Jean d'Aucy est un franciscain de l'Observance, présent au couvent des cordeliers de Nancy de la fin des années 1530 au moins jusqu’à sa mort, survenue en 1566. On lui doit deux généalogies princières sous forme d’épitomés.

Sa vie vignette|Marque de Jean d'Aucy (page de gauche) Jean d’Aucy était probablement lorrain. D’une part, certains religieux de son ordre l’ont affirméJacques Saleur, La Clef ducale de la sérénissime… maison de Lorraine, Nancy, Charlot, 1663, . ; d’autre part, quand il évoque la Lorraine, il dit machinalement « notre Lorraine » ou « notre duché »Relevé des occurrences de cette formulation par .. Son nom, sous diverses graphies, était courant en Bourgogne, en Champagne et dans le Toulois. Il pourrait être originaire du Bassigny, où était implantée une noble famille d’Aucy, qui tenait de nombreux fiefs et occupait des charges importantes.. Dans ce cas, il aurait sans doute prononcé ses vœux au couvent de Neufchâteau, qui était, comme celui de Nancy, tenu par les observantins..

Jean d’Aucy n’a apparemment pas exercé de responsabilités au sein de son ordre. Il fut seulement vicaire de son couvent en l’absence du gardien. C’était notamment le cas en , lorsqu’il fut amené à veiller la défunte duchesse de LorraineIl reçut de « récompense » pour avoir veillé la duchesse de Lorraine mourante [Renée de Bourbon, † 26 mai 1539], par mandement du 8 mars 1540. Ce mandement le désigne justement comme « vicaire des frères de ce lieu de Nancy ». Mention signalée par .. Le nécrologe de son couvent le présente comme « prédicateur et confesseur » en cour ducale, et signale qu’il fut toute sa vie « historiographe des très illustres ducs et princes de Lorraine »Pierre Moracchini, « Le nécrologe des cordeliers de Nancy. Paris BnF, N.A.L. 3008 », Archivum Franciscanum Historicum [AFH], vol. 83, 1990, .. Dès les années 1540, il correspondait avec l’archidiacre de Verdun Richard de Wassebourg, qui travaillait à ses Antiquités de la Gaule BelgiqueLettre de Wassebourg à Jean d’Aucy, son « bon ami », datée du 22 juin 1543, publiée par . Consulter aussi .. En 1547, le héraut d’armes Émond du Boullay, qui se consacrait lui aussi à des recherches historiques, dit avoir trouvé conseil auprès de Jean d’Aucy, « pour un homme de son ordre suffisamment expert ès antiquités des pays ». Voir ..

Au début des années 1550, Jean d’Aucy s’est appliqué, sur commande, à la rédaction de deux épitomés : le premier, sur la succession des comtes de Boulogne, était destiné à Catherine de Médicis, héritière par sa mère de la maison de Boulogne ; le second, sur les gestes des ducs de Lorraine, devait contribuer à l’éducation du jeune duc Charles III, élevé à la cour de France. Au cours de l’année 1557, Jean d’Aucy est allé lui-même à Paris remettre ses épitomés à leurs destinataires respectifsLes comptes des trésoriers ducaux de Lorraine permettent de suivre la gestation de ces épitomés, dans la mesure où Jean d’Aucy fut rétribué à diverses reprises, depuis l’achat de livres en 1553 jusqu’à l’indemnisation du voyage à Paris en 1557. Voir ..

En , il fit un séjour aux bains de Plombières « pour le recouvrement de sa santé »Jean d’Aucy reçut à cette occasion vingt écus d’or. Voir .. Le nécrologe de son couvent fixe sa mort, survenue à un « âge vénérable », au suivant.

