Trois Contes est le titre d'un recueil de trois nouvelles de Gustave Flaubert parues sous forme d'épisodes dans deux journaux différents au cours du mois d' et publiées dans leur intégralité le par l'éditeur Georges Charpentier. Cette œuvre que Flaubert mit près de trente ans à écrire dans sa totalité constitue sa dernière production romanesque achevée, puisqu'il est mort trois ans après sa publication.

Historique vignette|gauche|redresse|Gustave Flaubert vers 1865. La période de création des Trois Contes est large puisque les premières ébauches de plan de La Légende de saint Julien l'Hospitalier datent de lorsque Gustave Flaubert, séjournant chez son père à Rouen, découvre dans une brève période à la fois les vitraux de la cathédrale de Rouen représentant la légende de Julien l'Hospitalier et une statuette en pierre du saint dans l'église de Caudebec-en-CauxTrois Contes dans l'édition établie par René Dumesnil dans la Bibliothèque de la Pléiade, 1952, , .. Par ailleurs, Flaubert a eu pour maitre de dessin le graveur rouennais Hyacinthe Langlois qui publia un Essai historique et descriptif sur la peinture sur verre, dans lequel il s'attache particulièrement à la gravure par Espérance Langlois des vitraux de la Vie de saint Julien qu'il souhaitait utiliser pour l'édition de luxe de son ouvrage. Il reprend ses travaux sur Saint Julien en après la publication de Madame Bovary et avoir fait les premières corrections de La Tentation de saint Antoine à laquelle il souhaite dans un premier temps adjoindre son conte sur saint Julien pour un ouvrage commun devant paraître en 1857. Cependant, le procès de Madame Bovary ne lui permet pas de finir ce dessein et la Légende de saint Julien est remise à plus tard. C'est seulement en 1875, alors qu'il peine dans la rédaction de Bouvard et Pécuchet, qu'il décide de s'accorder une pause et se remet au projet de saint Julien lors d'un séjour estival à Concarneau. Il finit ce premier conte traitant du Moyen Âge le et décide de le flanquer de deux autres nouvelles que seront d'une part Un cœur simple, dans le plus pur style flaubertien de l'étude de caractères de ses contemporains, et d'autre part Hérodias narrant la décapitation de saint Jean le Baptiste par le tétrarque Antipas durant la période antique.

vignette|redresse|Page du manuscrit d’Un cœur simple (photo Roger-Viollet). Flaubert commence alors immédiatement l'écriture dUn cœur simple dans lequel il réinvestit nombre de ses souvenirs d'enfance et de personnes qu'il a connues alors. Il prend pour modèle « Mademoiselle Julie », la servante de ses parents qui l'éleva avant de passer à son service durant plus de cinquante ans jusqu'à sa mort, pour composer le personnage de Félicité. Lui-même et sa jeune sœur Caroline, morte en à vingt-deux ansBiographie de Flaubert sur le site de l'Université de Rouen., sont les Paul et Virginie, au nom évocateur, de la nouvelle, et sa tante Allais sera . L'écriture qui s'avèrera plus difficile qu'il ne le pensait, notamment pour finir la nouvelle, s'étale de au . Il entreprend sans délai le troisième volet de son triptyque auquel il a pensé au mois d' lors de la rédaction de la deuxième nouvelle et écrit à des Genettes :

Il en commence l'écriture à la fin d' et l'achève le pour un volume à paraître le . Les Trois Contes sont publiés dans un premier temps sous forme d'épisodes dans deux journaux : Un cœur simple en sept épisodes dans Le Moniteur universel du 12 au ; Hérodias en cinq épisodes dans le même journal du 21 au ; et La Légende de saint Julien l'Hospitalier en quatre épisodes dans Le Bien public du 19 au . Son éditeur Georges Charpentier publie le volume complet le Trois Contes dans l'édition établie par René Dumesnil dans la Bibliothèque de la Pléiade, 1952, , .. La réception du public est timide, notamment en raison des évènements politiques de (manifestations et répression par l'armée) et Flaubert en rend le président Mac Mahon responsable, le qualifiant de « Bayard des temps modernes ». La réception critique est dans son ensemble beaucoup plus favorable au livre, bien que certains restent dubitatifs, voire très hostiles, envers la troisième nouvelle qui est généralement plus difficilement comprise.

Résumé Un cœur simple vignette|Loulou : Après une enfance misérable où elle fut placée comme simple fille de ferme dans la campagne normande à la suite de la mort de ses parents, Félicité rencontre au bal un jeune homme qui lui plaît et la demande en mariage. Le moment dit, l'amoureux n'est pas au rendez-vous, et elle apprend qu’il s'est marié avec une riche vieille fille afin de payer un « homme » pour assurer sa conscription à sa place. Trahie, Félicité quitte la ferme et part pour Pont-l'Évêque à la recherche d'une place de bonne. Ses gages étant très bas, elle est employée par , une jeune veuve mère de deux enfants, Paul et Virginie, qui vit de ses rentes (les noms des personnages renvoient aux protagonistes du roman de Bernardin de Saint-Pierre paru en 1788). Félicité s'occupe de ses tâches avec efficacité et parcimonie, et se prend d'affection pour les petits, qu'elle chérit de tout son cœur.

