Le Bloomsbury Group, également appelé Bloomsbury Set, ou simplement Bloomsbury est un groupe qui réunit un certain nombre d'artistes, universitaires et intellectuels britanniques majoritairement diplômés de l’université de Cambridge et installés à Londres, liés par des liens d’amitié depuis les premières années du jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Presque tout ce qui le concerne offre matière à controverse, jusqu'à sa composition et à son nom.

Aujourd'hui, cependant, il est établi qu'à l'origine le groupe se composait de 10 membres : Clive Bell, Vanessa Bell, E. M. Forster, Roger Fry, Duncan Grant, John Maynard Keynes, Desmond MacCarthy, Lytton Strachey, Leonard Woolf, et Virginia Woolf.

Il s'agit d'un des premiers collectifs bisexuels de l'histoire occidentale contemporaine.

Le groupe

Origine vignette|400px|Les membres fondateurs (contours en pointillés) du Bloomsbury Group, reliés à leurs différents colleges ou fraternités. thumb|right|180px|Lytton Strachey et Virginia Woolf.

thumb|upright|Le 46 Gordon Square, à Londres. Vanessa Bell et Virginia Woolf étaient sœurs, et leurs frères, Thoby le plus âgé et Adrian le plus jeune, étaient également à l'origine membres du groupe ainsi que quelques autres anciens de l'université de Cambridge, comme l'énigmatique Saxon Sydney-Turner. Autres membres de ces débuts, Lytton Strachey et Duncan Grant — futur compagnon de Vanessa — étaient cousins. Les premières années de l'histoire du groupe virent diverses relations amoureuses. La plupart des membres vécurent longtemps dans un quartier du centre-ouest de Londres, connu sous le nom de Bloomsbury. La famille Stephen habitait au 46, Gordon Square, et les réunions qu'ils y organisaient tous les jeudis soir formèrent le point de départ de ce qui allait devenir le Bloomsbury Group. Le terme de « Groupe » semble être la meilleure expression pour décrire la nature de leur association, qui n'était pas seulement sociale comme les appellations « cercle » ou « société » pourraient le laisser croire.

thumb|230px|left|Duncan Grant et John Maynard Keynes.

Un trait remarquable de ces amitiés et de ces relations, c'est qu'elles sont non seulement étroites mais antérieures à la notoriété de ces écrivains, artistes et penseurs. De plus, certains de leurs amis très proches, de leurs frères et sœurs, voire leurs partenaires, n'appartenaient pas nécessairement à Bloomsbury. L'amie de Lytton Strachey, la femme peintre Dora Carrington, n'a jamais été membre ; Lydia Lopokova, épouse de John Maynard Keynes, n'y a été admise qu'avec réticence. On a parfois soutenu qu'Ottoline Morrell, Vita Sackville-West, Arthur Waley et quelques autres faisaient partie du Groupe, mais aucun n'était considéré comme membre, ni par eux-mêmes, ni par leurs amis membres authentiques.

thumb|right|150px|E. M. Forster

Quelques-uns de ceux qui ont étudié Bloomsbury (voire certains de ses membres) ont parfois remis en question l'existence même du groupe. Pourtant, la vie et les œuvres de ses membres font apparaître un chevauchement, une ressemblance des idées et des attitudes qui se relient entre elles et qui a contribué à maintenir l'unité entre ces amis et ces parents. Leurs convictions quant à la nature de la conscience et sa relation avec la nature extérieure, quant à la séparation fondamentale entre les individus qui entraîne à la fois l'isolement et l'amour, quant à la nature humaine et non humaine du temps et de la mort, et quant aux biens idéaux que sont l'amour véritable et la beauté, tout cela se retrouve derrière leur hostilité envers le capitalisme et ses guerres impérialistes. Ces convictions expliquent également l'attitude critique de Bloomsbury devant le réalisme matérialiste dans la peinture et les œuvres d'imagination, aussi bien que ses attaques contre les pratiques répressives de la société pour maintenir l'inégalité sexuelle.

