Un glucomètre ou lecteur de glycémie est un appareil permettant de mesurer rapidement le taux de glucose dans le sang (la glycémie), le plus souvent sur du sang capillaire. Ce type d'appareil est utilisé à l'hôpital par les soignants ou à domicile par les patients, notamment en cas de diabète sucré. Il existe plusieurs termes pour désigner cet appareil comme dextroDextro - Définition, sur le site journaldesfemmes.com, consulté le 17 avril 2016. (de la marque dextrostix) ou HGT (de la marque haemoglukotestAutocontrôle glycémique ... par utilisation des bandelettes Haemoglucotest (HGT)).
Historique La première électrode à enzyme pour détecter la quantité de glucose dans le sang a été développée en 1962 par Leland Clark, un biochimiste de l’université de Rochester, et Ann Lyons du Cincinnati Children’s Hospital. Cette électrode à oxygène, aussi nommée « électrode de Clark » travaillait avec une fine couche de glucose oxydase et mesurait la consommation d’oxygène par la glucose oxydase. Grâce à ce développement Clark est souvent appelé « the father of biosensors ».
Le premier glucomètre, le « Ames Reflectance Meter », a été développé par Anton H. Clemens, un ingénieur électricien allemand, en 1970. Ce glucomètre travaillait avec une bandelette de test qui changeait de couleur proportionnellement à la quantité de glucose dans le sang présent sur la bandelette. Un capteur de lumière était utilisé pour directement mesurer l’intensité de la lumière bleue réfléchie et une aiguille analogique affichait la quantité de glucose correspondante.
Les premiers glucomètres portables mis sur le marché en 1981 par les entreprises Bayer en Allemagne et Roche en Suisse ont apporté des nouvelles possibilités dans la surveillance du taux de glucose pendant plusieurs jours, ce qui a facilité le contrôle glycémique et amélioré le traitement du diabète en général parce que les patients pouvaient maintenant mesurer leurs taux de glucose à la maison et ils ne devaient plus toujours aller à l’hôpital pour cela"Portable Meter To Aid Diabetics", Pittsburgh Press, November 5, 1981, p. A-6.
De nos jours, il existe une multitude de glucomètres fonctionnant de diverses manières pour les différents besoins des personnes affectées par le diabète. Il existe par exemple des glucomètres développés spécifiquement pour les personnes âgées, disposant de grands boutons et d'un grand affichage, qui sont faciles à utiliser. D'autres glucomètres sont particulièrement petits et ne ressemblent presque plus à un glucomètre et sont donc très appréciés par les adolescents.
SBGM (Self Blood Glucose Monitoring) vignette|Mesure de la glycémie capillaire.L’un des buts du SBGM est de réagir aux fluctuations de court terme dans le taux glycémique sanguin avec une réponse appropriée. La réaction nécessaire face à une mesure en dehors de la norme définie par les instituts de santé dépend du type du diabète et du traitement envisagé pour chaque patient. Si le patient est traité par insuline, ce qui est toujours le cas pour les patients affectés par le diabète du type 1, mais parfois aussi pour les patients souffrant du diabète du type 2, une mesure au-dessus de la norme est associée avec l’injection d’insuline et une mesure au-dessous de la norme avec la consommation de sucre. Si le patient ne prend pas d’insuline mais contrôle son taux de glucose avec l’alimentation, ce qui est souvent le cas pour les diabétiques de type 2, le patient peut adapter sa nutrition selon la mesure avec le but de réduire les cas de hypo- et hyperglycémie.
Un autre but du SBGM est de contrôler le taux de glucose au cours de plusieurs jours pour adapter l’alimentation si nécessaire. Il est recommandé par le « National Institute for Clinical Excellence » que le taux glycémique sanguin des diabétiques soit entre 4-7mmol/L (72-126mg/dl) avant le repas et au-dessous de 9mmol/L (162mg/dl) (type 1) ou 8.5mmol/L (153mg/dl) (type 2) après le repas. Il est important pour la santé des personnes affectées, qu’elles mesurent leurs taux glycémiques régulièrement et qu’elles essaient de maintenir leurs taux glycémiques dans ces normes.
