Lhistoire du cheval en Afrique de l'Ouest, arrivé dans le Sahel au , débute réellement avec l'appropriation du matériel d'équitation au . Il permet l'essor des grands empires africains, notamment celui du Mali, ainsi que la diffusion de l'islam, grâce à l'usage militaire des tactiques de choc. Le cheval est introduit depuis l'Afrique du Nord, et se diffuse vers le Sud. La manière de le désigner témoigne de racines linguistiques variées, avec la racine so dans les langues krou et mandingues, alors que d'autres mots, notamment en wolof, dérivent de la racine arabe faras.

Le cheval est notoirement rare et précieux en Afrique subsaharienne, en raison de son coût élevé et de sa sensibilité aux maladies locales. Le commerce de cet animal reste essentiellement transsaharien durant l'époque médiévale. Les Portugais s'imposent via des ports de commerce sur les côtes ouest-africaines à partir du . Le commerce du cheval accompagne dès lors celui des esclaves africains, jusqu'à la colonisation européenne du . Les cavaliers perdent alors leur supériorité militaire face aux fusiliers, cantonnant le cheval à un rôle cérémoniel et d'apparat.

L'art africain traditionnel souligne le rôle tant militaire que culturel joué par le cheval dans l'Ouest du continent. Des croyances particulières et un rôle cérémoniel sont associés à la queue du cheval, particulièrement au Togo et dans le grassland du Cameroun.

Sources vignette|Cheval de race locale à Ouagadougou, au Burkina Faso.

D'après l'éditeur Jean-Louis Gouraud, l'histoire du cheval en Afrique est notoirement méconnue et difficile à étudier, tant en raison de la fantaisie des sources que d'une certaine incompétence des historiens, qu'ils soient européens ou africains. De manière générale, l'histoire du cheval en Afrique de l'Ouest est marquée par une nette intrication entre le commerce du cheval, la domination politique permise par l'usage de la cavalerie militaire, la guerre et l'esclavage.

The horse in West African history et autres ouvrages de référence Un ouvrage de référence est publié en 1980, après huit ans de travail, par l'historien Robin Law (anglais : The horse in West African history). Sa monographie aborde tous les aspects liés à l'introduction du cheval en Afrique de l'Ouest subsaharienne, avant la colonisation européenne... D'après Law, l'essor de grands empires africains est permis par l'usage de la cavalerie militaire, et donc des tactiques de choc, ainsi que par le commerce transsaharien du cheval. Ces grands empires africains précoloniaux ont vu le jour dans le Sahel, entre le Sahara et la Forêt tropicale, et comptent entre autres l'Empire du Mali, l'Empire songhaï, le Royaume du Kanem-Bornou, l'Empire de Sokoto, l'empire du Macina, l'Imamat du Fouta-Djalon, l'Empire toucouleur et l'Empire wassoulou. Il n'existe pas de sources concernant le cheval dans les régions plus occidentales (hors des côtes) avant le .

L'anthropologue Jean-Pierre Digard qualifie cet ouvrage de .. Cependant, l'anthropologue Rosemary Harris (Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland) souligne que Law n'est pas un spécialiste du cheval. Une mise à jour de cet ouvrage a été effectuée en 1995 par son auteur, puis une nouvelle édition, intégrant des études plus récentes, est parue en 2018. Robin Law distingue deux grandes périodes dans l'usage du cheval en Afrique de l'Ouest : une période pré-islamique caractérisée par une équitation rudimentaire sans étriers ni mors, sur de petits chevaux ; puis l'adoption des traditions sahariennes islamiques à partir des , caractérisée par l'arrivée de chevaux de plus grande taille, et par l'usage du mors, de la selle et de l'étrier. Jean-Louis Gouraud note que la diffusion du cheval accompagne celle de l'islam, le matériel employé étant le même en Afrique de l'Ouest subsaharienne et dans les régions d'Afrique du Nord.

