thumb|Le passage des Portes de Fer en 1839 (détail) Georges Yver, né le à Caen et mort le dans la même ville est un historien français. Ancien élève de l'École française de Rome, il se consacre d'abord à l'histoire économique de l'Italie médiévale et publie sa thèse en 1903.

À la suite de son installation à Alger, en 1903, il se tourne vers l'étude de la conquête coloniale de l'Algérie et l'histoire de l'Afrique du Nord française. Il fait partie des universitaires auxquels la faculté des lettres d'Alger doit son rayonnementDans la nécrologie qu'il lui consacre, Fernand Braudel écrit : «Avec Georges Yver se clôt pour la Faculté des Lettres d'Alger, que j'ai admirée au temps de ma jeunesse, aussi belle, sinon aussi vantée, que celle de Strasbourg, le cortège de tous ceux que nous y avons connus ou aimés : Eugène Albertini, Émile-Félix Gautier, Louis Leschi, Louis Gernet, Jean Alazard, Pierre Martino...».

Biographie Origines Georges Octave Théodore Yver est né le à Caen, dans le CalvadosÉcole française de Rome, Annuaire des membres, 1873-2011, 2010.Archives départementales du Calvados, état civil numérisé de la ville de Caen, 1870.. Fils aîné de Louis Georges Yver et de Louise Le Corsu, il passe son enfance à Caen, au de la rue des CarmesArchives départementales du Calvados, recensement numérisé de la ville de Caen, 1881.Le recensement de 1881 fait apparaître que la famille était composée, outre son père et sa mère, de la grand-mère paternelle (Marie Yver) et de ses frères et sœurs : Gabrielle, Léon, Hélène et Louis.. Son oncle maternel, Octave Victor Le Corsu, était éditeur maritimeAnnuaire-almanach du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration, 1898, p. 941..

Études thumb|200px|Rome, palais Farnèse, vers 1900. Le jeune Georges Yver est admis à l'École normale supérieure en 1890Archives départementales du Calvados, registre matricule numérisé.. Mais il effectue d'abord son service militaire. Engagé pour trois ans le 16 , il passe une année, jusqu'au , au régiment d'infanterie alors en garnison à Caen.

Le , il obtient sa licence ès lettres et deux ans plus tard, il est reçu à l'agrégation d'histoire (1894)Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1950.. Il est ensuite pensionnaire de l'École française de Rome de 1894 à 1896Liste des membres de l'École française de Rome depuis sa fondation, Mélanges de l'école française de Rome, 1920, , . ; celle-ci occupait le deuxième étage du palais Farnèse.

Le , il soutient ses deux thèses en SorbonneJournal officiel de la République française, 21 février 1903, . : thèse latine : De Guadagniis (les Gadagne), mercatoribus Florentinis Lugduni, XVIe. P. CHRN. sæculo, commorantibusLes Gadagne, marchands florentins à Lyon au .Victor-Louis Bourrilly, compte rendu, Revue d'histoire moderne et contemporaine, tome 4 , 1902. . ; thèse française : Le commerce et les marchands dans l'Italie méridionale aux treizième et quatorzième siècles.

Une carrière de professeur De retour en France, il est nommé professeur dans différents lycées : à ToursGeorges Yver, «L'émigration italienne», Annales de Géographie, t. 6, , 1897, . d' à ; puis à Bourges de à . À cette date, il est envoyé au lycée Carnot de Tunis et y reste cinq ans.

Georges Yver est arrivé à Alger au début de l'automne 1903. Il se marie le , au Mans, avec Alice Berthe Lucie Guillet.

Pendant la Première Guerre mondiale, il appartient au bataillon territorial de Zouaves et est affecté au dépôt des prisonniers de guerre à Tizi-Ouzou, de à . thumb|240px|Alger, rue Michelet.

