L’Advanced Aerospace Weapon System Applications Program ou AAWSAP (en français : Programme d'applications des systèmes d’armes aérospatiaux avancés), souvent amalgamé avec l’Advanced Aerospace Threat Identification Program ou
AATIP (en français : Programme d'identification des menaces aérospatiales avancées), était un programme de la Defense Intelligence Agency (DIA), relevant d’une diffusion au minimum restreinte () et pouvant, selon les sujets traités, faire l’objet d’une classification plus élevée. Lancé en 2008 et financé à hauteur de 22 millions de dollars sur plusieurs exercices budgétaires, le programme était consacré à l’étude prospective de technologies envisagées non comme de simples extrapolations des capacités existantes, mais comme des avancées susceptibles de bouleverser les tendances technologiques en cours et de constituer de futures menaces étrangères. En pratique, la documentation disponible montre qu’AAWSAP s’est largement consacré à l’étude des ovnis, de leurs effets supposés ou allégués, de matériaux potentiellement associés, mais aussi d’un ensemble plus vaste de phénomènes connexes, allant des manifestations dites « paranormales » liées au Skinwalker Ranch, jusqu'au remote viewing et aux « anomalies de conscience », ainsi qu’à des travaux spéculatifs portant sur l’antigravité, les trous de ver ou la distorsion de l’espace-temps.
Le programme était dirigé par James T. Lacatski, analyste à la DIA et ingénieur spécialisé dans les technologies de défense, et confié pour son exécution à Bigelow Aerospace Advanced Space Studies (BAASS), société de recherche fondée par Robert Bigelow, spécialisée dans les questions aérospatiales et les phénomènes anomaux, chargée de produire des études, analyses et enquêtes dans le cadre du programme.
Bien que Harry Reid, alors chef de la majorité au Sénat et principal soutien politique du programme, ait demandé qu’AAWSAP bénéficie du statut de , cette demande fut refusée par le secrétaire adjoint à la Défense , sur recommandation du James R. Clapper, qui estimait qu’un tel statut n’était pas justifié.
La confusion publique entre AAWSAP et AATIP tient largement au fait que l’article du New York Times de décembre 2017 a fait connaître au grand public le seul sigle AATIP, sans mentionner AAWSAP ; ce choix s’inscrivait lui-même dans une ambiguïté plus ancienne, puisque le sigle AATIP avait déjà servi dans certains documents officiels, notamment la lettre de Harry Reid, comme appellation de substitution pour AAWSAP, avant d’être repris par la suite pour désigner les activités menées par Lue Elizondo au Pentagone à partir de signalements d’ovnis de l’armée américaine. Cette ambiguïté a depuis été entretenue par certains récits médiatiques récents, comme le documentaire , qui occultent le nom d’AAWSAP et le rôle de James T. Lacatski.
Historique droite|vignette|Portrait du sénateur Reid en 2002. Avant la création d’AAWSAP, Robert Bigelow avait déjà financé des recherches privées sur les ovnis et différents phénomènes dits anomaux. En 1995, il fonde le , qui mène notamment des recherches sur le Skinwalker Ranch, propriété acquise par Bigelow dans l’Utah. Colm Kelleher, qui participera ensuite au programme au sein de BAASS, dirige les investigations du NIDS sur le ranch entre 1996 et 2004, avant de coécrire avec George Knapp l’ouvrage Hunt for the Skinwalker, publié en 2005.
D’après les récits publiés par James T. Lacatski, Colm Kelleher et , la genèse d’AAWSAP est liée à l’intérêt de Lacatski, alors analyste de la DIA, pour les recherches de Bigelow et pour le Skinwalker Ranch. Lacatski aurait contacté Bigelow après avoir pris connaissance de ces travaux, puis visité le ranch en 2007.
