vignette|Image du 12 janvier 2019, montrant un panneau en bordeluche lors d'une manifestation. Le bordeluche est un registre de langue autrefois très usité à Bordeaux. Il a perdu un peu de terrain, mais beaucoup de Bordelais emploient des mots spécifiques à leur région, sans le savoir. Il a laissé des traces dans la langue quotidienne, autant dans le vocabulaire que la prononciation ou l'accent.
Origine
Il dérive directement du gascon, langue vernaculaire de la Gascogne (triangle Garonne/Gironde, Pyrénées, Océan), mais il inclut aussi quelques mots saintongeais ou espagnolsQue reste-t-il du bordeluche ? Sud Ouest, 28 septembre 2011Guy Suire : « Le bordeluche ce n'est pas du folklore » Le Point, 15 décembre 2011.
Contrairement au français et à l'espagnol, le gascon a évolué en dehors des institutions étatiques pendant des siècles. Les langues officielles ont été institutionnalisées, uniformisées et normalisées. Cela n'a jamais été le cas pour le gascon. Aucun pouvoir ne fut suffisamment pérenne en Gascogne, et aucune centralité suffisamment solide ne s'est dégagée au cours de l'histoire pour imposer une norme linguistique. Par conséquent, le gascon n'est pas une langue dont les contours sont parfaitement définis mais une mosaïque de dialectes ayant une base commune, des variations locales façonnées au gré des influences du territoire. Le bordeluche en est la variante dans le bordelais.
On retrouve dans le bordeluche, comme dans tous les autres dialectes régionaux, beaucoup de mots liés aux activités de la région : viticulture, pêche, chasse, vocabulaire des ostréiculteurs du bassin d'Arcachon, des gemmeurs des Landes et autres.
Caractéristiques
Quelques caractéristiques ayant un impact sur le langage courant : beaucoup de mots et de proviennent directement du gascon prononciation des lettres généralement muettes en fin de mot, comme le « t » (par exemple: Pignot, Hapchot…) accentuation forte des « s » finaux (moinss au lieu de moin[s]) mots commençant par « es- »dans un processus : latin s- → roman es- → français é- (esquelette, s'esfrédir « attraper froid ») les « x » se prononcent « ss » (par exemple Morcenx, Croix d'Hinx…) une prononciation /ajə/ des « aye » (typiquement Blaye ou Hendaye pour les plus connus)
Lieux emblématiques Place Caju : abréviation de la « place Camille-Jullian » Le Ferret : « Le Cap Ferret » Aller à Lescure : « aller au stade Chaban-Delmas » (anciennement stade du Parc Lescure) Les Capus : marché des Capucins, entre le cours de la Marne et la place Saint-Michel, marché emblématique des quartiers populaires. les Chartrons : quartier situé entre la place des Quinconces et le cours du Médoc, construit au XVIII`me siècle sur des terrains appartenant à des religieux chartreux Bacalan : quartier au nord de Bordeaux, du cours du Médoc aux bassins à flots Mériadeck : quartier entre les jardins de la mairie et le cimetière de la Chartreuse, historiquement quartier très pauvre, lieu de trafics et de prostitution, rasé et remplacé par un quartier d'affaires du même nom, construit selon la vision des années 1970 avec circulation automobile au niveau du sol et dalle piétonnière bordée d'immeubles au dessus (comme le quartier de La Défense, près de Paris). Saint-Michel : quartier ancien s'étendant de la basilique Saint-Michel au marché des Capucins.
Mots emblématiques andorde f. « lien en osier » (latin intorta) androne f. « cour étroite, venelle » Anqui ! | Enki | Anqui gueille, Onomatopée familière synonyme de « Oh la la !, mince, flûte » argagnes f. pl. « menstruations » avoir la baragane « être en érection » avoir la quinte exp. « être dégoûté » , piquer une quinte « se mettre en colère » bader v. « Rester bouche bée » la baye, baille f. « eau » (tomber à la baye = tomber à l'eau) biganon m. « sarcelle d’hiver » bisoucayre adj. « qui aime les bisous » blagasse comme l'agasse « bavard comme une pie » blanquignous adj. « pâle » boueux (les) m. « les éboueurs » bouffiole f. « piqure d'insecte » bourrier m. « détritus », « décharge d'ordures » brande f. « bruyère à balais » à toute bringue « vite » équivalent « à toute berzingue » cacugne f. « vieille voiture » cagouille f. « escargot » (mot saintongeais) cailler v. « faire froid » (ça caille, il caille = il fait froid) carbouille f. « suie » castagne f. « bagarre » castapiane f. « crise d'urticaire » (à l'origine blennoragie) carasson m. « piquet de vigne » cince f. « serpillière » chocolatine f. « pain au chocolat » (dans d'autres régions) créac m. « esturgeon » dailler v. « importuner », « embêter » (Ça daille exp. « ça m’embête » de façon plus familière « ça me soûle ») décaniller v. « faire tomber », « aller vite », « s'enfuir », « frapper » drole (avec le o ouvert) m. « Enfant » échoppe f. « maison de ville sans étage » s'escaner v. « s'étouffer » Être au pit « être aux aguets, être à son poste prêt à agir » faire "key" v. « Faire attention, faire gaffe » feignas adj. « paresseux » gavache « charentais » gavé adv. « beaucoup, trop, très, énormément... » (Le mot "gavé" n'a jamais été attesté dans le dictionnaire officiel du bordelucheLes révisions de l’été : parlez-vous bordelais ? Sud Ouest, 14 août 2017) (grande) gigasse f. « grande femme » Gnaquer v. « mordre » grignechiche « de mauvaise humeur » gueille f. « chiffon, habit de peu de valeur » ; (cf. français guenille) gueillous f. « chiffonnier » ; et par analogie celui qui récupère tout : « ça peut servir » guingaçon m. « clou » (semence de tapissier) jaugue f. « ajoncs » (prononcer jaougue) une lagagne f. « chassie au coin de l’œil » (espagnol) ; lagagnous adj. le maille m. « Le travail, le boulot » mangane m. « voyou » un Michel Morin, un bricoleur capable de tout réparer une mounaque f. « poupée de chiffon » (espagnol) mouquire f. « morve » , mouquirous adj. « qui a la morve au nez » parpaille f. « papillon de nuit » prendre la quinte « s'énerver, se vexer, prendre la mouche » Prendre un pet (prononcer pêt) « prendre un coup » pibale f. « civelle » pigasse f. « tache de rousseur » ; pigassous adj. (cf. figue) pichadey adj. « du libournais viticole » rigole f. « caniveau » Serrer v. « ranger » (je ne sais pas où je l'ai serré = je ne sais pas où je l'ai mis) souillarde f. « renfoncement des anciennes cuisines ou se trouvait l'évier et la poubelle, on y accrochait aussi les poêles et autres récipients de cuisson qui n'étaient pas rangés dans des placards. » tignous adj. « vindicatif » (teigneux)
Bibliographie
Guy Suire, Pougnacs et Margagnes, dictionnaire définitif du bordeluche Éditions Mollat, 2011. Références
Voir aussi Articles connexes linguistique liste de langues langues par famille langues indo-européennes langues romanes langues occitano-romanes occitan gascon
Liens externes
On le parle ici le bordeluche ! "Lexique de bordeluche - Le bordelais tel qu'on le parle", Claude Ducloux
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