Procédure La mesure du glucose dans le sang est souvent effectuée par un glucomètre invasif portable qui analyse une goutte de sang. La goutte de sang est normalement obtenue par une ponction capillaire à un doigt. Pour ce prélèvement la personne se lave les mains avec de l’eau chaude pour augmenter la circulation sanguine. Ensuite un système de prélèvement aussi nommé « autopiqueur » est utilisé pour se piquer le côté du doigt. La goutte de sang est déposée sur la tête de lecture de la bandelette du glucomètre et le résultat apparaît en quelques secondes. Le taux de glucose sanguin est normalement donné en milligrammes par décilitre.
Cette méthode de SBGM, pourtant utilisée par la majorité des diabétiques, n’est pas la plus pratique en matière de flexibilité et de fonctionnalité. Pour effectuer la mesure on a besoin d’un espace propre et le processus complet dure quelques minutes. Une nouvelle méthode pour mesurer le taux glycémique instantané et en continu est appelée « Continuous Glucose Monitoring (CGM) » et offre une mesure non invasive et la possibilité d’effectuer et sauvegarder des mesures à des intervalles de quelques minutes pour documenter le taux glycémique au cours d’un ou plusieurs jours.
Technique Aujourd’hui, la plupart des glucomètres utilisent une méthode électrochimique. Tout d’abord, les bandes de test contiennent un capillaire qui aspire la quantité de sang nécessaire à la mesure. Ensuite, le glucose dans ce sang réagit à une électrode enzymatique (petit transducteur chimique qui combine une procédure électrochimique avec une activité d’enzyme immobilisée) qui contient du glucose oxydase. L’enzyme est alors ré-oxydé avec un réactif intermédiaire comme l’ion ferricyanure (Fe(CN)6 3-). Cet ion est ré-oxydé par une réaction au niveau de l’électrode, ce qui va générer un courant électrique. Le courant électrique passant par cette électrode est proportionnel au taux de glucose dans le sang qui a réagi avec l’enzyme. On peut alors savoir la glycémie.
L'enzyme utilisé dans le passé donnait de faux résultats rendant inutilisable ce genre d'appareil dans certains contextes et ayant parfois entraîné des décès. Seul le glucomètre accucek mobile de Roche Diabetes Care utilisant une technique de mesure spectrométrique était alors utilisable. Actuellement dans la majorité des bandelettes, l'enzyme glucose oxydase GO a été remplacé par l'enzyme glucose déshydrogénase flavin adenine dinucleotide GDH-FAD qui est plus adapté aux glucomètres (plus spécifique au glucose, plus stable dans le temps à l'effet de la chaleur et de l'oxygène de l'air).
Les principales évolutions des glucomètres ont été :
apparition de bandelette à jeter qui évite le nettoyage de l'appareil et permet à l'utilisation d'un volume de sang réduit (prélèvement moins douloureux). une mesure plus rapide la disparition de la puce de calibrage présente dans chaque nouvelle boite de bandelette l'utilisation d'enzyme spécifique au glucose pour éviter les faux positifs entraînant la mort par injection d'insuline par surdosage système de stockage de données plus important (historique) système d'alerte (visuel, sonore, vibration) selon valeur prédéfinie le passage d'un affichage par aiguille (vumètre analogique) à un affichage sur écran digital (rétro éclairé, LCD, OLED) voire celui du téléphone mobile (Android, iPhone) alimentation par adaptateur vers une alimentation autonome plus petite (batterie, pile AAA, CR2032) communication à l'extérieur (imprimante, ordinateur, téléphone) par connexion filaire (USB) ou sans fil par émetteur/ récepteur (bluetooth , NFC, RF)
CGM (Continuous Glucose Monitoring) Les systèmes de mesure de la glycémie interstitielle en continu ou (Continuous Glucose Monitoring CGM) sont constitués d'un capteur sous-cutané, d'un émetteur et d'un récepteur qui affiche les mesures de glucose recueillies toutes les quelques minutes. Ces systèmes CGM évitent aux diabétiques de se piquer plusieurs fois par jour. Cependant, ces systèmes ont besoin d’être calibrés (c-à-d, de faire une mesure de sang capillaire) pour augmenter la précision des mesuresvignette|Exemple de système FGM: FreeStyle Libre (Abbott).Ces systèmes fonctionnent à l’aide d’une électrode insérée dans la peau qui mesure le taux de glucose dans le fluide interstitiel. Ce taux est très similaire au taux de glucose dans le sang quand il est resté relativement constant au cours du temps. Néanmoins, lors de fortes fluctuations (par exemple : juste après avoir mangé) les deux taux ne coïncident pas et donc le système n’est pas complètement fiable.
