Amphoralis est un grand site de production de poterie à Sallèles-d'Aude près de Narbonne dans l'Aude, région Occitanie (Languedoc-Roussillon), France. Il a fonctionné du (période du Haut-Empire romain), suivant essentiellement le modèle romain. Sa plus immédiate caractéristique est la production en masse d'amphores à vin à partir du milieu du .
Fouillé à partir de 1976 pendant près d'un quart de siècle sous la direction de Fanette Laubenheimer, archéologue au CNRS, il a été entièrement préservé. Amphoralis, à la fois site archéologique, musée construit au-dessus des zones fouillées et reconstitutions de bâtiments et de fours antiques y a ouvert ses portes en décembre 1992.
Présentation
Ce très grand atelier de poterie se trouvait à environ au nord-ouest de Narbonne et au nord-ouest de Sallèles-d'Aude Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées.. Il bénéficiait ainsi non seulement de la proximité de deux grandes voies de circulation terrestres, la voie Domitienne (Italie-Espagne) et la voie d'Aquitaine (Narbonne-Bordeaux) ; mais aussi d'un débouché maritime pour les exportations..
Le site a fonctionné du , commençant peu après le début du Haut-Empire romain. Il couvre environ ; il inclut des carrières d'argile présentes dès le début, et un quartier d'habitations..
Un aqueduc datant du , . Pour les sites voisins, voir carte sur la même page. traverse le site. Pour l'aqueduc, voir plan en fiche 1 du même document., amenant de l'eau potable probablement jusqu'à Narbonne.. Mais les potiers n'ont pas accès à son eau. Ils utilisent des puits.
Les fouilles De longue date au lieu-dit Clots de Raynaud, de nombreux tessons remontent en surface du sol. En 1968, un labour profond ramène une quantité particulièrement importante de fragments de céramiques diverses : tuiles, briques, amphores et autres.. Paulette Bouisset (viticultrice) et Guy Rancoule, archéologues amateurs, publient la présence d'un atelier de poterie dans le bulletin de la Commission archéologique de Narbonne.
Les fouilles commencent en 1976, sur un terrain alors couvert de vignes. Elles débutent donc par une cartographie des objets trouvés en surface et des prospections magnétiques. Ces deux approches combinées permettent de déterminer grosso modo les emplacements des principaux éléments du site et donc les endroits où il faut fouiller. La commune, avec à sa tête le maire Claude Maraval, prend l'heureuse décision de racheter, parcelle après parcelle, les espaces visés pour les mettre à la disposition des chercheurs. À la suite du conseil municipal, le conseil cantonal puis départemental et enfin régional du Languedoc-Roussillon reconnaissent la valeur de ce patrimoine qui raconte l'histoire de leurs vignobles. Une association dynamique se crée, l'« Association des fouilles Archéologiques de Sallèles-d'Aude », qui elle aussi soutient très efficacement cette recherche : elle contribue puissamment à l'intégration par la population locale de cette mémoire du passé, prend en charge l'organisation du colloque de 1996 à Sallèles et aide au financement de la publication des retranscriptions des discussions de ce colloque.
Les chercheurs se préoccupent également à la perception de leurs travaux par le public local. En 1994, un peu plus de deux ans après l'ouverture du musée, ils suivent attentivement le travail du cinéaste Jean-Pierre Thorn qui enquête et monte un film sur la perception de leurs travaux auprès de la population de la commune. La société de distribution et de production d'audiovisuel a été fondée avant 1984 par Dominique Cabrera.. Ils se penchent aussi sur l'expérience du viticulteur Hervé Durand, qui a reconstitué dans son domaine du Mas des Tourelles (Beaucaire, Gard) une cave à la romaine et s'appuie sur des textes anciens et des données archéologiques pour y fabriquer des vins « à l'antique »Le domaine d'Hervé Durand se trouve au Mas des Tourelles, 4294 route de Bellegarde, sur Beaucaire dans le Gard..