Ses écrits

Épitomé de l’origine et succession du comté de Boulogne Le manuscrit original remis à Catherine de Médicis a été conservéParis BnF, ms français 4654 (Colbert 2434). Décrit par .. Dans son épître dédicatoire, datée du (1555 selon le nouv. style)1554 a été corrigé en 1556, afin de correspondre à l'année de confection du manuscrit., Jean d’Aucy explique qu’il a été sollicité par la cour ducale, mais aussi par ses supérieurs et en particulier par deux religieux de son ordre qui étaient « dévots orateurs » de la reineIl s’agissait de Nicolas Doynet et Gabriel Tapereau, ministres provinciaux dans les années 1545-1554. Voir P. Moracchini, « Matériaux pour servir à l’histoire des ministres provinciaux de France parisienne (1517-1771) », AFH, vol. 80, 1987, ; « Le nécrologe… », vol. 84, 1991, ..

Toutefois son intérêt pour l’histoire des comtes de Boulogne devait être beaucoup plus ancien. D’une part, en approfondissant ses recherches sur les antiquités lorraines, il était nécessairement amené à s’intéresser aussi à la maison de Boulogne, puisque Godefroy de Bouillon, fils d’Eustache II de Boulogne, était traditionnellement présenté comme ancêtre des ducs de Lorraine. Il y avait ainsi des croisements généalogiques. D’autre part, il a pu être influencé ou guidé dans cette voie par le gardien de son couvent, Bonaventure Rennel. Ce personnage, présent à Nancy dès les années 1500, était originaire de Boulogne. Comme il fut à trois reprises ministre provincial et que la province franciscaine de France allait de la Normandie à la Lorraine, on peut penser qu’il eut plusieurs fois l’occasion de retourner dans sa ville nataleP. Moracchini, « Matériaux pour servir… », AFH, vol. 80, 1987, ; « Le nécrologe… », vol. 83, 1990, . Sur Rennel, ses goûts personnels pour l’historiographie et sa proximité avec Jean d’Aucy, voir , Conclusion par .. Jean d’Aucy a dû l’accompagner en certaines circonstances, car il signale, dans une note marginale de son épitomé, qu’il a eu l’occasion de consulter certaines archives conservées à l’échevinage de BoulogneBnF, ms français 4654, f. 30 v°. Sur la base de ce seul détail, C. Enlart pensait que Jean d’Aucy était de Boulogne et qu’il aurait quitté la ville en 1544, au moment de l’invasion anglaise. Voir ..

Le manuscrit en question est beau, clairement organisé. La première partie comporte les notices sur chaque règne, plutôt sommaires, avec, pour chacune, le « blason des armoiries » ; la seconde, qui contient une vingtaine d’arbres généalogiques, finement dessinés, s’achève par la branche des derniers enfants royaux. Jean d’Aucy indique ses sources au début, mais les chroniques alléguées n’ont apparemment pas été conservées.

En , Didier Richier, qui allait devenir poursuivant d’armes peu après, a offert pour étrennes à la duchesse de Lorraine Claude, fille de Catherine de Médicis, une copie de cet épitomé de Jean d’Aucy, avec des blasons peints. Comme le volume est également conservéBoulogne-sur-Mer Bibliothèque des Annonciades, ms 833., on peut le comparer à celui qui fut fait pour Catherine de Médicis vingt ans plus tôt. En dépit de quelques variantes, ils sont très voisinsSur Didier Richier et son hommage à la duchesse de Lorraine, voir . Comparaison des deux copies de l’épitomé des comtes de Boulogne par .. Épitomé des gestes des soixante-trois ducs de Lorraine Là encore, l’original remis au jeune duc Charles III a été conservéNancy BM, ms 1696. Description par .. Il a gardé sa reliure d’origine, contrairement à l’épitomé des comtes de Boulogne. Il est beaucoup plus volumineux, mais il ne comporte pas d’arborescences. L’épître dédicatoire est datée de , sans indication de jour. Elle est suivie de deux dissertations. La première vise à démontrer, par diverses chartes, que la Lorraine ne tient pas son nom de Lothaire, petit-fils de Charlemagne, mais de Lother, neveu de Jules César, ce qui prouverait que la souveraineté des ducs est bien antérieure au règne carolingien. La seconde dissertation décrit « l’étendue et singularité » du duché de Lorraine, sorte d’inventaire des richesses naturelles du sol et des rivières, que l’on trouve aussi en tête d’autres généalogies produites à l’époque. Quant aux filiations évoquées, passant par les rois de Jérusalem, on sait depuis longtemps qu’elles sont faussesA. Calmet, Histoire de Lorraine citée, I, col. lxxvii-lxxviii (liste des ducs) ; IV, col. 63-64 (analyse critique).. Mais peu importe, comme les autres historiographes de son siècle, Jean d’Aucy a eu soin, en toute bonne foi, d’enraciner le passé de ses princes dans la chrétienté tout autant que dans l’histoire antiqueSur les visées de l’historiographie lorraine au , voir ..

