thumb|La mort de .

Histoire de , roi de Suède est un ouvrage historique de Voltaire paru en qu'il modifiera et augmentera à plusieurs reprises (, et en 1732 ; en 1733 ; en 1734 ; en 1737Il existe deux éditions numérotées "huitième" : une de 1736 et une de 1740, il s'agit probablement d'une erreur de l'imprimeur. ; en 1738 ; en 1748 ; en 1750) et dont la dernière version modifiée du vivant de Voltaire paraît en 1768 (appelée : « édition de Genève »). Il est aujourd'hui encore le seul ouvrage consacré au roi avec lHistoire de de Nordberg (publié en 1742).

Contexte Voltaire fut passionné par ce souverain qui était selon ses mots, il rencontra à Paris en 1717 un conseiller de : le baron de Görtz. Dix années plus tard, exilé en Angleterre, il se lia d'amitié avec un autre proche du roi qui put lui donner des informations : le baron . Voltaire complétera ses informations avec d'autres documents de première main, notamment des témoignages. C'est d'ailleurs en Angleterre qu'il conçoit l'idée d'écrire ce livre sur . L'''Histoire de , roi de Suède, est le premier des ouvrages historiques de Voltaire. Le livre est commencé en 1727 ou 1728Même si la précision de 1728 est donnée par Voltaire lui-même dans son Discours sur l'Histoire de intégré dans l'édition de 1738. à Londres (les sources divergent quant à la date d'écriture) mais son privilège royal, qu'il avait obtenu du garde des Sceaux, lui est retiré en raison de sa prise de position pour le roi déchu contre le roi , qui chassé par avait depuis retrouvé son trône : la cour craignant que cela puisse affecter les bonnes relations avec la Pologne fit donc interdire officiellement l'ouvrage racontant les malheurs du souverain au pouvoir. L'ouvrage est publié en en 1731 et les déjà imprimés lorsque le privilège lui est retiré seront alors saisi par la police. Cependant, la cour laissa entendre qu'ils fermeront les yeux au sujet d'une publication clandestine, Voltaire passa donc secrètement plusieurs mois à Rouen (en faisant courir la rumeur qu'il se retirait à Cantorbéry pendant plusieurs mois), car il jugeait que sa présence était nécessaire au bon déroulement de l'impression effectuée par Claude-François Jore (spécialiste des publications interlopes). Il séjourna à l'hôtel de Mantes ( déniché par le conseiller au parlement) en se faisant passer pour un noble anglais en exil et refusa la proposition d'hébergement de Pierre-Robert Le Cornier de Cideville, dans le but de rester discret.

Dans une lettre du ou , il évoque ses conditions de séjour à Pierre-Robert Le Cornier de Cideville :

Voltaire vécut ensuite chez Claude-François Jore, puis séjourna plusieurs mois dans une maison de campagne en attendant la livraison de son livre qui arriva durant l' (quasiment au même moment que l'édition anglaise qu'il chargea au libraire William Bowyer d'effectuer). L'ouvrage entra discrètement en novembre à Paris, en transitant par l’hôtel du prince de Guise (à Saint-Cloud) et par l'hôtel de Richelieu (à Versailles).

Lorsque Voltaire rédige son livre, est mort depuis une dizaine d'années (le ). Ce roi est connu en France par plusieurs ouvrages paru de son vivant ou peu après sa mort, par exemple lHistoire de la Suède sous le règne De ( en ) d'Henri Philippe de Limiers, paru en 1721.

Dans cet ouvrage, Voltaire réprouve la conception classique de l’œuvre historique consistant à donner une visée morale au récit, sans pour autant s'extraire d'un style littéraire (relatant les aventures guerrières du roi dans un style épique). Ainsi, il dira dans son Discours sur l'histoire de : L'idée naît chez Voltaire que l'humanité tend vers le progrès grâce aux erreurs et aux absurdités de l'histoire, c'est ainsi qu'il oppose la folie des conquêtes à la sagesse de l'homme d'État tout-puissant usant de son pouvoir dans le but de faire avancer la civilisation (faisant déjà référence à la doctrine d'un ).

Contenu Le livre est précédé d'un , figurant à la fin de la première édition et inséré comme préface dans la seconde édition ; d'une préface (édition 1748), d'un texte (1732) ; d'une lettre à de Schulenbourg, général des vénitiens (1740), d'une lettre à , chapelain du roi de Suède et auteur d'une histoire de ce monarque (1744). L'ouvrage comprend , un « argument » figure en début de chacun d'eux. Voltaire montre que le pouvoir d'un souverain polonais n'est que pure fiction comparée à celui du clergé, des nobles et des aristocrates. Voltaire parle ainsi de la condition d'esclave du peuple polonais et de l'oisiveté de sa noblesse, qui sont responsables de la pauvreté de ce .