Les documents officiels situent la mise en place administrative du programme en 2008. Un mémorandum de James R. Clapper indique qu’Harry Reid rencontra au début de cette année-là un analyste de la DIA lors d’une conférence technique. En juillet 2008, Reid et Daniel Inouye coparrainèrent une affectation budgétaire de 10 millions de dollars destinée à l’évaluation de menaces aérospatiales étrangères avancées à long terme ; un financement supplémentaire de 12 millions de dollars fut ensuite prévu pour l’exercice 2010.
BAASS recruta plusieurs personnes issues des recherches privées sur les phénomènes anomaux ou des milieux associés aux études des PAN. Colm Kelleher devint en 2008 directeur adjoint de BAASS et dirigea les opérations quotidiennes liées à l’exécution du contrat AAWSAP avec la DIA. Selon Kelleher, les travaux menés dans ce cadre portaient notamment sur les effets physiologiques et psychologiques allégués de rencontres de PAN, ainsi que sur des phénomènes paranormaux rapportés dans certains lieux d’enquête.
L’AARO indique que, bien que l’étude des ovnis ne fût pas explicitement prévue dans le cahier des charges, le contractant mena des recherches sur des signalements, d’anciens dossiers du Project Blue Book, des entretiens avec des témoins et des propositions relatives à l’examen d’éventuels matériaux récupérés. Le même rapport précise que des travaux furent aussi conduits sur une propriété de l’Utah associée à des phénomènes de PAN et paranormaux, mais que la DIA n’avait pas spécifiquement demandé ni autorisé cette partie du travail.
Le programme fut arrêté en 2012 après l’achèvement de ses livrables. L’AARO attribue cette décision à des préoccupations de la DIA et du département de la Défense concernant le projet. Popular Mechanics, sur la base d’entretiens et de documents non publiés intégralement, rapporte de son côté que des acteurs liés à BAASS et à AATIP ont décrit une activité plus large que les seuls rapports techniques, incluant la collecte de cas UAP et de données associées. Selon un ancien membre du personnel du Congrès cité anonymement par Politico, le programme produisit une quantité importante de documentation mais peu de résultats jugés concluants par ses soutiens institutionnels, ce qui aurait contribué à la perte d'intérêt politique et à l'arrêt du financement.
L’AARO rattache également à l’héritage d’AAWSAP/AATIP le projet KONA BLUE, proposé au Department of Homeland Security après l’arrêt du programme de la DIA. Selon l’AARO, cette proposition visait à créer un Special Access Program destiné à reprendre certains axes attribués à AAWSAP, notamment les enquêtes sur les ovnis, les phénomènes paranormaux, les anomalies de conscience et l’éventuelle rétro-ingénierie d’engins ou de matériaux supposément récupérés. Le projet ne fut toutefois pas approuvé comme programme opérationnel, et l’AARO affirme qu’aucun engin, matériau ou corps extraterrestre ne fut transféré ou collecté dans ce cadre.
Après l’arrêt du contrat AAWSAP, plusieurs responsables et employés du département de la Défense, dont Luis Elizondo selon ses déclarations, auraient poursuivi de manière informelle des activités liées à l’examen de signalements militaires d’UAP. Selon l’AARO, le sigle AATIP aurait alors été utilisé pour désigner ces efforts postérieurs. L’AARO considère toutefois qu’ils ne constituaient pas un programme officiel reconnu par le département de la Défense, mais plutôt un réseau informel, sans budget ni personnel dédiés, composé de personnes travaillant sur ces signalements dans le cadre de fonctions annexes.
En octobre 2017, Luis Elizondo quitta le département de la Défense et rejoignit To the Stars Academy of Arts & Science, organisation fondée par Tom DeLonge avec plusieurs personnalités associées au programme. Le 16 décembre 2017, le New York Times, le Washington Post et Politico révélèrent publiquement l’existence du programme et contribuèrent à populariser le sigle AATIP ainsi que plusieurs vidéos militaires d'ovnis. Cette médiatisation relança le débat public américain sur les ovnis, tout en entretenant durablement une confusion entre AAWSAP, AATIP et les activités postérieures revendiquées par Elizondo.
