La classe , officiellement désignée en russe , est une classe de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) soviétique puis russe. Développée par le bureau d'études Rubin Site du bureau d'étude Rubin. de Saint-Pétersbourg sous la désignation officielle de projet 941 , elle reçoit le code OTAN . Les sous-marins de cette classe sont de loin les plus imposants au monde, longs de et hauts de (sans les du massif), avec un maître-bau de , le tout pour une masse supérieure à en plongée.
Les sous-marins de la classe Typhoon sont déployés dans les années 1980 dans la marine soviétique, puis russe. La classe Typhoon compte six unités construites et un chantier annulé. Ils étaient, pendant la période de la guerre froide, le cauchemar des sous-mariniers américains : rapides (25 nœuds en plongée), ils étaient à leur état neuf d'un silence presque parfait. Le retrait du TK-208 Dmitri Donskoï, dernier sous-marin de cette classe encore en service en 2018, utilisé pour des tests du missile R-30 Boulava, est annoncé le par RIA Novosti. et effectué en 2023.. Bien que toujours performante et redoutable, cette classe de SNLE soviétique puis russe fût remplacée par la nouvelle , dont plusieurs unités sont déjà en service.
Historique - La genèse du projet 941 Au début des années 1970, les États–Unis lancent un programme de recherche ambitieux pour se doter d'un nouveau missile nucléaire, le Trident, à propulsion par carburant solidifié et d'une portée de plus de . Par la même occasion, ils créent un nouveau type de SNLE pouvant emporter de ce nouveau missile, la . au total sont construits sur les . Ces nouveaux vecteurs de dissuasions surpassent de loin les projets 667A-AM et 667B-BD (Yankee I et II puis Delta I et II). Les dirigeants soviétiques demandent alors à leurs industriels de fournir une réponse adéquate à cette nouvelle menace pour l'Union soviétique.
Les données techniques et tactiques spécifiées dans le cahier des charges pour le nouveau sous-marin lanceur d'engin projet 941 « Akula » sont proposées au Parti communiste de l'Union soviétique en . Un an plus tard, le , le projet 941 est adopté par décret et un nouveau missile est mis en chantier. Le projet est développé par le Bureau central d'études Rubin, sous la gestion du concepteur général L.D. Spassky, sous la direction directe du concepteur en chef et sous la supervision de V. N. Levachov, .
Le développement de ces nouveaux missiles stratégiques navals est confié au concepteur en chef V. P. Makeeva en 1971. Les travaux sur les D-19 (version terrestre) et les (version marine) commencent en 1973. Les Soviétiques savent que les Américains ont une avance technologique importante dans la construction des missiles à ergols solides (beaucoup d'entre eux s'inquiètent de l'avance indéniable de la technologie américaine dans ce domaine).
Le cahier des charges du projet 941 se profile. Le futur sous-marin doit pouvoir se faufiler sous les glaces de l'Arctique, percer des épaisseurs de plus de de glace (d'où sa grande réserve de flottabilité), tirer ses missiles en plongée et en surface, et disposer d'une importante capacité de détection hydroacoustique. Le sous-marin K-153 (classe Golf) est modifié en 1976 en projet 619 GOLF V afin de mener une série intensive de tests conduisant à l'acceptation par la marine, en 1984, du missile (code OTAN : SS-N-20 Sturgeon).
vignette|400px|droite|Comparaison des missiles mer-sol R-29, R-29RL, R-39, R-29RM, JL-1 et JL-2 (Chine)
Les Soviétiques savent que, pour le nouveau projet 941, le silence, donc la furtivité, constitue une donnée capitale. En effet, grâce à des indiscrétions de quelques marins de l'US Navy et de leurs familles, ils savent que les Américains arrivent sans trop de problèmes à traquer pendant de longues périodes les SNLE soviétiques de la classe Yankee. Ils savent aussi que les barrières du réseau américain d'hydrophones (acronyme anglais SOSUS) ont été renforcées et qu'elles permettent aux Américains d'estimer les routes tactiques que vont emprunter les sous-marins sortant des ports de la mer Blanche ou de la mer Baltique. Il devient alors nécessaire d'opérer des ajustements dans la doctrine nucléaire de l'Union soviétique. Deux axes majeurs sont proposés : augmenter les portées des missiles stratégiques afin de rapprocher au maximum les zones de patrouilles des SNLE des eaux territoriales de l'Union soviétique ; lancer la troisième génération de SNLE et de SNA, plus rapide, plus silencieuse.
