La révélation de tout étant, quel qu'il soit, présuppose qu'un « monde » soit au préalablement ouvert. Le concept de « monde » renvoie dans la pensée du philosophe Martin Heidegger à deux notions qui en soutiennent l'unité, à la fois à l'unité d'un horizon de significations (d'où le thème de la « significativité » du monde) et à l'idée de « familiarité ». Dans Être et Temps, l'idée de Monde est à rapprocher de l'idée d'éclaircie, ou d' « ouvert » pris au sens platonicien de et non comme une collection pré-donnée d'étants, qui entrerait accessoirement et ultérieurement dans un champ de vision.

Le concept majeur du philosophe Martin Heidegger dans son ouvrage titre Être et Temps a été transposé en français par l'expression « être-au-monde » comme caractère essentiel du . Comprendre l'« être-au-monde », comprendre le passe donc par l'étude de l'élément structurel « monde ». Ici, le concept de « monde » n'a donc de sens qu'à travers et pour le comme le souligne Dominique Saatjian, l'interrogation ne doit pas se limiter à une description du monde mais doit dégager ce qui fait qu'un monde est monde et non une simple collection d'objets, à savoir, la « mondéité » par quoi quelque chose pourra être dit de l'essence de l'« être-au-monde ».

Pour Heidegger, le monde s'offre selon trois types distincts , écrit Michel HaarHeidegger distingue trois chemins qui permettent, selon lui, de définir le cadre général dans lequel se situe le problème du « monde ». Le plus connu est celui qui part de la distinction du monde et de Dieu, soit dans le sens chrétien, le créé par opposition à l'incréé. L'homme est un fragment du monde, il en est à la fois le maître et le serviteur. Dans Être et Temps Heidegger caractérise le phénomène du monde à partir du comportement quotidien du à partir de ce que nous utilisons et manipulons. Dans un cours de 1929-1930, Les concepts fondamentaux de la métaphysique, il emprunte un troisième chemin celui d'un examen comparatif entre les situations d'une pierre, d'un animal et de l'homme ; chemin qui s'expose dans trois thèses-1, la pierre (ce qui est matériel) est sans monde -2. l'animal est pauvre en monde-3. l'homme est configurateur de monde. Il va s'avérer que tout n'existe que dans la mesure où un « monde » est ouvert pour lui, un « monde » qui fait l'objet de toute sa préoccupation. Dans cette optique, après Être et Temps, écrit Françoise Dastur .. thumb|250px|Universum, C. Flammarion, gravure sur bois, Paris 1888.

Approche du concept de monde Le monde comme problème

La problématique du « monde », apparaît dès le chapitre 3 d' Être et Temps . Au lendemain de Être et Temps, le cours de 1929-1930, intitulé Les concepts fondamentaux de la métaphysique : Monde-finitude-solitude, fait de la question du monde, , son thème prioritaire au détriment de la « question de l'être ». Comme le remarque Marlène Zarader dans les enjeux principaux d' Être et Temps, , .

Depuis Être et Temps, jusqu’aux derniers travaux, le concept de « Monde » a connu une mutation importante ; d'abord centré sur le , dont il constitue à cette époque l'horizon transcendantal, il devient, dans la Lettre sur l'humanisme, , écrit Françoise Dastur. Dès lors, le monde ne peut plus être considéré comme une projection du comme c'était le cas à la lecture d' Être et Temps .. On distinguera donc dans une perspective historique : le monde comme horizon transcendantal, le monde comme « éclaircie » de l'être, le monde comme Uniquadrité. Cette idée de « monde » va s'avérer tout à fait étrangère à celle plus traditionnelle de « nature ».