Le Groupe de Bloomsbury provenait essentiellement de familles où les professions exercées entrainaient l’appartenance aux couches supérieures de la classe moyenne. Si quelques-uns — E. M. Forster, Virginia Woolf et Vanessa Bell — disposaient de revenus qui assuraient leur indépendance, d'autres, comme Lytton Strachey, Leonard Woolf, les MacCarthy, Duncan Grant et Roger Fry, avaient besoin de travailler pour vivre. Clive Bell seul pouvait être qualifié de riche. Hormis Duncan Grant, tous les membres masculins du Bloomsbury des débuts étaient passés par Cambridge, à King's College ou à Trinity College. C'est à Trinity qu'en 1899 Lytton Strachey, Leonard Woolf, Saxon Sydney-Turner et Clive Bell étaient devenus de grands amis de Thoby Stephen, lequel les présenta à Londres à ses sœurs Vanessa et Virginia ; c'est ainsi que le groupe de Bloomsbury vit le jour. Tous les anciens de Cambridge, mis à part Clive Bell et les frères Stephen, étaient membres d'une société secrète réunissant des étudiants du premier cycle et connue sous le nom de « Cambridge Apostles » ; c'est là qu'ils rencontrèrent leurs aînés, comme Desmond MacCarthy et Roger Fry aussi bien que E. M. Forster et J. M. Keynes, qui tous venaient de King's College.

Par l'intermédiaire des « Apostles », les membres de Bloomsbury rencontrèrent également les philosophes analytiques G. E. Moore et Bertrand Russell, qui devaient révolutionner la philosophie britannique au tournant du siècle. Les Principia Ethica (1903) de Moore fournirent au Groupe une philosophie morale. La distinction entre la fin et les moyens est un lieu commun de l'éthique, mais ce qui faisait tout l'intérêt des Principia Ethica pour Bloomsbury, c'était la notion de valeur intrinsèque, qui dépendait d'une intuition personnelle du bien et de l'esthétique.. Pour eux, le « sens du beau est une voie privilégiée pour la morale ». Ce texte fut particulièrement influant sur le Bloomsbury Group, « nébuleuse insaisissableAndré TOPIA, Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mars 2013. URL : (texte en ligne). » de talents avant la Première Guerre mondiale. Il les unifiait autour de l’éthique intuitionnisme.

Un des premiers collectifs bisexuels de l'histoire contemporaine

Le groupe Bloomsbury est constitué de plusieurs personnalités vivant pleinement leur bisexualité et entretenant au fil des ans une mosaïque de complexes relations amoureuses entre plusieurs des membres de ce collectif. Alors que les groupes de personnes bisexuelles ont rarement été remarqués dans l'histoire, Bloomsbury est au contraire particulièrement notable pour cela ; la sociologue et anthropologue Catherine Deschamps y voit moderne.

Pour Marjorie Garber (université Harvard), le Elle affirme même que

Ainsi, Virginia Woolf, mariée à un homme, est connue pour ses amours féminines, dont Vita Sackville-West ; Vita Sackville-West, également mariée à un homme, a plusieurs relations avec des femmes, dont Violet Trefusis, mais aussi avec des hommes, comme Geoffrey Scott. Le mari de Vita Sackville-West, Harold Nicolson, a également des aventures avec des hommes. Duncan Grant est durant des années l'amant de John Maynard Keynes, qui se marie ensuite à une ballerine russe qui se sera jamais vraiment acceptée par les membres du groupe. Duncan Grant a également des relations avec Adrien Stephen, frère de Virginia Woolf, ainsi que Vanessa Bell et David Garnett. Vanessa Bell a une fille, Angelica Bell, qui se marie par la suite avec David Garnett, soit l'ancien amant de sa mère (et possiblement de son père biologique, qui pourrait être Duncan Grant). Le peintre Lytton Strachey propose en mariage dans sa jeunesse Virginia Woolf (alors Virginia Stephen, de son nom de jeune fille), avant de se rétracter et de passer une partie de sa vie avec Dora Carrington, partageant une maison avec Ralph Patridge (l'un des rares hétérosexuels du groupe), dont Strachey est amoureux. Strachey épouse ensuite Dora Carrington. Au cours de son mariage, Carrington a des relations avec des hommes et des femmes.