Il semblerait que l'Union soviétique était plus intéressée par une doctrine défensive que ce que les États-Unis ont voulu faire croire. En effet, le nombre de missiles stratégiques navals répond pratiquement à un ratio de un pour trois, ce qui portait à plus de nucléaires américaines l'arsenal embarqué dans la flotte de leurs SNLE à la fin des années 1980. 1219 personnes travaillent sur la construction de TK-208, et plus de sont mises à contribution pour la fourniture des pièces, des ensembles et des éléments de conception du projet 25 Ans et de nombreuses récompenses pour les constructeurs, 2007.
Lorsque le projet est décidé, Léonid Brejnev déclare lors du congrès du PCUS : « Les Américains viennent de lancer leurs sous-marins Ohio et leurs missiles Trident ! Nous leur répondrons avec notre Typhoon ! ». Le nom même de « Typhoon » vient de Leonid Brejnev : lors de l'évocation du projet de futur SNLE, le premier secrétaire utilise ce mot pour donner une image de la puissance de feu du futur submersible.
La construction des sous-marins de la classe Typhoon a lieu au chantier Sevmash de Severodvinsk. Elle ne peut se faire qu'après la construction du plus grand dock couvert au monde, établi à plus de de l'accès à la mer afin d'induire en erreur l'espionnage par satellite. À la fin de la construction du premier Typhoon, une armada d'engins de terrassement creuse en un temps record un canal par lequel le sous-marin est tracté jusqu'au dock lui-même.
Le premier sous-marin de classe Typhoon est lancé le . Chaque nouvelle unité bénéficie d'améliorations technologiques. Leur coût exorbitant engendre des discussions très vives. Il est donc décidé de limiter à sept puis six exemplaires l'effectif produit. Le coût du programme n'est pas le seul élément mettant en péril l'avenir du projet 941 : la taille gigantesque et inhabituelle du sous-marin engendre de très grosses difficultés d'organisation et d'intendance. Cette taille l'empêche en effet de rejoindre les ports stratégiques de la mer Blanche. Entretenir et gérer ces engins et leur armement est très délicat et nécessite la création d'infrastructures colossales que beaucoup estiment inutiles.
Caractéristiques Descriptions générales vignette|TK-202 part en patrouille vignette|Le TK-202 le .
Le concept des sous-marins de classe Akula/Typhoon consiste en deux coques internes de SNLE classe Delta IV (de de diamètre) juxtaposées. Cette disposition s'apparente à celle d'un catamaran. Deux modules de sauvetage peuvent accueillir l'ensemble de l'équipage, qui sont installées de chaque côté du massif. La salle des torpilles et le PCNO (poste central navigation opération) servent de zones de jonction entre les deux coques. Chaque coque est en liaison avec l'autre par des coursives de jonction. Avec un total de étanches, les zones vie et opérationnelles sont clairement séparées. La coque épaisse du PCNO et celle de la salle des torpilles sont réalisées en alliage de titane pour plus de résistance et de discrétion magnétique grâce au savoir-faire accumulé depuis les 661 et projet 705. Les barres de plongée avant s'escamotent dans la coque tandis que la forme des barres arrière a été étudiée pour augmenter la stabilité du sous-marin.
Les locaux vie ont été pensés pour le bien-être de l'équipage. Finies les installations rustiques des projets 658. À bord se trouvent chambres spacieuses pour les officiers, bania (bain traditionnel russe composé d'un bain de vapeur et d'une petite piscine), salle de détente avec télévision et air climatisé, salle pour fumeurs, sauna, solarium, petite boutique, salles de sport, etc. Le projet 949A a lui aussi bénéficié de ce même genre d'aménagements pour l'équipage, ce qui lui permet de garder toute son efficacité durant les missions de longue durée (plus de ). Les équipages ont surnommé ces sous-marins "Hilton flottants".
