert André Thérive, née Jacqueline Charmot. Odette Fumée Joseph Martineau. Raymond QueneauEmmanuël Souchier, Raymond Queneau, Paris, Le Seuil. André Raffray Rodolphe Vincent Georges Blondeaux alias Gébé Gérard Collin-Thiébaut

Notes et références

Annexes Bibliographie "Renefer et l'épopée de l'École ABC de Paris" - Gabrielle Thierry - Cahier de la Société Historique et Archéologique de Paris 8e et 17e arr. - (N°199-200) - Mai-Juin 2026 A.B.C. Magazine d'art, publication mensuelle, organe du cours A.B.C. de Dessin, [1925-193..]. La Gerbe. La Vie, la Carrière, les Idées et quelques œuvres d'artistes enseignants à l'école A. B. C. de dessin , I et II, Paris, 1925-1927. François Solo, Plus de 5000 dessinateurs de presse & 600 supports, Vichy, AEDIS, 2004 .

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