La bisexualité a été ainsi analysée comme une force relationnelle fondamentale du groupe, ainsi qu'une de ses normes.

Le premier Bloomsbury thumb|right|130px|Virginia Woolf en 1902. thumb|right|130px|Vanessa Bell, par Roger Fry, 1916.

Après avoir quitté l'université, les jeunes gens de Cambridge commencèrent à rencontrer les femmes du groupe grâce à la famille Stephen, qui habitait au 46, Gordon Square, à Bloomsbury. La mort prématurée de Thoby en 1906 les réunit plus fortement. Lytton Strachey devint ami intime des sœurs Stephen de même que Duncan Grant du fait de ses relations homosexuelles avec Lytton Strachey, John Maynard Keynes et Adrian Stephen. Clive Bell épousa Vanessa en 1907, et Leonard Woolf, rentré de Ceylan où il exerçait des fonctions publiques, se maria avec Virginia en 1912. Les amitiés entre « Cambridge Apostles » introduisirent au sein du Groupe Desmond MacCarthy, son épouse Molly, et E. M. Forster. Sauf pour ce dernier, qui publia trois romans avant la grande réussite de Howards End en 1910, les membres du Groupe, auquel Roger Fry se joignit en 1910, se révélèrent assez tard. Ses fameuses expositions postimpressionnistes de 1910 et 1912 permirent au public britannique de découvrir les innovations artistiques qui naissaient sur le continent. Mais surtout elles impliquèrent Bloomsbury dans une deuxième révolution intellectuelle, qui se situait dans le prolongement de la révolution philosophique de Cambridge.

thumb|left|200px|Le canular du Dreadnought, 1910.

Le groupe connut la notoriété en 1910 lorsque plusieurs de ses membres participèrent au canular du Dreadnought.

Bloomsbury participa également à l'extension donnée par Fry au postimpressionnisme vers les arts appliqués avec la création en 1913 des Omega Workshops, avec Keynes et Duncan Grant. Les ateliers se maintinrent jusqu'en 1920. Les artistes de Bloomsbury rejetaient la distinction traditionnelle entre les beaux-arts et l'art décoratif, comme on peut le voir à Charleston Farmhouse, près de Lewes, dans le Sussex, où Vanessa Bell, ses enfants et Duncan Grant allèrent s'installer en 1916 pour le reste de leur vieCharleston est maintenant ouvert aux visiteurs, de même que le cottage de Rodmell, où les Woolf s'installèrent en 1919 et qui est maintenant propriété du National Trust..

L'hostilité de l'establishment au postimpressionnisme provoqua une controverse autour de Bloomsbury. Clive Bell attaqua le postimpressionnisme dans son livre Art (1914), en fondant partiellement son esthétique sur le criticisme artistique de Roger Fry et la philosophie morale de G. E. Moore. La campagne pour le vote des femmes ajouta aux polémiques de Bloomsbury, puisque Virginia Woolf et certains membres du Groupe, mais non tous, voyaient des liens entre les aspects politiques du capitalisme, de l'impérialisme, de la sexualité et de l'esthétique.

Comme à peu près tout le reste de la culture moderne, le premier Bloomsbury se vit bouleversé dans son développement par la Première Guerre mondiale. Aucun des hommes n'y a combattu. La plupart d'entre eux étaient objecteurs de conscience, ce qui, bien entendu, ajouta aux controverses contre le Groupe. Politiquement, ses membres étaient répartis entre le libéralisme et le socialisme, comme on peut le voir dans les carrières et les écrits respectifs de Keynes et de Leonard Woolf. Mais ils étaient unis dans leur opposition contre le gouvernement qui les avait plongés dans la guerre, puis dans une paix fragile.