En dehors du livre de Robin Law, peu de sources sont consacrées à ce sujet, à l'exception de l'ouvrage du centre d'études archéologiques de Milan, consacré à l'art et aux cavaliers africains, et paru en 1995. Cet ouvrage, qui accorde une très large place à l'Afrique occidentale, étudie notamment la place du cheval chez les Dogons, les Soninkés et les Touaregs. L'histoire du cheval durant la période coloniale est essentiellement documentée par l'ouvrage de Camille-Isidore Pierre, L'élevage dans l'Afrique occidentale française, paru en 1906.

Analyse linguistique Il existe très peu d'études linguistiques portant sur la diffusion et l'usage du mot « cheval » dans les langues ouest-africaines. D'après Robin Law, qui souligne l'absence quasi-totale d'influence européenne sur la désignation du cheval, les mots employés relèvent de différentes racines linguistiques, sans lien apparent entre elles, et suggèrent une introduction du cheval antérieure à la diffusion de l'islam et de la langue arabe. Dans les langues sénégalaises, le mot « cheval » semble cependant dérivé de la racine arabe faras.. En wolof, ce mot est fas ou fars. Le mot balante falas et le mot landoma afalats, ainsi que le kanembou fer/fur, sont vraisemblablement eux aussi dérivés de la racine arabe.

Le sérère pis et le peul putu sont probablement apparentés. Les langues mandingues semblent partager une autre racine commune, donnant si en soninké, so en malinké, en bambara, en vaï, en boko et en busa, sisi en busanse et sona en susu. Au Sierra Leone et au Liberia, le temné asoe, le bulom osoe, le kisi et le grebo so, ainsi que le kru sou, semblent provenir de la même racine que dans les langues mandingues ; de même que le mot so en éwé et en fon. Law estime que les mots yoruba et édo esin et esi sont issus de la même racine.

Le mot songhaï pour le cheval est bari : il est notamment d'usage à Tombouctou.. Les langues gour font appel à une autre racine, donnant mossi en wefo, woho en dagomba, et woefo en mamprusi.

Les langues akan dérivent d'une racine encore différente, donnant gbanga (guang), oponko (twi) et ponko (fanti). Le mot dioula « oponko » provient vraisemblablement du Mandé .. En haoussa, « cheval » se dit doki, ce mot semblant provenir de la désignation de l'âne.

Préhistoire et Antiquité thumb|Peinture rupestre de cavalier dans la vallée du fleuve Drâa, au Maroc. Le cheval (equus ferus caballus) n'est pas natif du continent africain. D'après la théorie controversée d'Henri Lhote, le cheval sauvage aurait vécu en Afrique du Nord depuis la fin du Paléolithique, avant de disparaître au Néolithique. Des gravures rupestres retrouvées dans le Sahara occidental attesteraient de la présence de chevaux sauvages dans cette région au Néolithique. Cependant, d'autres chercheurs, dont l'historien Gabriel Camps, estiment qu'il s'agit de représentations d'autres équidés que le cheval, notamment d'onagres ou de zèbres..

Le cheval est introduit en Afrique, sous sa forme domestique, à partir de l'Asie. Les premières preuves d'usage du cheval domestique sur le continent africain remontent à l'Égypte antique, sous l'influence des Hyksôs. L'animal est vraisemblablement introduit en Afrique du Nord par les marchands phéniciens. Henri Lhote a découvert des fresques de chars dans le Tassili, au milieu du Sahara, dont les plus vieilles remontent à plus d'un millénaire avant l'ère chrétienne. Des gravures rupestres de chevaux, datées des époques bovidienne et paléoberbère, ont été découvertes dans l'Aïr méridional, notamment à Isokenwali et Eknaouene.. Au , les « Éthiopiens » du Sahara occidental connaissent vraisemblablement le cheval et le char. De nombreuses gravures et peintures rupestres suggèrent une présence importante du cheval dans le Sahara occidental et central durant l'Antiquité. Des chevaux puniques, puis berbères, ont peut-être voyagé le long des côtes africaines de l'Ouest. Les Bafours et les Mélaniens du Chemana font vraisemblablement passer des montures depuis le territoire de la Mauritanie vers celui du Sénégal. Le cheval est introduit en Afrique subsaharienne en traversant le Sahara, depuis l'Afrique du Nord. Il est admis que tous les chevaux d'Afrique subsaharienne proviennent de l'Afrique du Nord et se diffusent vers le Sud via le Sahara et la vallée du Nil, mais n'ont pu s'implanter dans les régions africaines tropicales compte tenu de la présence de la mouche tsé-tsé, pour eux mortelle.