Une liste complète des 38 études publiées financées par le programme est rendue disponible en .
Travaux réalisés et documents Le cahier des charges officiel d’AAWSAP, daté du 18 juillet 2008, ne mentionnait pas explicitement les ovnis. Il demandait au contractant de produire des études techniques sur des applications de systèmes d’armes aérospatiaux avancés, afin d’évaluer des technologies de rupture susceptibles de modifier les tendances connues jusqu’à l’horizon 2050. Les domaines cités comprenaient notamment la portance, la propulsion, la génération d’énergie, les matériaux, la réduction de signature, les interfaces humaines, les effets sur l’être humain et les armements à énergie dirigée. Le document insistait sur l’identification de technologies émergentes susceptibles de constituer une menace stratégique ou de procurer un avantage militaire décisif à des adversaires potentiels. Il prévoyait également l’élaboration de feuilles de route technologiques, l’analyse des principes physiques sous-jacents aux concepts étudiés, l’évaluation de leur faisabilité scientifique et l’estimation des délais nécessaires à leur éventuelle mise en œuvre. Le cahier des charges demandait en outre au contractant de surveiller les développements internationaux dans les domaines concernés, d’identifier les principaux acteurs gouvernementaux, industriels et universitaires impliqués dans ces recherches, et de produire des évaluations comparatives des capacités étrangères. Une attention particulière devait être portée aux technologies susceptibles de contourner les limites connues de l’aéronautique conventionnelle, notamment en matière de propulsion, de manœuvrabilité, de furtivité et de production d’énergie.
Selon The Guardian, Lacatski aurait contacté Robert Bigelow en 2007 afin d’évaluer les « aspects de menace potentielle » des phénomènes étudiés au Skinwalker Ranch. Cette interprétation, centrée sur la possible dimension de renseignement ou de menace de phénomènes anomaux, aurait permis d’inscrire des enquêtes sur les ovnis et certains phénomènes associés dans un cadre officiellement consacré aux technologies aérospatiales avancées. Le cahier des charges aurait servi de formulation acceptable pour obtenir un financement consacré aux technologies aérospatiales avancées, alors que l’intérêt réel portait largement sur les ovnis et phénomènes associés.
Christopher « Kit » Green, médecin et ancien analyste de la CIA, consultant et contractant du programme, déclara avoir compris qu’AAWSAP était une étude sur les ovnis qui ne devait pas apparaître publiquement comme telle.
Selon le mémorandum de James R. Clapper de novembre 2009, le contrat confié à BAASS devait initialement produire des recherches non classifiées dans onze domaines techniques, avec des rapports attendus pour le 31 juillet 2009. Le même document indique que la DIA reçut vingt-six rapports à cette date, puis acheva une revue de qualité en octobre 2009. Ces livrables furent considérés comme relevant de la recherche académique ou scientifique de base et ne justifièrent pas, selon la DIA et le , la création d’un Special Access Program.
Organisation des travaux James T. Lacatski était le responsable gouvernemental du programme au sein de la DIA, tandis que Colm Kelleher devint en 2008 deputy administrator de BAASS et dirigea les opérations quotidiennes liées à l’exécution du contrat.
La structure de BAASS associait plusieurs types de travaux. Une partie portait sur les études techniques et prospectives commandées par la DIA, auxquelles furent associés des chercheurs comme et Eric Davis, notamment à travers EarthTech International. Ces travaux concernaient des domaines tels que la propulsion avancée, les trous de ver traversables, l’antigravité, les métamatériaux, l’invisibilité ou les effets de champs sur les tissus biologiques. D’autres chercheurs ou consultants, comme Christopher « Kit » Green, furent associés aux questions d’effets physiologiques allégués liés à des rencontres rapprochées avec des PAN.