La journée du est, après le 14 juillet 1789, l'une des journées les plus décisives de la Révolution française, au point que certains historiens la qualifient de « Seconde Révolution »Jean Massin, Robespierre, Club français du livre 1956, . Nouvelle étape dans la Révolution ? Révolte guidée ? Révolte spontanée ? Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, Perrin 1989 (rééd. Tempus 2004), .. Cette journée est organisée et menée par la Commune insurrectionnelle de Paris et par les sections parisiennes. Après plusieurs assauts, la foule d'insurgés prend le palais des Tuileries, siège du pouvoir exécutif. C'est aussi la première fois, depuis le début de la Révolution, qu'une journée révolutionnaire est dirigée également contre l'AssembléeAlbert Mathiez, La Révolution française, Librairie Armand Colin 1922, .. Cette journée révolutionnaire consomme la chute de la monarchie constitutionnelle. Sa préparation est trop complexe pour qu’on puisse en attribuer la responsabilité à un individu ou à une faction..

La journée du marque également le début de la première Terreur......, dont le point culminant est les massacres de Septembre. Cette première période prend fin avec la réunion de la première session de la Convention nationale le qui abolit la monarchie, et la victoire de Valmy, acquise le même jour et connue à Paris le lendemain.

Cette insurrection et ses conséquences sont communément appelées par les historiens de la Révolution française simplement « le » ; les autres désignations sont , , ou . En Suisse, d'où vient la garde du même nom, cette journée est connue sous le nom de .

Situation de la monarchie Dégradation du pouvoir royal Déjà, lors de la réunion des États Généraux le , Louis XVI, qui bénéficie d’une belle popularité et du respect de ses sujets, déçoit dans leurs espoirs les représentants du tiers état en se montrant incapable de comprendre et de suivre l’importance des changements qui s’opèrent dans son royaumeGeorges Bordonove, Louis XVI, le Roi-Martyr, Éditions Pygmalion 1983, . L’arrivée d'une foule parisienne, le à Versailles, venant de Paris pour ramener la famille royale au Palais des Tuileries où elle demeure désormais sous la surveillance des Parisiens, a atteint profondément et durablement le prestige de la monarchie.

Après l'équipée de Varennes le , qui constitue l’un des actes principaux de la Révolution, c’est une monarchie sous tutelle, totalement discréditée, qui se réinstalle aux Tuileries, ne retrouvant le pouvoir que par la volonté des députés constitutionnels et royalistes de la constituante.

À partir de ce moment, Louis XVI, qui n'a jamais accepté la perte de ses pouvoirsAlbert Mathiez, Le dix août, Les Éditions de la Passion 1989, , ne croit plus pouvoir ressaisir ceux-ci et restaurer son autorité que par l’aide et la victoire des armées des princes étrangers contre les révolutionnaires. En moins d’un an, le roi, hésitant, indécis, mal conseillé, laisse aller les événements, ruinant ainsi les dernières chances qui lui auraient permis de sauver son trône.

Contexte Depuis le début de l'année 1792, la France était entrée dans sa première guerre révolutionnaire. En avril, événement sans précédent, le roi forme un cabinet de gouvernement avec les Girondins. Le , la guerre est déclarée contre les Autrichiens.

Les premières batailles sont un désastre pour la France, et la Prusse rejoint l'Autriche dans une alliance contre la France. Au début, le délai nécessaire à sa préparation permet à la France de former une armée.

La Révolution, à cette date, est en train d'entrer dans une phase plus radicale. L'Assemblée législative fait passer une série de décrets, notamment contre les prêtres réfractaires, qui refusent de prêter serment à la constitution civile du clergé, ce qui entraîne, au début du mois de juin, un conflit entre Louis XVI et ses ministres girondins. Lorsque le roi envisage de former un nouveau cabinet avec les Feuillants, monarchistes constitutionnels modérés, le fossé s’élargit entre le roi et une grande part des chefs de l'Assemblée, ainsi qu'avec la majorité du peuple parisien.