La date exacte d'introduction du cheval est particulièrement difficile à estimer en raison du manque de preuves archéologiques et des difficultés de datation des peintures rupestres, pouvant se situer dans une large fourchette entre av. J.-C. et ap. J.-C.. Robin Law penche pour une arrivée au cours du millénaire précédant l'ère chrétienne, avec une présence rare et limitée, qui expliquerait l'absence de traces archéologiques. Une potentielle dent de cheval de l'âge de pierre a été découverte dans le plateau du Nord du Nigeria, une autre de la même époque dans la province d'Adamaoua, mais ces découvertes sont controversées et mal datées. La tradition orale africaine fait état d'une introduction tardive de cet animal, par les peuples sahariens.

Époque médiévale vignette|gauche|Cavalier militaire du Mali médiéval. Figure en terre cuite trouvée à Djenné (arrière-pays du delta du Niger). -. Reconstituer la diffusion du cheval est difficile en raison de la grande rareté des sources écrites et archéologiques ; Robin Law estime cependant vraisemblable que les migrations de peuples cavaliers depuis les régions désertiques du Sahara aient visé à conquérir des régions au biotope plus favorable, conquêtes rendues possibles par la supériorité militaire de ces cavaliers. Il questionne la théorie la plus couramment admise concernant la formation des États africains précoloniaux, à savoir l'invasion de peuples agriculteurs sédentaires par des cavaliers nomades conquérants.

: une arrivée transsaharienne La tradition orale, malgré de nombreuses légendes quant à l'origine des héros cavaliers concernés, confirme la théorie d'une implantation transsaharienne du cheval, les légendes fondatrices des royaumes africains attribuant souvent l'essor de ces derniers, ainsi que l'introduction du cheval, à une migration conquérante depuis des régions situées au Nord-Est.

Le cheval arrive vraisemblablement dans la région du lac Tchad avec l'établissement des nomades sahariens Saifawa dans le Kanem, vers l'an 800. Une preuve archéologique d'usage équin indiscutable est la découverte à Igbo-Ukwu, au Nigeria, de la tombe d'un cavalier du dont la monture porte un masque anti-mouches. Durant ce même siècle, une source écrite évoque le voyage d'un cavalier depuis Tahert jusqu'à la cour d'un roi du « Soudan ». D'après l'ethnologue française Germaine Dieterlen, l'empire du Ghana et l'empire Soninké possèdent d'importantes cavaleries militaires dès le ; durant les deux siècles suivants, tous les royaumes africains occidentaux (Mossis, Wolofs, Haoussas et Peuls) s'appuient sur la cavalerie pour la bataille et la conquête.

Du au : des témoignages sporadiques D'après Law, les rares témoignages des premiers visiteurs musulmans dans les royaumes du Ghana, de Gao et du Kanem portent vraisemblablement sur de petits chevaux élevés localement, montés à cru avec une bride sans mors.

Au milieu du , Al-Bakri atteste la présence de chevaux caparaçonnés d'or à la cour du roi Soninké ; Al Idrissi décrit la pratique de l'équitation par ce dernier, ainsi qu'à Gao, un siècle plus tard. Au , Ibn Saïd relate l'existence d'élevages équins à l'extrême Ouest de l'Afrique, notamment à Tekrour ainsi que chez les Toucouleurs et dans la région de Kanem. D'autres traditions, compilées tardivement, assurent de la possession de nombreux chevaux par les dynasties royales africaines.