Le musée des Métiers de l'imprimerie est un musée situé à Bordeaux, réalisé par la Maison des métiers de l'imprimerie de Bordeaux, installée 8-10 rue du Fort-Louis, à proximité de l'abbatiale Sainte-Croix, qui expose plus de cent soixante machines associées aux métiers de l'imprimerie, constituant la plus grande collection de ce type en France. Ces machines, construites durant la période 1800-1960, sont un témoignage important d'archéologie industrielle.

En , le musée ferme ses portes pour déménager ses 900 tonnes de matériel et libérer, à la fin de l'année 2023, les locaux, prêtés par la mairie, en vue de l'extension de l’École des Beaux-Arts voisine.

Origine du musée En 1979, Claude Chauffeteau a l’idée de créer un musée de l’imprimerie animé, pour sauvegarder la mémoire et les techniques de la profession de typographe. L'année suivante, en , une association loi de 1901 est fondée, dénommée Les Amis de l’Histoire et des Techniques de l’Imprimerie.. À l'initiative de son maire, la ville de Bordeaux propose un local industriel désaffecté de aux 8-10 rue Fort-Louis pour abriter le futur musée.

Ce bâtiment, construit vers 1920, était un atelier de torréfaction de café. À cette époque on dénombre à Bordeaux une vingtaine de « grilleries » qui travaillent pour une clientèle locale. Le traitement du café implique des opérations industrielles simples comme grillage ou trituration et surtout des mélanges. La brûlerie emploie une cinquantaine de personnes et l'atelier reste en activité jusque dans les années 1970. Ayant servi quelques années d'entrepôt, l'ancienne brûlerie est rachetée en 1986 par la commune de Bordeaux. Le musée est inauguré le par Jacques Chaban-Delmas, alors maire de Bordeaux.

Le bâtiment qui abrite le musée est inscrit dans l'Inventaire général du patrimoine culturel..

Activités du musée

Le musée des Métiers de l'imprimerie témoigne de l'évolution de l'imprimerie et des industries graphiques qui ont constitué une activité industrielle importante.

L'établissement organise des animations. La plupart des appareils sont en état de fonctionnement et, lors des visites de groupes, des démonstrations sont faites sur le matériel du , en typographie, lithographie, gravure sur bois, linogravure et reliure.

Le musée produit également des œuvres d'art sur commande avec des artistes.

Pendant trente-cinq ans, de nombreux créateurs sont venus réaliser des œuvres originales en lithographie et gravure.

Les artistes suivant ont contribué aux collections du musée :

Le musée reproduit également des documents anciens à la demande, par exemple : À l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, les Amis de l'Histoire et des Techniques de l'Imprimerie ont réalisé, à la demande de la municipalité, un recueil de fac-similés de documents de l'époque révolutionnaire à Bordeaux., dont deux pages : Arrêté du Représentant Ysabeau supprimant la permanence de la guillotine sur la place Nationale (29 Thermidor an II). Vue d'une séance du Club National de Bordeaux en 1794 (18 Messidor an II).

Des reproductions lithographiques de deux dessins de Romanin. (pseudonyme de Jean Moulin) : Le marin aux trois filles et Bar à Montparnasse, dont les originaux proviennent du Musée des Beaux-Arts de Béziers.

Pour célébrer les quarante ans du musée, en , l'association AMHITEIM imprime une affiche inédite de Henri de Toulouse-Lautrec, Au Bal des Étudiants, Bordeaux 1900. L'affiche lithographiée en trois couleurs (noire, rouge et jaune), sur papier BFK rives 250 g est éditée à 100 exemplaires.

