L'âne en Tunisie est historiquement un animal de travail, déjà présent à Carthage dans l'Antiquité, et très répandu à la fin du . Il est mis à contribution pour une foule de tâches domestiques, liées aux besoins de déplacement, au portage de l'eau et à l'agriculture, plus particulièrement à la culture et au pressage des olives. La motorisation des modes de transport en a considérablement réduit les effectifs, qui sont divisés par deux entre 1996 et 2006, avec dénombrées en 2006. Dans les régions rurales, l'usage de l'âne est désormais cantonné à de petits travaux agricoles spécialisés, tels que la cueillette des olives. La consommation de sa viande a toujours été controversée, la tradition islamique la considérant comme interdite. L'Association pour la culture et les arts méditerranéens (ACAM) estime en 2010 que l'âne est menacé d'extinction en Tunisie.

L'âne est culturellement dévalorisé, son nom étant souvent utilisé comme une insulte en arabe tunisien. Il a également inspiré des œuvres littéraires telles que La Dispute de l'âne d'Anselm Turmeda (1417), et des contes populaires.

Histoire Préhistoire et Antiquité L'âne (Equus asinus) a toujours fait partie du paysage rural de l'Afrique du Nord.. Cependant, l'origine des ânes domestiques du Maghreb est controversée. D'après la théorie soutenue notamment dans l'Encyclopédie berbère, l'espèce domestique n'est pas originaire de cette région, et est issue de l'Âne sauvage d'Afrique (E. africanus), dont le berceau est l'Afrique de l'Est. D'après la théorie de Colin Groves (1986), une sous-espèce d'ânes sauvages nord-africains () a survécu jusqu'aux premiers siècles , mais sa domestication éventuelle n'est pas connue, et semble peu probable : cette sous-espèce éventuelle n'a pas de restes archéologiques, et n'est connue que par des représentations. Originaire du massif de l'Atlas, E. a. atlanticus s'éteint vers l'an 300. Dans tous les cas, la domestication de l'âne s'est produite en Afrique, sa plus ancienne preuve d'utilisation remontant à la culture de Maadi-Bouto, en Égypte, au . L'histoire de l'âne en Afrique est notoirement difficile à étudier car, bien que l'espèce soit largement utilisée, elle fait l'objet d'assez peu d'écrits, aucun plan de développement ou d'amélioration concerté ne lui est dédié, et l'âne n'a que peu de restes archéologiques. Les restes manquent pour documenter son histoire dans le Sahara tunisien. Les premiers ânes domestiques, originaires de régions arides ou sub-arides, sont très sensibles à l'humidité.

Des gravures rupestres représentent des ânes dans les zones sahariennes dès la plus haute Antiquité, notamment en Libye et au Maroc. Le sénateur romain Caton l'Ancien décrit, dans De agri cultura, le rôle de l'âne dans l'espace méditerranéen sous l'Empire romain, et en particulier à Carthage : soixante hectares de culture d'olives requièrent quatre ânes, trois pour amener la manure dans le sol, et un pour faire fonctionner le pressoir ; 25 hectares de vigne demandent deux ânes pour labourer. L'œuvre d'Apulée, Métamorphoses, fournit aussi de précieux renseignements quant aux usages antiques de l'âne en Afrique du Nord, notamment le portage du bois et celui des denrées à vendre sur le marché. Il est vraisemblable que des spécialistes de médecine équine aient exercé à Carthage dès le . Des restes d'ânes ont été retrouvés sur le site de Carthage, et datés du au .. : ils comptent parmi les plus anciennes preuves archéologiques de la présence de l'âne dans le Maghreb.