Le monde n'est pas la nature Loin de l'idée triviale de réalité dans laquelle l'homme occuperait une place comme un arbre, tout possède au sens de l' « être-au-monde », et dans l'esprit de Heidegger, un monde qui lui est propre ; un monde que des expressions courantes de la littérature comme le « monde de Proust » ou le « monde de la rue », « ce n'est pas ton monde », peuvent donner l'idée. Un tel monde se dévoile, non comme une collection de « choses », une totalité, mais comme une tournure d'ensemble, qui possède une « significativité » propre, à travers l'usage et la jouissance, qui font de ce monde là, pour ce là, un monde qui a un sens. Heidegger, souligne Hans-Georg Gadamer, a lui-même présenté une esquisse d'une histoire des concepts de « monde », où il a notamment mis en évidence, en le justifiant historiquement, le « sens paulinien et néo-testamentaire » ainsi qu'anthropologique de ce concept au sens où il l'employait lui-même.

Comme le remarque Jean Greisch, après avoir distingué le concept de « Monde », qui ne recoupe pas celui de nature, il reste néanmoins à définir le , que Heidegger appréhende comme : si bien que la question de l'existence du monde ou de la nature ne se pose plus, car toujours donné comme déjà signifiant pour un . Pour marquer la spécificité de l'« être-au-monde » humain, Heidegger est amené à comparer dans un de ses cours le monde animal et le monde humain. La comparaison entre le mode d’ouverture à son milieu, propre à l’animal, et le mode d’ouverture à l’étant, qui caractérise l’homme, va jouer un rôle important dans l’évolution de la pensée heideggérienne et dans son effort fondamental et progressif pour élucider le concept de monde. C'est dans le cours de 1929/30 intitulé Concepts fondamentaux de la métaphysique : Monde-finitude-solitude que Heidegger étudie, sur la base des travaux du biologiste Jakob von Uexküll, le comportement animal, d'où il ressort, par contraste avec le monde humain, la pauvreté du monde animal.

Rejet de l'approche cartésienne Être et Temps a consisté à lutter contre l'interprétation erronée du phénomène du monde hérité de la tradition. Il s'agit pour Heidegger de procéder à une véritable « déconstruction » de l'héritage cartésien, de recenser les diverses significations du phénomène du monde et de lutter contre les idéologies dites des « visions ou des conceptions du monde », les qui dominaient la scène philosophique à cette époque. L'ontologie cartésienne est dominée par la notion de « substance » héritée de la scolastique, qui, à aucun moment, ne s'interroge sur les conditions originaires de donation de ces phénomènes.

Descartes prescrit souverainement au monde (par déduction logique) son être véritable, soit . Le monde, pour Descartes, est une sommation de choses ; il impose par la suite sa distinction « substance pensante/chose corporelle », distinction qui masque le rapport originel d'où provient cette conception traditionnelle et qui selon Heidegger se situe au niveau de l' « être-au... », de « être-au-monde ». Il lui échappe, note Walter Biemel, . Une telle réduction, remarque Dominique Saatjian, . Citation de Martin Heidegger Walter Biemel distingue quatre significations à ce concept de monde : Il est d'abord employé comme désignant la totalité des étants. Le terme monde peut jouer aussi le rôle d'un terme ontologique en signifiant l'être de l'étant. Dans ce cas la notion peut ne viser qu'une partie des étants, ainsi le monde du mathématicien rassemble tous les objets possibles des mathématiques. Dans unr troisième signification le monde est directement rattaché au en désignant le milieu en quoi il vit. Le est dans ce monde qu'il « comprend » naturellement, en « existant ». Quatrièmement le monde peut signifier la traduit par « mondéité » ou « mondanéité », c'est-à-dire ce qui concerne la structure de l'être mondain, ce qui appartient à tout monde pour qu'il soit monde ..

Le concept de Weltanschauung Dans les années 1920 à 1930 , en Allemagne comme en France, le thème philosophique des « Visions du monde » ou dominait orchestré par Karl Jaspers, notamment dans sa la scène intellectuelle. Heidegger s'élève contre la tendance à utiliser ces termes de « vision » ou de « conception du monde » et conteste le bien fondé à considérer un thème comme un synonyme de la philosophie*.. Edmund Husserl et Martin Heidegger, se sont opposés à cette réduction; .

