The British Central Africa Company Ltd, plus couramment British Central Africa Company (BCAC) est l'une des quatre plus grandes compagnies européennes qui opérèrent au Nyassaland (aujourd'hui Malawi). La compagnie est instituée en 1902 pour gérer les intérêts d'Eugene Sharrer, un entrepreneur qui s'était installé dans le Protectorat britannique d'Afrique centrale. Eugène Sharrer est le principal actionnaire de la compagnie à sa création. Les activités d'origine concernent le transport et le commerce, mais ces activités sont cédées en 1930. Durant la majeure partie de la période coloniale, ses vastes domaines agricoles produisent du coton, du tabac et du thé. La BCAC acquiert la réputation, dans ses relations avec ses « locataires », d'être un propriétaire foncier brutal et exploiteur. En 1962, un peu avant l'indépendance, l'entreprise vend la majeure partie des terres inexploitées qu'elle possède au gouvernement du Nyassaland, tout en conservant quelques plantations et deux usines de thé. Son nom devient The Central Africa Company Ltd et elle est achetée par le groupe Lonrho en 1964.
Histoire La British Central Africa Company Ltd était dite « de Londres », ce qui suppose qu'elle fut enregistrée en Angleterre, mais il n'existe pas de trace de cet enregistrement ; l'entreprise avait un bureau à Londres, situé à Thames House, un quartier d'affaires. La compagnie devient The Central Africa Company Ltd ainsi qu'une filiale de Lonrho (Malawi) Ltd en 1964. À l'origine, ses bureaux et ses entrepôts au Malawi se trouvent à Kabula, près de Blantyre, sur des terres appartenant à Eugene Sharrer. L'entreprise se délocalise de Kabula à Limbe au moment où s'ouvre la ligne de chemin de fer des Shire Highlands Railway qui dessert cette ville. L'entreprise existe toujours et son « quartier général » se trouve toujours à Limbe. Lonrho vend la Central Africa Company Ltd à lAfrican Plantations Corporation en .
Eugene Sharrer Eugene Sharrer, décrit comme un colon archétypal, arrive en Afrique centrale en 1888 et commence à travailler dans le commerce de l'ivoire. Son activité commerciale se développe et il œuvre dans le domaine de la vente en gros et au détail, avec l'entreprise Kubula Stores Ltd, puis il diversifie ses activités en achetant de grandes exploitations et en développant une activité agricole prospère. Il exploite ensuite, via la Zambezi Traffic Company Ltd, une flotte de bateaux à vapeur qui circulent sur le fleuve Zambèze et la rivière Shire. Ces cours d'eau forment à l'époque le principal moyen de transport dans le Protectorat britannique d'Afrique centrale ; afin de développer les liaisons de transport, il milite pour la création d'un chemin de fer dans le pays, dont la construction est approuvée en 1902. Peu après, il s'installe à Londres, quittant définitivement l'Afrique, quoique ses intérêts s'y trouvent toujours.
Commerce La British Central Africa Company achète les magasins de Sharrer, Kubula Stores, en 1902. La firme est en concurrence avec lAfrican Lakes Corporation qui, outre ses commerces urbains, déploie une cinquantaine de magasins, nommés « Mandala », en zone rurale. Après la Première Guerre mondiale, les Kubula Stores sont les principaux concurrents de la chaîne des Mandalas, quoiqu'ils peinent à pénétrer le milieu rural. L'activité des Kubula Stores est vendue à lAfrican Lakes Corporation dans les années 1920 et la raison sociale correspondante disparaît du registre du commerce en 1943.
Transport Transport fluvial vignette|Bateaux sur le Zambèze, à Chinde (1908).
Les activités de la Zambezi Traffic Company de Sharrer sont reprises par la British Central Africa Company en 1902. La compagnie assure un trafic fluvial depuis la concession britannique de Chinde, à l'embouchure du Zambèze, jusqu'à Chiromo sur la rivière Shire ; à l'ouverture du chemin de fer qui va de Port Herald (de nos jours Nsanje) à Chiromo en 1908, Port Herald devient le nouveau terminus pour les services fluviaux. La Central Africa Railway ouvre une ligne de Port Herald à Chindio, sur la rive nord du Zambèze, en 1914. La British Central Africa Company assure ses services de Chinde à Port Herald en saison des pluies, mais ne va pas au-delà de Chindio lorsque le niveau des eaux est bas. Lorsqu'en 1922 la Trans-Zambezia Railway achève une nouvelle ligne, qui va de la rive sud du Zambèze à Beira, elle reprend les bateaux de la British Central Africa Company et les utilise comme ferries pour traverser le Zambèze.
Chemin de fer vignette|Travaux au niveau du pont de Lomula, ligne de la Shire Highlands Railway en 1908. vignette|Locomotive à Limbe, mai 1924.
La British Central Africa Company est un important actionnaire de la Shire Highlands Railway et de la Central Africa Railway. En 1930, les Nyasaland Railways sont créés pour reprendre conjointement les activités de la Shire Highlands Railway et de la Central Africa Railway. Cela fait que la BCAC est un gros actionnaire de cette nouvelle entreprise. L'entreprise prend le nom de The Central Africa Company, et elle devient une filiale de Lonrho (Malawi) en 1964. Lonrho achète The Central Africa Company en grande partie par intérêt pour son portefeuille d'actions ferroviaires, mais elle acquiert aussi dans l'opération de plantations de thé, deux usines de thé et quelques autres petits domaines agricoles.