Moyen Âge L'érudit berbère zénète Abu Yazid (873-947), qui combat les Fatimides. et dispose d'une administration bien organisée., était surnommé .. L'islam interdit vraisemblablement la consommation de viande d'âne, si bien que les musulmans, aussi bien que les chrétiens pratiquants de Tunisie, en consomment vraisemblablement très peu. Ibn Battûta (1304-1377), originaire de l'actuel Maroc, note avec dégoût que la viande d'âne est consommée dans l'Empire du Mali. Cependant, au début du , cette viande est vraisemblablement consommée par les nomades berbères mauritaniens.

vignette|Photochrome d'habitants de Tunis avec leurs ânes en 1899.

En 1887, le naturaliste Jean-Marie de Lanessan décrit de très nombreux ânes :

L'apogée de l'âne en Tunisie remonte en effet à la fin du , différentes sources coloniales faisant état d'un cheptel de , tout particulièrement dans les régions montagneuses du Nord-Ouest, du Centre et du Sud, dont les terres sont moins fertiles..

vignette|Traction de l'araire avec un âne, près de Tunis, en 1906.

L'administration française s'intéresse à l'élevage du mulet pour fournir l'armée, et envoie des baudets de races françaises en station dans divers centres d'élevage, notamment des Pyrénéens, Catalans et Savoyards. Des essais de reproduction contrôlée sont menés à Sidi Thabet, où sont importées des ânesses catalanes à partir de 1938, à la base du développement d'un élevage asin. L'âne catalan est réputé pour être facilement acclimaté à la Tunisie, au contraire de l'âne du Poitou. La Statistique générale de la Tunisie d'Ernest Fallot, en 1931, recense appartenant aux Tunisiens, pour appartenant aux Français..

L'âne subit ensuite un long déclin, étant considéré comme une relique du passé. Cependant, la population d'ânes a globalement augmenté entre 1966 et 1996, passant d'une estimation de à environ .

Dans les années 1990, l'éloignement de certaines écoles et l'absence de transports publics rendent l'utilisation de l'attelage ou de la monte d'ânes ou de dromadaires indispensable à la scolarisation.. L'élevage d'ânes connaît aussi un renouveau spectaculaire pour les besoins de la contrebande. Dans les petites exploitations familiales tunisiennes, notamment à Sidi Abid (2002), les familles préfèrent acquérir un âne plutôt qu'un mulet ou un cheval, car l'animal assure une aide aux travaux paysans.. Cependant, l'espace rural s'est globalement transformé depuis les années 1990, avec le passage du nomadisme au sédentarisme, et la disparition progressive des ânes et des mulets au profit de transports motorisés : voir ces animaux est désormais plus rare.. De plus, une épizootie de grippe équine frappe le pays en 1998, notamment la région de Tozeur à partir de la fin du mois de janvier, et se propage en touchant indifféremment les chevaux, les mulets et les ânes..

Pratiques et utilisations L'âne joue toujours un rôle majeur dans le cadre des petites activités agricoles de transport, ou encore de travail du sol. Réputé pour sa sobriété et sa rusticité, il sert surtout aux Tunisiens les plus pauvres dans leurs déplacements ou pour le bât, avec un barda ou un zembil destiné au port des jarres à eau. L'accès à l'eau dans les régions pré-désertiques et de steppes peut rendre son usage indispensable : les zones de forage peuvent être distantes de plusieurs kilomètres des lieux d'habitation, et le s'effectue soit dans une charrette-citerne en fer-blanc montée sur deux roues, soit dans des jarres en forme d'amphores (ou plus récemment, des bidons à eau en plastique) remplies et ramenées à dos d'âne par les femmes. L'âne est de moins en moins utilisé dans les régions rurales, étant par exemple dévolu à l'aide durant la cueillette des olives, les transports quotidiens s'effectuant en voiture.

À Toujane, le traditionnel moulin à olives était autrefois actionné par des ânes ou de petits dromadaires qui mettaient en mouvement un socle de pierre d'environ ..