S'il l'exclut, du domaine de l'ontologie, Heidegger ne réserve pas moins au thème populaire des « Visions du monde », une place dans le cadre de l'« analytique existentiale ». Ni subjectif, ni objectif le monde des « visions du monde » appartient à l'essence du . cité par Jean Greisch.

Le monde comme horizon de compréhension Les « choses » rencontrées dans la quotidienneté ne sont justement pas d'abord saisies en tant que « choses », mais bien plutôt dans leur un usage, leur utilité, et c'est à travers cet usage que le prend contact avec elle, la tasse de café comme récipient pour boire, le crayon comme machin pour écrire, donc comme des espèces d'outils ou de moyens saisis dans un but déterminé. Tout cela n'est possible que si auparavant il y a originairement « rapport au monde » où l'étant est d'abord tout simplement là présent, . L'ensemble des « choses » de ce monde ambiant familier qui constituent l'étant « intra-mondain » se dévoilera à la préoccupation circonspecte comme un « Outil », c'est-à-dire, comme un étant au sens phénoménologique, et non pas pour lui-même. Devant ce phénomène Heidegger démarre son analyse du monde comme un horizon de compréhension des étants qui s'offrent à partir du « monde ambiant » quotidien, . Le se meut librement dans ce monde familier, sans nécessairement en avoir conscience. Sur ce rapport au monde des choses familières qui nous entoure, Heidegger fait la remarque importante pour la suite de ses travaux que ce rapport dépend avant tout de notre disposition, de notre humeur et non d'un acte perceptif ou intuitif (Être et Temps, §29).

La révélation de tout étant, quel qu'il soit, présuppose qu'un monde soit au préalablement ouvert . () a toujours déjà eu lieu. Toutefois le monde, n'étant pas un étant mais un « existential », c'est-à-dire, un mode d'être du , ne peut jamais en tant que tel, être découvert. La traduction littérale de par ouverture néglige en fait, la nature existentiale du concept, c'est pourquoi Vezin ose utiliser dans sa traduction d’Être et Temps le terme étrange de « Le Dasein est son ouvertude » dit-il.

C'est parce que le a une compréhension pré-ontologique, naturelle, immédiate et générale que quelque chose, aussi bien que lui-même, peut lui apparaître. Deux traits sous-tendent cette pré-compréhension, , et la . L'a-priorité du monde La révélation de tout étant, quel qu'il soit, « présuppose » qu'un monde soit au préalablement ouvert. Françoise Dastur,écrit : .

Le concept de « monde » renvoie dans la pensée de Heidegger à deux notions qui en soutiennent l'unité, à la fois à l'unité d'un horizon de significations, d'où le thème de la « significativité » du monde, et à l'idée de « familiarité ». En tant qu'éclaircie, cet « ouvert » dans Être et Temps, est à prendre au sens platonicien de et non comme une collection pré-donnée d'étants, qui entrerait accessoirement et ultérieurement dans un champ de vision.

C'est parce que le dans la quotidienneté, se tient dans une totalité ouverte de signification à partir de laquelle il se donne à comprendre l'étant intra-mondain, les autres et enfin lui-même, qu'il a une compréhension pré-ontologique, naturelle, immédiate et générale, comportant familiarité, et significativité, que quelque chose comme un monde, aussi bien d'ailleurs que lui-même, peuvent lui apparaître. .

Les structures et choses du monde La significativité Dans Être et Temps c'est à travers le phénomène de l' outil, que Heidegger aborde la question du Monde ; il s'agit de mettre à jour l'armature et les nervures de ce monde phénoménal qui se donne à voir. Heidegger y distingue, avec la généralisation du principe d'ustensilité, ce qu'il appelle dans la traduction française des « structures de renvois » et des « tournures ».