Après avoir été chargé de cours à l'École supérieure des lettres d'Alger (1903-1904), il occupe la chaire d'histoire moderne de l'Afrique dans cette même faculté, de 1904 à la fin des années 1930. Il habite d'abord au de la rue Clauzel (1903-1909) puis au de la rue Monge (1909-1914), et enfin à partir de 1914 au de la rue MicheletRevue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, 1927, p. 12., proche de la faculté où il enseigne. Il quitte cette ville au moment de la Seconde Guerre mondiale, pour s'installer à Nice puis à Paris.

Georges Yver était membre de la Société historique algérienneBureau de la Société historique pour 1906, Revue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, 1906., il en a même été un moment secrétaire généralRevue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, 1922, p. 5. ; et membre de la Société de géographie d'Alger et d'Afrique du Nord[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1065461/f653.image.r= Bulletin de la Société de géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord , 1908, p. LXXIV]..

Il est mort le , à Caen.

thumb|240px|Collège de France. thumb|240px|Cité universitaire. thumb|240px|École normale, rue d'Ulm, vers 1900. Apport à l'histoire : commerces et marchands de l'Italie méridionale Avec sa thèse sur Le commerce et les marchands dans l'Italie méridionale au et au , Georges Yver est devenu, selon Fernand Braudel, le «premier des historiens économistes de son temps».

Ce ne n'est pas le jugement de certains de ses pairs à l'époque, rapporte Maurice Prou, professeur à l'École des chartes : «La tentative faite par M. Georges Yver de tracer le tableau de la vie économique dans l'Italie méridionale aux , a paru à quelques-uns prématurée. Un savant professeur en Sorbonne a même prétendu, si nous avons bien compris sa pensée, qu'une pareille entreprise était condamnée à l'avortement, car l'établissement d'une série de statistiques serait nécessaire pour faire l'histoire économique». thumb|220px|Palerme, palais des rois de Sicile. Apport à l'histoire : l'Afrique du Nord thumb|240px|Université d'Alger, années 1920. À la suite de ses nominations au lycée Carnot de Tunis en 1898, puis à Alger en 1903, Georges Yver a modifié le cours de ses recherches.

Son arrivée en Afrique du Nord «l'avait amené dans un pays qu'il allait passionnément aimer, mais elle l'avait aussi détourné de sa vraie vocation et jeté en pleine histoire corrosive, celle de la conquête de l'Algérie par les Français, où tout était à élaborer et d'abord la trame des événements, le rôle des individus, la place des institutions».

Georges Yver y contribue par la publication de nombreux articles, par des livres de synthèse (en 1927 et en 1937), mais surtout par l'édition scientifique de correspondances de grandes figures militaires : le capitaine Daumas, le général Damrémont et le maréchal Valée.

Histoire de la conquête et histoire de la société musulmane thumb|160px|Notables musulmans, Guelma, 1856-1857. Selon l'historien Alain Messaoudi, la désignation de Georges Yver à la chaire d'histoire moderne de l'Afrique, vacante depuis la mort d'Édouard Cat en 1903, a donné lieu à une controverseAlain Messaoudi, Les arabisants et la France coloniale, 1780-1930, éd. ENS Lyon, 2015, p. 457..thumb|220px|Notables musulmans, Oran, 1856-1857. Correspondances de chefs militaires Le , le gouverneur général de l'Algérie institue une commissionLa commission était composée de : Jean-Dominique Luciani, directeur des Affaires indigènes ; René Basset, doyen de la faculté des lettres d'Alger ; Georges Yver et Stéphane Gsell, professeurs à la même faculté ; Léon Paysant, président de la Société historique algérienne ; Gabriel Esquer, archiviste du Gouvernement général. pour assurer la publication d'une collection de documents inédits sur l'histoire du pays conquis depuis 1830Comité de l'Afrique française, L'Afrique française : bulletin mensuel du Comité de l'Afrique française et du Comité du Maroc, janvier 1913, p. 176.. La commission décide qu'il y aurait deux sortes de publications ; la correspondance générale des commandants en chef de l'armée d'Afrique et des gouverneurs généraux : des documents se rapportant à des sujets divers comme les négociations ou les épisodes de la conquête.