Ce second épitomé, tout comme le premier, n’a pas été imprimé, mais de nombreuses copies en ont été faites. Certaines comportent une dédicace au régent Nicolas de Vaudémont, oncle de Charles III ; d’autres à Anne de Lorraine, sœur du régent. Certaines sont abrégées, d’autres augmentéesInventaire des principales copies de l’épitomé des ducs de Lorraine, du , conservées dans les fonds publics, par .. Au , des copistes ont gonflé les notices des derniers ducs, ont inséré en français l’épopée de René II telle qu’elle figure dans la Nancéide de Pierre de Blarru et, bien évidemment, ont ajouté les règnes de Charles III et de ses successeursEn s’appuyant sur un manuscrit du comportant de larges extraits de la Nancéide, Albert Collignon a cru devoir dire que Jean d’Aucy était un traducteur de Pierre de Blarru. Voir .. Seul le manuscrit original permet de connaître les dimensions exactes du travail de Jean d’Aucy.

La comparaison des deux manuscrits de 1555-1557 et de la copie de 1574 présentent suffisamment de similitudes pour laisser penser que leur réalisation matérielle pourrait être due à Didier Richier, dont on a parlé. Dans les années 1550, il était déjà installé à Nancy en qualité de « peintre », après une longue période de formation en Italie. Sa position sociale et familiale lui permettait de répondre pleinement à l’entreprise de Jean d’AucySur la famille de Didier Richier, à partir d’archives notariales, voir ..

vignette|Reliure du manuscrit offert au duc de Lorraine Charles III

En définitive, les travaux de Jean d’Aucy se situent dans la lignée des ouvrages historiographiques de la Renaissance, sans grande originalité. On les a lus et cités jusqu’au . Même s’ils développent des systèmes erronés, comme beaucoup d’autres, ils témoignent d’un certain mode nouveau d’investigation et surtout de la volonté de servir le pouvoir princier, qui avait besoin pour assurer son avenir de se doter d’un passé lumineux.

Notons que, dans son épitomé sur les ducs de Lorraine, Jean d’Aucy se réfère plusieurs fois à une « grande histoire » de Lorraine qu’il aurait eue en chantier. Mais il semble bien que ce projet de longue haleine n’ait pas abouti. En tout cas, on n’en a pas gardé traceTrois allusions à cette « grande histoire » dans l’épitomé des ducs de Lorraine, signalées par . .

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Augustin Calmet, « Aucy, ou d'Auxy, ou d'Aulcy (F. Jean) », Histoire de Lorraine, Nancy, 1745-1757, tome 1, Catalogue alphabétique des écrivains de Lorraine, col. lxxvii-lxxviii ; tome 4, Bibliothèque lorraine, col. 63-64. lire en ligne. . . . . .

. . Claire Haquet, « Épitomé, le manuscrit de Jean d'Aucy », sur le carnet de recherches Histoire et collections de la bibliothèque de Nancy. lire en ligne. . Alain Cullière, « La fourmi de Jean d'Aucy », Le Pays lorrain, 2025, p. 177-184.

Articles connexes Charles III duc de Lorraine Bibliothèque municipale de Nancy Pierre de Blarru

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