L'artiste Van Khache a exécuté la saisie du dessin de Toulouse-Lautrec sur pierre lithographique et MM. Froumenty et Chauffetau ont exécuté le tirage en utilisant une des presses anciennes du musée. En , après un séjour de cinq mois à Taussat sur le bassin d'Arcachon, Toulouse-Lautrec loue un appartement à Bordeaux, 66 rue de Caudéran, et par l'intermédiaire de la galerie Imberti ,il a l'usage d'un atelier au 47 rue du Porte-Dijeaux. Le peintre participe à la vie de Bordeaux : il expose à la Société bordelaise d'art moderne en décembre, reçoit la commande d'une affiche pour le bal des étudiants, l'un des évènements mondains de la saison hivernale. Au théâtre Français on donne La Belle Hélène avec Mathilde Cocyte. dans le rôle titre. La cantatrice fascine Toulouse-Lautrec (qu'il décrit comme une grasse putain dans une lettre à son ami Maurice Joyant., datée du ) et il la dessine dans le rôle d'Hélène ; elle est aussi l'inspiration pour l'affiche du bal des étudiants.

L'imprimerie à Bordeaux vignette|Réplique de la presse de Gutenberg. Le développement de l'imprimerie à Bordeaux est assez tardifVoir l'imprimerie en France au .. Vers 1486-1487, la municipalité de Bordeaux subventionne un imprimeur allemand dénommé Svierler.. L'entreprise périclite sans avoir imprimé aucun livre. On trouve trace de deux imprimeurs, Pierre David et Jean Baudin, vers 1508 et 1514... Ils utilisent des presses de petites dimensions ne permettant que des travaux de peu d'importance. Il faut attendre 1517 pour voir un livre sortir des presses de Gaspard Philippe, un parisien installé à Bordeaux vers 1514..

Trois autres imprimeurs, Jehan Guyart, François MorpainLa Bibliothèque municipale de Bordeaux conserve trois ouvrages imprimés par Morpain : .. et Pierre de Ladime suivent Gaspard Philippe. Ce dernier publie notamment L'Antiquité de Saintes d’Élie Vinet en 1571.. Mais leur production est assez réduite. Le premier imprimeur d'envergure à Bordeaux est Simon Millanges qui installe ses presses 12 rue Saint-James, en 1572.

Après la famille Millanges, le nombre d'imprimeurs à Bordeaux croît régulièrement. Un édit de 1688 limite leur nombre à 12. Mais on trouve plus de trente imprimeurs-libraires en 1701. Ernest Labadie en recense plus de trois cents entre 1486 et la fin du , et plus de quatre cents en Gironde au cours du .

Le début des Illusions perdues. de Balzac décrit bien la situation :

Salle d'exposition La salle d'exposition du musée abrite environ cent soixante machines associées aux métiers de l'imprimerie. Une grande partie de ce matériel provient des ateliers bordelais qui, s'étant modernisés, se sont séparés de leurs anciennes machines.. Plusieurs sont en état de fonctionner.

Cet espace d'exposition est divisé en plusieurs zones, chacune correspondant à un des métiers de l'imprimerie : composition, impression, lithographie, reliure.

Composition La première zone du musée est dédiée à la composition ; composition manuelle, mécanique et automatique.

La composition manuelle La composition typographique est une procédure manuelle qui régit l'imprimerie depuis l'époque de Gutenberg jusqu'au milieu du : elle consiste à assembler les caractères individuellement pour former une ligne de texte, puis de ranger les lignes dans une « forme » pour constituer une page à imprimer.. Gutenberg, qui invente les caractères mobiles métalliques (alliage de plomb, d'étain et d'antimoine) ainsi que la machine à épreuves, en 1450, apporte une véritable révolution dans l'art d'imprimer.

Les caractères individuels, moulés en plomb typographique, sont disposés dans une boîte à compartiments dite « casse ».. Les majuscules sont placées dans les compartiments ou cassetins en « haut de casse ». Les minuscules et symboles de ponctuation en « bas de casse ». La disposition des caractères dans la casse ne suit pas un ordre alphabétique, mais la fréquence d'utilisation. Les cassetins sont plus au moins grands.

Les casses elles-mêmes, chacune dédiée à une fonte de caractères différente ( Gothique, Times, Didot, romain, italique, gras) sont rangées dans un meuble différent appelé rang.