Le 20 juin, la foule armée envahit le hall de l'Assemblée législative et les appartements royaux aux Tuileries, mais ne s'attaque pas au roi. La Fayette essaie d'utiliser cette circonstance pour mettre fin au conflit interne à Paris, mais le peuple, les députés et la Cour le soupçonnent de n'agir qu'en vue de ses ambitions personnelles.

Une dernière proposition des Girondins est refusée et les Feuillants sont renversés. Les Girondins effectuent alors un tournant à gauche pour s’unir à ceux qui sont prêts à recourir à la force pour renverser la monarchie. Dans un discours à l'Assemblée, Pierre Victurnien Vergniaud questionne directement le roi sur des questions rhétoriques : .. Brissot est encore plus direct : .

La Patrie en danger left|100px|thumb|Jérôme Pétion de Villeneuve Le , l'Assemblée législative déclare « la Patrie est en danger ». Tous les citoyens en mesure de prendre les armes et de servir dans la Garde nationale sont placés en service actif. Des piques sont distribuées à ceux qui ne peuvent se procurer d'armes, et des drapeaux sont placés dans les espaces publics, avec ces mots : « Citoyens ! La Patrie est en danger ! ». Le (troisième anniversaire de la prise de la Bastille), des festivités patriotiques sont organisées. Pétion, démis de ses fonctions de maire de Paris à cause de sa conduite durant les événements du , est réintégré dans ses fonctions. Les grenadiers monarchistes constitutionnels du bataillon des Filles-Saint-Thomas affrontent le bataillon des Fédérés de Marseille, mais c'est le dernier acte de résistance de la faction monarchiste modérée. Le club des Feuillants, les compagnies de grenadiers et chasseurs de la Garde nationale qui forment la force de la bourgeoisie sont dissous.

Pendant ce temps, les armées alliées autrichiennes et prussiennes arrivent le long des frontières. La plupart des soldats « constitutionnels » (monarchistes), ainsi qu'une part des régiments suisses, stationnent à Paris. Au même moment, la Garde nationale, formée de la bourgeoisie, est ouverte au recrutement dans les classes plus basses. La déclaration du duc Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick-Wolfenbüttel, militaire prussien, le , annonçant que les Alliés entreraient en France pour restaurer l'autorité royale, investiraient militairement l'Assemblée et la ville de Paris au moindre outrage envers le roi de France, est connue à Paris le et excite la fureur et les aspirations républicaines des révolutionnaires.

Vers l'insurrection left|120px|thumb|Georges Jacques Danton Le précurseur de cette nouvelle révolution est Danton, un avocat âgé de 32 ans seulement, qui ne siège pas à l'Assemblée, mais dirige l'ancien district des Cordeliers, un des plus républicains, et dispose d'un grand ascendant sur le peuple parisien. Danton ainsi que ses amis et ses alliés — Maximilien de Robespierre, Camille Desmoulins, Fabre d'Églantine, Jean-Paul Marat, entre autres — sont aidés dans leur tâche par la crainte de l'invasion.

right|120px|thumb|Jean-Paul Marat

Les volontaires et fédérés arrivent sans cesse à Paris et, alors qu'un grand nombre désire rejoindre l'armée, les Jacobins enrôlent ceux qui acceptent leur invitation, notamment environ 500 Marseillais emmenés par le girondin Barbaroux. François-Auguste Mignet écrit que .. Il est alors décidé de porter le coup décisif le mais le rôle du comité insurrecteur est mal connu.

Les clubs politiques discutent ouvertement du détrônement du roi, et le , Pétion parle à l'Assemblée, demandant la fin de la monarchie au nom de la commune et des sections. Le , la mise en accusation de La Fayette est discutée. , dont Vincent-Marie Viénot de Vaublanc et Quatremère de Quincy. Ce harcèlement s'accompagne de menaces de mort ou d'invasion de leur domicile.