Bien que le cahier des charges soviétique ait prévu des missions dépassant les , les missions de plus de deux mois ont été rares, probablement pour des raisons de logistique. Néanmoins, les cycles opérationnels des sous-marins de la classe Typhoon sont remarquables. Au moins un Typhoon a effectué une mission de plus de trois mois à la mer sans interruption, un échange d'équipage et un réapprovisionnement ayant été réalisés à partir d'un brise-glace qui avait rejoint le sous-marin.
Les sous-marins de classe Typhoon emportent mer-sol R-39 (RSM-52) (code OTAN : SS-N 20 Sturgeon) d'une portée de . Celui-ci possède indépendantes (chaque tête peut atteindre une cible différente). La puissance unitaire de ces têtes est de (environ six fois la bombe atomique d'Hiroshima, Little Boy). Les missiles sont logés à l'avant du massif, ce qui en fait un sous-marin unique, tous les autres types de SNLE emportant leurs missiles sur l'arrière.
thumb|center|upright=4|Schéma général de la disposition interne du projet 941 : 1 - coque hydrodynamique ; 2 - tubes lance-torpilles de 533 mm ; 3 - coque résistante de proue ; 4 - barres de plongée avant escamotables ; 5 - sas de sauvetage ; 6 - compartiment torpilles ; 7 - compartiment sonar ; 8 - Tubes lance-missiles P-39 ; 9 - poste central de navigation ; 10 - capsules de sauvetage ; 11 - dispositifs rétractables ; 12 - kiosque ; 13 - compartiment radio ; 14 - compartiment réacteur ; 15 - écoutilles des antennes de communication ; 16 - pare-glace des hélices ; 17 - compartiment turbines ; 18 - compartiment moteur ; 19 - guides hydrodynamiques ; 20 - plan vertical ; 21 - safran ; 22 - pompe-hélice ; 23 - barres de plongée arrière ; 24 - sonar ; 25 - propulseurs rétractables ; 26 - compartiment missiles ; 27 - compartiment équipage ; 28 - réacteurs nucléaires OК-650 ; 29 - lignes d'arbres ; 30 - stabilisateur ; 31 - coque résistante de proue ; 32 - coque résistante tribord ; 33 - coque résistante bâbord ; 34 - coque résistante centrale ; 35 - coque résistante de poupe ; 36 - réservoir de plongée rapide i - périscope d’attaque ; ii - périscope de navigation ; iii - radio-sextant ; iv - mât radar et surveillance électronique ; v - schnorchel ; vi, viii - antennes radio ; vii - radiogoniomètre ; ix - antenne de communication satellitaire et GLONASS ; x - flûte sonar
Modifications De nombreuses modifications ont été apportées au cours de la vie opérationnelle des six sous-marins : modifications des systèmes acoustiques, installation d'un dispositif de correction astrale sur les missiles, modification des conduites de tir, amélioration du système de navigation par satellite GLONASS pour le tir multicible (projet 941-U).
Les dernières grandes modifications ont été apportées par la version 941-UM, dont seul le TK-208 Dmitry Donskoï aura bénéficié. Début 2010, il est prévu que la classe Boreï remplace définitivement les derniers Typhoon en 2017.
Armes et systèmes vignette|Profil d'un Classe Typhoon vignette|Maquette d'un Classe Typhoon
Encore aujourd'hui, le projet 941 est doté de systèmes qui n'ont pas à rougir face à leurs équivalents occidentaux, et ce d'autant moins depuis la refonte du TK-208 Dmitri Donskoï. Afin de rendre la partie nucléaire du sous-marin plus compacte et de faciliter sa maintenance, il a été décidé d'utiliser deux réacteurs à eau pressurisée VM-5 du réacteur nucléaire OК-650 d'une puissance unitaire de .