Les lignes sont d'abord constituées dans un composteur., et une fois terminée, la ligne est posée dans une galée pour constituer une page de texte. L'ensemble est mis dans un châssis et s'appelle une « forme ».

Ensuite l'imprimeur enduit la forme avec de l'encre, pose une feuille de papier dessus, puis appuie le papier contre la forme avec une presse pour imprimer la page.

Une fois que la totalité des pages sont imprimées, la distribution est la suite logique : elle consiste à remettre dans leurs casses et leurs cassetins respectifs les caractères qui ont été utilisés pour une impression afin qu'ils puissent servir à une nouvelle composition..

Cette procédure est très sujette à erreur : on peut très facilement remettre un caractère dans le mauvais cassetin, avec le risque d'une réutilisation malencontreuse par le typographe lors d'une future composition. D'où la nécessité de tirer une épreuve et d'une relecture par un prote. Malgré toutes les précautions, des erreurs d'impression n'étaient pas rares et plusieurs termes utilisées par les typographes sont entrés dans le langage populaire : bourdon ou coquille.

Pour gagner en vitesse de composition, l'Allemand Jean Becker utilise dès 1682 des groupes de lettres, syllabes, fondues en un seul bloc, appelées logotypes.. En 1824, le Français B. Vinçard fait breveter une casse-tiroir pour ranger des logotypes. En 1812, l'Anglais Benjamin Forter cherche, sans résultats concluants, à fabriquer une machine reproduisant les gestes du compositeur typographe. D'autres essais infructueux sont faits, en 1822 par l'Américain William Church, en 1826 par le Français Robert Gaubert, en 1833 par le Hongrois Riguel (ou Rigl), en 1830 par les Français Tremblot-Lacroix et Ballanche.

La composition mécanique Au cours du , avec l'augmentation du nombre de livres publiés et surtout l'essor de la presse quotidienne, il faut mécaniser la composition, la composition manuelle étant trop lente.

Les premières machines à composer sont imaginées dès 1815. La tendance est aux machines avec un clavier qui commande la sélection du caractère par action sur une touche : le caractère se met en place dans un composteur, soit par gravité, soit par l’action d’un mécanisme ad hoc. Il y a plus de brevets déposés, et beaucoup d'échecs. Mais, dans la seconde moitié du siècle, apparaissent des machines qui sont effectivement utilisées par les grandes imprimeries. Cependant, la distribution pose toujours un problème de lenteur et de source d'erreur.

Le principe qui l'emporte, vers la fin du , est celui de machines qui moulent, à partir d'une matrice de caractères, soit un caractère, soit une ligne de caractères, puis fondent directement le ou les caractères. Après l'impression les blocs de caractères sont fondus et le métal réutilisé. Ainsi le problème de distribution est-il totalement éliminé.

Il y a deux grandes classes de machines à composer parmi les dizaines de marques produites :

Linotype (1885) : En 1884, l'Allemand Ottmar Mergenthaler, horloger installé à New-York, met au point une machine assemblant, à l'aide d'un clavier, non plus des lettres mais des matrices (moules de lettres) pour former une ligne. L'ensemble, présenté devant un moule où est coulé du métal en fusion (), fait ainsi la ligne en un seul bloc (dite ligne-bloc). Le premier modèle, en 1886, est dénommé la Blower-Linotype puis, par la suite, plus simplement Linotype (par contraction de line of type).. La première Linotype à Paris apparaît chez Balitout en 1890. La Linotype est originale par la composition d'une ligne de texte à l'aide d'un clavier , par la fonte de la ligne-bloc et par la distribution des matrices resservant pour la suite de la composition. Chaque frappe sur le clavier fait basculer une matrice en cuivre depuis un magasin ; chacune de ces matrices correspond à un caractère. Une fois qu'une ligne de matrices a été saisie, la machine coule du plomb typographique sur la ligne qui sert de moule. La machine crée ainsi une ligne typographique d'un seul tenant. Les lignes-blocs sont ensuite assemblées en une forme correspondant aux dimensions de la page, qu'il n'y a plus qu'à insérer dans une presse à imprimer traditionnelle.