Propriétés foncières La BCAC est la deuxième, après la British South Africa Company de Cecil Rhodes, des quatre grandes compagnies coloniales à l'époque du Nyassaland qui, ensemble, possèdent d'acres de terrain, la majorité des terres fertiles du pays, sur les hauts plateaux de la Shire. Eugene Sharrer est propriétaire de trois grands domaines et de deux plus petits, largement inexploités lorsque leur propriété est transférée à la BCAC. Ils se situent sur les plateaux, mais aussi dans la vallée de la Shire. La BCAC achète auprès de Sharrer en 1902. Les deux domaines les plus productifs se situent dans la vallée de la Shire, Kupimbi, environ autour du cours moyen de la Shire, où pousse le tabac, et Chelumbo, environ dans la haute vallée de la Shire, où pousse du coton. Un troisième domaine dans la vallée, d'une surface de près de Chikwawa, est lui aussi dévolu à la culture du coton. La compagnie possède deux autres domaines sur les hauts plateaux de la Shire. Le domaine situé à Cholo (de nos jours Thyolo) est, à l'origine, le plus grand, excédant , mais, en 1920, sont vendues ou louées. Environ des du domaine de Kubula, au nord-est de Blantyre sont aussi vendues ou louées ; la région est par ailleurs surpeuplée, avec enregistrés en 1929, et en 1939, dont la plupart ont charge de famille. En 1924, la compagnie avait loue ou vend de ses possessions originelles de . Sur les que la BCAC possède cette année-là, elle en exploite directement environ, le reste étant cultivé par des « locataires » ou laissé en jachère. Jusqu'au milieu des années 1930, la BCAC perçoit relativement aisément les loyers de ses locataires, mais, à la suite de l'ordonnance de 1928 sur les autochtones dans les domaines privés, qui autorise les propriétaires à expulser sans motif jusqu'à 10 % de leurs locataires en 1933 et à procéder de même tous les cinq ans par la suite, elle commence à expulser un nombre significatif de résidents : 10 % des résidents sont expulsés de son domaine de Cholo en 1933 ; c'est le seul des grands domaines à procéder de la sorte. En 1947, certains des anciens baux sont arrivés à expiration et la compagnie détient en propre et en exploite directement .
En 1948, le gouvernement met sur pied un comité d'aménagement du territoire qui préconise, dans son premier rapport, que le gouvernement rachète les terres non-exploitées ou occupées massivement par des Africains. Cela suppose de racheter environ les deux-tiers des terres possédées par la BCAC. L'entreprise lutte depuis longtemps pour conserver ses terres, dont une grande partie est inexploitée, prétendant que l'épuisement des sols, l'érosion, la déforestation et la faible production seraient les conséquences d'une réoccupation par des petits propriétaires. En 1948, la compagnie ne veut toujours pas vendre ses meilleures terres au gouvernement, mais elle est d'accord pour vendre les plus mauvaises. Cette même année, le gouvernement achète des terres à la BCAC dans la région de Chingale, dans la partie occidentale du district de Zomba, pour les convertir en terres régies par le droit coutumier et réinstaller les Africains évacués d'autres domaines de la vallée de la Shire et des hauts plateaux. Le programme de réinstallation de Chingale se déroule de 1948 à 1954.
En 1949, à la suite d'une sévère famine, Geoffrey Colby, gouverneur du Nyassaland de 1948 à 1956, essaie de convaincre les grandes compagnies foncières de vendre leurs terres sous-utilisées pour la réinstallation. Il précise cependant qu'il n'utilisera pas son droit de préemption, et qu'il préfère un accord amiable. En renonçant par avance à user de la contrainte, il apporte un appui indirect à la volonté de la BCAC de conserver ses terres. En 1955, le gouvernement du Nyassaland achète près de dans le district de Cholo aux fins de réinstallation de de la BCAC. Avant cela, la compagnie possédait abritant . Elle conserve , mais, sur , sont transférés sur des terres de la Couronne. Néanmoins, ce n'est qu'en 1962, alors que l'indépendance se profile clairement, que la compagnie accepte de vendre ses terres en surplus, ne gardant que les plus profitables. Au moment de son rachat par Lonrho en 1964, la BCAC possède de plantations de thé, deux usines de thé et quelques autres petits domaines. Devenue Central Africa Company Ltd, elle est vendue en 1997, avec ses biens fonciers, à lAfrican Plantations Corporation.
Organisation du travail
La production des grands domaines agricoles repose sur le système du thangata dans lequel des locataires-résidents africains effectuent un travail agricole, au lieu de payer un loyer, pour pouvoir bénéficier d'une parcelle de terrain sur laquelle ils font pousser leur nourriture. Au début, les propriétaires exigent deux mois de travail par an et par adulte mâle, un mois pour le loyer et un autre pour rembourser la taxe d'habitation (« hut tax ») payée par le propriétaire au nom de ses locataires. Usuellement, les veuves et les femmes célibataires en sont exemptées. Cependant, en certains endroits, le thangata est abusivement augmenté, le mois de travail devenant six semaines de cinq jours, soit trente jours pleins au lieu d'un mois calendaire avec les dimanches de repos ; on exige aussi ce travail des femmes chefs de ménage.
Les besoins en main-d'œuvre diminuent dans les années 1920 et la BCAC est la première compagnie à modifier le système du thangata. Elle distribue des semences à ses locataires, lesquels sont, sous supervision, chargés de faire pousser tabac ou coton ; ils revendent ensuite, à bas prix, leurs récoltes à la compagnie. Une législation, l'ordonnance sur les autochtones des domaines privés de 1928, entérine ces dispositions, autorisant les propriétaires à se faire payer en argent, en produits agricoles ou en journées de travail, les quantités acceptables étant fixées pour chaque district par le gouvernement. À cette époque, le terme thangata s'applique donc à la fois aux loyers en nature, courants dans les plantations de tabac et de coton, aux paiements monétaires et à l'ancien système sous forme de jours de travail, qui persiste dans les plantations de thé nécessitant une main-d'œuvre directe.
Productions Coton