Insurrection Le peuple parisien ne veut pas attendre le résultat de la dernière proposition de Pétion de poursuivre le travail par la voie législative. La section des Quinze-vingts déclare le que, si le détrônement n'est pas prononcé le jour même, à minuit elle sonnera le tocsin et attaquera la résidence royale des Tuileries. La totalité des quarante-huit sections de Paris, sauf une, la suit. Pétion informe l'Assemblée législative que les sections ont « repris leur souveraineté » et qu'il n'a pas d'autre pouvoir sur le peuple que celui de sa persuasion.

Dans la nuit du 9 une nouvelle Commune révolutionnaire prend possession de l'Hôtel de ville de Paris, siège du gouvernement. Le plan des Jacobins de l'Assemblée, soutenu par l'armée des fédérés, est de dissoudre le département de Paris, pour démettre Pétion, instituer une commune insurrectionnelle (un gouvernement municipal) et prendre les Tuileries d'assaut.

Comité provisoire left|120px|thumb|Pierre-Louis Roederer À minuit, le tocsin sonne. Les insurgés nomment un comité provisoire de la Commune, qui dirige l'insurrection depuis l'Hôtel de Ville. Pétion est aux Tuileries, où il est convoqué par le roi, qui voulait s'assurer par lui de l'état de Paris, et reçoit l'autorisation de répondre à la force par la force.

Une partie de l'Assemblée, réveillée par le tocsin, a démarré une session d'urgence sous la présidence de Vergniaud. Apprenant que Pétion est aux Tuileries, ils pensent qu'il a été arrêté et veulent le faire délivrer. Ils lui font demander, comme l'avait fait le roi auparavant, de donner un état de Paris. Il vient, à cette requête. Une députation de l'Hôtel de Ville s'informe de lui auprès de l'Assemblée, supposant également qu'il est prisonnier. Il part avec elle et devient en fait prisonnier de la commune insurrectionnelle, sous la garde de trois cents hommes.

Sur le conseil de Danton, la nouvelle commune somme alors le marquis de Mandat, commandant de la Garde Nationale, de se présenter à elle. C'est un piège. Ne connaissant pas le changement de régime à l'Hôtel de Ville, il obéit à cet ordre. Il est arrêté, accusé d'avoir autorisé les troupes à tirer sur le peuple. Alors qu’il est envoyé à la prison de l'Abbaye, la foule le tue lorsqu'il quitte l'Hôtel de Ville. La commune confère immédiatement le commandement de la Garde nationale à Santerre.

Pierre-Louis Roederer, le greffier du département de Paris, passait la nuit aux Tuileries. Les préparatifs des Jacobins étant connus, un certain nombre de mesures de défense avaient été prises. La Chronique des Cinquante jours de Roederer rapporte que, vers quatre heures du matin, la reine Marie-Antoinette l'avait appelé, et qu'il avait alors été prévenu que le roi et la famille royale voulaient se réfugier à l'Assemblée Législative. . Roederer remarqua alors que seulement deux jours auparavant, les deux tiers de l'Assemblée s'étaient prononcés en faveur de La Fayette, et avaient soutenu que son plan était le moins dangereux. La reine décide néanmoins de résister par la force, et Roederer y consent.

Lachesnaye, qui commandait les troupes au non-retour inexpliqué de Mandat, dit que les troupes de la Garde Nationale sont prêtes à la défense, mais il proteste contre la présence d'aristocrates « irréguliers ». Mandat avait auparavant conseillé la reine de disperser ces gentilshommes, en vain, arguant que leur présence décourageait le zèle des constitutionnels. Comme Mandat avant lui, Lachesnaye est contredit par la reine : . Joly, ministre de la justice et Champion, ministre de l'intérieur sont envoyés à l'Assemblée pour s’informer du danger, et pour solliciter son aide et celle des commissaires.