Correspondance du maréchal Valée, 1837-1840 thumb|200px|Statue du maréchal Valée, Constantine. Cette édition compte cinq volumes : d' à , de juin à , 1839, de janvier à , de à . Le maréchal Valée a été gouverneur général de l'Algérie d' à . Le travail de Georges Yver conduit à revaloriser la politique et les idées de Valée contre celles de Bugeaud.

Dans la Revue historique, Henri Brunschwig rend compte de ces ouvrages qui fournissent une masse d'informations sur la conquête de l'Algérie à la fin des années 1830Henri Brunschwig, «Histoire de la colonisation (1945-1951)», Revue historique, 1952, p. 281-284..

Georges Yver a consacré plusieurs années à la correspondance de Valée. Les derniers ouvrages paraissent de 1954 à 1957. thumb|200px|Passage des Portes de Fer, octobre 1839. Publications Ouvrages thumb|170px|Méditerranée, Afrique du Nord. Esquisse d'une histoire du bassin de la Méditerranée, conférences faites à l'Hôtel des Sociétés françaises à Tunis, Impr. française, Sousse, 1900Fernand Braudel raconte qu'il doit à Georges Yver son orientation vers l'étude de la Méditerranée : «Avant que Lucien Febvre n'intervienne dans ma vie, il a été le meilleur de mes conseillers et de mes maîtres. C'est grâce à lui, en premier lieu, qu'un beau jour je me suis décidé à saisir pour elle-même, et non de biais, la vie entière de la Méditerranée. J'hésitais devant son immensité. Il eut l'audace qui me manquait» ; cf. nécrologie de Georges Yver.. Le commerce et les marchands dans l'Italie méridionale au XIIIe et au XIVe siècle, Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, Fontemoing, Paris, 1903. La Commission d'Afrique (-), éd. Fontana, Alger, 1905. Documents relatifs au traité de la Tafna, 1837, éd. J. Carbonel, Alger, 1924. Histoire d'Algérie, avec Stéphane Gsell et Georges Marçais, éd. Boivin, Paris, 1927 et 1929. .

Éditeur scientifique Correspondance du capitaine Daumas, consul à Mascara (1837-1839), Impr. de A. Jourdan, Alger, 1912. en ligne Correspondance du général Damrémont, gouverneur général des possessions françaises dans le nord de l'Afrique (1837), H. Champion, Paris, 1928. Correspondance du maréchal Valée, gouverneur général des possessions françaises dans le Nord de l'Afrique, 5 vol., éd. Larose, Paris, 1949-1957.

Articles Annales de géographie «L'émigration italienne», Annales de Géographie, t. 6, , 1897, .

Société de géographie d'Alger thumb|150px|Société de géographie d'Alger, 1925. thumb|150px|Revue africaine, 1913. «Paysages et gens du Nord. Les îles Lofoten», Bulletin de la Société de géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord, 1905, p. 152-165. «En Bosnie», Bulletin de la Société de géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord, 1909, p. 66-78. «La mort du commandant Ménonville», Bulletin de la Société de géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord, 1907, . «Note sur un projet de colonisation suisse en Algérie, 1832», Bulletin de la Société de géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord, 1910, p. 76-83. «Le traité Desmichels, d'après un ouvrage récent», Bulletin de la Société de géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord, 1925, p. 43-51.

Revue africaine «Si Hamdan ben Othman Khodja», Revue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, 1913, p. 96-138. «Lettres de Ben Allal au maréchal Valé», Revue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, 1914, p. 6-8. «Enfantin et l'émigration étrangère en Algérie», Revue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, 1918, . «Abd el-Kader et le Maroc, en 1838», Revue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, , 1919, p. 93-111. «Les Irlandais en Algérie», Revue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, 1919, p. 170-223. «Les maronites et l'Algérie», Revue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, 1920, p. 165-211. «Les préliminaires de la négociation de la Tafna», Revue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne, 1923, p. 529-543.

Questions nord-africaines