Les routes du Grand Sud tunisien (2004) peuvent être particulièrement éclectiques, voyant passer tous types de véhicules : vélos, mobylettes, voitures, taxis collectifs et charrettes à ânes.. Les nomades du Grand Sud tunisien (1979) surnomment l'âne , soit : ils s'en servent pour tirer l'araire dans les ghaba (jardins), porter de l'eau ou du bois, accompagner les transhumances et les semailles.. Il reste possible de voir de vieilles femmes voyager à dos d'âne dans le village de Tamezret (2011).. Il reste aussi de nombreuses charrettes à ânes (2016) sur les îles Kerkennah.

Les mulets étaient traditionnellement dévolus aux mêmes tâches que les ânes.

L'École supérieure des industries alimentaires de Tunis souhaite promouvoir la production et la consommation de lait d'ânesse (2014), mais la réfrigération nécessaire à sa conservation constitue un problème majeur..

Viande

La consommation de viande d'âne est controversée ; la plupart des Tunisiens affirment ne jamais en manger, mais la hausse du prix de la viande rouge (en 2012 et 2013 notamment) a probablement incité de nombreuses personnes à en consommer., en particulier durant le mois de ramadan, ce qui entraîne une flambée du prix des viandes... D'après les déclarations de Mohamed Rabhi, directeur de la protection de la santé au sein du ministère tunisien de la Santé (en 2017), la vente de viande d'âne est parfaitement légale en Tunisie.. Officiellement, la production annuelle des deux abattoirs tunisiens agréés pour les équidés serait de de viande d'âne (en 2012). Cependant, officieusement, le nombre réel serait tués chaque année, le plus souvent pour alimenter des circuits frauduleux, principalement pour préparer des merguez ou du chawarma : la rareté des contrôles ne permet pas de connaître la destination des viandes frauduleuses.. D'après Le Muslim Post, la viande de cheval serait considérée comme halal, alors que la viande d'âne est haram.. Cette viande serait néanmoins beaucoup consommée dans les bidonvilles autour de Tunis.

Les fraudes alimentaires consistant classiquement à remplacer la viande de veau ou de bœuf par celle de l'âne, nettement moins chère, sont citées dès les années 1960.. En , d'un mélange de viandes rouges contenant de l'âne, destiné à la Tunisie et la Libye, est saisi à Bir el-Ater.. En , quatre bouchers qui faisaient égorger dix ânes à l'abattoir municipal de Sousse pour vendre leur viande comme étant du cheval sont arrêtés.. En , un boucher du centre de Tunis est pris pour avoir vendu de la viande d'âne sous l'étiquette de viande bovine ou chevaline. Le , deux tonnes de viande d'âne destinées à la préparation de merguez, de hachés et de salami sont saisis à Tunis.. Le , de viande d'âne vendue comme veau sont saisis dans un club de nuit à Bab El Khadra. ; de la viande d'âne frauduleuse destinée à la Chine est saisie le de la même année à l'abattoir municipal de Tunis.. Une boucherie de la médina de Tunis est réputée (2017) pour vendre légalement de la viande d'âne et de cheval..

Soins vétérinaires

thumb|Mulet tunisien mangeant une pastèque au sol.

Les ânes tunisiens sont souvent négligés car la plupart des programmes de soins et de contrôle vétérinaires ciblent les chevaux. L'infestation par les Gasterophilus est par exemple un grave problème de santé vétérinaire, généralement négligé car les ânes ne reçoivent pas de traitements préventifs, et représentent de fait un important réservoir de parasites.

L'association offre un soutien vétérinaire aux tunisiens, dont les ânes.. Plus anecdotiquement, cette même association a les résultats de la coupe du monde de football 2018 à l'aide d'un qui choisit entre deux balles de foin portant un drapeau des pays concernés..

Élevage

vignette|Tête d'un âne tunisien (vraisemblablement de race ou d'ascendance égyptienne) au travail.

En 2006, l'Observatoire national de l'agriculture estime la population d'ânes tunisiens à . La FAO estime une moyenne de sur la période 2006-2008, représentant de la population asine mondiale. L'ACAM a souligné en 2010 un risque de disparition de l'âne en Tunisie..