Paul, pour son éducation, doit partir au collège de Caen, et Virginie commence son catéchisme accompagnée par Félicité, qui apprend ainsi les rudiments de la religion catholique, qui la fascine mais qu'elle interprète toutefois à sa manière. Virginie doit partir à son tour chez les sœurs pour faire son éducation, laissant sa mère seule. Félicité, privée des deux enfants, trouve désormais une chaleur affective avec son neveu Victor, qui lui rend visite de temps à autre. Les années passent ainsi, et en 1819 Victor s'engage comme marin au long cours. Félicité, peinée de ce départ, court seule à pied au Havre pour les adieux. Un jour elle reçoit la triste nouvelle de la mort de son neveu à Cuba des suites de la fièvre jaune, et sombre dans la tristesse. Quelques mois plus tard, c'est qui reçoit de mauvaises nouvelles sur la santé de Virginie, dont la faible constitution semble mal s'accommoder de problèmes pulmonaires. Les médecins recommandent un éloignement en Provence pour profiter du climat, mais décline la proposition alors que sa fille semble se remettre. Cependant la rémission est de courte durée, et Virginie est emportée par une fluxion de poitrine. Félicité veille deux jours et deux nuits la petite défunte : sa mère sombre dans le désespoir. Les années passent, au rythme des travaux de la maison et des événements de la première moitié du .

En 1828, le nouveau sous-préfet nommé à Pont-l'Évêque rend visite à . Ils viennent à se fréquenter et nouent une amitié bourgeoise de province. Le préfet, qui a vécu dans les îles, possède un domestique noir et un perroquet qui fascine Félicité car il vient des Amériques et lui évoque ainsi le souvenir de son neveu Victor. Le préfet, muté à une nouvelle affectation, laisse en guise d'adieu le perroquet à , qui n'en a que faire et le donne à sa bonne. Félicité le nomme Loulou, s'occupe affectueusement de lui, et transfère tout son amour sur ce compagnon. Un jour que le perroquet profite de sa liberté pour s'échapper, Félicité part à sa recherche, finit par le retrouver, mais attrape une otite, qui dégénère et la rend pratiquement sourde. Elle se renferme de plus en plus dans son monde intérieur, entendant seulement le bruit de son oiseau. Durant l'hiver 1837, Loulou meurt de congestion et, sur les conseils de sa maîtresse, Félicité le fait empailler. Elle le place dans sa modeste chambre parmi les simples objets hétéroclites et souvenirs de sa vie. La vie de Félicité n'est plus rythmée que par les repas de sa patronne et les messes à l'église ; émerveillée par les vitraux du Saint Esprit, elle ne peut s'empêcher de faire l'association avec son animal empaillé ; elle finit par le mettre dans sa chambre à côté d'une image d'Épinal du baptême du Christ croyant que « le Père, pour s'énoncer, n'avait pu choisir une colombe […] mais plutôt un des ancêtres de Loulou ».

En 1853, meurt à son tour et la maison est mise en vente. La propriété ne trouvant pas d'acquéreur, Félicité peut y demeurer ; craignant un revirement des héritiers, elle ne réclame rien pour la maintenir en état. Le toit se dégrade et Félicité, dont la chambre prend l'eau, attrape une pneumonie. Enfin, à l'occasion de la Fête-Dieu, vieille et malade, après un dernier baiser d'adieu au perroquet délabré, elle l'offre au curé, pour qu'il soit déposé sur l'autel dressé à proximité de la maison. La procession passe, s'arrête au reposoir où trône Loulou, et un dernier nuage d'encens parvient, sur son lit de mort, à Félicité, qui voit un perroquet immense l'emporter au ciel.

La Légende de saint Julien l'Hospitalier vignette|Julien l'Hospitalier tuant ses parents, par Masolino da Panicale, tempera sur bois du (musée Ingres). Julien est le fils d'un petit seigneur local. À sa naissance, deux messagers surnaturels rendent visite indépendamment à ses parents pour leur annoncer que leur fils est promis à un destin extraordinaire de conquérant et de saint. L'un et l'autre, enthousiasmés par la divination, se taisent cependant et se dévouent entièrement au bien-être et à l'éducation de leur fils. Julien grandit au milieu de la nature et se découvre un goût enivrant pour la chasse. Ne pouvant plus contrôler son appétit de prédateur, il se livre à des tueries dans les forêts environnantes, abattant tout animal qui passe à sa portée. Alors qu'il massacre un cerf, sa biche et leur faon, il se trouve soudainement défait de ses armes, le cerf blessé se tourne face à lui pour l'encorner mais s'arrête soudain et lui lance une malédiction : Julien épouvanté retourne au château et se cloître plusieurs jours. Il finit par reprendre ses études et son entrainement jusqu'au jour où, croyant voir une cigogne, il lance un javelot qui se fiche dans la coiffe de sa mère qui passait. Stupéfait d'avoir failli la tuer, il part sur le champ en exil avec une troupe d'aventuriers dont il prend peu à peu la tête, par démonstration de sa force et de son courage, se mettant au service des princes et des rois du monde tel un mercenaire.

vignette|gauche|redresse|Julien, tel Charon passeur sur le Styx aux Enfers (gravure de Gustave Doré).