Il rapporte que enfant, influencé par Alexandre, déclara qu'il voulut lui ressembler malgré sa mort précoce (à ) mais que lui saurait garder toutes ses possessions, ces propos firent la fierté de son père qui voyait en son fils un possible grand roi. Voltaire dira de lui que son caractère est et par son , ainsi il évoque sa prétention à la gloire, son impatience, le manque d'application contre-balancés par son impétuosité, sa passion de vaincre et sa force de caractère. Voltaire évoque la défaite de contre le tsar en disant qu'il s'agissait d'une plus grande faute encore que de s'attaquer à un ennemi trois fois plus fort . Il évoquait le fait que les moscovites craignaient de manger du pigeon en raison du fait que le Saint-esprit était peint en colombe, qu'ils hésitaient à boire du lait un jour de jeûne mais qu'ils n'avaient que peu de scrupules à passer de la confession au vol et aux homicides et qu'ils n'hésitaient pas à s'enivrer d'eau de vie les jours de fête.

Dans son dernier chapitre intitulé , sous-titré , Voltaire est soucieux de l'exactitude historique et met en garde contre les mythes et anecdotes populaires, il rappelle dans le même temps que les hommes écrivent au sujet de leurs adversaires en citant l'exemple rapporté par des moines que aurait ravagé Constantinople, détruit des icônes de Jésus et converti les églises en mosquées. Il termine en disant que , or elles ne sont pas forcément vraies. Dans son ouvrage, Voltaire fait des Cosaques (par ailleurs, il utilise les termes "cosaques" et "ukrainiens" sans distinction) les descendants des Tatars.

Voltaire évoque également la légende d'Ivan Mazepa qu'il apprit de la bouche de , les historiens établirent que cette histoire relatée par Voltaire était fausse mais elle inspira d'autres écrivains et artistes (Voltaire fait de Mazepa un héros dans ce livre, alors qu'il fera de lui un traître dans le livre sur lHistoire de ). Concernant l'Ukraine, il dira : . Il parlera de la en citant le fait que put exercer des activités politiques à la cour ottomane lorsqu'il se réfugia à Istanbul de 1709 à 1712 : .

Réception et postérité Son ouvrage connut un succès immédiat et fut publié en langue anglaise peu après sa sortie française (traduction établie au cours de l'), l'ouvrage sera réédité à maintes reprises. En 1742, le chapelain Nordberg publia un contre point de vue avec son ouvrage Histoire de , roi de Suède, cela fera l'objet d'une lettre sarcastique publiée en 1744. Dans une autre lettre à un publiciste de Mercure de France en , Voltaire évoque l'ouvrage de Nordberg en disant qu'il est sûr , il y revendique également sa rigueur concernant ses biographies de et de Pierre le Grand : . À Pétersbourg, Mikhaïl Vassilievitch Lomonosov reproche à Voltaire dans sa Réfutation d'avoir minimisé le rôle de Pierre le grand dans son ouvrage Histoire de . Mais il y avait également Carl Gustaf Tessin qui n'aimait pas l'ouvrage de Voltaire.

Voltaire reproduisit, en tête de l'édition de 1768 in-quarto, un document qui faisait sa fierté : le certificat du Roi de Pologne Stanislas sur lHistoire de mentionnant . Cette Histoire de sera étudiée durant le par les élèves de lycée (mise en parallèle avec l'histoire d'Alexandre par Quinte Curce en classe de troisième durant le premier empire, étudiée en classe de troisième ou seconde durant le second empire, en classe de quatrième aux programmes de 1880 et de 1895).

Ce livre fait par ailleurs partie des lectures de Jean-Jacques Rousseau (dont les longs développements voltairiens sur la Pologne pourraient avoir influencé les considérations de Rousseau). Lord Byron mit en épigraphe de son ouvrage Mazeppa, le passage suivant de lHistoire de : . L'ouvrage de Voltaire fait également partie de la liste des que , mourant, fit mettre de côté pour son fils (grâce à Louis-Etienne Saint-Denis, promu bibliothécaire sur l'île de Sainte-Hélène). étudia également cet ouvrage, grâce auquel il a pu connaître l'histoire de .

L'oisiveté de décrite par Voltaire sera remise en cause : il apprenait l'hébreu, se faisait lire des œuvres de Boileau et Racine et envisageait des expéditions scientifiques en Orient.

En 1994, Michel Cambrosio effectua un travail d'analyse textuelle à l'université de Lausanne qui se proposait d'analyser l’œuvre de Voltaire sur à l'aide d'un modèle tiré des réflexions de Paul Ricœur. L'ouvrage de Voltaire fera l'objet en 1996 d'une édition critique de Gunnar von Proschwitz montrant les très nombreuses modifications voltairiennes au fil des éditions. Dans ses Mémoires, André Maurois affirme que lHistoire de '' faisait partie des appartenant au genre de la biographie quand il s'est lancé dans celui-ci.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Grande guerre du Nord

Liens externes

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