La communication entre l'émetteur et le récepteur se fait grâce à la technologie Bluetooth ou NFC dépendant du modèle. Il est même possible de recevoir les mesures dans un smartphone ou smartwatch. La durée de vie des systèmes est généralement de 5 à 7 jours dépendant du modèle. Elle est liée à celle des capteurs et de la pile du transmetteur (voire de l'adhérence du système à la peau).
Il est pertinent de citer les systèmes FGM (Flash Glucose Monitoring), un type particulier de CGM, qui envoient les mesures au senseur (récepteur) seulement quand on passe le senseur sur le récepteur au lieu d’envoyer les données continuellement. Le principal avantage technique du FGM comparée au CGM est que la durée de vie est nettement supérieure (14 jours pour le FreeStyle Libre de Abbott) tandis que son principal inconvénient est que le système n’alerte pas aux usagers s'il y a des périodes de hyper/hypoglycémie. La version 2 des FreeStyle supporte maintenant l'alerte si le lecteur FreeStyle 2 est utilisé avec les capteurs FreeStyle 2 (pas avec les capteurs FreeStyle 1). Ce manque d’alerte est assez important dans la pratique car dans le cas où un usager fait de l’hypoglycémie mais qu’il est en train de dormir, il ne sera pas réveillé par l’alarme et l´hypoglycémie ne pourra pas être corrigée.
Défis et succès Cette technologie est recommandée, aux États-Unis, pour tout patient diabétique capable de gérer ses données American Diabetes Association Professional Practice Committee. 7. Diabetes Technology: Standards of Care in Diabetes-2025, Diabetes Care, 2025;48:S146-S166. Elle est particulièrement intéressante si le traitement donné comporte des risques d'hypoglycémie Thomas CC, Chopra K, Davis AM. Management of outpatients with diabetes at high risk of hypoglycemia, JAMA, 2024;331:1145-1146.
Au niveau technique, il y a consensus entre patient et médecin pour affirmer qu’il reste beaucoup de travail à faire au niveau technique par l’industrie. Les infirmiers entendent des plaintes des patients au sujet de la douleur d'insertion, de l'irritation de la peau, de l'épuisement d'alerte, et de la rareté des emplacements appropriés pour le placement de sonde. Les intolérances cutanées, à type de prurit ou de rougeur, sont fréquentes, plus rarement avec des douleurs locales mais ces symptômes n'imposent l'arrêt du dispositif que dans moins de 5 % des cas Diedisheim M, Pecquet C, Julla JB et al. Prevalence and description of the skin reactions associated with adhesives in diabetes technology devices in an adult population, Diabetes Technol Ther, 2023;25:279-286.
Or, on pourrait penser que l’avantage technique le plus partagé par les patients est l'absence de besoin de se piquer les doigts, mais ce n’est pas le cas car le système a quand même besoin de sang pour la calibration. Toutefois, c’est la quantité d’informations que ces systèmes offrent qui attire l’attention des patients pour utiliser les CGM. Une métaphore fréquemment utilisée par les infirmiers pour bien illustrer cet avantage est la suivante : les SMBG permettent de prendre “des photos” du taux de glucose tandis que les CGM permettent d’en faire une vidéo.