L'équipe de chercheurs inclut, au fil des étés de fouilles, des étudiants de nombreux pays et de nombreux collaborateurs scientifiques. Les recherches sont d'abord tournées toutes entières vers l'aspect atelier/production du site ; ce n’est qu'en 1985 que la première tombe est découverte, celle d'un très jeune enfant. Puis l'année suivante huit autres tombes du même type sont repérées. Fanette Laubenheimer fait alors appel à Henri Duday., chercheur au CNRS, spécialiste de la fouille des sépultures pour les étudier. Quatre autres tombes sont découvertes en 1987..
En 1995 commence une analyse architecturale des fours et des bâtiments. Il s'agit d'analyser les procédés de construction et leur évolution, visant à proposer une reconstitution des structures en 3 dimensions.
Les fouilles (mais non le travail d'analyse des résultats) se terminent en 1997.
Quartier d'habitations
L'habitat des artisans et de leurs familles se trouve dans la partie nord-ouest du site. On a retrouvé deux séries de maisons juxtaposées, installées de part et d'autre d'une rue. En surface il est marqué par une importante concentration de céramiques sigillées (vaisselle de table non locale), de restes d'amphores importées qui ont pu contenir de l'huile, du poisson ou du vin, des fragments de dolia, et d'enduits peints.
Tombes
Logiquement, les tombes devraient être présentées à la suite de l'étude du site de production car c'est là qu'elles ont été trouvées. Mais elles n'existeraient pas sans les habitations, aussi les présentons-nous dans cette section.
Ce sont toutes des tombes de très jeunes enfants, âgés au plus de à mois, .. La première est découverte en 1985. Elle est d'une facture si inhabituelle qu'elle laisse penser qu'elle est unique : c'est un coffrage de tuiles placé le long du mur sud du bâtiment construit pendant la phase 2 du site, des années 20 à 30 ap. J.-C..
Mais l'année suivante, huit autres tombes du même type sont repérées. Le chantier de fouilles est mis en suspens, une équipe d'anthropologie est appelée sur le site. 1987 voit la découverte de quatre autres tombes : treize au total, plus deux sépultures détruites avant le début des fouilles par des labours profonds. Ils sont enterrés dans une pièce destinée au tournage et à la cuisson des céramiques, pendant la période d'utilisation artisanale et après l’abandon de cette pièce.. La première tombe découverte, celle de l’enfant de à mois, est la seule pourvue d'un dépôt et la seule dans un coffrage de tuiles. Les autres tombes sont en pleine terre, certains protégés par un tegula..
Le site de production Il y a bien eu 17 fours à Sallèles mais jamais en même temps, contrairement à ce que laissent supposer de nombreux sites en ligne. La période qui a connu le plus grand nombre de fours n'a duré qu'une dizaine d'années, entre 30 et 40 de notre ère, et il y avait alors seulement six fours - dont, il est vrai, deux énormes fours de de capacité de cuisson chacun.
Description des fours
Les fours de Sallèles présentent certains caractéristiques constantes.
Ils sont de type « à flamme nue » ou « à tirage vertical ». Leurs foyers sont composés d'un alandier prolongé par une chambre de chauffe : le feu est démarré à l'entrée de l'alandier (on dit la « gueule du four »), puis les braises poussées dans la chambre de chauffe. Les fours de Sallèles ont des chambres de chauffe sensiblement plus larges que leurs alandiers.
Au-dessus du foyer se trouve la sole, c'est-à-dire une surface plane, supportée par des arcs transversaux au foyer (ils l'enjambent dans sa largeur), disposés à intervalles réguliers dans la longueur. Ainsi la chaleur reste homogène et s'élève verticalement. Les arcs des fours de Sallèles sont espacés d'environ ; ils sont construits avec des carreaux biseautés d'environ de hauteur pour de largeur.
La sole forme la base de la chambre dite « laboratoire », qui contient les pièces à cuire et dont la partie haute est munie soit d'une cheminée soit d'ouvertures percées (voir photo du four à double alandier dans l'infobox en haut de la page), l'un ou l'autre modèle pouvant être ouvert ou fermé à volonté pour évacuer les excès de chaleur. Outre ces éléments de ventilation, la chaleur dans le laboratoire peut aussi être modulée par la position des braises dans la chambre de chauffe, qui peuvent être déplacées, réduites ou augmentées en quantité. À Sallèles, la plus grande dimension de la sole correspond aux 2/3 de la longueur du foyer ; quand la sole est rectangulaire ou carrée, elle est deux fois plus large que la chambre de chauffe.
La hauteur du laboratoire correspond à la plus grande dimension de la sole..
Les fours sont placés de préférence avec leur dos au vent dominant pour un tirage le plus régulier possible.
Évolution du site de production Cinq phases d'évolution s'y distinguent :
Phase 1A, de -10 à 10 ap. J.-C. Cette première phase est mal connue. Un tour de potier, reconnu par son empreinte en creux, voisine avec un bassin rectangulaire de stockage d'argile creusé à même le sol sur , estimé à de profondeur et bordé de tuiles plates (tegulae). Côté sud, un mur indique l'emplacement d'un bâtiment () abritant le four , probablement de petite taille comme les fours de la première génération et de forme inconnue car il a été détruit pour construire successivement à son emplacement les fours (phase 2) puis (phase 4A).
Phase 1B, de 10 ap. J.-C. à 20 ap. J.-C. Le premier tour de potier et son bassin sont abandonnés et comblés, le bassin est recouvert par le mur N-E d'un nouveau bâtiment () de , de construction grossière, avec une base en galets, abritant dans un angle un four avec une sole en adobe de , d'un volume de plus ou moins . Le sol à l'intérieur du bâtiment est en terre battue ; à l'extérieur le sol de circulation de la phase précédente est encore utilisé. Le four est probablement encore en activité, et au début des années 2000 on n'a pas encore retrouvé pour cette phase l'emplacement d'un bac de stockage d'argile ni d'un tour..
Pour cette période on a donc deux fours fonctionnant conjointement, les , avec un volume total des laboratoiresLe laboratoire est la partie du four où sont placées pour cuisson les pièces de céramique. Voir section « Description des fours ». limité à ..
Phase 2, de 20 à 30 ap. J.-C. Le four est remplacé par le four , premier grand four du site avec un laboratoire d'environ et dont l'alandierL'alandier est la partie avant du foyer d'un four à céramique. Voir section « Description des fours ». et le foyer sont recouverts de dalles de tuiles. Côté ouest est construit un grand bâtiment () de au sol en terre battue ; une petite pièce au N-E y aurait été réservée au tournage, l'autre partie inclut un four à sole circulaire de de diamètre, lui aussi avec alandier unique, d'un volume d'environ . Contre le mur sud de ce bâtiment se trouve la sépulture d'un très jeune enfant datant de cette période.
Cette période voit aussi la construction d'un autre bâtiment () mitoyen au bâtiment , plus étroit mais au moins aussi long, avec ses murs ouest et sud en galets et en pierres, qui contient deux fours (circulaire) et (en forme de fer à cheval). Pendant cette phase, les fours existants () sont de petite taille sauf le four , plus grand. Il semble y avoir quatre bassins de stockage d'argile, creusés jusqu'à la roche et bordés de tuiles placées verticalement ; il y a aussi un dépôt d'argile important sur le côté sud du bâtiment .
Cette période a donc cinq fours fonctionnant conjointement, les , donnant un volume total des laboratoires d'environ .
Phase 3A, d'environ 30 à 40 ap. J.-C. Période de grand développement, avec la construction d'un grand bâtiment () de avec des murs à contreforts et une base en pierre. Il abrite en son centre deux très grands fours jumeaux nouveaux () à doubles alandiers et soles circulaires, chacun d'un volume de , avec galerie périphérique en U pour l'enfournement et le défournement des pièces. Ce sont les plus grands fours du site.